‹ Vie de Jacques Callot, graveur lorrain, 1592-1635Chapitre 9 sur 35 · RECETTE · texte numérisé non relu

RECETTE

Envoi de Balbani , 9 juin 50 15

Envoi de Monfort, 30 juin 25 00

Envoi de Jan Bernard 60 00

Total 235 15

Jacques redevait donc à Balthazar Moretus la somme de 7 florins 14 sous.

Cette somme devait être couverte par les remises que l’imprimeur allait recevoir de Jean Morel (sans doute la même personne que celle lue Jan Martin, Jan Marin), le marchand d’estampes du pays, qui avait évidemment en dépôt les Vues de Idruxelhs de Callot.

Comme chaque Carte du Siège comportait un jeu de 4 tables, il faut en conclure que les 1,825 J2.bles imprimées suffiraient pour le tirage que Callot entendait faire de son œuvre, soit de 450 exemplaires environ.

D’après la lettre du 4 février, Jacques s’attendait à recevoir de la Cour le solde de ce qui lui avait été promis, 300 patacons ou écus, et envoyait procuration à cet effet. Le texte de cet acte, avec les détails du marché, doit se trouver dans les combles de la Cour d’appel de Nancy. A supposer que Callot ait reçu d’avance la moitié du prix convenu, le Siège lui aurait été payé 600 écus, soit 1,800 florins ou francs barrois, puisque Moretus attribue la même valeur aux deux unités : on arrive ainsi à près de 3,600 francs modernes, en poids, et peut-être 18,000 francs comme pouvoir actuel d’acquisition.

Le Siège de Bréduj par la multiplicité des détails et le fini de l’exécution, est une des plus belles œuvres de Callot; il est bien supérieur aux Sièges de Ré et de La Rochelle, gravés trois ans plus tard. Le marquis de Spinola n’a sans doute pas voulu poser pour l’artiste, de sorte que celui-ci l’a représenté le dos tourné. Par contre, Jacques s’est mis lui-même en scène dans l’angle gauche du bas de la planche, en compagnie peut-être de Jean-François Cantagallina. 11 prit probablement ses croquis par l’une de ces tempêtes qui, suivant Rubens, désolèrent la région cette année-là.

On peut voir sur ces six planches divers épisodes qui, groupés et présentés d’une autre manière, donneront, en 1632, cinq ans plus tard, naissance aux Misères de la Guerre.

Les cuivres passèrent chez Silvestre et chez Fagnani. Après le vol de 1730, ils reparurent, vers 1755, chez Audran, graveur du roi, aux Gobelins, qui remplaça les tables latérales de Plantin par une inscription gravée, à placer au-dessous de l’estampe. Ils sont aujourd’hui chez M. l’abbé Renauld, hérités du grand-père, M. Thiéry, à qui M. Leloutre les avait cédés vers 1853.

Pendant la courte absence de Cahot, d’assez graves événements s’étaient passés à Nancy. Le feu avait pris au Palais ducal : le mobilier sauvé avait reçu l’hospitalité chez Démet, soit à cause des relations intimes entre sa femme et la duchesse Nicole, soit parce que la « Romaine », que le peintre appelait son Louvre, offrait réellement beaucoup d’espace libre. Fait plus douloureux, la peste (choléra.^ variole.?), née en Orient, avait gagné la Hongrie, l’Allemagne, Metz, la Lorraine, apportée sans doute dans les bagages de gens de guerre. Fille pénétrait à Nancy, et, en dépit des ordonnances municipales qui prescrivaient l’expulsion, dans les vingt-quatre heures, des gens provenant de pays contaminés, le mal s’implanta dans la ville et pour des années. La Cour, la noblesse, la bourgeoisie abandonnèrent la capitale et se réfugièrent, çàet là, à Condé, à Gondreville, aux champs. On montre encore, à Bainville-sur-Madon, la chambre au nord où travaillait Cahot, et même l’armoire où il serrait ses planches et son outillage.

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Jacques Callot devait livrer à l’Infante 200 exemplaires du Sie^e de Bréda. Chaque exemplaire contenant 6 feuilles, il y avait à tirer 1,200 feuilles, besogne énorme, sans parler d’un tirage deux fois plus considérable pour les ventes qu’il devait espérer réaliser, puisqu’il avait commandé 450 jeux de tables. Suivant l’exemple que Thomassin lui avait donné, il s’attacha, comme il l’avait fait d’ailleurs à Florence, un apprenti qui fut François Collignon, alors âgé de 17 à 18 ans, l’âge qu’avait Jacques lorsqu’il entra lui-même chez le graveur troyen comme apprenti à Rome.

Et pendant qu’il correspondait avec Balthazar Moretus sur la forme à donner à sa table des matières en quatre langues, il était sollicité par les RR. PP. Cordeliers en faveur de leurs nouveaux saints, les 2^ Martyrs du Japon, que le pape Urbain VIII, Barberin, avait béatifiés le 14 septembre 1627 et dont le culte devait se célébrer à Nancy, pour la première fois, le 5 février 1628. En 1549, un jeune Japonais converti, à Goa, à la foi chrétienne était rentré dans sa patrie animé du zèle d’un néophyte, et ses efforts avaient été si heureux, qu’en 1584 une ambassade japonaise était venue à Rome rendre hommage à Grégoire XIII, composée des princes de Bungo, d’Arima et d’Orima, nouveaux chrétiens. Malgré un édit impérial qui interdisait la nouvelle croyance, les Franciscains Déchaussés de la province de Saint-Joseph envoyèrent aux Iles le R. P. Pierre Baptiste, commissaire aux Philippines, qui portait des lettres de Philippe III d’Espagne pour l’Empereur Fide Josu ou Taiko Sama, nommé par le dairi ou souverain ecclésiastique du Japon. Pierre Baptiste était accompagné de trois religieux prêtres et de deux frères lais. Arrivés à Miaco (Nikko.E) la capitale, la mission fut bien reçue, un traité fut conclu. La prédication s’étendit avec succès, car églises, monastères, hôpitaux s’élevèrent, non sans exciter la jalousie des bonzes du pays. En 1597, des persécutions en résultèrent et les six missionnaires furent enchaînés, promenés, les oreilles coupées, à travers maintes grandes villes et enfin crucifiés à Nangasaki avec dix-sept Japonais séculiers qui s’étaient affiliés au tiers ordre. Tel est le martyre que Callot représenta avec cette légende ;

Le Pourtraict des premier 23 irrartire mis en croix por la predicaon de la S. Foy au Giappon soubs l’Emp. Taicosam, en la cité i.le Mongasachi, de l’ordre des Frères mineurs observantin de S. François.

La planche est aujourd’hui chez M. l’abbé Renauld.

Le carnaval fut aussi fêté en 1628 qu’en 16275 mais, cette fois, sous la direction de Claude Démet qui ordonna et régla l’ordre et la marche des chars décorés à son goût. Aucune gravure ne fut d’ailleurs faite à cette occasion. Le 29 mars, Jacques et sa femme, Catherine, vont à Vandœuvres, non loin de Nancy, très près de Vil- 1ers : Georgeot, de Houdemont, baptisait son fils et le ménage Callot avait accepté le parrainage 5 l’enfant recevait le prénom de Jacques.

