A SON FII.S LE PRINCE DE GALLES. XHX
rois et Jes princes ont à la vérité plus à donner ; ils n'ont pas à craindre de mourir insolvables et de laisser leurs enfants à la charge de la paroisse; niais du reste, ils sont exposés aux mêmes malheurs que les autres hommes. Ils peuvent aussi éprouver de l’embarras dans leursaffaires pécuniaires et se mettre à la merci de leurs ennemis publics et particuliers, qui ne manquent pas de profiter de leurs faiblesses. Jcne citerai à cet égard qu’un exemple arrivé de nosjours. Dans une réunion des lords et des députés factieux et antimonarchiques, on proposa de faire un exemple des maîtresses; mais lord Mordaunt le père, dit : Gardez-vous-en bien ! Il faut plutôtleur élever des statues : sans elles , le roi ne ferait point de dettes et n’aurait pas besoin de nous. Vous voyez par -là que les rois •
doivent éviter, autant que leurs sujets , toute espèce de vice. Les inconvénients en sont grands et funestes; car si le roi votre oncle ne s’était pas laissé entraîner peu-à-peu à celte faiblesse , il eût été, selon toute apparence , un roi illustre et heureux , et eût fait de grandes choses ponr b» gloire de Dieu et pour le bien de son peuple. Il ne manquait ni découragé, ni de jugement , ni d’esprit, |ni, en un mot, de toutes les qualités nécessaires à un roi ; ce qu’il prouva suffisamment dans les dernières années de son règne, en domptant les factions qui attaquaient si violemment sa personne et la monarchie , sous le prétexte de m’exclure et de se défendre contre le papisme qu’elles feignaient de craindre. Pour vous prouver le peu de sa- ; tiafaction et de véritable contentement que l’on trouve
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t CONSEILS DU ROI JACQUES II
dans ces plaisirs illégitimes , je puis vous assurer que le roi mon frère n’a jamais été deux jours de suite sans avoir quelque sensible chagrin et quelque déplaisir ou inquiétude causés par ces femmes. Par égard pour lui et même pour elles , je ne veux point entrer dans des détails , sans quoi je vous montrerais clairement combien peu de fidélité ou de reconnaissance elles ont témoigné à un homme qui s’est montré si libéral , je puis même dire si prodigue pour elles; le soin qu’elles ont pris de s’enrichir , d’obtenir des marques de faveur, de l’avancement, et mille autres avantages pour leurs parents et pour ceux qui leur faisaient la cour , quelque peu faits qu’ils pussent être d’ailleurs pour les places qu’ils recherchaient ; leur égoïsme , qui faisait qu’elles ne craignaient pas d’exposer le roi pour contenter leur vanité, leur avarice, ou leur vengeance contre ceux qui refusaient de plier le genou devant elles. Elles entraient en outre dans toutes les intrigues que formaient publiquement ou en secret les ennemis de la couronne , ce qui a été évident lors de la disgrâce du chancelier Hide , et lors des attaques dirigées contre moi quand on voulut' m’exclure du trône. La première circonstance a été causée par la vengeance , et la seconde par l’avarice ; car les factieux avaient promis à la dame cent mille livres sterling, si elle parvenait à faire consentir le roi à l’exclusion. Elle y fit, à la vérité, ses faibles efforts, et elle m’a même avoué depuis qu’elle en avait prié le roi à genoux. Gardezvousdonc d’unepareilIeengeance;ellesnesongent qu’à
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A SON FILS LE FFINEE Oe GALLlîS. II
leurs intérêts ; ne les croyez pas , quoi qu’elles puissent voj^s dire.* Comment peut-on être assez faKile pour croire que celles qui ont renoncé à la pudeur et à la conscience , seront fidèles et ne se laisseront pas guider uniquement par l’intérêt ? Je parle d’expérience , ayant eu le malheur de me laisser entraîner à ces plaisirs illégitimes; et j’en demande pardon à Dieu du fond de mon cœur. L’exemple que je viens de citer du roi mon frère, doit être: utile à tout le monde. Tous ceux qui se livreront à> ces amours illégitimes seront inquiets et malheureux comme lui. Pour vivre tranquille dans ce monde et pour vous assurer d’une éternité heureuse , ne permettez donc à aucun vice de prendre le dessus sur vous; ils ont tous leurs aiguillons, et la meilleure manière de s’en préserver est de les tenir à une distance respectueuse de soi , de ne pas s’abandonner à une inclination naissante , de ne pas trop se fier à sa propre force , et d’éviter les occasions qui pourraient, par degrés et presque imperceptiblement, entraîner; ces conséquences fâcheuses. Les princes doi-' vent être , plus que les autres hommes , sur leurs gardes ; car, dans toutes les cours, il y a des gens vicieux qui , pouf cacher leurs défauts et pour se faire bien voir, feront tous leurs efforts et mettront toute leur adresse en usage pour engager les princes dans un mauvais chemin. ! Il y, en a d’autres qui , dans l’espoir d’obtenir ja' faveur de leur maître, et.sen-»' tant eux -mêmes qu’ils manquât de moyens pour avancer, par des voies légitimes, ne craignent pas
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]>as (11* se servir de ces pitoyables ruses pour s’élever ÿ sani^ s'embarrasser de ce que le monde pensera d’eux pourvu qU’iis parviennent à leur but. Abhorrez ces misérables et ne vous fiez pas à eux ; car ceux qui ont si peu de religion et des amës si basses , vous vendront et vous trahiront pour le plus léger avantage- Ne vous étonnez pas si je m’étends sur ce sujet ; car j’en ai éprouvé moi-méme la triste vérité. Je ne puis m’empêcher à cette occasion de rappeler ce qu’un de nos historiens dit au sujet de Henri II; savoir, qu’il a été puni de son incontinence par <la révolte de ses quatre fib , qui se joignirent aux factieux et prirent les armes contre lui , quoiqu’ils rentrassent à la fin dans le devoir. Il faut encore que j’ajoute qu’il y en a d’autres parmi nos rois que Dieu a aussi puni sévèrement dans leur postérité pour le même péché, je veux dire Édouard IV et Henri VIII. Les deux fils du premier furent assassinés par leur oncle Richard III , qui fit sortir la couroBue de l’ancienne branche de la famille royale , ponr la^ dontaer à son ennemi mortel. Quant à Henri VllI > qui , pour avoir des héritiers , fit tant d’efforts et se servit de moyens indirects et si peu chrétiens , jusqu’à faire légitimer un de ses enfants naturels par acte du parlement , afin d’exclure de la couronne d’Atigleterre les enfants desasceur la reine d’Écosse^ la Providence le punit en kii ôtant ce fib naturel ; et quoique ses m>ts enfants lui succédassent l’un après l’antre, ib mmirurent tous sans postérité, et le royaume entra daais I» branche écossaise. On peut