CALLOT
A TOVT L’VNIVERS ET A LA POSTERITE POVR LA GLOIRE PERPETVELLE DV ROY TRES CHRETIEN LOVIS LE IVSTE
Qii’on ne parle plus à l’honneur des Monarques et Souverains de ces prétendues merveilles du monde tant admirées de la vénérable antiquité; toutes ces représentations des Piramides. . .
(les sept merveilles sont énumérées) sont au-dessous de la digue de La Rochelle Que
tous ces entretiens cessent pour faire place à ce qui se voit sur cette carte. C’est La Rochelle que Callot, Lorrain de nation, vous représente. C’est ce monstre espouvantable d’hérésie et de rébellion qui avoir plus de cent testes que vous voyez enchaîné. . .
Mais enfin Louis XIII, appelé justement le Juste, duquel les moindres actions sont des merveilles véritables, l’an 1624, commença d’approcher cette orgueilleuse Babilonne, l’an 1627 la fist investir et assiéger par le Duc d’Orléans, frère unique de S. M. et finalement la prit. Le tout judicieusement entrepris par le Roy; soubz ses ordres, par la conduite et soin infatigable de ce grand Cardinal Richelieu, lieutenant-général de S. M. , soubz lequel le commandement d’icelle était séparé en trois, assavoir au Duc d’Angoulême et aux maréchaux de France de Bassompierre et de Schomberg. . .
La phrase s’arrête là, bien que les lignes soient préparées sur la planche pour recevoir la suite du récit. De qui sont ces textes si sonores ? Peut-être du D' Delorme : Ce fut lui qui, en attendant une solution, reçut en dépôt les planches, qu’il aurait achetées, rapporte Félibien, quoiqu’il rapporte aussi que le Roi récompensa dignement l’artiste de ce travail. Delorme mourut le 24 juin 1678, à 94 ans, ruiné par les procès et après avoir, à 86 ans, épousé une toute jeune fille. Il s’était dessaisi de ses collections, et sans doute avait-il cédé les deux Sièges à la maison de Richelieu où il semble qu’ils soient longtemps demeurés, jusque vers 1724. Ils figurent, en 1728, au catalogue de Fagnani qui les avait acquis, peu de temps auparavant, du graveur Laurent Cars. Ils entrèrent chez le Roi en 1730, pour en disparaître aussitôt. On les retrouve ensuite, dépourvus de leurs bordures, chez Audran, vers 1755, Ce graveur place une nouvelle légende au bas des estampes. Après avoir plusieurs
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fois été présentés au Cabinet du Roi et refusés, les douze cuivres furent enfin, le 25 février 1861, achetés 500 francs à M. le comte d’Épinay par la chalcographie du Louvre, où ils sont à présent conservés.
Les bordures avaient été détruites : séparées des planches, elles avaient été sciées de manière à dégager les huit petites images, quatre chacune, qu’elles portaient. De ces huit fragments de la marge, cinq se trouvent aujourd’hui chez M. l’abbé Renauld : trois proviennent de l’Ile de Ré et deux du Siège de la Rochelle. Il s’y trouve également une pièce dénommée Débarquement de troupes, un de ces cuivres délaissés par Callot, à la suite de quelque erreur de mesure ou de changement de plan : elle devait être destinée au Siège de Ré.
Callot, à n’en pas douter, était présent à Paris au moment de la déconvenue des sièges. Michel Lasne gravait à cet instant, au burin, un Douis XIII forçant le pas de Sw^, l’actualité du jour, mais qu’il n’eut la chance de placer qu’en, 1634. Callot lui fit à l’eau-forte un fond de tableau qui représentait le paysage alpestre de Suze. .Tacques conserva le dessin et en fit usage quand il entreprit le portrait du Maréchal d’Dfiat, ministre des finances de France, duquel il pouvait espérer l’indemnité promise par Marie de Médicis, mais considérée comme à peu près perdue.
Jacques Callot rentrait de Paris à Nancy, désappointé sans aucun doute : la gloire qu’il avait espéré retirer de ces deux grands Sièges, résultat d’une année entière de travail, lui échappait comme aussi les profits Plaie d’argent n’est pas mortelle, et Jacques avait assez de ressources pour être à même de considérer cette perte avec philosophie. Au surplus, il avait à donner quelque attention au partage qui se faisait de la succession paternelle. Des huit enfants survivants, sept étaient majeurs;seul, Henri n’avait pas encore vingt ans; mais, le 3 janvier 1631, imitant trois de ses frères et sa sœur Jeanne, il renonçait définitivement au monde : il entrait chez les Tiercelins. Le bénéfice de la chapelle de Bainville, dont il jouissait depuis six ans, passa à Jean, fils du frère aîné, qui allait avoir quinze ans dans cinq jours, et qui reçut la tonsure avec engagement de se consacrer, l’âge venu, à l’Eglise, engagement qu’il ne tint pas, du reste. Pour le moment, on l’envoya faire ses études au collège de Reims, d’où, en mai 1634, il dédiera à son oncle Jacques sa thèse de philosophie.
Il restait donc, pour le partage, le frère aîné Jean, qui avait succédé à la charge de héraut d’armes, et qui, grâce à sa femme, avait succédé à son beau-père de Flondres comme concierge du Palais ducal; Jacques, chalcographe de Son Altesse, et Marguerite Notaire, qui, elle aussi, venait d’obtenir une loge de concierge au Palais. Il doit exister aux archives notariales de Nancy un acte authentique de la liquidation paternelle. Des immeubles urbains, Jacques a dû hériter la petite maison, voisine de l’hôtel de Salm et du bastion de Vaudémont, et aussi la maison située entre la Carrière et la rue des Comptes. « L’hostellerie des Trois Rois» et le n" 80 actuel de la rue des Ponts allèrent dans un autre lot. Des immeubles ruraux, Jacques reçut le pavillon de Bainville-sur-Madon, s’il en faut croire une note trouvée aux papiers de famille de M. de Bouligny. La maison de Villers dut, dans ce cas, rester au frère aîné, à moins qu’il n’y eût d’autres immeubles plus considérables à partager, ce qui n’est pas probable. Marguerite Callot Notaire dut recevoir une grande partie des deux cents et quelques hectares de terre dépendant du pavillon de Bainville, car elle s’établit dans le village voisin, Xeuilly ou Cheuilly, où de ses enfiints sont enterrés dans l’église et où elle-même mourut, juste un mois après son frère Jacques, le 26 avril 1635.
Il existe, de cette époque même, une gravure faite par l’élève de Jacques, le jeune