‹ Vie de J.B.P. MolièreChapitre 39 sur 221 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

les même? difficultés qu'elle aurait rencontrées à Vienne, en 165*. d'après M. Brouchoud. Comptant peut-être un peu trop sur sa notoriété et l'influence qu'elle s'était acquise, elle aurait négligé de demander la permission de rigueur. M. Eud. Soulié a extrait, en effet, du registre des délibérations de l'hôtel de ville, le texte suivant :

« Du 2 febr 1658. Il a esté tenu conseil ordinaire dans l'Hostel de Ville où estoient présens messieurs les quatre consulz, et il a esté proposé par M. le premier consul, touchant l'incivilité des comédiens qui ont affiché sans avoir leur décret d'approbation; il a esté opiné et puis conclu que les affiches seront levées et à eux deffendu de faire aucune comédie jusqu'à ce qu'ils ayent satisfaict à la permission qui leur doib estre donnée par mesd. sieurs les consulz et du conseil î (1).

Ce petit conflit n'eut d'ailleurs pas de suite.

Cependant les amis de Molière, disent les rédacteurs de la Préface de 1682, lui conseillaient de se rapprocher de Paris. Dans les premiers jours d'avril, la troupe, traversant toute la France, vint s'établir à Rouen. Leur séjour assez long dans cette ville a laissé quelques vestiges qui ont été soigneusement recueillis.

Une lettre de Thomas Corneille à l'abbé de Pure, datée du 19 mai 1658, contient le passage suivant, ainsi imprimé dans les premières éditions de cette lettre : « Le mariage de Mlle Le Ravon, si précipité, est une aventure surprenante... Elle s'est lassée du veuvage. Nous attendons ici (à Rouen) les deux beautés que vous croyez devoir disputer cet hiver d'éclat avec la sienne. Au moins ai-je remarqué en Mlle Réjac grande envie de jouer à Paris, et je ne doute point qu'au sortir d'ici, cette troupe n'y aille passer le reste de l'année. »

M. Bouquet a rétabli (2) avec toute vraisemblance les noms altérés dans cette lettre, soit que Thomas se soit plu à déguiser ces noms d'actrices, soit qu'il y ait tout

(1) Archives des Missions scientifiques, 2e série, tome Ier, p. 385.

(2) Dans son opuscule : La troupe de Molière et les deux Corneille à Rouen, en 1658. Paris, A. Glaudin, 1SS0. M. P. Mesnard a constaté que l'autographe qui est à la Bibliothèque nationale porte bien exactement Mue Le Baron et JLTle Beiar.

simplement mauvaise lecture des imprimeurs. Au lieu de Mlle Le Ravon, il lit: M,le Le Baron, c'est la veuve de l'acteur André Baron, mort pu 1655 ; elle n'appartenait point à la troupe de Molière. Au lieu de M"-e Réjac, il lit: Ml,e Béjar ou Béjart. Les deux beautés qui devaient disputer d'éclat avec M,le Le Baron étaient MlleB Debrie et Dupare, dont on attendait l'arrivée. C ^ 1 1 e conjecture est très plausible, tous ces acteurs s'étant sans doute an plus ou moins longtemps a Paris pii y passant. Nous avons par la lettre de Thomas Corneille la date approximative de l'installation de la troupe à Rouen.

En cette année 1658, deux représentations furent données au profit des pauvres de l'Hôtel-Dieu de Rouen : l'une le 20 juin, qui produisit 77 livres '* sols et 7 déni l'autre le 21 août, qui produisit Vt livres 15 sols.

Ces représentations avaient-elles été données par la troupe de Molière? C'est probable, au moins pour l'une d'elles, puisque c'était l'usage. I. s registn - Ltent

que la première recette est provenue d'une comédie représentée par les comédiens de Son Ait sse. M. F. Bouquet croit que cette Ali - serai! Henri II d'Orléans, duc de Longueville. gouverneur de Normandie, qui avait épousé Anne-Geneviève de Bourbon, sœur du grand Condé et du prince de Conti, la fameuse duchesse de jueville, mais alors bien changée et devenue janséniste comme son frère Conti. La troupe de Molière aurait donc eu un quatrième patronage avant d'obtenir celui de Monsieur, frère du Roi? Nous croyons que la preuve n'en est pas encore bien faite, et qu'on peut conserver quelques doutes. Il s'agit peut-être d'une autre troupe. Ou peutêtre n'était-ce là qu'un souvenir timide de la protection du princ \ de Conti.