Les archives départementales, B 1465, mentionnent un payement fait au père de Callot, Jean, le héraut d’armes, pour 74 doubles grandes armoiries fournies aux funérailles de la duchesse Christine de Salm, mère de Charles IV, qui se firent aux Cordeliers. C’est la dernière fois que le nom du héraut apparaît aux actes publics.

Les travaux du fils ne sont pas, faute de dates, faciles à déterminer pour cette année 1628. Néanmoins, on peut croire que Jacques s’adonna, dès son retour d’Utrecht, à l’étude nouvelle de la manière de dessiner d’Honthorst et de l’art de traduire les contrastes et effets de jour et de nuit. Le Bénédicité serait donc du printemps 1628 : d’après Mariette, la planche aurait été recommencée deux fois, la première planche n’ayant pas donné satisfaction. Le cuivre est aujourd’hui chez M. l’abbé Renauld. Le Brelan est une autre tentative de ce genre à la Honthorst. Paul La Tarte, un artiste lorrain, peignait cette année à Pont-à-Mousson, dans le même goût, ses joueurs de cartes. S’inspirait-il de Jacques .t C’est probable. Mais il est certain que Jacques ne s’inspirait pas de lui, car il avait laissé à Bruxelles, l’an passé, cette esquisse même qui fut plus tard gravée par François Van den Wyngaerden, à Anvers. Parlant de cette estampe, P. -J. Mariette dit, dans ses notes de 1745, Callot s’est quelquefois plu à dessiner et même à peindi'e de ces scènes de nuit; il ajoute avoir vu chez le grand-duc, à Florence, un tableau du Brelan comme des quatre Bohémiens : la touche en était pesante et ne valait pas l’estampe. En indiquant sur ces deux estampes qu’il les achève à Nancy, Callot semble vouloir marquer qu’il les a préparées à Bruxelles d’où il revenait et où il a pu s’essayer à pratiquer cette manière de travailler.

Il est probable que Jacques aura cherché aussi, dès son retour, à s’exercer au pointillé et, dès lors, du début de 1628 serait V Enfant désus au ^ohe , composition o-vale où Marie, en demi-figure, tient dans ses bras son fils qui, d’une main, bénit et, de l’autre, porte le globe terrestre. La gravure est au pointillé et fort réussie. Elle n’est pas signée. Mais, dit Gersaint, l’estampe était dans la collection formée par Pierre Mariette, le père, du vivant de Callot; l’arrière-petit-fils, Pierre-Jean Mariette, la céda à M. de Lorangère, collectionneur émérite, qui en offrait un prix considérable.

Il existe aussi des tentatives de pointillé dans cinq pièces, signées après la mort de Callot, gravées, sans doute en 1628, pour une même suite. Quand elles parvinrent, en 1635, aux mains d’Israël Flenriet, celui-ci en fit, avec quatre autres estampes pieuses, un album, après avoir fait graver sur chaque planche une inscription latine

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avec traduction française et fait apposer une signature apocryphe du défunt. Ce sont X Adoration des Mages, une Sainte Famille, une ^résurrection , une Assomption , une Conversion de saint Paul. De ce Saint Paul, le dessin au crayon noir est au Louvre sous le n" 12513 : il y figure un batteur de tambour qui avait déjà paru dans le Coîiihat a la barrière, à V Entrée de M, de Macey. Au même album, Henriet plaçait un crucifix qui est simplement indiqué au trait, mais qui n’a jamais été modelé ou ombré. Le dessin, grandeur d’exécution, au crayon noir, en est au Louvre, sous le ii" 1782 du nouveau catalogue GuiflFrey. Ce crucifix, qui a la même largeur que les autres pièces du recueil, mesure un centimètre de moins en hauteur : il a servi de modèle à Jean Valdor en 1628, l’année même que ce graveur liégeois vint se fixer à Nancy.

L’histoire ne dit pas qui attira Valdor en Lorraine j mais, dès qu’il y arriva, il fut le bienvenu. Jacques Callot lui faisait bon accueil, puisqu’il lui donnait cette épreuve de son crucifix au trait, que le Liégeois allait décalquer sur cuivre et graver, en attribuant au Lorrain le mérite de l’invention : la date de 1628, sur un petit caillou, est tellement microscopique, selon les habitudes de Valdor, qu’on a pu s’y méprendre et lire 1608 j argument qui a été invoqué pour établir que, dès 1608, Jacques Callot était artiste. Claude Déruet n’était pas moins obligeant pour le nouveau venu, car, le 9 avril suivant, 1629, il sera, à Saint-Sébastien, parrain de son fils Roch. Mais le duc Charles IV se montra réellement prodigue : il lui attribua une pension de 600 francs barrois par mois, outre une indemnité de mobilier de 200 francs. Valdor, ciseleur de son état, avait une spécialité fort appréciée d’un prince guerrier : il ciselait l’armure à la perfection j ses casques, ses hausse-cols, ses cuirasses étaient des œuvres d’art. S’il pouvait être, dans un sens, le rival de Callot, il ne semble pas avoir été considéré comme tel. L’arrivée de cet artiste complique certainement les termes du problème suivant.

Il était alors beaucoup question d’une statue équestre que, depuis 1608, on devait élever à Charles III dans la Nouvelle Ville. Callot et Déruet furent, avec Siméon Drouin et Jean Leclerc, désignés par le conseil municipal pour surveiller l’œuvre confiée aux fondeurs, les frères Chaligny. On esquissait beaucoup de princes à cheval. Et il existe, de 1628, un portrait équestre, gravé, de Charles IV^: à qui doiton l’attribuer.? à Déruet .? à Callot.? à Valdor.? A Déruet, conclut-on, puisque sur un des états ultérieurs de l’estampe, on voit le monogramme OC du peintre et qu’on n’a jamais vu de signature sur les autres états. Et pourtant on doit se demander comment un peintre a pu, au deuxième essai, — car on ne connaît jusqu’alors de lui qu’une eau-forte, la Carrière, faite au compas et à la règle, — arriver à un tel résultat. A n’examiner que la lettre, on reconnaît vite dans le texte les J de Callot et les t qu’il barre d’une manière toute à lui. Il est permis de penser que, le prince devant être sollicité pour quelque faveur, — Déruet allait réclamer sa pension, qui ne lui avait pas été payée depuis trois ans, — les deux collègues et amis se seront entendus pour ménager au duc cette surprise dont Déruet attendait un eflPet précis.

Celui-ci aura fourni le dessin, laissant à Jacques la gravure j peut-être même aurat-il ajouté tel coup de pointe qui aura mis sa conscience en repos. Les collaborations ne sont pas rares entre artistes, et bientôt Callot s’associera à Michel Lasne pour l’exécution d’œuvres communes où un seul des deux graveurs aura la signature, celui qui prétend à la récompense : ainsi les S/?^es de Ké et de L,a Rochelle où Lasne se chargera des portraits de Louis XIII et de Gaston d’Orléans, sans en souffler motj de même, le Vortrait de Lou/s XIII où, au contraire, Lasne signe seul, alors que Callot grave, sans être nommé, tous les fonds.

