‹ Vie de J.B.P. MolièreChapitre 78 sur 221 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

grâce spéciale du cardinal de Retz, ami de Molière et alors archevêque de Paris, qu'un seul serait publié; puis, à bas bruit, sans autres témoins que les indispensables, parmi lesquels même se faisait remarquer l'absence de la sœur de Madeleine, on signa le contrat et on se rendit à leglise. Et quel jour encore, et à quelle heure cette dernière cérémonie? Le mardi gras, alors que les églises que repeuplera le carême, sont toutes désertes, vers dix heures du soir, et après que Molière était allé jouer en visite chez M. d'Ecquevilly. »

Ceci est du pur roman. M. Éd. Fournier s'en réfère d*abord à l'acte de mariage du lundi 20 février 1662 (1). C'est là qu'il est dit que les époux furent fiancés et mariés tout ensemble, par permission de M*r le cardinal de Retz, archevêque de Paris, avec dispense de deux bans. Cette dispense de deux bans s'accordait, en ce temps-là, aussi facilement qu'aujourd'hui; c'était une simple question d'argent. Le grand-vicaire de Paris en accordait tous les jours de semblables au nom de l'archevêque , et sans que le prélat s'en mêlât jamais. Reprenons la suite de l'exposé de M. Fournier : « Puis, à bas bruit, sans autres témoins que les indispensables, parmi lesquels même se faisait remarquer l'absence de la sœur de Madeleine... » Cinq témoins ont signé : Poquelin le père, Marie Hervé, André Boudet, Madeleine Béjart, Louis Béjart; c'était bien suffisant; mais l'acte constate que d'autres personnes étaient présentes. Geneviève Béjart ne figure, il est vrai, ni au contrat ni au mariage; il n'y a rien à conclure de là : elle pouvait être ou malade ou absente, ou même éprouver du mécontentement de ce mariage, peu importe, a On signa le contrat et on se rendit à l'église », continue M. Éd. Fournier. Ne dirait-on pas que les contractants passèrent tout droit de l'étude du notaire à Saint-Germain-l'Auxorrois, alors que vingt-neuf jours (du 23 janvier au 20 février) s'écoulèrent entre le contrat et la cérémonie?

« Et quel jour encore et à quelle heure cette dernière cérémonie? le mardi gras... vers dix heures du soir, etc. »

(1) Voyez ci-devant p. 1 B.

Ici M. Fournier quitte Tarte de mariage dont il s'autorisait tout à l'heure. Nous avons vu que cet acte fixait le mariage au lundi 20 février. M. Jal conclut de l'examen du registre paroissial que le mariage dut avoir lieu le matin, à dix ou onze heures. L'acte est, en effet, le premier inscrit à la date de ce jour; sept autres mariages sont enregistrés après celui-là. Il est clair que si la bénédiction nuptiale avait été donnée à dix heures du soir, la constatation sur le registre, au contraire, terminerait la journée. Sur quoi se fonde donc M. Fournier?

Le registre de La Grange offre les deux mentions que voici. A la fin de l'année théâtrale 1660-1661, La Grange inscrit ces mots : i Avant que de recommencer, après Pasques, au Pallais-Royal. monsieur de Molière demanda deux partz au lieu d'une qu'il avoit. La troupe luy accorda, pour luy ou pour sa femme s'il se mariait... » Et d'une écriture plus petite :

i M. de Molière épousa Armande- Claire- Elisabeth Béjard le mardi gras de 1662. >

Et plus loin, au lie février 1662. il indique comme pièces jouées : i les Visionnaires, l'École des Maris, visite chez Me d'Equevilly » et, en regard de ce jour, sous un beau rond bleu qui semble être la marque d'une journée heureuse, il écrit : i Mariage de M. de Molière au sortir de la visite. »

En 1662, le mardi gras fut. non le 14 février, mais le 21 février. Il y a donc contradiction dans les termes de ces deux inscriptions. La première a certainement été faite après coup. Les souvenirs de La Grange n'étaient plus bien précis. M. Jal explique ainsi les deux mentions : « Le mardi 14 février, Molière et ses acteurs, après avoir donné leur représentation publique au Palais-Royal, allèrent jouer l'École des Maris chez Me d'Equevilly; puis, leur rouge essuyé, leurs costumes changés, les comédiens se réunirent chez Molière, qui leur déclara son mariage, pressenti par eux dès la rentrée de Pâques et conclu dès le 23 janvier... Quant au mariage du mardi gras, le mariage civil datant du 23 janvier et le mariage religieux ayant ét>: fait le lundi dans la matinée, qu'est-ce autre chose que le repas ou le bal qui eut lieu pour fêter l'évé-

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