I,1V CONSEILS DU KOI JACQUES II
finie , me: faire éprouver : car, s’ils n’avaient pas été si souvent répétés , je n’aurais eu que trop lieu de craindre. que je ne nje fusse jamais réveillé de ce sommeil léthargique et de l’insensibilité dont j’étais accablé. Ces épreuves ont commencé dès le temps» de la restauration. La première année je perjJis. uni frère et une sœur, et depuis lors, il s’cn est à peine passé une que je n’aie éprouvé quelques chagrins sensibles , tels que la perte d’enfants, de mère, de femme, de sœur, ou de quelques-uns de mes meilleurs amis ; enfin , celle de nies trois royaumes , d’où j’ai été chassé par un prince qui était à-la- ‘fois mon gendre et mon neveu , et par mes deux filles. Quoi qu’il en soit, je rends grâces à Dieu de ce que, malgré tous mes malheurs, ou à cause d'eux , je me crois plus heureux que je ne l’ai été de ma vie , puisque je possède cette tranquillité d’ame et cette paix intérieure que nul ne peut comprendre ni sentir, s’il n’a une entière résignation à la Volonté de Dieu, une véritable hurailitéchrétieune , un sincère repentir de sft fautes pa^es, et un amour si vrai de Dieu, qu’il ait résolu , avec le secours de sa grâce, de ne jamais offenser sa divine bonté.
Il y a encore un autre grand inconvénient, dont je ne crois pas avoir parlé, et qui arrive quand les rois et les grands ont des maîtresses ; c’est que les en- ’fants qu’ils ont de ces belles dames ne sont jamais contents qu’ils n’aient été reconnus, qu’on ne leur ait donné des titres et par Conséquent de, grands établissements. Tous leurs parents et amis l’exigent, et
A SON FILS LE PRINCE DE GALLES. LV des ministres flatteurs, qui sont à la tête des affaires, se joignent à eux pour assurer leur crédit et pour parvenir à d’autres buts particuliers. £n général, ces messieurs et ces dames ne considèrent presque jamais les vrais intérêts de leur maître , qu’ils sacrifient pour s'enrichir ou pour se sauver quand ils se sentent en danger d’être attaqués par le parlement ou par quelque rÿval puissant. Je pourrais vous donner plusieurs exemples de beci qui sont à ma connaissance. Et puis quand ces enfants parviennent à l’àge de raison, si ce sont des garçons, on ne peut les satisfaire qu’en leur faisant obtenir des places d’honneur et de profit dans l’état qu’ils ont embrassé , et alors même ils ne veulent pas encore se tenir tranquilles ; mais ils sont excités par ces esprits forts , gens de mauvaises mœurs et parasites nécessiteùx, qui les entourent etleur font la, cour dans des vues d’intérêt personnel et sans avoir aucune considération pour eux; ce qui nonseulement cause de l’embarras au prince infortuné à qui ils doivent le jour, mais encore mécontente avec raison des personnes d’une naissance et d’un mérite distingués, qui perdent par-là tout espoir d’avancer dans le servie* du gouvernement. Les établissements sont encore une source de dépenses considérables; il est difficile de trouver les fonds suffisants pour y faire face, et souvent, à la fin, ils ne répondent pas aux espérances exagérées qu’on s’était formées. Je suis du moins assuré que, pour un roi d'Angleterre , c’est une chose très-malaisée, considérant la position de la couronne et la constitution du gouvernement.
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LVl CONSKlï.S DI ROI JACQt^RS II
Les filles ne sont pas moins gênantes et coiiteuses. Il faut trouver pour elles des dots considérables, et souvent même donner de grandes places ou le titre de pair à des gens sans aucun mérite pour qu’ils le» épousent; ceux-ci ne tardent pas à devenir hautain» et insolents, excités par leur propre ambition ou par celle de leurs femmes , d’où naissent encore une fonle de désagrémenls , de chagrins et d’inconvénients.