D’après les archives (B. loi , fol. 52) de Nancy, le 2 septembre 1628, Jacques prit un permis de chasse : la forêt de Haye touche à la villa de Villers où les Callot vont l’été (voir fig. 7). Le 10 octobre, il était à Nancy et tenait sur les fonts, à Saint-Epvre, Jacques, fils de Gilles Silvestre et d’Elisabeth Henriet. C’était un frère, plus jeune de sept ans, d’Israël Silvestre, le futur graveur, et par conséquent neveu lui aussi d’Israël Henriet, le peintre qui depuis 1621 travaillait, à Paris, à la décoration du Luxembourg sous Duchesne. Jacques eut pour commère Philippe Barrois, épouse de Machon, secrétaire du duc.

La duchesse de Chevreuse avait quitté Nancy, au milieu de septembre, autorisée à rentrer en France. On voit à l’œuvre de Callot une Vandore qui pourrait dater de ce temps, à en juger par la signature et par le sujet. A cause de la mise en scène, qui rappelle beaucoup, par ses rochers, le Saint dean de Vathmos, Mariette pense, étant donnée l’habitude de Callot de répéter à une même époque tel ou tel motif auquel il prend goût, que les deux estampes sont contemporaines. Il est certain que la mythologie, encore en honneur à Florence, était lettre close à Nancy. La Pandore s’inspire de la Luxure des Sept Pêchés capitaux, qu’elle copie. Toutefois la signature n’est plus florentine, elle est française} et la formule qui l’accompagne. In et Fec., est bien du temps où la duchesse semait l’infortune dans les ménages et le pays où on la recevait. Comme piquant contraste, voici Callot gravant un frontispice pour les aKe^ks de la Congregatio Nostre Dame, érigée au collège des RR. PP. Jésuites de Nancy, soubz le titre de son Immaculée Conception». L’œuvre est anonyme. En 1860, Meaume constatait qu’il s’en vendait des épreuves modernes, sans savoir où le cuivre pouvait être abrité.

De France arrivait, en novembre, la nouvelle de la prise de la Rochelle où Louis XIII était entré le 28 octobre : les protestants étaient soumis } les difficultés à l’intérieur allaient cesser} contre qui le Roi tournerait-il ses armes.? Depuis un an, depuis la mort du dernier duc de Mantoue, Vincent II, la situation européenne devenait inquiétante. Bien peu de voisins du duché italien étaient disposés à laisser le duc de Nevers, héritier légitime comme cousin du défunt, mais Français, prendre possession de l’héritage} le duc de Savoie, le gouverneur du Milanais pour l’Espagne, l’Empereur comme suzerain, avaient des prétentions. Charles IV de Lorraine ne pouvait rester étranger aux combinaisons politiques qui se formaient. Sa femme,

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la duchesse Nicole, était, par sa mère, Marguerite de Gonzague, la nièce même de Vincent II et avait des droits réels, ne fût-ce que sur le domaine privé du défunt.

La Lorraine était bien placée pour gêner le Roi de France s’il s’avisait de se mêler encore des choses italiennes. Au surplus, il y avait différend entre les cours de Paris et de Nancy, quant à la valeur du coup d’Etat du 15 novembre 1625.

Le litige amena Charles IV à faire un appel sérieux au talent de son chalcographe officiel. Jacques était doublé, par son père, d’un généalogiste en titre, et nul doute que Jean, le héraut d’armes, n’ait préparé le dossier de famille qui servit à Jacques pour graver XA.rbre généalogique de Lorraine j œuvre énorme qui, les trois planches réunies, mesure plus de deux mètres de hauteur. Rien d’artistique dans cette réprésentation botanique d’un grand pommier où pendent, comme autant de fruits, des ronds portant les noms des issues successives de la famille, tandis qu’assis au pied, tout pensif, le vieux Pharamond semble se demander pour quel service on le rappelle à l’existence. Naturellement, le rameau-maître, au sommet de l’arbre, est celui de Charles j le rameau de la pauvre Nicole est si faible qu’il ne tient que par le lien conjugal. Un mandement du 23 juin 1629 accorda 300 francs barrois à Jacques pour ce travail de deux mois au moinsj mais l’œuvre et les planches disparurent aussitôt de la circulation. Pourtant deux épreuves s’en rencontrent à Nancy, l’une au Musée lorrain du Palais ducal, l’autre à la collection de Callot de la bibliothèque municipale. Il doit s’en trouver un exemplaire, en compagnie du dossier, dans les archives de la Maison d’Autriche, descendante de la Maison de Lorraine. Louis XIII, après avoir fait une entrée triomphale à Paris, le 23 décembre 1628, s’était presque aussitôt dirigé, par Troyes et par Dijon, non sur la Lorraine, mais sur la Savoie; il s’était montré à Suze, le 8 mars 1629, et le calme s’était à l’instant rétabli chez les ennemis de Mantoue. De là, il avait dû marcher contre les mécontents du Languedoc que l’Espagne agitait afin de diminuer d’autant le danger d’une invasion du Milanais.

L’attention de Jacques se portait depuis quelque temps sur Paris, et voici pourquoi : ses V'ues de Bruxelles, qu’il avait mises en vente à Anvers, lui rapportaient quelques bons florins, sans parler de ce qu’il pouvait en retirer de Bruxelles même. Ses tirages à la presse terminés, il avait maintenant un stock considérable de Sièges de Bréda dont il n’était pas facile de se défaire à Nancy : le marché y était trop étroit. A Paris, au contraire, la vente serait considérable, espérait-il. Et il se décida au voyage, non sans avoir au préalable achevé, dans un cartouche supporté de chaque côté par un Génie, les A.rmoiries de Lorraine et gravé les Armoiries de Nicolas-François , frère de Charles IV, comme frontispice du pieux ouvrage de frère Thomas, de Rouen : «de l’Institution et progrès des Religieux», in-quarto paru, en 1629, chez Antoine Chariot, à Nancy.

Le coche Doublet se prenait à Toul ; il en coûtait 12 livres et 4 jours pour se J acques Caixot.

rendre à Paris. Le coche d’eau de Châlons mettait autant de temps à descendre la Marne ; mais on ne payait que 6o sous.

Le départ dut avoir lieu avant la seconde moitié de juin, car, le 23 juin, Callot n’est plus à Nancy et n’y signe pas le reçu des 500 francs que le Trésor lorrain lui devait pour la généalogie ducale. Il se trouvait sur les bords de la Seine durant les grandes chaleurs de l’été, juillet et août, car ses Vues de Par/s montrent les chevaux prenant leur bain en rivière. En septembre, il était de retour au logis, comme on le verra plus loin par une lettre de Voiture. Quant à l’année, 1629, elle est indiquée par le portrait daté que Michel Lasne fit à Paris de l’aquafortiste nancéen. D’après les confidences qu’il a reçues et dont la source se révèle d’elle-même, Félibien dit de Callot : «Lorsqu’il demeurait à Paris, il logeait avec son ami Israël au Petit-Bourbon.» Jacques venait d’être, à Nancy, le parrain de Jacques Silvestre, neveu d’Henriet, et il pouvait naturellement rendre à son compatriote la visite que celui-ci lui avait faite au Palais des Offices en 1619. Henriet, lui aussi, occupait un palais, le Petit-Bourbon, bâti au bord de la Seine, entre le Louvre et Saint-Germainl’Auxerrois, là où est le jardin de l’Infante aujourd’hui. François F‘‘ l’avait confisqué sur le connétable de Bourbon, à la trahison de celui-ci. Depuis lors, la chapelle, la salle des fêtes, servaient à maints usages publics, à maintes solennités : on y avait tenu les États généraux 5 on allait y établir le théâtre italien avant d’en faire le garde-meuble royal. Les communs avaient sans doute été tranformés en logements, et Henriet avait posé là ses pénates. L’endroit devait être gai, ensoleillé, à en juger par les croquis que Callot prit de ses fenêtres : Vue du Pont-Neuf, en amont (voir pl. X), Vue du Louvre, en aval, avec joutes nautiques données par les bateliers, à la Saint-Pierre, â la Saint-Louis. Un dessin de celle-ci, au fusain, se trouvait dans la collection de M. de Jullienne en 1767; un dessin du Pont-Neuf, à la plume, figurait dans celle de M. Alfred Sancède. Les cuivres, qui furent gravés à Nancy, après le retour de Jacques, se conservèrent chez la veuve, Catherine Kuttinger; il passèrent ensuite chez Silvestre, chez Fagnani. Après le vol de 1730, ils reparurent chez N. Bonnart, rue Saint-Jacques, à l’Aigle, si retouchés, qu’on se demande s’il ne s’agit pas de copies. M. Leloutre les a ensuite longtemps possédés.

