‹ Vie de J. CalvinChapitre 89 sur 95 · Au lieu · texte numérisé non relu

Au lieu

Adieu, mon frère et tresclier ami, faites soigneusement nos recommandations aux frères N. N. N. et autres.

Le Seigneur vous tienne en sa protection avec toute vostre famille.

De Genève, ce 8 de mars.

Le tout vostre, Jean Calvin.

Parce que ce fidèle serviteur de Dieu dont la vie a esté descrite ci dessus^ en a remarqué lui mesmes beaucoup de circonstances bien considérables dans sa préface sur les pseaumes ^ qui pourront donner de la lumière à ce qui en a desja esté représenté ^ Von a trouvé à propos d y joindre Vextrait suivant.

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Extrait de la préface de M. Caîvin sur les pseawnes.

ÎL m'a beaucoup servi pour eii- ' tendre les plaintes que fait iDavid sur les maux intérieurs de l'Eglise , d'avoir souffert les mêmes ou semblables choses que lui, de la part de ses ennemis domestiques. Car je ne fai point difficulté de me mettre en comparaison avec lui en ce que j'ay eu de commun, bien que je sois extrêmement esloigné des vertus qui ont esclaté en sa personne ; et que mesmes en y aspirant avec beaucoup de peine et à petit pas, je me voye travaillé encore de vices contraires.

Quoi que la différence qu'il y a de moi avec lui ait tiré une infinité de gémisse-

ments de mon cœur, lors que j'ay leu les marques de sa foi, de sa patience, zèle, ardeur et intégrité, j'ai tiré neantmoins un profit considérable de voir comme dans un miroir les commencemens de ma vocation et la suite de mon ministère, pour recognoistre d'autant mieux que ce qu'a enduré cet excellent roy et prophète m'estoit proposé pour l'imiter.

Il n'est pas besoin de représenter de combien ma condition est inférieure à la siene; mais je puis bien dire que comme il fut tiré d'après les brebis et eslevé à la dignité royale, de mesmes Dieu m' ayant tiré de tres-petis commencemens m'a honoré d'une charge tres-illustre, me faisant héraut et ministre de son Evangile.

Comme j'estois petit enfant, mon père m'avoit destiné à l'estude de théologie , mais voyant que celle des loix

enrichissoit la pluspart de ses sectateurs, cette espérance lui fit changer de dessein ; de sorte que quittant la philosophie je fus contraint de m'attacher à la jurisprudence. Quoi que, pour seconder les volontés de mon père, je faisoye mes efforts de m'y appliquer tout de bon , il arriva neantmoins que Dieu par un secret ressort de sa providence me fit prendre une autre route.

En premier lieu, comme j'estois trop opiniastrement plongé dans les superstitions du papisme, pour me tirer aisément d'un si profond bourbier, par une conversion soudaine il ploya à la docilité mon esprit qui s'estoit excessivement endurci pour l'âge où j'estois. Et ayant eu quelque goust de la vraye pieté, je fus rempli d'une telle ardeur d'y profiter que, quoi que je n'abandonnasse pas mes autres estudes, je les poursuivois plus froide-

ment. Un an nes'estoit pas escoulé, que tous ceux qui tesmoignoyent quelque désir de la pure doctrine se rangeoyent pour apprendre vers moi, bien que novice et apprentif . Moi qui eslois de mon naturel moins fait au monde, avant tousjours aimé le loisir et l'ombre, ne cherchois que de me tenir caché. Ce qui me réussit si peu, que toutes les fois je croyois de treuver une retraitte à l'escart, je rencontrai comme une école publique. N'ayant autre intention que de passer ma vie dans mon loisir, et sans que je fusse connu; en fin Dieu m'a conduit en telle sorte par divers détours, que jamais il ne m'a permis de me reposer, tant que contre mon génie * j'ay esté tiré en une pleine lumière.

Ayant à ce dessein là laissé ma patrie, je m'en allai en Allemagne pour v trou-

i . Mes dispositions naturelles.

ver en quelque coin obscur le repos que je n'avois peu trouver pendant un long temps.

Et voici que demeurant incognu à Basle, comme les feux ausquels on condamnoit en France beaucoup de personnes pieuses, eurent donné beaucoup d'aversion aux Allemans, on sema pour la diminuer , des libelles pleins de faussetés et de malices, portant qu on n'en usoit si sévèrement qu'envers des anabaptistes et des hommes turbulens qui, par leurs rêveries maudites, renversoyent non seulement la religion , mais tout Tordre politique*.

Comme je voiois bien que l'artifice de qiielques courtisans n'avoit autre but, sinon que l'effusion cruelle du sang innocent de ces saincts martyrs fut comme ensevelie par l'opprobre

1 , Voyez page 25.

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dont on les chargeoit, et qu'à l'advenir ils pussent s'emporter à toute sorte de tueries sans miséricorde d'aucun; j'estimai alors que mon silence ne pourroit pas estre excusé de perfidie si je ne m'y opposois de toutes mes forces.

Ce fut ce qui me porta à publier Vlnstitutioji : premièrement, afin de décharger d'une injuste accusation mes frères dont la mort estoit précieuse devant Dieu ', et de plus, afin que comme les mesmes supplices pendoyent sur la teste à plusieurs povres fidèles, les nations estrangeres fussent touchées de quelque ressentiment de leurs maux, et en prissent quelque soin. Car alors je ne mis pas au jour ce grand livre, ce qui m'a cousté assez de travail, en la forme qu'il est aujourd'hui; mais ce n'estoit que comme un petit abbregé, et qui n'avoit autre but sinon de faire connoitre à tout le monde la foy de ceux

que je voyois déchirer méchamment par de certains flatteurs impies et perfides.

Ma prompte retraite de ce Heu là fit assez voir si je me proposoys de me mettre en réputation par ce moyen, puis que personne n'y apperceut que ce fust ma production. Je le dissimulai ailleurs, et j'en voulois user ainsi dans la suite; jusqu'à ce que je fus arresté à Genève, non tant par l'avis et la persuasion, que par Tadjuration estonnante de Guillaume Farel, comme si Dieu m'eust saisi alors du ciel par un coup violent de sa main.

La guerre m' ayant fermé le droit chemin pour aller à Strasbourg, je ne voulois que passer dans la ville en diligence, n'y séjournant pas plus d'une nuit.

Le papisme en avoit esté chassé* peu de

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