Pour en venir à un autre point, je dois vous engager à ne jamais vous laisser entraîner par l’ardeur de là jeunesse, par l’ambition ou par un hitérét trompeur, jusqu’à entreprendre une guerre offensive, ce qui ne peut être justifié ni par le christianisme ni par !a morale. Les rois et les princes n’ont pas plus de droit d’enlever à leure voisins des villes ou des provinces, à moins que ce ne soit par manière de représailles, que les voleurs de grand chemin n’en ont de dépouiller les passants. Rappelez- vous ce» deux maximes de Jésus-Christ , l’une de ne pas faire le mal pour que le bien s’ensuive , et l’autre de von» contenter de ce qui vous appartient; ce qui n’empêche pas que les rois et les gouvernements ne défendent leurs* propriétés en prenant les armes et en repoussant la force par la force. Ils le doivent à euxmêmes et à leurs sujets ; mais c’est une terrible chose que d’entreprendre une guerre injuste. Songez aux conséquences qui en dérivent, tant dans ce monde que dans l’autre. Il n’y a point de pardon sans restitution. D’ailleurs quelle détresse ne cause-t-elle pas dans des provinces et dans îles royaumes entiers : car,
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qtioique des armées bién payées et dans lesquelles règne une bonne discipline , ne commettront peutêtre pas de grands désordres, même dans les pays ennemis, une guerre occasîone toujours des ravages qu’il est impossible d’empêcher, et ruine un nombre infini de pauvres gens. Indépendamment des motifs de conscience et de ceux d’une saine politique , un roi d'Angleterre en a d’autres encore pour être plus prudent que les princes étrangers, j’entends quand il est légitime; car un usurpateur est souvent obligé à bien des mesures arbitraires pour maintenir sa tyrannie, d’autant plus qu’il ne s’intéresse ni à la religion ni au bien de la nation. Or, un roi d’Angleterre ne pouvant soutenir la guerre qu’avec l’aide de son parlement , s’il contracte des dettes, il court* grand risque de perdre sa couronne, en se mettant dans le cas d’être obligé de consentir à des choses <jui tendent à 1a ruine de la monarchie. Tous les siècles en ont offert des exemples, et j’en ai vu moi-même de bien funestes.
Par la même raison ,un roi d’Angleterre doit bien prendre garde de dépenser plus que son revenu. Ses flatteurs ou ses ministres voudraient souvent l’entraîner à la prodigalité, pour le livrer ensuite au parleinent. Outre cela, afin d’avoir le moinspossible besoin”d’un parlement, ne prenez que des mesures populaires; ne permettez pas que vos ministres ou vos employés civils ou militaires , oppriment et tyrannisent leurs concitoyens, ni qu’ils se servent à tort de volve autorité ou du pouvoir que vous avez
LVin CONSEILS DU ROI JACQUES II mis dans leurs mains. Quand vous les trouverez en faute, renvoyez-leset punissez-les vous-même, de peur que les malinlenlionnés et les républicains du parlement ne trouvent un prétexte pour les arracher de vos mains, ce qui affaiblirait votre pouvoir et empêcherait que les honnêtes gens ne se consacrassent à votre service. Afin que d’un côté les flatteurs, et de l'autre ceux qui voudraient abaisser le pouvoir et l’autorité de la couronne ne vous induisent en erreur, étudiez à fond la constitution du gouvernement; ainsi vous pourrez retenir dans de justes bornes et vous-même et le parlement. Sachez aussi en quoi consiste le commerce de la nation; encouragezle par tous les moyens légitimes. De cette manière , vous serez tranquille chez vous et puissant au dehors, et vous conserverez l’empire des mers, sans lequel l’Angleterre ne saurait être en sûreté.
Quant à notre ancien royaume d'Ecosse, prenez garde qu’il ne soit rien innové au gouvernement de cet Etat. Les habitants soutiendront la couronne, et la couronne devra les protéger; car, quoiqu’il y ait eu en Ecosse des troubles et des révolutions, comme dans d’autres pays, le corps delà noblesse, les grands propriétaires et les Communes sont très-royalistes et très-monarchiques , sur-tout les Communes du côté de North-Forth, et tous les montagnards, excepté les Cambells. Du reste, l'Ecosse est le seul pays où l’on trouve parmi le peuple un grand nombre de presbytériens rigides, (f enthousiastes, et de ceux qui prêchent d ans les champs. Les premiers sont les plus dangereux ;
A SON FILS LÉ PRINCE DE GALLES. LIX ils seront toujours des ennemis acharnés de la monarchie, et devront par conséquent être bien observés et éloignés de toutes les places; quant aux autres, quoiqu’ils soient gênants par moments, il n’y a parmi eux aucun gentilhomme, et leurs principes sont si cxtt'avagants , qu’ils ne peuvent jamais s’accorder entre eux. Ne mettez de confiance en personne que dans les anciennes familles royalistes qui n’ont aucune teinte de presbytérianisme, et qui ne sont point accoutumées à se révolter. Montrez beaucoup de douceur aux montagnards, et sur-tout à ces clans qui ont toujours été dévoués à la couronne. Montrez-leur qu’ils ne dépendent réellement que de vous, sans pour cela faire tort aux membres de la noblesse, qui ont de l’influence dans ces provinces. Le véritable intérêt de la couronne est de tenir ce royaume séparé de l’Angleterre, et de le gouverner d’après ses propres lois et constitutions. Regardez tous ceux qui, sous quelque prétexte spécieux, proposeraient l'union des trois royaumes comme des gens faibles qui se sont laissés gagner par des intérêts particuliers , ou comme des ennemis de la monarchie. L’Ecosse est un grand appui pour la couronne dans la situation où elle se trouve aujourd’hui , tandis qu’elle ne lui servirait à rien si elle était réunie à l’Angleterre, c’està-dire , engloutie par elle comme du temps de Cromwel. Il faut bien prendre garde qn’un homme puissant ne s’y rende maître du gouvernement au point de tyranniseé ses compatriotes : les Ecossais y sont naturellement portés. Pour éviter ce désagrément, il