A SON FILS LE PRINCE DE GALLES. XLV
qulllité, et ne parviennent jamais au but qu’ils ont en vue. Ainsi, l’avare ne croit jamaisavoir assez de bien; il ne jouit point de ce qu’il possède, se prive des choses les plus nécessaires de la vie, met de côté toute pensée d’honneur et de conscience pour amasser quelques richesses, et meurt aussi misérablement qu’il a vécu: car à son heure suprême qu’a-t-il gagné par la possession de ces trésors si péniblement acquis? que iiesoufTre-t-il pas en seséparant des choses auxquelles il était si attaché? et n’ayant le temps ni de se repentir, ni de faire pénitence , qu’a-t-il à attendre si ce n’est l’enfer et une réprobation étemelle ?
Quant aux hommes ambitieux et pleins d’orgueil, ils ne connaissent pas davantage le repos. Voyez les peines qu'ils se donnent pour devenir grands dans le inonde, pour être respectés , admirés; les tourments qu’ils éprouvent, les bassesses auxquelles ils se livrent pour contenter leurs vains et frivoles désirs. S’ils parviennent à un but , un autre s’olîre à eux ; ils veulent toujours monter, et finissent pars’abimer dans une triste éternité; déplorant trop tard leur folie, ils maudissent le jour où ils se sont livrés à l’ambition.
,Y a-t-il un être au monde plus malheureux que l’orgueillenx? ilestha'i et méprisé de chacun, chacun prend plaisir à le vexer ; et rien n’est plus facile, puisqu’il suffit de ne pas lui témoigner autant de respect et de civilité qu’à d’antres personnes de son rang et de sa qualité. J’ai souvent vu qu’on négligeait ainsi exprès les gens orgueilleux. L’orgueil et l’ambition sont les péchés de Lucifer. L’orgueil a été la principale cause
XtVI CONSEILS DU ROI JACQUES II
de fontes leshéfésies: chacnn devrait l’évifer, ma's stir-toùt les princes et les glands. Rappelez - vous qn’on ne peut voir la face de Rien sans humilité. Prenez garde de ne jamais vous laisser emporter par la Colère : elle offense Dien , déplaît aux hommes , et prive celui qui s’y livré , du moins pour quelque teihps , de sa raison et de son jugement. Beaucoup de grands hommes ont été perdus par la colère : car on n’onblie pas facilement ce qu’ils disent , et il n’y a que la religion où la peur qui puissent arrêter le ressentimentdespersonnesbutragées.Cevicereridlesprinces sur-tout malheureux: car comment pourraient-il^ gouverner les autres, s’ils ne savent pas se gouverner eux-mêmes? Né vous adonnez pas à la bonne chère, * et évitez toutes sortes d’excès : ils ruinent la santé et Rendent incapable dé travail. Quand on s'est accoutumé à heatiroup hoiré, il est diflicile de s’en déshabituer. La boisson tué les constitutions fortes et rend les faibles imbéciles. Jé ne croîs pas qu’il soit nécessaire de m’étendre sur’ Ce [tôiiit , puisqu’il n’y À pas au jourd’huî de prince'dans'les pays civilisés qui së rende coupable d’excès dé' cé 'genre.
' Vous devez sur-tout vous arrtier ëôntre les péchés de la chair. LeS princes et les grands y’ sont pins exposés que d’autres', sur-tout qùand ils jouissent ' de la paix. Ce vic'é porté d’aillétirs' sbn aiguillon aveé lui, comme tous lés âttlréi et’|jlils encore que les aùl'rês. A peiné" d-tfod pti’téAu un objet , qu’on désire en clîangèr, ét‘'^'que^i’ôh y sacriffë la santé , la fortnn'é et nnême’l^lî'ôrffi'eùr ét la réputation. Les gens
A SON FILS LE FRINCR DE GALLES. XL VII de la plus hante qualité ne sont point exempts de ce risque ; car , dès qu’une fois ils s’abandonnonf à ces affections illégitimes et dangereuses , ils sonÉ encore plus exposés à la Censure du monde, rple ceuX des classes inférieirres ; ils sont , plus qtte les autres hommes , respousabjcs du ma'ivais exemple qu’ils donnent jilssont susceptibles des mêmes chagrins, et sont bien plus sujets à être trompés. Çiiel que soit l’agrément de leur personne ou de leur conversation , il est bien rare que ce soit pour eux qu’on les aime, c’est presque toujours pour leur rang et poxir leur fortune qui flattent la vanité et les mettent en état d’établir richement leurs maîtresses. Je parle avec connaissance de catise et ne dis que ce que j’ai vu ou ce dont j’ai et? des preuves irrécusables. Je n’ai jamais connu qu’üue fernmequi n’eôt pas, d’imé manière ou d’autre, trompé son amanf; quant à celle-là, je suis persuadé qu’elle a aimé réeHerticrtt la personne du prince, et elle l’a provivé ert quittant lé monde pour se retirer dans un couvent d’une règle très- ^ austère , où elle a vécu <lcpuis cé temps, en donnant un grand exemple de pénitence et de mortification. D'ailleurs, tout le *nortde ne sait-H pas quelles sont lés manières ordinaires dé ces belles dames , non^ seulement après qUe leurs aniattfs les oUl quittées pour d’autres, mafe an sein métiVê de leur plus haute faveur? Elles ont sans cesse dés- iùtrJgncs nouvelles et donnent à leur véritable ivrclinafiort ce qu’èlles reçoivent dti grand homme abUSé', qui est le dernier à s’apercevoir jusqu’à quel* polrtf ©n l’outrage; ou
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bien s’il le découvre , il se laisse à tel point ensorceler par sa belle maîtresse , qu’il ne rompt pas tout-à-fait avec elle et ne la traite point comme elle le mérite. Si les rois , les princes et les grands seigneurs se donnaient la peine de réfléchir au danger qui accompagne de pareilles li^isons , ils aimeraient mieux nourrir un serpent dans leur sein qu’une de ces créatures fausses et flatteuses. L’histoire ancienne est remplie des plus tristes exemples des maux que ces femmes ont attirés sur les rois, sur les grands hommes et sur les nations entières.
• Ce sont des guerres , le ravage des pays, des meurtres particuliers et la ruine des plus illustres familles ; nous en avons même été témoins de nos jours. Dieu veuille que les hommes de tous Rs rangs et de tous les états réfléchissent à ce que je viens'de dire à ce sujet , et considèrent la ruine et la perte de la réputation auxcfuelles ils s’exposent dans ce monde et dans l’autre! Le galérien à la chaîne est moins malheureux que ces hommes ensorcelés ; car il sait à quoi il peut s'attendre , son sort ne peut empirer , et il jouit au moins de quelque repos ; ceux - ci , au contraire , sont exposés à-la-fois aux inconvénients de leur propre jalousie et à ceux qui naissent de l’avarice et du caractère hautain de leurs maîtresses. Si leur amant est un particulier , elles ne sont contentes que quand le pauvre homme ( je l’appelle ainsi , quelle que soit sa richesse ) a ruiné pour elles et sa fortune et sa réputation , après quoi elles prodiguent ses biens , ainsi que je viens de le dire. Les