Le 12 juillet. Madeleine Béjart. logée au jeu de paume des Braques, à Rouen, par un acte passé devant Me Abraham Moisson et Claude Gruchet, prend la fin du bail du jeu de paume d ss Marais, à Paris, pour dix-huit mois, du 1er octobre 1658 au 1" avril 1660. La fin du bail était e par messire Louis Redhon de Talhouet. chevalier, lequel le tenait de Marie Troche, veuve de feu Etienne Hubert, et de Michel Mesuel, maître paumier, coproprié-

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taires dudit jeu de paume, lequel servait déjà aux représentations théâtrales, puisque les loges, décorations de théâtre, chandeliers de cristal, font partie du marché. Cette location a lieu moyennant la somme de trois mille livres par chacun an, « payable aux quatre termes de l'an à Paris accoustumés ». Pour l'accomplissement et entretien dudit acte. Madeleine Béjart élit domicile en la maison de monsieur Poquelin. tapissier, valet de chambre du roi, demeurant sous les Halles, paroisse de Saint- Eustache. C'est le père de Molière. Il ne devait pas être donné suite à cet engagement, mais l'élection de domicile que fait Madeleine en la maison de Jean Poquelin témoigne bien que les ressentiments de celui-ci étaient totalement dissipés.

Marquise-Thérèse de Gorla, autrement dit M,le Duparc, que nous avons vue épouser à Lyon, en 1653, René Berthelot dit Duparc, obtint à Rouen un brillant succès, succès de beauté autant que de talent. Les deux Corneille s'éprirent d'elle. Le grand Corneille, qui déjà avait passé la cinquantaine, la combla de vers, et de beaux vers. On trouve dans ses Poésies diverses plusieurs pièces à elle adressées sous le nom de Marquise (son vrai nom) ou d'Iris : sonnets, chansons, stances. Tout le monde a dans la mémoire les belles stances souvent citées :

Marquise, si mon visage A quelques traits un peu vieux, Souvenez-vous qu'à mon âge Vous ne vaudrez guère mieux, etc.

Thomas marcha sur les brisées de son frère. Il composa pour elle l'élégie :

Iris, je vais parler,- c'est trop de violence...

Et Pierre, dans la pièce sur le départ de l'actrice, disait à celle-ci :

J'en ai (des rivaux), vous le savez que je ne puis haïr,

faisant allusion à la compétition fraternelle. Tout cela, d'une assez grande innocence, à ce qu'il semble, se passait

en famille. Une sorte de post-scriptum, qu'il ajouta plus tard à son Adieu, en témoigne assez clairement :

Ainsi parla Clitandre, et ses maux se passèrent,

Son feu s'évanouit, ses déplaisirs cessèrent.

Il vécut sans la dame, et vécut sans ennui,

Comme la dame ailleurs se divertit sans lui :

Heureux en son amour, si l'ardeur qui l'anime

N'en conçoit les tourments que pour s'en plaindre en rime,

Et si d'un si beau feu la céleste vigueur

Peut enflammer ses vers sans échauffer son cœur!

Corneille avait, du reste, jeune encore, en 1632, raillé ces amours d'imagination, sans pouvoir, comme on le voit, s'en corriger jamais :

J'ai fait autrefois de la bête; Pavois des Philis à la tète...

Par là je m'appris à rimer.

On ne sait à quel moment de ces huit dernières années fixer la représentation de V Andromède de P. Corneille, dont on voit la distribution manuscrite sur un exemplaire de l'édition originale, in-'*0, provenant de la bibliothèque de Pont-de-Veyle. Cette distribution, selon M. P. Lacroix, serait de la main même de Molière. De la main môme de Molière, c'est bientôt dit! Mais enfin elle est curieuse par les noms qu'elle rassemble. La voici :

Duparc Jupiter.

Mlle Béjart Junon et Andromède.

Debrie Neptune.

L'Éguisé Mercure et un page de Phynée.

Béjart Le Soleil et Timante.

MUe Debrie Vénus. Cymodoce et Aglante.

Mlle Hervé Melpomène et Céphalie.

Vauselle Éole et Amnon.

MUe Menod Éphyre.

MUe Magdelon. . . . Cydippe et Liriope.

Valets Huit vents.

Dufresne Céphée.

Mii« Vauselle. . . . Cassiope.

Chateadneuf .... Phinée.

Molière Persée.

L'Estaxg Chœur de peuple.

Molière avait d'abord le rôle de Phinée, et Chàteauneuf

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