CHAPITRE Y III
point écouté à la cour (1). » La réponse du roi ne se fit pas attendre. Un premier enfant étant né à Molière de son mariage, le 19 janvier 1664, Louis XIV et Madame lui firent l'honneur de tenir, par procuration, sur les fonts de baptême cet enfant qui fut nommé Louis par le duc de Créquy, tenant pour le roi, et par la maréchale du Plessis, tenant pour Madame. Cet honneur insigne fait au comédien par le monarque équivalait à la plus solennelle justification.
Voici l'acte de baptême relevé sur les registres de Saint- Germain l'Auxerrois :
Du jeudi, 28 février 1664, fut baptisé Louis, fils de M. Jean- Baptiste Molière, valet de chambre du roi, et de damoiselle Annande-Gresinde Béjart, sa femme, vis-à-vis le Palais-Royal; le parrain, haut et puissant seigneur messire Charles, duc de Créquy, premier gentilhomme de la chambre du roi, ambassadeur à Rome, tenant pour Louis quatorzième, roi de France et de Navarre; la marraine, dame Colombe Le Charron, épouse de messire César de Choiseul, maréchal du Plessy. tenante pour Madame Henriette d'Angleterre, duchesse d'Orléans. L'enfant est né le 19 janvier audit an. Signé : Colombet.
Nous n'avons pas fini de citer les pièces que fit naître l'Ecole des Femmes. Il faut mentionner encore : le P gyrique de l'Ecole des Femmes ou Conversation comique sur les œuvres de M. de Molière, en un acte, en prose (octobre 1663), par Robinet, le même qui continua la gazette en vers de Loret. Robinet par la suite a parié souvent de Molière avec un chaleureux enthousiasme; mais en ce premier moment il fut plutôt parmi ses adversaires que parmi ses partisans. Il n'y a pas à s'y tromper : Panégyrique est mis là avec une intention ironique, et les interlocuteurs qui attaquent l'Ecole des Femmes ont, dans le dialogue, la part plus belle que ceux qui la défendent. Ces censeurs reprochent surtout à Molière d'avoir détruit la belle comédie, c'est-à-dire, comme ils l'entendent, la comédie des grands sentiments, des sentiments subtils et raffinés, la comédie romanesque que les Rotrou, les Benserade, les Scudéry et Corneille lui-même avaient
(1) Œuvras complètes de Racine, édit. Moland. tome VII. p. 408.
empruntée à l'Espagne : « J'entends par belle comédie, dit l'un d'eux, ces pièces qui sont des tableaux des passions galamment touchés, où l'on voit des moralités judicieusement répandues, où paraissent ces brillants d'esprit qui charment. Je mets en ce rang les chefs-d'œuvre du grand Âriste (Corneille), dont je ne prends que le Menteur pour l'opposer à tout le misérable comique de Zo'ile (Molière); tels sont les Vu . de Polydam -
maretz); le DonBertrand, le Feint Astrologue et quelques autres comédies du spirituel Isole (Thomas Corneille); et, pour me servir d'un exemple plus frais, tels sont les Ame ide, du doux Bergile (Gilbert), où l'on voit
tant de brillant et de délicatesse. »
Molière avec ses farces grossières, disent-ils, a tellement corrompu le goût public que les grands comédiens eux-mêmes, ceux de l'unique et incomparable troupe royale, c'est-à-dire de l'hôtel de Bourgogne, n'osent plus jouer sur leur théâtre ces beaux poèmes et sont obligés de donner des bagatelles qui n'auraient été bonnes, en un autre temps, qu'à divertir la lie du peuple dans les carrefour^ et les pla< es publiques.
Pour mieux préciser sa critique, Robinet imagine un laquais qui a la fantaisie de faire des vers et qui prétend imiter le poète à la mode, c'est-à-dire Molière. Ce laquais lit une scène de sa composition, à laquelle les plus réalir-t-s de nos réalistes modernes n'aui rtainement rien à
reprendre. On voit qu'il n'y a rien de nouveau dans nos discussions littéraires, et que tout existe dans ce vivant et fécond xvue siècle.
Pour triompher plus aisément de leurs adversai les interlocuteurs qui, dans le Panégyrique, prennent parti contre l'Ecole des Femmes, usent d'un moyen souvent employé pour battre les auteurs comiques : c'est d'attribuer au poète lui-même les sentiments qu'il a prêtés à un personnage ridicule et même à un personnage odieux. Ainsi vous vous rappelez, dans l'Ecole des Maris, les tirades du burlesque Sganarelle contre les modes nouvelles et le luxe des habits. Les censeurs, du Panégyrique, feignent de croire que cette satire du tuteur d'Isabelle exprime les sentiments du poète, et ils s'élèvent