‹ Vie de J.B.P. MolièreChapitre 93 sur 221 · ALCIDON · texte numérisé non relu

ALCIDON

11 est fait tout de même: il vient le nez au vent. Les pieds en parenthèse et L'épaule en avant; Sa perruque, qui suit le côté qu'il avance, Plus pleine de lauriers qu'un jambon de Mayeuce: Les mains sur les côtés, d'un air peu négligé; La tête sur le dos. comme un mulet chargé ; Les yeux fort égarés: puis, débitant ses rôles, D'un hoquet éternel sépare ses paroles; Et lorsque l'on lui dit : « Et commandez ici, » Il répond :

« Connoisssez-vous César, de lui parler ainsi? Que m'otl'riroit de pis la fortune ennemie. A moi qui tiens le sceptre égal à l'infamie? »

Ce portrait est chargé évidemment, mais, par tout ce qu'on sait de Molière, il y a tout lieu de croire qu'il ne manque pourtant pas d'une certaine ressemblance.

Montfleury, l'acteur de l'hôtel de Bourgogne, ne se tint pourtant pas pour suffisamment vengé par la comédie de son fils. Il eut recours à un expédient honteux qui ne tendait rien moins qu'à envoyer son ennemi aux galères. Il le dénonça au roi à propos de son récent mariage. C'est par Racine que nous savons cela. Dans une lettre à son ami l'abbé Le Vasseur, de novembre ou décembre 166U, il écrit : « Montfleury a fait une requête contre Molière et l'a donnée au roi. Il l'accuse d'avoir épousé la fille et d'avoir autrefois aimé la mère (1). Mais Montfleury n'est

(1) Racine se sert d'une expression un peu plus crue. Racine le fils, quand il publia la lettre de son père, voulant atténuer cette expression, mit : « Il l'accuse d'avoir épousé sa propre fille », ce qui aggravait l'accusation.

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