‹ Vie de J.B.P. MolièreChapitre 95 sur 221 · CHAPITRE VIII iO~J · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII iO~J

à qui mieux mieux contre les prétentions d'Élomire (Molière), qui voudrait leur retrancher ce qui fait le charme et l'agrément de la vie : « S'il en étoit cru, dit l'un deux, les hommes se rengaineroient dans leurs étuis du bon temps, ils reprendroient les grands pourpoints et les grègues étroites qui se lioient sur le genou; ils rétabliroient la rotondité et le petit collet pour représenter les vieux siècles ; ils paroîtroient dans une stérilité universelle d'ajustements. » Et un autre renchérit encore : « Les hommes et les femmes deviendroient d'effroyables créatures; il faudrait prendre congé les uns des autres et faire bande séparée; il faudrait dire adieu aux bals et aux assemblées où il n'y auroit plus rien d'éclatant que les lustres et les flambeaux ; il faudroit faire banqueroute au Cours, où Ton ne verroit plus que des grotesques et des épouvantails de chenevières : et il faudroit enfin se cacher à soi-même et casser toutes nos glaces de Venise, qui ne pourraient plus nous montrer que des réformés et des réformées, c'est-à-dire des objets fort maussades et fort ridicules. »

Peut-on imaginer une critique qui tombe plus à faux et qui ait moins le sens commun? Ce qui est pis encore, c'est l'excitation perpétuelle adressée aux marquis, aux courtisans, de recourir aux moyens violents pour punir Molière de ses moqueries. Robinet ne le cède à aucun autre sur ce point: « L'École des Femmes, fait-il dire à Lidamon, mériteroit tant soit peu répoussette, si l'on étoit moins débonnaire en France, d II serait à souhaiter, d'après un autre personnage et, c'est notez-le bien, un des défenseurs de Molière, qu'on fit payer au poète ses offenses: ou pourrait alors composer avec cet incident une pièce qu'on intitulerait: Zoile bourré ou le Beau Sexe vengé sur les épaules de Zoile.

La défense, dans cet ouvrage d'ailleurs curieux, est plus faible que l'attaque, et les défenseurs finissent par faire amende honorable et chanter la palinodie pour complaire à leurs maîtresses, de sorte qu'à la fin tout le monde est d'accord contre Molière. La chose serait assez bizarre, il faut en convenir, si Robinet avait entendu prendre le mot 'panégyrique au sérieux.

La Guerre comique ou la Défense de l'École des Femmes, par le sieur de La Croix (février 1664), est une apologie: Apollon, pris pour juge, prononce un arrêt en faveur de la pièce de Molière. Enfin, dans une comédie de Chevalier, intitulée les Amours de Calotin, en trois actes, en vers \ . le premier acte et la première scène du second acte forment une espèce de prologue où Molière est loué au commencement et un peu critiqué à la fin. Auger remarque justement qu'aucune pièce de théâtre, depuis le Cid, n'avait soulevé de telles controverses; c'est qu'en effet l'École des Femmes fut dans la comédie une œuvre aussi décisive et éclatante que le Cid dans le genre tragique.

Molière termine avec l'Impromptu de Versailles la lutte où sa personnalité était engagée. Il avait déclaré dans cette pièce qu'il ne se laisserait plus détourner, par de vaines querelles, des autres ouvrages qu'il avait à faire, et qu'il ne répondrait plus aux critiques et contre-critiques. Il resta fidèle à cet engagement. Quoique ses adversaires se fussent empressés de publier leurs satires, il ne fit même pas imprimer l 'Impromptu, qu'il considérait sans doute comme un ouvrage né de circonstances passagères et qui n'était pas destiné à leur survivre.

(1) Jouée sur le théâtre du Marais, et imprimée javec privilège du 30 janvier 1664.

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