‹ Vie de J.B.P. MolièreChapitre 89 sur 221 · DAMIS · texte numérisé non relu

DAMIS

Il est bien chez la muse.

LE COMTE

Il s'amuse à la muse et la muse l'amuse.

AMARANTE

Mais les vers de Boursault sont assez bien choisis.

LE COMTE

Je le soutiens, madame, un butor parisis, Une grosse pécore, une pure mazette.

DAMI8

Mais où la joueroit-on, quand Boursault l'auroit faite?

AMARANTE

A l'hôtel de Bourgogne...

L'auteur du Portrait du Peintre était donc loin de vouloir garder l'anonyme : il avait même bien soin de répéter son nom assez souvent pour qu'on ne l'oubliât point. La pièce ne faisait, du reste, que reproduire en vers les accusations, les excitations dont nous venons de donner quelques extraits en prose. On peut signaler toutefois plus particulièrement ce passage ou Boursault prend la défense de la religion, et cherche a rendre suspects les sentiments et les intentions de Molière :

Au seul mot de sermon nous devons du respect, I st une vérité qu'on ne peut contredire. Un sermon touche lame et jamais ne fait rire; De qui croit le contraire on doit se défier; Lt qui veut qu'on en rie en a ri le premier.

C'étaient là de ces insinuations qui pouvaient, à cette époque, avoir des suites dangereuses pour celui qui en était l'objet. Représenté sur le théâtre de l'hôtel de Bourgogne à la lin de septembre ou au commencement d'octobre io.j.J. le Portrait du Peintre permit à toutes les haines et a toutes les rancunes de se manifester. Molière, voulant montrer sans doute qu'il ne méconnaissait pas les droits de la satire, lors même qu'elle s'exerçait contre lui, alla voir jouer cette pièce et se plaça sur le théâtre, selon la coutume du temps. Son arrivée excita un brouhaha. 11 écouta la comédie d'un bout à l'autre et lit bonne contenance; tout ce que ses ennemis purent dire, c'est que « les transports de la joie qu'il ressentoit faisoient trop souvent changer son visage ».

Page 1