Mais Callot était venu à Paris attiré moins par l’art que par les affaires, et il est à croire qu’il se rnit au plus tôt en relations avec les éditeurs parisiens. Il alla chez Tavernier, à l’Epi d’or, dans la cité, en face la Mégisserie, et y acheta ou y reçut en cadeau le Plan cavalier de Paris que Méryan (l’auteur de la Pompe funèbre de Charles III, de 1610) avait gravé en 1617 et que Tavernier venait, en 1628, de copier et de rééditer. Ce plan, qui porte l’ex-libris autographe de Callot, orne aujourd’hui un des murs de la Bibliothèque municipale de Paris, rue de Sévigné. Mais cet ex-libris n’indique nullement que Callot a gravé l’œuvre, comme on le ht ues où le plan de Paris de 1628 est dénommé «

L’artiste lorrain visita sans doute Pierre Mariette, le fondateur du magasin de la rue

plan de Callot».

dans certains catalog

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Saint-Jacques a l’Espérance; car la tradition de famille veut que X Enfant ié sus au ^obe , pièce anonyme au pointillé, extrêmement rare, ait été donné par Callot même à ce libraire pour la collection de gravures qu’il s’était mis à former. Cramoisy, la veuve Camusat, reçurent sa visite. Mais Callot ne fit d’arrangement avec aucun des éditeurs du temps, Huret, Boudan, Sonnius, de la rue Saint-Jacques, Farge, du Palais, Briot, Jean Le Clerc, de la rue Saint-Denis, et ce fut Henriet qui obtint le contrat. Défiant sans doute, comme il devait l’être après avoir entendu cent fois Thomassin se plaindre de son éditeur Turpin, il crut plus sage d’adhérer à la proposition qu’Henriet lui fit de se charger de son dépôt et de ses ventes à Paris. Henriet a dit à Félibien que Callot s’était engagé à publier chez lui tout ce qu’il produirait dorénavant, contrat assez invraisemblable ou qui n’aura été tenu qu’en partie, car bien des gravures exécutées par Jacques, depuis lors, ne passèrent pas par les mains d’Henriet.

Avec quels artistes du monde de Paris Callot lia-t-il connaissance pendant son séjour au Petit-Bourbon L’histoire ne l’a pas dit jusqu’à présent. Henriet le mena au Luxembourg où il travaillait au palais, non plus sous Duchesne, qui était mort en 1627, mais sous Philippe de Champagne, rappelé de Bruxelles en janvier 1628, et marié, en novembre, à la fille de ce peintre. Simon Vouet, rentré depuis deux ans d’Italie, était alors le maître à la mode, au Louvre; mais il n’était ni la modestie, ni l’afFabilité mêmes. Henriet n’était peut-être pas non plus l’introducteur le plus favorable. En tout cas, une amitié surgit qui se montra des plus chaleureuses, celle de Michel Lasne, le buriniste normand. Michel avait 34 ans, trois ou quatre ans de moins que Jacques. De Caen, où son père était orfèvre, il était allé étudier à Anvers, à Bruxelles, et n’était établi à Paris que depuis quatre ans. Il s’était, avec sa jeune femme, installé rue Saint-Jacques, près Saint-Benoît, aux abords de Cluny. Il s’enthousiasma pour le lorrain et tint à graver son portrait, sous lequel il fit placer, en latin, l’éloge le plus merveilleux qu’on pût lire :

Voici le miracle de Part et de la nature. Celui qui dessine et grave en petit sur le cuivre tout ce que la nature a fait de grand et le rend même, par l’habileté de sa main, plus parlait encore. C’est avec raison qu’on le croit héritier des idées divines.

Le portrait est daté de 1629 et déclare que Jacques est âgé de 36 ans. Les relations de Lasne et de Callot durèrent au moins quelque temps et conduisirent à une collaboration commune.

L’aquafortiste Abraham Bosse, qui plus tard dessina le tombeau de Callot et termina ses œuvres inachevées, fut en relations avec Jacques, qui lui donna même une provision de son vernis.

Lucas Vorsterman, le buriniste d’Anvers, se trouvait lui aussi à Paris en ce moment : il devait, à quelques années de là, traduire sur cuivre le beau portrait que Van Dyck avait fait de Jacques à Bruxelles; il s’occupait alors du portrait de Peiresc. Il ne ressort pas que les deux artistes se soient rencontrés. Du reste, Callot ne dut

pas rester, cette fois, longtemps en France. Il y avait atteint son but, c’est-à-dire trouvé un débouché pour son stock de Sie^es de Bre'da. Il fut bien question de travaux supplémentaires et, de fait, la vue du Siège de Bre'da sur une aussi grande échelle dut amener, surtout durant les dîners de la rue Saint-Jacques, chez Lasne, la conversation sur une représentation de la prise de la Rochelle, sujet que Lasne avait déjà traité, mais au burin et en petit. Ces propos ne furent que des germes jetés alors, qui prirent racine et donnèrent bientôt des fruits. De ce séjour à Paris, Henriet gardait une eau-forte de Callot, le Passage de la Mer Kouge (allusion biblique au passage des Alpes par Louis XIII .ï^), sur laquelle il fit plus tard placer une inscription latine, une signature — apocryphe, — une date. L’inscription, comme celle du portrait de Lasne, est du pur Henriet. Tout y est au superlatif :

Cette gravure sur cuivre, tablée d’une manière exquise de la pointe même de Jacques Callot, noble lorrain, a été, œuvre parfaite (^perfectissimum) , donnée en cadeau à Israël Henriet, son meilleur et son plus sincère ami.

La planche, disparue avec la collection Fagnani en 1730, reparut vers 1766 chez la veuve Vincent, Marie de Bury, rue Saint-Jacques, près Saint-Benoît. Elle s’imprima ensuite chez un autre éditeur, mais elle était alors à peu près usée.

