‹ Vie de J.B.P. MolièreChapitre 40 sur 221 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

celui de Persée; mais ils changèrent de personnages Phorbas, qui n'est pas dans la liste imprimée, y a été ajouté, et attribué cà Mlle Hervé, déchargée sans doute de celui de Céphalie, dont le nom a été remplacé à la main dans le courant de l'ouvrage par celui d'Aglante. Scène dernière. Jupiter a été substitué à Junon.

Voilà bien des noms que nous ne connaissions pas encore. Edme Villequin. sieur Debrie, d'abord, le mari de Catherine Leclerc du Rozet. que nous n'avions pas rencontré jusqu'ici dans nos documents. L'Éguisé. c'est Louis Béjart. Vauselle n'est autre que Jean-Baptiste Tristan l'Hermite de Vauselle ou Vaucelles. et Mlle Vauselle, c'est sa femme. Mlle Magdelon? serait-ce cette Magdeleine de l'Hermite, qui est marraine avec Molière dans le baptême du 6 janvier 165 i à Montpellier? Mlle Menou? on retrouve ce nom comme celui d'une toute jeune personne dans une lettre de Chapelle, dont nous parlerons plus loin. Chàteauneuf est un gagiste que nous rencontrerons plus tard sur le registre de La Grange. Enfin L'Estang, qui fait le Chœur de peuple, ne peut être que l'ex-patissier Ragueneau de L'Étang, père de Mlle Marotte de L'Estang, qu'épousera La Grange.

A quelle date aurait eu lieu la représentation d'Andromède ainsi distribuée? La Grange a consigné sur son registre que son beau-père Ragueneau mourut à Lyon le 18 août 165 1. La représentation où il a un rôle est donc antérieure à cette date. Mlle Duparc n'est pas sur la liste : aurait-elle été éloignée de la scène par une maladie ou quelque autre cause, ou faut-il faire remonter la représentation avant l'année 1653, où elle entra dans la troupe? Mais, d'autre part, si Mlle Menou. qui joue Ephyre. n'était qu'une toute jeune personne vers 1659 ou 1660. date probable de la lettre de Chapelle, elle n'eût été qu'une enfant en 1653, et, quoique Éphyre soit un petit rôle de quatre vers, encore n'est-ce pas un rôle d'enfant : c'est une des Néréides jalouses d'Andromède. On le voit, l'annotation manuscrite de la pièce de Corneille soulève des questions embarrassantes.

En tout cas, ce n'est pas à Rouen, en 1658, que cette représentation aurait été donnée, car la composition de

la troupe, alors bien connue, était fort différente de celle que constaterait la distribution d'Andromède. Les cornédiens n'étaient venus à Rouen, comme le disent les auteurs de la préface de l'édition dp 1682. que pour se rapprocher de Paris. Ceux qui jouèrent à Rouen étaient les mêmes qui rentrèrent à Paris au mois d'octobre, et que nous verrons tout à l'heure.

Tout en jouant la comédie à Rouen, Molière faisait auprès des personnages qui lui voulaient du bien d'activés démarches pour être, avec ses camarades, introduit à la cour. Paris était déjà le seul théâtre où des artistes pussent s'illustrer. Le peintre Mignard lui fut sans doute utile auprès du cardinal Mazarin. D'autres personne influentes intervinrent certainement en faveur de Molière. Monsieur, frère du roi. qui portait alors le titre de duc d'Anjou et qui allait porter bientôt celui de duc d'Orléan< (à la mort de son oncle Gaston, en 1660), Monsieur avait deux années de moins que le roi. c'est-à-dire dix-huit ans. On lui fit venir l'envie d'avoir une troupe de comédiens et on lui proposa celle de Molière, qui fut admise à faire son essai devant la cour.

C'était la faveur à laquelle celui-ci aspirait depuis si longtemps, le but qu'il poursuivait avec la ténacité et l'ardeur que lui donnait la conscience de son génie. C'était la lin de son exil, le terme de son apprentissage, le premier et indispensable succès de son ambition. Molière avait trente-six ans au moment où il allait trouver enfin un théâtre digne de lui. Jetons un coup d'œil sur le chemin qu'il a parcouru, et voyons quels sont les résultats de cette période de douze ans qui vient de s'accomplir.

Cette longue odyssée provinciale fut certainement un temps d'épreuves plutôt que de plaisirs. Il ne faut pas regarder ces années à travers le contentement de Dassouey. bien repu; les parasites sont enclins à voir tout en beau. Il est aisé de se rendre compte des difficultés de cette existence et des hasards d'une telle profession. Elle créait au chef de la troupe des soucis sans nombre; elle lui attirait une infinité de froissements et de blessures, que Molière devait d'autant plus vivement ressentir que s<»n éducation avait été mieux soignée. Les comédiens ambu-

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