‹ Vie de J. CalvinChapitre 64 sur 95 · Reprenant · texte numérisé non relu

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garder à faire le devoir de leur charge autrement que par acquit. Mais à la fin Dieu y remédia, purgeant par divers moyens ceste Eglise de ceux qui ne valoyent rien, tellement qu'on a peu appercevoir le jugement de Dieu sur eux.

Calvin de sa part ne s'espargnoit nullement, travaillant beaucoup plus que son pouvoir et Tesgard de sa santé ne portoit. Car il preschoit d'ordinaire de deux sepmaines Tune tous les jours ', il lisoit chaque sepmaine trois fois en théologie ; il estoit au consistoire le jour ordonné, et faisoit toutes les remonstrances. Tous les vendredis en la conférence deTEscriture, que nous appelons la congrégation, ce qu'il adjoustoit après le proposant pour la déclaration, estoit comme une leçon. Il ne

defailloit point en la visite des malades, aux remonstrances particulières , et autres infinis affaires, concernansl'exer-

cice ordinaire de son ministère. Mais outre ces travaux ordinaires, ilavoit un grand soin des fidèles de France, tant en les enseignant, exhortant, conseillant et consolant par lettres en leurs persécutions, qu'en intercédant pour eux, ou procurant qu'on intercedast, quand il pensoit voir quelque moyen.

Cependant tout cela ne l'empeschoit point qu'encores il ne travaillas! en son estude particulier, et composast plusieurs beaux livres et fort utiles ; comme j'en toucheray maintenant aucuns, qu'il fit en ces premières années. Et puis par ci par là en la déduction de F histoire, noteray le temps auquel il fit les autres, selon le loisir qu'il avoit, ou qu'il voyoit la nécessité le requérir.

Ainsi donc Tan 1543, pource que la Sorbonne de Paris s'estoit portée jusques là, de faire des articles de foy à sa fantasie sans rien prouver, il composa

un livre, où il met de bien plaisantes probations de leur dire (et ils n'en eussent pas sceu trouver de meilleures, comme ils l'ont bien monstre en se taisant) et adj ouste, quant et quant à bon escient, le vray contrepoison qu'il faut opposer par la parole de Dieu à leurs erreurs et déterminations magistrales*.

Il recueillit aussi en ceste mesme année pour l'usage de l'Eglise de Genève, la forme des prières ecclésiastiques, avec la manière d'administrer les sacremens et célébrer le mariage, et un advertissement de la visite des malades ; comme aujourd'hui le tout se met avec les pseaumes accompagné d'une belle préface faite par luy-mesme, où il est parlé de l'usage de chanter en

1. Articull a Facultate théologie parisierisi determ'inati , super materiis fidei nostrx hodle controversis. Cum ant'idoto.

rassemblée publique de l'Eglise. Il mit semblablement en lumière un livre qu'il dédia à M. Philippe Melanch thon, l'ayant composé en peu de jours pour maintenir la pure doctrine del'Escriture à rencontre des calomnies d'un qui estoit estimé estre des plus grands supposts de la papauté : assavoir Albert Pighius, qui faisoit effort de soustenir le franc-arbitre des hommes*. L'an 1544, il composa un traitté Z)e la nécessité de reformer V Eglise^ fait par forme de supplication à l'empereur Charles cinquiesme, ensemble aux princes et Estats de l'Empire, assemblez lors en

1 . Defensio sanse et orthodoxœ doctrinae de servltute et liheratione humani arbitra, adversus calumnias Alb. Pighii. Albert Pighius fut mêlé avec un certain éclat à tous les débats théologiques de cette époque. Aucun controversiste n'a défendu avec plus de zèle les prétentions de l'Eglise romaine.

la ville de Spire*. Aussi, pource que le pape Paul III s'estoit aigri par une epistre, et avoit jette son venin contre l'empereur, de ce que voulant teuir l'Allemagne en paix durant la guerre entre luy et le roy de France, il avoit ordonné à Spire que cependant les protestans demeureroyent en leur estât, et qu'on n'innoveroit rien contre eux ; mais qu'à la première commodité il feroit tenir un concile pour résoudre des affaires de la religion : Calvin composa certaines Annotations sur V advertissement paternel du pape a V empereur ^, esquelles il monstre le grand zèle du

i. Supplex exhortatio ad invtctïssimum Csesarem Carolum V et illustrissimos principes aliosque ordines Spirœ mine Imperii conventum agentes, ut restituendœ Ecclesise curam serib velint suscipere.

2. Admonitio paterna Pauli III romani pontifiais ad invictissimiim Ceesarem Carolum V ^ quâ eum castigat qubd se Lutheranis prxbuerit nimis

pape, et comment il ne demande que confusions contraires à la parole de Dieu et d'oster toute bonne tranquillité d'entre les hommes, mesprisant Tautorité que Dieu donne au magistrat, et laissant cependant Rome estre tousjours Rome , et sa cour apostolique plongée en tout desbordement de vices.

La mesme année, il escrivit en françois contrôles anabaptistes et libertins *, lesquels livres depuis ont esté traduits en latin par M. Nicolas des Gallars.

L'an 1545, il fit un traitté comment l'homme fidèle se doit gouverner entre

facilem ; de'mde qiibd tiim in cogendâ sjnodo ^ tum in definiendis fîdei controverslis aliquid potestatis sibî sumpserît . Çum scholiis.

1 . JBriéve instruction pour armer tout bon fidèle contre les erreurs de la secte commune des anabaptistes. — Aux ministres de V Eglise de Neufchastel contre la secte fanatique et furieuse des libertins qui se disent spirituels.

les papistes, sans communiquer à leurs superstitions. Auquel est adjoustée une excuse contre les répliques de ceux qui se couvroyent faussement du titre d'estre nicodemites * , et Tadvis de M. Philippe Melanchthon, Martin Bucer et Pierre Martyr^. Item deux epistres dudit Calvin escrites Tan 1546', et Tadvis des ministres de l'Eglise de Zurich sur ceste matière , faict Tan 1549'.

Ce livre-la esmeut beaucoup de gens en France, qui auparavant estoyent en-

i . De vïtandls superstitionibus quae cum sincerd fidei confessione pugnant , una cum J . Calvini excusatione ad pseudonicodemos ^ cum duahus epistolis ad minlstros Ecclesiœ Tignrinx.

2. Il fut ajouté à la deuxième édition de l'ouvrage précédent.

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