Sous la date 1629, il existe une gravure, dite de Callot, qui a prêté à bien des controverses. Elle ne paraît pas être de Jacques et doit, selon toute vraisemblance, être attribuée pour le premier plan à Stefano délia Bella, pour le fond à Israël Silvestre. On la nomme Marché des Esclaves ou encore Petite Vue de Paris. Quand on parcourt l’œuvre de La Belle, on reconnaît vite, surtout dans les séries de «débarquements», le goût qu’il avait pour ces rivages de Livourne oii, à l’abri d’une tour à droite, d’un fortin, à gauche, muni de canons et pourvu d’un escalier, voyageurs exotiques. Indiens, Turcs en turbans avec aigrette, débarquaient, eux, leurs perroquets, leurs singes, leurs ballots, leurs barils. En 1644, de La Belle, arrivé depuis quatre ans de Florence à Paris, travaillait, rue de l’Arbre -Sec, chez Henriet, qui avait laissé la peinture définitivement et cherchait dans le commerce des estampes une fortune après laquelle il courait depuis un quart de siècle, sans l’avoir jamais atteinte. Callot lui avait ouvert cette voie nouvelle. Il y a, de La Belle, en cette seule année, une douzaine au moins de rivages maritimes, presque semblables au Marché des Esclaves, sans parler d’autres embarquements du même style qui parurent chez Ciartres un peu plus tard. Le premier plan, qui a été longtemps imprimé tel quel, avec un trou dans le fond figurant le vide de l’Océan, est sans conteste de La Belle. C’était une planche sur laquelle de La Belle n’avait pas eu le loisir, lorsqu’il s’en sépara pour aller travailler ailleurs, de placer les navires et barques qui devaient la remplir.

Vers 1654, Israël Silvestre rentrait en France et à Paris de son troisième voyage d’Italie : il avait, lui, la spécialité des Pont-Neuf. Son oncle, retrouvant le cuivre inachevé de La Belle, en fit garnir le fond d’un Pont-Neuf fantaisiste à trois arches.

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avoisiné de maisons des champs : de cette collaboration résulta une estampe truquée qui peut, au premier abord, faire croire à une vue de la Seine prise de la rive droite, à l’angle des Tuileries. La tour de droite peut sembler une Tour de Nesle, le fortin de gauche peut paraître une Porte-Neuve, l’océan de La Belle devient la douce Seine qui passe alors au sud de la Tour de Nesle. Comme les Callot étaient alors en grande demande, l’estampe reçut le nom apocryphe de Callot — sans le prénom, ce qui décèle la fraude — et, pour qu’il n’y eût pas de doute, on plaça la date de 1629, vingt-cinq ans en arrière, date du portrait de Michel Lasne, ce qui devait prouver que la pièce était authentique. Le dessin en contre-partie de La Belle est au Louvre (n" 1776-Guiffrey), dans ce qui s’y trouve de l’album de Mariette : un navire y figure à la place du Pont-Neuf; anonyme, il a été, à cause des données de l’estampe truquée, attribué à Callot. Le cuivre a suivi le sort de la collection Silvestre : aux derniers tirages, il était chez la veuve Vincent.

Jacques, après une absence de deux mois, a dû rentrer à Nancy vers la fin d’août, assez à temps pour fêter en famille l’anoblissement de son grand-père et parrain Jacques Brunehaut. Il était bientôt suivi d’un Parisien de marque, qui n’était autre que le frère du Roi, Monsieur ou Gaston , duc d’Orléans. Le jeune prince — il avait eu 21 ans le 25 avril précédent — était très mécontent de la Cour : son frère, sa mère s’opposaient au mariage qu’il voulait contracter avec Marie de Gonzague ; le cardinal de Richelieu le tenait plutôt à l’écart, comme il tentait, à ce moment même, de détacher Louis XIII de l’impétueuse Marie de Médicis, de manière à rester seul ministre et seul conseil auprès du faible monarque qu’était le fils aîné de Henri IV. Les ennemis du cardinal — et ils étaient nombreux — agissaient sur Gaston , leur espoir, pour le cas où Louis XIII, qui n’avait pas d’enfant d’Anne d’Autriche, viendrait à disparaître. Après avoir boudé six mois à Montargis, pendant que le Roi et Richelieu luttaient dans le Midi, il se décidait, à la veille du retour de ceux-ci à Paris, à se retirer à Saint-Dizier le 28 août, et à passer de là en Lorraine où Charles IV lui promettait bon accueil.

Toute une cour l’escortait : Puylaurens, qui le dominait de son habileté; Le Coigneux, le chancelier, qui était censé servir de mentor; Cosme Savary, marquis de Maulevrier, qui était maître de la garde-robe, le même qui était venu au monde à Rome, à l’ambassade de France, au moment où Callot y arrivait en 1608 ; Léonard Goulas, secrétaire des commandements, et son jeune cousin, Nicolas Goulas, attaché à la Chambre; MM. de Vaugelas , de Marillac, Gournay de Froville, comte de Brion, gentilshommes de la Chambre; le «S'’ Voicture, conducteur des ambassadeurs», disent les comptes de Gaston de 1629, conservés à la Bibliothèque de l’Arsenal; Julio Donabella, le peintre, sans oublier le D'' Charles de l’Orme, dont la nomination comme premier médecin de Monsieur est du 17 août 1629.

Sous cette invasion, la capitale de la Lorraine s’anima : on n’entendit plus parler que de jeux, de fêtes, de dépenses, de duels. Le P. Husson rapporte que le prince

et M. de Maulevrier passaient régulièrement deux heures par jour chez Cahot, à le regarder travailler ou à apprendre de lui à dessiner. Toutefois il ne ressort pas des comptes de Gaston qu’il ait rien dépensé pour ce nouvel ami, de seize ans son aîné. On J trouve les dépenses les plus variées chez nombre de fournisseurs de la ville. La note de l’apothicaire Claude Socourt s’élève, le 25 septembre, à 790 livres pour du «sirop d’escorce de citron et d’anis de Verdun». Démet avait pour beau-père Jean de Saucourt, seigneur de Saxon, apothicaire de Son Altesse. Jean-Claude Braconnier reçoit, pour un petit livre de litanies en lettres d’or, 60 livres; Jean Appier- Hanzalet, le buriniste, pour un livre d’artifices, 50 livres; Jean Valdor, graveur en taille-douce de S. A. de Lorraine, 75 livres.

Mais voici un souvenir de Voiture qui prouve que Jacques était alors, à Nancy, une des célébrités locales. C’est une lettre qu’il écrit à la marquise de Rambouillet, Catherine Pisani, née à Rome le 16 décembre 1588, et au père de laquelle, alors ambassadeur de France, Thomassin dédiait une estampe à cette occasion. Voiture signe sa lettre du nom de Cahot en y joignant un livre de gravures de l’artiste. Il ne date pas, mais une lettre suivante est du 23 septembre, et l’auteur y dit qu’après avoir passé par Épernay, il est à Nancy depuis huit jours.

