‹ Vie de J. CalvinChapitre 67 sur 95 · Voyez la note, p · texte numérisé non relu

Voyez la note, p

composez par lui depuis son retour jusques au commencement de l'an 1549.

Lesquels qui considereroit ne se pourroit tenir d'entrer en admiration, comment ayant les empeschemens ordinaires du ministère, il pouvoit trouver le loisir de dicter tout cela, ou mettre la main à la plume pour l'escrire. Mais encore y a-il plus grand'matiere de s'esmerveiller, veu que cependant il n'estoit pas sans plusieurs autres grands destourbiers*. Je laisse ses maladies quasi ordinaires , et aussi qu'il a veu sa femme souvent malade quelques années avant qu'elle mourusf, comme outre son enfantement bien dangereux , depuis aussi, et l'an ià^5f4, elle fut griefvement malade, et traina plusieurs mois avant que revenir à quelque convalescence. Environ lequel temps aussi la

i. Embarras.

femme de Viret tomba en une longue maladie dont finalement elle mourut.

Je laisse aussi que Tan 1546, il fut long temps persécuté des hemorroides, jusques à avoir un bien mauvais ulcère en ceste partie-la , et lequel depuis lui est revenu par fois. Je laisse semblablement, que quand ses deux fidèles compagnons Farel et Viret ont eu de ce temps-la des affaires fascheuses en leur ministère, il a tousjours tasché de porter une partie du fardeau, comme aussi eux ont fait pareil devoir de fraternité envers lui. Mais mesmes en ces annéesla, il a eu souvent affaire pour empescher que la discipline ne fust enfrainte par des particuliers ; et a souvent veu les choses prestes à aller en grand desordre par la malignité, ou pour le moins dissimulation de ceux qui y devoyent remédier : ce qui le navroit merveilleusement, Mesmes les choses

en vindrent jusques-la,que le 16 de décembre 1547, un tumulte tendant à sédition civile s' estant esmeu au conseil des deux cens , il y entra à despourveu se jettant tout au travers des coups , et par sa présence appaisa les troubles * . Or tout cela estoit pour le rendre inutile à ses estudes', n'eust été qu'il reprenoit tousjours courage au Seigneur, et esperoit contre espérance de voir quelque fruict plus paisible et plus grand de ses labeurs mesme en ceste Eglise. Ce qu'aussi Dieu par sa miséricorde luy a donné à la fin , quelques années avant que le retirer de ce monde.

Cependant les années prochaines suivantes il eut encore beaucoup de difficultez, et grandes. Mais en continuant tousjours son train, faisant ce que Dieu

l. Il est fait allusion ici à la première affaire excitée par Amied Perrin et sa femme.

lui donnoit , et lui en remettant l'issue en bonne simplicité, il les surmontoit les unes après les autres. Or, combien qu'il eust desja suffisamment monstre qu'il ne dependoit pas des hommes ny du grand nombre , toutesfois je ne doute pas que Dieu ne l'ait voulu soustenir et accourager par la multiplication de cette Eglise. Car en peu de temps il a veu ici accourir de plusieurs pays, gens de diverses conditions, les uns pour l'ouïr comme à la desrobbée ; les autres , et en grand nombre, pour demeurer mesmes en ceste Eglise. Voire en sorte qu'on y prescboit non seulement en François et italien, comme encore cela dure aujourd'huy, Dieu merci, mais aussi en anglois et espagnol. Gest accroissement si grand de l'Eglise fut cause, que les estrangers venans ici demeurer dressèrent un ordre pour subvenir aux nécessitez de

leurs povres , afin que la ville n'en fust pas trop chargée. Mais outre cela, ceux de la langue Françoise, voyans le grand profit que feroyent les serinons de Calvin estans fidèlement recueillis et mis parescrit,tasclierentde trouver homme quieust ceste dextérité avec la promptitude d'escrire , auquel selon leur pouvoir ils baillassent gages suffisans. En qiioy Dieu bénit tellement leur saincte affection , que depuis quasi tous ses sermons ont esté escrits et sont bien enregistrez.

Environ ce temps-la aussi , on commença à faire estât de recueillir ses leçons, et les escrire ainsi qu'il les prononçoit.Vray est que plusieurs auparavant s'estoyent efforcez de ce faire, et es leçons et es sermons; mais ilsn'avoyent peu encore atteindre là que de recueillir le tout mot à mot. Tellement que ce qu'ils avoyent fait estoit plustost pour

en retirer quelques principaux poincts, que non pas pour suivre les propos d'un fil continuel. Neantmoins ce que ces premiers-la avoyent fait est bien digne de louange (desquels sont M. Nicolas des Gallars, François Bourgoing, et Jean Cousin, tous trois ministres du sainct évangile), veu que c'est ce qui a donné occasion aux autres de plus avancer, et par manière de dire amener la chose à sa perfection. Comme on peut bien dire que c'a esté un grand don de Dieu en M. Jean Budé, Charles de Jonviller et Denis Raguenier, de ce que par le moyen des deux premiers et de leur labeur gratuit, nous avons les leçons de ce bon serviteur de Dieu; et par le moyen du troisiesme, estant aux gages de la compagnie des estrangers, ses sermons. Ce qui sera cause que ci après je toucheray selon l'ordre des temps quels livres il exposoit en leçons

OU sermons; outre ce qu'il composoit, tant par forme de commentaire qu'autrement, et aussi ce qui estoit traitté en la congrégation les vendredis. Lequel récit sera par aventure trouvé long, mais non superflu, comme je croy ; car par là on cognoistra mieux comment le bon homme ne s'est donné nul relasche, que tousjours il ne s'employast à cultiver la vigne du Seigneur, et de diverses façons en mesme temps. Tellement qu'à bon droit et de fort bonne grâce, Wolphgang Muscule*, autres-

i . Wolfgang Musculus, un des plus célèbres hébraïsants de son siècle , était fils d'un tonnelier. Il entra à quinze ans dans un couvent de bénédictins, mais dut le quitter bientôt à cause de ses opinions. La misère le força alors à se faire tisserand, puis à travailler comme manœuvre aux fortifications de Strasbourg. Bucer l'employa en qualité de copiste. Il commença à quarante ans l'étude du grec et de l'arabe.

fois ministre en TEglise d'Auspourg, et depuis lecteur en théologie à Berne, disoit de Calvin , en usant d'une autre similitude, que c'estoit un arc tousjours tendu .

