‹ Vie de J.B.P. MolièreChapitre 73 sur 221 · CHAPITRE VII i · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII i

Ainsi la mariée était la soeur des Béjart: c'était cette « petite non baptisée » déclarée par Marie Hervé dans l'acte de renonciation du 10 mars 1643. Née par conséquent ou à la fin de 1642 ou tout au commencement de 1643, elle avait dix-neuf à vingt ans à l'époque de son mariage. Tous les documents authentiques que nous possédons constatent également cette filiation : la procuration des héritiers de Marie Hervé à Madeleine Béjart. du 14 février 1671: le testament et codicille de Madeleine, la procuration de Molière à Armande du 12 mars J672. le contrat de mariage de J.-B. Aubry et Geneviève Béjart du 15 septembre 1672 . la requête de l'archevêque de Paris pour l'enterrement de Molière il*, la constitution de rentes du 12 février 1674. le contrat entre la veuve de Molière et les marguilliers de l'église Saint-Paul du 16 mars 1677. et les lettres de ratification de ce contrat: le contrat de mariage de J.-F. Guérin et d'Armande Béjart, l'acte de décès de Louis Béjart, enfin tous les actes publics et privés de la famille : ce qui constitue une possession d'état aussi incontestable qu'on puisse en avoir.

Pourtant une longue méprise a existé sur la filiation de cette jeune fille : on l'a dite longtemps fille et non sœur de Madeleine. Cette erreur eut cours du vivant même de Molière; elle s'explique très facilement : la relation apparente qu'offraient entre elles Madeleine et Armande était plutôt celle d'une mère à une fille que d'une sœur à une sœur : la distance rare et presque phénoménale qui séparait l'une de l'autre sous le rapport des années devait être malaisément admise par quiconque ne prenait pas le soin de vérifier le fait par lui même. On savait de plus que Madeleine avait eu une fille, et il était fort naturel de conclure à première vue que cette fille était l'enfant qu'elle avait auprès d'elle : il eût fallu y regarder de près et avoir la mémoire bien fidèle pour se rendre compte de la différence d'âge qu'il y aurait eue entre Armande et la fille du comte de Modène. Ajoutez qu'on ne se procurait pas alors aussi commodément qu'aujourd'hui les actes de

1 La veuve de Molière y appelle J.-B. Aubry, mari de Genevilve Béjart, son beau-frère,

l'état civil. On comprend donc bien que des contemporains mêmes se soient trompés sur ce point, et qu'une sorte de notoriété ait abusé Grimarest et après lui tous les biographes (1), jusqu'à ce que les recherches de M. Beflàra eussent remis au jour, en 1821, le document authentique que nous avons reproduit tout à l'heure.

L'indifférence ne contribua pas seule à propager cette méprise : la haine et la vengeance essayèrent d'en tirer parti. Leur raisonnement fut bien simple : si Armande était la fille de Madeleine, comme elle avait dix-neuf ans, elle était née vers 1643; or, les relations de Molière et de Madeleine avait commencé à cette époque; donc Armande devait être la fille même de Molière. Nous verrons bientôt le comédien Montfleury, exaspéré par les railleries de l'Impromptu, chercher à se faire une arme de cette accusation calomnieuse. Le Boulanger de Ghalussay ne dédaigne pas non plus de répéter cette infamie :

ÉLOMIRE

Je ne suis point cocu ny ne le sçaurois être, Et j'en suis, Dieu inercy. bien asseuré.

Peut-estre.

ELOMIRE

Sans peut-estre; qui forge une femme pour soy, Comme j'ay fait la mienne, en peut jurer sa l'oy.

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