‹ Vie de J. CalvinChapitre 53 sur 95 · Parce que · texte numérisé non relu

Parce que

en est-il?), mais pliistost de me lamenter avec luy de la mort de celuy qui nous a esté un commun père, et à luy et à moy : pource que je ne le puis ny le doy moins estimer mon père en ce que Dieu m'a enseigné par luy, que ce livre et tant d'autres, d'avoir esté escrits par luy-mesmes.

Je me lamenterav donc, mais ce ne sera sans consolation. Car ayant esgard à celuy duquel je parle, je l'auroye trop peu aimé vivant ici bas, si la félicité en laquelle il est maintenant recueilli, ne changeoit la tristesse de ma perte en esjouissance de son gain ; et auroye mal fait mon profit de sa doctrine tant saincte et admirable, de sa vie tant bonne et entière, de sa mort tant heureuse et chrestienne, si je n'avoye apprins par tous ces moyens à me soumettre à la providence de Dieu avec toute satisfaction et contentement. Ce-

pendant afin que toutes gens de bien qui luy ont porté amour et honneur, ou Tàyans veu, ou seulement leu de ses escrits et ouy parler de luy, ayent de quoy se consoler avec moy en Dieu de ceste perte, je leur ay ici mis par escrit en premier lieu quasi tout nuement et simplement l'histoire de sa vie et de sa mort, desquelles Tune et l'autre leur rafraischiront quant et quant la mémoire de sa doctrine ; et puis j'ay adjousté quelque brief discours sur certains poincts desquels on a tasché de v/ le diffamer. Or le tout servira par mesme moyen à fermer la bouche aux malins et mesdisans, qui abbreuvent de faux l>ruits et calomnies en cest endroit le simple peuple. Il est vray que les escrits dudit Calvin, et la réputation qu'il a acquise par l'espace de trente ans en çà ou environ, sont choses qui parlent assez d'elles-mesmes pour donner

crainte aux mesclians voulans inventer faux blasmes contre luy, et mesmes pour leur faire honte, s'ils en avoyent quelque peu de reste. Mais nous savons la malignité desbordée qui se monstre aujourd'huy en plusieurs, voire de ceux mesmes qui ont gousté la cognoissance de l'Evangile : assavoir qu'ils ne font nulle conscience de calomnier les fidèles, et blasonner* les serviteurs de Dieu; pource qu'ils treuvent gens qui font semblant de croire le tout, encore qu'ils sachent bien que ce n'est que mensonge. Finalement, ce sera aussi pour armer de response les simples qui sont abusez par faux rapports estans trop faciles à croire; et par cela sont destournez de lire les livres dudit Calvin. En somme , tous verront ici clairement que la vie d'iceluy monstre

i . Blâmer, diffamer.

que c'a esté un personnage que Dieu avoit suscité et marqué pour estre, par sa grande miséricorde, excellent serviteur en son Eglise. Lequel, quand bon luy a semblé, par le moyen qu'il luy a pieu, et au lieu qu'il a voulu choisir de sa pure et seule grâce, il a appelé ; et puis a conduit, fortifié, et armé d'une saincte persévérance jusques au jour de sa mort, pour édifier les siens par sa bouche et ses escrits, avec une vie conforme.

Or, pour plus grande facilité , je suyvray l'ordre du temps, touchant là où faire se pourra, les personnes et les lieux , sans lesquels les choses ne pourroyent estre entendues.

Je commenceray donc par la nativité d'iceluy, qui fut le dixième jour de juillet l'an 1509. Ce que je note, non pas afin de chercher en son horoscope les causes des evenemens de sa vie, et

beaucoup moins des vertus excellentes qui ont esté en luy, mais simplement pour le regard de V histoire. Et de fait, veu que luy-mesme a eu en telle horreur les abus qui sont en l'astrologie qu'on appelle judiciaire, qu'il a fait' un livre espres *, auquel il a monstre vivement par bonnes raisons, mais principalement par la parole de Dieu, que ce n'est chose à supporter en une Eglise chrestienne ou republique sagement ordonnée; d'autant que ce n'est que vanité et mensonge. Ce seroit luy faire tort, de lascher la bride à telles spéculations quant à sa personne. Seulement contentons -nous que Dieu , se voulant servir de luy au temps déterminé, l'a mis au monde le jour susdit.

1 . Àdvertissement contre l'astrologie qiion appelle Judiciaire et autres curiositez qui régnent ait' jourcChui clans le monde, 1549, in-8*^.

Ce fut à Noyon, ville ancienne et célèbre de Picardie.

lia eu quafre frères, assavoir Charles son aisné, lequel mourut en aage d'homme après la mort du père ; Antoine son puisné, qui est encores aujourd'huy vivant, et l'a tousjours accompagné depuis vingt et huit ans en ça ; et deux autres, dont l'un se nommoit aussi Antoine, l'autre François, lesquels moururent jeunes. Quant à luy, il fut nommé Jean, estant présenté au sainct baptesme par un chanoine de Noyon, dit Jean des Vatines. A ce propos parlant de son baptesme, et monstrant qu'il falloit distinguer et séparer ce qui estoit de la tradition des hommes, d'avec ce qui est de l'ordonnance de Dieu et de nostre Seigneur Jésus Christ, il disoit volontiers : « Je renonce le crème et relien mon baptesme. » Leur père avoit nom Girard Calvin, et estoit

natif d'un lieu près de Noyon, nommé le Pont TEvesque, mais avoit tousjours fait sa résidence en la ville de Noyon ; la mère s'appeloit Jeanne le Franc.

La maison estoit honneste et de moyennes facultez, et le père estant homme de bon entendement et bon conseil, estoit fort requis es maisons des seigneurs circonvoisins * . A raison dequoy son- dit fils fut tant mieux et libéralement nourri, aux despens toutesfois de son père, en la compagnie des enfans de la maison de Mommor ^ ;

i . Gérard Calvin fut successivement notaire apostolique, secrétaire de l'évéché, et promoteur du chapitre. Sa femme était aussi catholique très-zélée.

2. Un des membres de la famille de Mommort était parent de Claude de Hangest, alors évêque de Noyon. G. Calvin obtint que son fils suivrait avec les enfants de M. de Momiiiort les leçons de leur précepteur.

ausquels aussi il fit compagnie aux estudes à Paris * .

Là, entre autres précepteurs, il eut pour son commencement au collège de la Marche, M. Maturin Cordier% un fort bon personnage, de grande simplicité, et fort songneux en son estât. Lequel depuis a usé sa vie enseignant les enfans tant à Paris, qu'à Nevers, Bordeaux, Genève, Neufchastel, Lausanne, et finalement derechef à Genève, où il est mort ceste année 1564 en Taage de quatre -vingt cinq ans, instruisant la jeunesse en la sixième classe, trois ou quatre jours devant sa mort, qui fut le 8 de septembre. Depuis, ledit Calvin

1. Il arriva à Paris en août 1523, et descendit chez Richard Calvin , son oncle , qui était serrurier.

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