Madame,

De tant de différentes imaginations que mon esprit a produites, la plus raisonnable que j’ay eûe est celle de vous présenter ce livre à vous. Madame, qui excellez sur toute autre en cette partie de l’âme qui fait les Peintres, les Architectes et les Statuaires, et qui la défendez par votre exemple du blâme que l’on luy donne de ne se trouver jamais en éminence avec un parfait jugement. Car, outre cette grande lumière d’esprit qui vous fait voir d’abord la vérité des choses, vous avez une imagination qui mieux que toutes celles du monde en sait discerner la beauté. Et comme il n’y a personne aujourd’hui qui ait tant d’intérêt que les choses parfaites soient estimées, il n’y en a point aussi qui les sache louer si bien que vous. C’est vous flatter bien modestement. Madame, que de dire que vous les savez connoistre puisque je pourrois assurer que, quand il vous plaît, vous les savez faire en perfection. En effet, il est arrivé beaucoup de fois qu’en vous jouant vous avez fait des dessins que Michel Ange ne désavouerait pas. Et de plus on peut vous vanter d’avoir mis au monde un ouvrage qui passe tout ce que la Grèce et l’Italie ont jamais vu de mieux fait et qui pourrait faire honte à la Minerve de Phidias. Il n’est pas difficile d’entendre que c’est de Mademoiselle /otre fille que je veux parler, en laquelle seule on peut dire. Madame, que vous avez fait plusieurs miracles. Mais il faudrait une main plus hardie que la mienne pour entreprendre de représenter ce qui est en vous et en elle, et je ne le pourrois pas en un gros livre, moi qui sais mettre dans une feuille de papier des armées toutes entières et y faire voir en leur grandeur la mer et les montagnes. Je me contenterai donc de me dire avec beaucoup de respect et de vérité que je suis. Madame, vostre

Jacques Callot.

Ce pauvre Voiture, qui se martehe évidemment l’esprit, à 31 ans, pour exprimer des choses gracieuses, aurait été bien aimable de dire ce qu’il envoyait à Paris. Il avait vu le Siégé de Bréda avec des armées entières sur une simple feuille de papier :

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mais peut-être se bornait-il à offrir la brochure du Combat a la barrière, ou le recueil français des Caprices, œuvres qui eussent mérité, ne fût-ce qu’une simple mention.

Parmi les œuvres sérieuses que Callot fit pour le jeune prince, Gersaint spécifie, dans son catalogue de Lorangère, en 1744, les 10 planches àt Monnaies sur lesquelles sont gravées, faces et revers, 106 pièces d’or et d’argent alors en circulation, les plus récentes datant de l’année même 1629, comme les monnaies épiscopales de Metz. Il y en a de Joseph, l’évêque de Coire, 1628; de Léopold d’Autriche, 1628; de la République de Nuremberg, 1628, avec des patacons (2 colonnes d’Hercule) de Besançon, 1625. Callot était familiarisé avec ce genre de travail, car il avait eu à graver deux fois déjà, pour le Trésor, des pièces allemandes prohibées. Les cuivres entrèrent en 1662 chez Silvestre, rue de l’Arbre -Sec, au logis de M. Le Mercier, orfèvre de la Reine, proche la Croix du Tiroir, au coin de la rue Saint-Honoré. Fagnani découpa le centre de la planche 8 pour y insérer le portrait de Callot par Lasne. Cette combinaison donna des épreuves curieuses dont l’une se trouve dans la collection de M. le baron Edmond de Rothschild. Il ne reste plus que deux cuivres, les planches 2 et 10, qui sont chez M. l’abbé Renauld.

Au nombre des pièces les moins sérieuses se placent les Balli di Sfessania, mot inventé par Jacques sans doute et qui devait signifier «danses des désossés, des défessés ». L’œuvre a dû quelque peu choquer la pudique Catherine Kuttingerj de là cette apparence italienne que Jacques a donnée au texte comme pour l’antidater et en faire un péché de jeunesse florentine. Les tailles sont un peu creusées commes celles des Vues de Bruxelles (Callot visait-il alors au rendement durable de ses planches.^), et les premières épreuves sont sur du papier à la marque de Charles IV. Cette suite eut du succès, car elle a été copiée par Christophe Kilian en Allemagne, copiée en partie chez Ciartres à Paris. Il y en a des dessins au Louvre (n"’ 1764, 1765, 1771)5 il y en avait sous verre 34 — crayon et bistre — chez M. de Jullienne en 1767; d’autres aussi — plume et sanguine — dans la collection Baldinucci, bien qu’ici les dimensions soient plus grandes que celles des estampes. Les cuivres, qui furent cédés à Silvestre, se trouvent aujourd’hui chez M. l’abbé Renauld, après avoir passé chez un éditeur nommé G. Valk, dit Heineken (t. III, p. 501), et y avoir été retouchés.

De la même époque paraît être, d’après la forme de la signature, la réplique du Massacre des Innocents, dont les décors architecturaux vont être, en 1631, repris par Callot, dans ses douze Martyres d’apôtres. La planche se trouvait chez Silvestre en 1691, avec l’original italien qui avait été considéré par Callot comme perdu, quand il recommença cette œuvre. Les Deux dames de condition, debout, la Dévideuse et la Pileuse, sont de gracieuses figures, des portraits sans doute, qui portent la même signature que les Monnaies et qui peuvent se rattacher au séjour de Gaston à Nancy. Nicolas Goulas,qui a écrit, cinquante ans plus tard, le journal de son séjour à Nancy avec Monsieur, donne çà et là des récits qui démontrent les bontés qu’on avait pour les Français, non seulement en ville, mais même dans le Palais

ducal. Il rappelle tout particulièrement l’indiscrétion commise par le spirituel petit de Lalande qui, reçu avec le prince dans la chambre à coucher attenante à la galerie des Cerfs, au haut du grand escalier, pendant que Gaston saluait et s’entretenait près de la cheminée avec la duchesse Nicole, s’avisa de pénétrer dans la ruelle où le duc Charles IV était censé reposer, souffrant. Tout déconfit, il bat en retraite et laisse tomber le rideau 5 mais le duc le rappelle et insiste : « Il n’y avait pas à se gêner J il n’y avait sur le lit que de Savigny. » Et toute la chambrée de rire, sauf la pauvre duchesse Nicole. Goulas ajoute : « Inquiet, malade du cœur, souvent au lit, M. de Lorraine ne sait à quoi s’amuserj n’aimant pas le jeu, ni les conversations délicates, il ne parle de ses affaires à personne, pas même à son père. Il n’avait que cette demoiselle pour lui faire passer de bonnes heures. »

Israël Silvestre, chez qui ces deux derniers cuivres passèrent, montrait à Félibien 42 dessins à la plume qu’il possédait « de ceux que Callot faisait pour le duc d’Orléans». Cette belle collection, Jacques-Augustin Silvestre la vendit en 1811, et peut-être fait-elle aujourd’hui partie de la collection de 1,100 dessins de Callot qui existe à l’Ermitage de Saint-Pétersbourg.

