CHAPITRE VIT
C'est avant le berceau qu'il y devoit songer. Comme quelqu'un l'a fait.
l'orviétan.
On le dit.
ELOMIRE
Et ce dire Est plus vray qu'il n'est jour.
Enfin elle eut son dernier écho dans un Mémoire pour le
sieur Guichard contre Lulli, en 1676. trois ans après la mort de Molière (1).
Quoique cette odieuse imputation n'eût obtenu de crédit ni du vivant de Molière ni après lui. comme on le voit du reste par la rareté et le caractère particulier de ces documents mêmes, M. Beffara. en exhumant l'acte de mariage d'Armande Béjart, à défaut de l'acte de baptême, qu'il a été impossible de découvrir, a servi la mémoire du grand poète, et il a bien mérité des admirateurs de Molière, à qui il a fourni le moyen de réfuter péremptoirement ces dilfamations , dont il est souvent dillieile d'avoir raison à une date si éloignée. Le résultat a été moins décisif toutefois qu'on ne devait le croire. Beaucoup d'érudits n'ont pas voulu renoncer à l'ancienne tradition: ils ont trouvé un biais pour échapper nu témoignage des registres de l'état civil. « Une naissance illégitime, dit M. Bazin, aurait pu révolter la famille du marié. Le père. Jean Poquelin, le beau-frère . André Boudet , devaient assister au mariage; il leur fallait offrir une bru. une belle-sœur, dont ils n'eussent pas trop à rougir. Béjart père était mort. La mère vivait et avait un peu plus de soixante ans : elle consentit à se déclarer mère et à faire
(i) L'auteur de ce Mémoire n'est pas conséquent avec lui-même : il appelle Armande, alors veuve, « orpheline de son mari, veuve de son père, » et il dit ailleurs que J.-B. Aubry. fils de Léonard Aubrv. a épousé Geneviève Béjart. <- li sœur de la Molière ->. Si Armande était la sœur de Geneviève, elle n'était pas la tille de Madeleine. Mais la fureur ne raisonne pas, et le factum de Guichari n'est qu'un tissu d'injures grossières ramassées de toutes parts.
feu son mari père de l'enfant née en 16±5 (1)... « Ce raisonnement a séduit quelques bons esprits. Comment admettre cependant qu'une possession d'état ait pu ainsi être changée pour satisfaire à de prétendues exigences de famille dont on n'aperçoit d'ailleurs pas trace? Comment supposer que Molière eût osé, pour un motif aussi médiocre, commettre un faux en écriture publique, et un faux que ses ennemis n'auraient pas eu beaucoup de peine alors a faire constater.'' Le droit jugement de M. Bazin l'a abandonné en cette circonstance.
La simplicité de la solution donnée à un ancien problème par la découverte de l'acte de mariage et des documents authentiques publiées par M. Eud. Soulié, semble avoir déçu et irrite certaines imaginations. M. Ed. Fournier a bâti, pour PP&ri de véritables romans
des plus compliqués et des moins vraisemblables. Le compiot. pour substituer comme mère d'Armande, Marie Hervé à Madeleine, aurait commencé à la naissance même de l'entant, d'où la fausse déclaration de Marie Hervé le 10 mars 16 ±o. Et pourquoi ce complot? parce que Madeleine avait l'espoir de se faire épouser par le comte de Modène, et que cette seconde fille, née quatre ou cinq ans après l'autre, aurait été une preuve d'infidélité. Lu l'ait est venu ruiner l'échafaudage que M. Fournier a laborieusement élevé. Le comte de Modène était marié: il ne devint veuf qu'en 16 ±9 (2), alors que la petite Armande avait déjà sept ans. Madeleine aurait donc pris toutes ces précautions, aurait donc imposé à sa mère cette dangereuse supercherie, à toute la famille ce concert frauduleux, pourquoi <? Pour paraître blanche comme neige, pure comme 1 hermine, aux yeux du comte de Modène. Rien ne donne à supposer, en vérité, que ce comte de Modène fût si délicat; on ne voit point que sa jalousie ait jamais gêné la liberté de Madeleine. Tout témoigne, chez ce noble aventurier, une extrême facilité de mœurs. On cherche midi à quatorze heures, comme on dit vulgairement, en prêtant à Madeleine et à son amant
(1) Il faudrait lire : en 1643.
(2) La Troupe du Rom vn comique àêwilêe, par H. Chardon, p. 13.