Ainsi donc , en revenant au fil de l'histoire, l'an 1549 mourut sa femme au mois de mars*. Au mois de may, lui et M. Guillaume Farel firent de compagnie un voyage à Zurich, afin de coucher par escrit un bon accord entre les ministres, pasteurs et docteurs de l'Eglise de Zurich, et ceux des Eglises de Genève et Neufchastel, touchant la nature, vertu, fin, usage et fruict des sacremens. Car combien que (comme

1 . « J'ai perdu l'excellente compagne de ma vie, écrivait-il alors à Viret, celle qui ne m'eût jamais quitté, ni dans Pexil, ni dans la misère; qui n'eût pas voulu me survivre. Tant qu'elle a vécu, elle m'a fidèlement aidé à remplir mon devoir ... «

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il a esté dit) il eust traitté de la matière de la Cène en telle sorte que nul n'a\ oit occasion de s'offenser contre lui; ce neantmoins Satan s'efforça, tant qu'il lui fut possible, de l'attirer en ceste contention, voire mesmes avec l'Eglise de Zurich, laquelle entre autres il a tousjours estimée et honorée. Mais ce fut en vain. Car au contraire ay ans en présence conféré ensemble, ils demeurèrent entièrement d'accord, et avec eux aussi toutes les Eglises de Suisse et des Grisons. Lequel accord un peu après fut imprimé en latin et françois, assavoir le premier jour d'aoust; et depuis en d'autres langues aussi, avec grande édification parmi tout le monde.

A son retour de Zurich, il se trouva mal d'une defluxion sur l'espaule, qui le fascha long temps; sans toutesfois qu'il delaissast aucune partie de son ministère , ou des escrits qu'il avoit

commencez. Geste année-la il preschoit les dimanches au matin l'epistre aux Hebrieux; et l'ayant achevée il print les actes des apostres, lesquels il commença à prescher à la mesme heure le dimanche 25 d'aoust audit an. Au sermon du soir les dimanches il preschoit les pseaumes, prenant seulement ceux qui n'estoyent pas encore traduits en rythme (car desja auparavant il avoit presché les autres), et en estoit au xl. Les autres jours de la sepmaine, il preschoit le prophète Jeremie. En leçons de théologie, il exposoit aux escoliers, ministres, et autres auditeurs le prophète Isaïe, qu'il avoit commencé de plus long temps. Les vendredis en la congrégation, on proposoit l'epistre aux Hebrieux; après laquelle on print les catholiques. Quant à ses escrits , la mesme année il mit en lumière son Commentaire sur

Vepistre à Tite^ et sur Vepistre aux Hebrieux * .

L'an 1550, au mois d'aoust, un prince et avec lui certains seigneurs de France revenans de Rome, passèrent par Genève, et ouïrent tout au long un sermon de Calvin, qui lors avoit un fort beau texte au 51* chapitre de Jeremie, verset 38 : Sécheresse sera sur les eaux de Babylone, car c'est la terre des images taillées, et se glorifient en superstitions ; lequel il déduisit d'une grande grâce, véhémence et simplicité, à sa manière accoustumée, sans ostentation.

Si tous ceux qui l'ouïrent alors en eussent fait leur profit, les choses iroyent mieux et plus paisiblement qu'elles ne font. Dieu leur fasse la grâce d'y penser plustost tard que jamais. Le

1, Commentar'ù in epistolam ad T'itum. — Commentarii in epistolam ad Hebrseos.

mesme an, ayant achevé de prescher Jeiemie, il prit les lamentations du mesme prophète pour les sermons ordinaires de sa sepmaine. Ce qu'ayant despesché, il commença Michée le 1 2 de novembre. Au reste il exposoit en Tescole le livre de Genèse, ayant achevé le prophète Isaïe ; et les vendredis en la congrégation estoit exposé T évangile selon sainct Jean. Geste année-la aussi fut imprimé son Commentaire sur les epistres aux Thessaloniciens * . Item ce beau livre intitulé Des scandales^ ^ où il monstre que rien ne nous doit destourner de nous ranger à Jésus Christ et à son Evangile, et d'y persévérer jusques à la fin selon nostre vocation ;

1 . Comme ntarius in utramque epistoïam ad Thessalonicenses .

2. De scandalis quiius hodie pleriqite absterrentur, nonnulli etiam alienantur a purd evangelii doctrind.

et que ceux qui font autrement, c'est par faute de vouloir bien cognoistre Jésus Christ.

Environ l'an 1551, fut mis en lumière pour la première édition, le Commentaire SUT' Isaïe * , recueilli soigneusement des leçons et sermons dudit Calvin par M. Nicolas des Gallars, lors ministre de ceste Eglise. Item, il fit imprimer son Commentaire sur les epistres catholiques"^ qu'on appelle. Quant à ses sermons ordinaires de sa sepmaine, il prescha quatre des petis prophètes, commençant Sophonie le 6 de février ; Osée, le second d'avril; Joël, le 5 de septembre; Amos, le 28 d'octobre.

Ceste année-la il receut une grande affliction des nouvelles de la mort de Bucer, qui deceda en Angleterre'.

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