Le samedi 9 février 1630, Gaston d’Orléans quittait Nancy, réconcilié avec son frère, après les négociations du duc de Bellegarde et de M. de Bouthillier. Un cuivre de Callot se rattache à ce premier séjour de Gaston d’Orléans à Nancy : l’artiste le grava sous l’inspiration du médecin du duc, le D'' Charles de l’Orme. On ne peut rien imaginer de plus prétentieux ni de plus sybillin que cette pièce où le médecin tient, comme les bons Pères Cordeliers, à faire montre de science hellénique, de l’alphabet au moins, pour étonner les populations. Jacques n’avait jamais fait autant de grec ni de latin de sa vie. Dans son genre, le Portrait de Delorme est une belle œuvre et, somme toute, elle peint bien le médecin précieux et pédant que le docteur devait être. Tallemant des Réaulx met à son crédit plusieurs aimables historiettes : comment il aimait à être partout le premier; comment il s’entendait à lancer une jolie femme; comme il aimait à recevoir beaucoup sans rien débourser, se faisant attribuer des commissions invraisemblables à Bourbon l’Archambault dont il prônait les eaux dans sa clientèle. Il avait su gagner la confiance de Richelieu qui l’avait fait entrer à dessein chez Monsieur et qui eut recours à ses services médicaux non pour luimême, — sa confiance avait des limites, — mais pour son frère malade, le cardinal archevêque de Lyon. Le cuivre n’a jamais été dans le commerce : il fut probablement offert à Delorme, un des premiers à faire collection de gravures, de dessins, de cuivres provenant de Callot. C’est chez Delorme également qu’allèrent s’emprisonner, dès leur apparition, les deux grands Sùges de Re' et de La Rochelle dont l’histoire mystérieuse reste encore une énigme à résoudre. Comment ces œuvres sont-elles nées.? Pourquoi ont-elles été supprimées avant d’avoir été achevées.? Pourquoi sont-elles restées un siècle sans qu’on sût ce qu’elles étaient devenues.?

Quand on examine, à la chalcographie du Louvre, où elles sont aujourd’hui con-

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servées, ces planches qui paraissent encore presque neuves, on note sur le S/ege de Ké, dans l’angle du bas, un groupe à cheval où figurent Louis XIII et son frère, Gaston d’Orléans J et tout aussitôt on est frappé de voir la trace d’un troisième personnage qui a été effacé au brunissoir : les tailles se sont bien rejointes, car l’estampe ne révèle rien ou peu de chose à qui n’a pas vu le cuivre; mais, sur le cuivre, les cicatrices restent, et l’on peut y reconnaître un grand chapeau un peu de biais, un chapeau de cardinal et un long bâton, sorte de canne de commandement; on distingue vaguement le cheval que montait le personnage. Si maintenant on se reporte aux notes de Mariette, qui peuvent dater de 1725, au moins quant à ce passage, on y lit ceci :

Les planches de Ré et de la Rochelle, qui avaient été achetées par le D'' Delorme et avaient disparu, ont reparu depuis un an ou deux. M. Boulle [le célèbre ébéniste, artiste et collectionneur] avait le dessin original de Callot de ce groupe où était représenté le cardinal de Richelieu au milieu du Roi et de Monsieur, tel qu’il était avant qu’on eût effacé sur la planche la figure du cardinal de Richelieu, ce qui est une preuve qu’il y a été. Mon grand’père disait qu’il y était à cheval et une baguette à la main, ce qui fut effacé sur le champ. Un marchand anglais, M. Haye, a acheté le dessin. M. Boulle en a un autre de Callot, qui est une première pensée pour ce groupe. Gaston, duc d’Orléans, ne s’y trouve point représenté, mais le cardinal de Richelieu y est à cheval auprès du Roy.

Reste à déduire de ces faits et d’autres la genèse des sieges. Jacques, à son départ de Paris, en août 1629, y avait laissé deux amis aussi intéressés à sa gloire qu’à la leur, Henriet et Lasne. Celui-ci venait de graver pour le Siégé de Saint- Martin de Ke' de Jacques Isnard, chez Edmond Martin, rue Saint-Jacques, un frontispice où figuraient Louis XIII et Richelieu avec ce distique flatteur pour le cardinal :

Principis ora vides, Belli Pacisque Ministri;

Ilia Jovis fades ; mens erat ista Jovis.

Il pensait qu’aucune idée ne pouvait mieux sourire à la Cour que les glorieuses prises de l’île de Ré et de La Rochelle gravées dans le grand style du Siège de Bre'da par l’auteur même de cette œuvre imposante. Plaire au cardinal, telle était l’ambition de Lasne, car pour lui c’était la fortune; l’occasion de faire ainsi le panégyrique du ministre devait être saisie. Henriet trouvait le plan génial et, pour le faire aboutir, il s’adressa à l’aumônier de la Reine mère, l’abbé de Saint-Ambroise, Claude Maugis, frère de Pierre, le directeur des travaux du Luxembourg, sous qui il avait travaillé huit ans. Claude Maugis était un conseiller écouté en matière d’art : n’avait-il pas décidé Marie de Médicis à confier à Rubens la décoration de la grande galerie du nouveau palais de la rue de Tournon.^ Callot fut donc prié de préparer une Vie de la Vierge. Il la fit en 15 tableaux, non sans recommencer le quatrième, une Annonciation. Il plaça, en tête, un frontispice sur lequel l’éditeur fit graver ;

Vita et historia Beatæ Mariæ Virginis à Nobili viro I. Callot dclincata atquc in æs incisa et ab Israele, amico suo, in lucem édita, ad Illustnss. virum Claudium Maugis, Regis et Reginæ Matris consiliarium et clemosinarium ordinarium, Abbatcm Sancti Ambrosij.

Jacques Callot. 1 8

N,\TioN.\

i>8 VIE DE JACQUES CALLOT. ['^3o]

Quatorze de ces petits cuivres se trouvent à présent chez M. l’abbé Renauld, après avoir été un moment en la possession de M. Meaume. Si Maugis avait laissé une correspondance, on saurait peut-être d’une manière précise la suite de cette entrée en matière. Mais déjà Rubens se plaignait en 1626 du silence de l’abbé. Tout ce qu’on connaît bien de lui, c’est que volontiers il mettait à contribution, pour ses collections, les artistes qu’il obligeait. Il avait ainsi, dans son cabinet, les esquisses que Rubens avait soumises à la Reine mère de ses travaux du Luxembourg. Il laissa, à sa mort, en 1658, une des plus belles collections de gravures de Callot qui aient existé, celle qu’acheta l’abbé de MaroUes et qu’il céda au Cabinet du Roi, lors de sa deuxième vente, en 1672.

Il est donc probable que l’idée des sieges fut soumise à la Reine mère et agréée par elle. Callot fut mandé à Paris et présenta le premier des croquis possédés par M. Boulle, préparé sous l’inspiration de Lasne. Marie de Médicis aimait également ses deux enfants : elle venait de les réconcilier, et, comme tous deux avaient pris part à la campagne de 1626 contre les Protestants et les Anglais, elle fit des remarques qui aboutirent au deuxième croquis. Jacques se rendit-il en Aunis pour dresser ses plans sur place, à Saint-Martin-de-Ré, à La Rochelle, comme il l’avait fait à Bréda.^ Les traditions locales l’affirment et aussi ceux qui, connaissant le pays, le comparent aux levés du Nancéen. Le voyage aura pris un mois, avril 1630, et puis Jacques aura eu, en mai, à se documenter pour savoir comment camper ses troupes, mener ses travaux d’attaque et de défense, comment nommer les corps placés aux différents postes. Trois mois lui avaient suffi, les dessins du Siégé de Breda arrêtés, pour les décalquer sur les cuivres. Les deux Sièges de Ke' et de La Koc/je//e, moins complexes, auront, on peut le supposer, exigé cinq mois peut-être, une fois les esquisses prêtes. Les trois œuvres sont identiques quant à la composition en 6 planches. Quant à la bordure et aux textes, les deux dernières, identiques entre elles et destinées à se faire pendant , diffèrent de la précédente qui avait donné lieu à la pénible correspondance de Balthazar Moretus. Il y aurait une bordure supérieure en trois pièces : au centre, le portrait de Louis XIII, et de chaque côté deux petits sujets belliqueux, incidents du siège; même disposition en trois morceaux pour la bordure inférieure, le portrait du centre représentant Gaston d’Orléans; à gauche, la bordure du cadre renfermerait une sorte de dédicace en français surmontant une légende explicative avec 107 numéros de renvois; à droite, même texte traduit en latin. Les portraits des bordures et la lettre furent confiés à Michel Lasne qui les exécuterait pendant que Callot serait à Nancy à abattre sa grosse part du travail.

