CHAPITRE IX
LE TARTUFFE ET DOS JtJAH
La protection souveraine dont Louis XIV avait couvert Molière pendant cette guerre, dont il ne faut pas atténuer les péril , obligeait celui-ci à se montrer plus dévoue que jamais aux plaisirs du roi. Il fournit, le »£™'*%£ aux divertissements de la cour le Uartage fore,, a la fois ballet et comédie. Huit entrées de ballet étaient internées dans l'action comique : le roi Im-même parut dans l'une d'elles sous le costume d un Egyptien, les plus grands seigneurs y figurèrent également. La pièce, puisée aux sources joyeuses de Rabelais, remettait en scène e Personnage de Sganarelle : Sganarelle, toujours égoïste Il sensuel et méditant encore de s'immoler la beauté et la jeunesse sous prétexte d'union conjugale. Mais nous avons cette fois une autre face de l'événement, un nouveau côté du tableau : Sganarelle est accueilli avec empressement, c'est un libérateur: il apporte l'affranchissement et non l'esclavage. Le père de Dorimène est enchante de se débarrasser de sa tille : Dorimène est heureuse d échapper au joug de 'a famille. La démonstration n'est pas moins saisissante, ni la conclusion moins terrible, parce que c'est le vice qui se charge de punir le ridicule.
. Mais ce n'était là .p. un prélude dit M Bazin a x brillantes folies que devait éclairer a ^ ersa.lle* le soleU de mai. Cette fois, en effet, il ne s agissait plus dune aorte-midi consacrée à quelques inventions de d.vert.sse-
ment. C'était une série de jours qu'allait enchaîner l'un à l'autre la succession de toutes les fantaisies dont se peuvent charmer les yeux et les oreilles, travestissements, cavalcades, courses de bogues, concerts de voix et d'instruments, récits de vers, festins servis par les Jeux, les Ris et les Délices, comédies mêlées de chants et de danses, ballets, machines, feux d'artifice, courses, loteries, collations; une semaine entière (du 7 au lii passée hors de la vie commune dans les régions de la féerie. » — ■ Les plaisirs de l'esprit se mêlant à la splendeur de ces divertissements, dit Voltaire, y ajoutèrent un goût et des grâces dont aucune fête n'avait encore été embellie. »
Le dessin de l'action, où figuraient le roi et toute la cour, composée de six cents personnes , était du duc de Saint-Aignan; cela s'appelait le Palais d'Alcine ou les Plaisirs de nie enchantée. Le roi représentait Roger: 1»'S autres personnages de ce drame féerique étaient remplis par tout ce que la jeune cour comptait de plus illustre, de plus élégant et de plus beau. La troupe d^ Molière servait d'auxiliaire à - La reine et trois cents
dames étaient à demi engagées dans L'action, à demi spectatrices; parmi elles se cachait Mlle de La Vallièn qui la fête était donnée; elle en jouissait confondue dans la foule.
Quand, le second jour (8 mai), le paladin Roger voulut donner la comédie aux dames, un théâtre se dr aussitôt en plein air. éclairé par mille bougies et flambeaux, et la troupe du Palais-Royal y joua la Princesse d'Élide. Molière représentait dans le prologue le valet de chien Lyeiscas, et dans la comédie le fou Moron. C lui qui faisait avec un ours rencontré dans le bois la scène boutfonne qui termine le deuxième intermède. Pour satisfaire en temps aux caprices de la volonté suprême. Molière n'avait pu écrire en vprs que le premier acte de la pièce: il avait été obligé d'écrire tout le reste en prose. « Il sembloit que la comédie, dit spirituellement Marigny, n'avoit eu que le temps de prendre un de ses brodequins, et qu'elle étoit venue donner des marques de son obéissance un pied chaussé et l'autre nu. »
Cette négligence elle-même pouvait donc être prise