XL INTRODUCTION
regards, sans inspirer de sympathie ; on résiste à son ascendant, car il ne peut satisfaire la raison, et rien en lui ne parle au cœur.
Ah ! si Jésus, le désespérant modèle, se fût ainsi présenté à la terre, certes le christianisme n'eût pas été fondé. Il voulait que le glaive restât dans le fourreau ; sa religion était toute de pardon et d'amour. Il ne cherchait pas à dominer les esprits par la terreur ; mais il fascinait les âmes par la douceur de son regard, l'affabilité de son abord, le charme de sa parole familière.
Les traits si accentués du caractère de Calvin se reflètent avec une rare fidélité dans son style. L'élégance et la souplesse lui font défaut, mais il est
INTRODUCTIOIV. XM
ferme, sobre, clair, correct, énergique et facile. Calvin dédaigne la grâce, la recherche, la couleur; et pourtant, sans qu'il s'en préoccupe, l'expression arrive juste, rigoureuse, incisive. Il écrit comme il agit, non pour plaire, mais pour persuader; sa plume est toujours une arme. L'influence de Calvin sur la formation de la langue française est évidente et incontestée, bien que ses livres, sauf peut-être X Institution chrétienne^ soient depuis longtemps devenus illisibles ; tous en effet manquent de cet idéal élevé, qui seul rend durables les œuvres de l'esprit. Calvin, si inférieur à Luther comme étendue d'intelligence, comme puissance de parole, finesse de sentiment, largeur de vues, fut, sans doute à cause de cela, un théologien de premier ordre. Sa pensée, incapable