Jacques a dû, en août, être rentré au logis où l’attendaient de tristes événements ; la peste s’était, en mars, de nouveau déclarée à Nancy-la -Vieille; on avait isolé celle-ci de la Ville Neuve; on y avait interdit le marché; on avait établi près de Lachou des cabanons pour y soigner les pestiférés; la cour s’était, juges inclus , retirée à Lunéville. Parmi les victimes de la contagion, Jacques eut la douleur de compter

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son père, qui mourut le 12 août et fut enterré aux Cordeliers. Le chagrin de la séparation fut tel, que l’artiste, encore qu’il eût déjà 38 ans, songeant à la peine qu’il avait causée au vieillard lorsqu’il prit la fuite de la maison paternelle, se mit à esquisser un acte de repentance en onze pages, son histoire de V Enfant prodigue, qui est des plus touchantes, quand on se place dans les douloureuses circonstances oû elle fut écrite. Elle ne sortit jamais de chez lui durant le peu d’années qu’il lui restait encore à vivre. Ce n’est qu’après sa mort qu’elle fut publiée sans autres commentaires.

Peut-être reçut-il alors les consolations du R. P. Caspar Ruthard, de la Société de Jésus, professeur de philosophie à l’Université de Fribourg en Brisgau, qui se trouvait être en vacances au collège de Nancy. Le Père avait réuni ses cours en un volume de 200 pages, intitulé «Sacra Cosmologia » , qu’il faisait imprimer chez Meyer à Fribourg, résumé de l’enseignement philosophique, en douze chapitres : monde, firmament , astres, éléments, météores , gemmes , métaux , plantes , animaux, homme, anges, Dieu, curieux à la veille de la révolution cartésienne. 11 demanda à Cahot un frontispice en lui fournissant le dessin : dans un paysage symbolique, cinq philosophes, emblème en mains, sont groupés autour d’une sphère céleste, Anaxagore (basilic), Héraclite (feu), Pythagore (hypoténuse), Aristote (triangle), Averroës (abracadabra). Cette pièce, qu’on appelle souvent les A.strologues , est de 1630, date indiquée par l’éditeur du livre.

Les malheurs publics étaient tels, que les RR. PP. Minimes crurent devoir redoubler de zèle et de dévotion en publiant un volume des « Miracles et grâces de N. D. de Bon Secours lès Nancy ». Le sanctuaire élevé à la porte sud de la ville, sous le nom de Notre-Dame des Bourguignons, devenue Notre-Dame de la Victoire en 1477, lors de la défaite, le 5 janvier, et de la mort de Charles le Téméraire sous les murs de Nancy, était des plus vénérés en temps de troubles, et le P. Nicolas Julet, provincial des Minimes qui desservaient la chapelle, pria Cahot de se joindre à son œuvre : l’artiste s’empressa de graver à l’eau-forte un Frontispice en l’honneur de la sainte Vierge, de saint Charles Borromée et de saint François de Paule. Puis il dessina l’image miraculeuse qui abrite de son manteau, à sa droite le Saint-Père, à sa gauche le duc et la duchesse de Lorraine j mais, comme il était absorbé par ses Sièges, il confia à Jean Valdor le soin de terminer l’œuvre au burin. Le livre, dédié au duc, fut imprimé chez Séb. Philippe, à Nancy, sur l’ordre du cardinal de Lorraine, Nicolas- François, frère de Charles IV, dont Jacques avait gravé la thèse en 1625. Cette chapelle de Bon-Secours reçut, au testament de Cahot, un legs de 400 francs pour qu’on y construisît un autel à saint François de Paule.

Jacques travaillait donc sans relâche à couvrir ses douze immenses plaques de cuivre : il s’interrompait à peine, le 10 décembre 1630, pour aller au baptême, à l’église Saint-Sébastien, d’Elisabeth Démet, dont il était le parrain en compagnie d’Élisabeth Bontemps, la marraine. A Paris, Michel Lasnc burinait ses jolis portraits

i4o VIE DE JACQUES CALLOT. ['<^30]

de la bordure, d’après Vouer et Viénot. Dans l’intervalle, il se passait au Luxembourg une scène qui devait compromettre l’œuvre des deux artistes. La discorde était à son comble dans la famille royale, et Marie de Médicis, qui se voyait de plus en plus exclue des conseils par Louis XIII, le mit en demeure, le jour de la Saint- Martin, le II novembre, de choisir entre Richelieu et elle. Le cardinal qui, avant Maugis, avait été l’aumônier de la Reine, qui habitait le Petit-Luxembourg et connaissait tous les couloirs du nouveau palais voisin, n’eut pas de peine à s’introduire lui-même dans la chambre de sa souveraine et à plaider sa cause devant le Roi et l’accusatrice : il gagna son procès, et cette journée des Dupes, en même temps qu’elle donnait à Richelieu la toute-puissance, mettait fin à l’influence que la Reine mère avait jusque-là exercée. On s’imagine comment l’œuvre de Callot fut reçue, au Luxembourg, lorsque, au début de février, Henriet apportant les premières épreuves, l’abbé Maugis mit sous les yeux de la souveraine le portrait du cardinal, encadré de ses deux fils, au bas du Sie^e de Ré. « Effacez-moi cette tête-là!» fut le premier cri qui dut sortir du cœur et des lèvres de la princesse irritée. La tête et le corps disparurent aussitôt de la plaque. Mais on oublia qu’il y avait un texte à la légende. La dédicace, que Lasne et Henriet avaient préparée, était toute à l’éloge de Richelieu; dans les tables, le n° 30 de la légende renvoyait au Roi, le n° 31 à Monsieur, le n° 32 à Richelieu. On elTaça ce nom à la colonne française en laissant la ligne en blanc ; dans le texte latin, on inscrivit D|omi]nus la Davienne, M. de la Davienne. Or la Davienne était une ferme de l’île de Ré, non un gentilhomme. Sur le Sd^e de La Rochelle, le mal était moins grand, parce que le cardinal n’y apparaissait pas en évidence; mais le texte commençait par l’éloge du ministre : on ne l’acheva même pas; le texte s’arrête court au milieu d’une phrase. Le S'ie^e de Re porte la date du 12 mars 1631, le jour même où Louis XIII partit à la poursuite de son frère, qui fuyait par la Bourgogne vers la Lorraine, dix-sept jours après l’internement de Marie de Médicis au château de Compiègne. Les efforts de Callot, d’Henriet, de Lasne, de Maugis étaient à vau-l’eau.

Voici, du reste, les textes incriminés :

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