A PARIS
CHEZ ARTllUS BERTRAND , LIBRAIRE , RUE HAUTEFEUILLE , N* a3.
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PRÉFACE
DU TRADUCTEUR
Si, comme tout nous le persuade, le premier devoir dun historien est l’impartialité,’ onsconviéndra sans peine qu’une bonne his-foire contemporaine parait , à un petit nombre d’exceptions près, un ouvrage impossible à produire. Il faudrait les rares qualités (le Tacite, avoir vécu comme lui sous un gouvernement où le peuple prenait pett d’intérêt aux révolutions de l’état, et pouvoir comnie lui se dire que les divers souverains qu'il avait vus tour-à-tour s’élever et tomber lui' étaient également inconnus, soit par leurs bienfaits, soit parleurs outrages. Dans tout autre cas, les passions de l’écrivain , sa manière de Voir, ses principes r«ij)andiont infailliblement sur son ouvrage une teinte de partialité d'autant plus fortement prononcée, (ju’il ' I aura voulu se la déguiser. Les histoires contemporaines doivent donc,à beau- 1. a
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coup d’égards , être regardées comme d’ingénieux romans ou comme des gazettesbicn écrites : elles peuvent fournir quelques matériaux aux écrivains futurs, ne fût-ce que pour se reqdre compte de la marche de l’esprit humain pendant l’époque qu’elles décrivent, mais ne peuvent jamais être considérées comme des relations justes, exactes et impartiales des faits. Ce n’est qu’après un certain laps de temps, quand les divers intérêts opposés n’existent plus, quand l’effervescence s’est calmée, quand l’opinion qui^ même à son insu , sc plie aux circonstances du moment, soit pour les suivre, soifqjour les heurter, a repris sa marche accoutumée^ ce n’est qu’alors, disons-nous, qu’un esprit judicieux- peut, en comparant les nombreux documents qui passent sous ses yeux, découvrir la vérité des faits, apprécier la pureté des intentions, déterminer la déviation des principes, causée par les circonstances ; aucun intérêt, soit de foitune, sbit d’opinion, soit d’amour-propre, ne le portant à s’aveugler, il formera, si du reste il possède les qualités nécessaires à l’historien, un tableau plus fidèle et plus complet des événements passés ,
Digilizec Dy
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que ceux même qui en ont été les témoins.
Patmi les documents où doit puiser l’historien des siècles écoulés, le» Mémoires originaux tiennent un des premiers rangs : ils lui sont aussi utiles que les prétendues liistoires contemporaines le sont peu. Dans celles - ci , l’écrivain , se faisant juge des faits et des opinions, s’est arrogé un emploi exclusivement réservé à la postérité. La critique doit d’autant plus se défier de ses écrits, qu’il parait avoir plus strictement suivi ses règles. Il ressemble dans ce cas au dessinateur qui a soigneusement tracé les lignes nécessaires à la perspective, mais qui a choisi un faux point de vue. Dans les mémoires au contraire,
1 ’a uteur ne préj uge rien 5 l’i mpa rtial ité n ’est pa s , nécessaire 5 l’écrivain n’y prétend pas. Il dit*^ ce qu’il a vu et comme il l’a vu. C’est un avocat qui plaide sa propre cause ou celle d’un, ami; son adversaire plaide à son tour; et 1 historien, impassible comme fe juge, fait lai part des intérêts, des passions et des opinions, et cherche la vérité à travers le voile dont elle se couvre.
Les Mémoires originaux ne so*nt pas seuloment utiles aux historiens et aux savants; ils
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ont aussi un grand attrait pour ks gens dit monde, sur-tout quand ils sont écrits par des ^ personnages illustres , tenant de près aux événements, et qu’ils ont rapport à des crises importantes de Thistoire. Ou aime souvent à juger soi-même, au lieu de recevoir les jugements tout faits de la main des historiens. Celui qui assiste à une plaidoirie est rarement satisfait dans tous ses points de l’arrêt rendu par les juges. Cela tient , d’un côté , à la grande variété qui règne dans les avis des hommes, et de l’autre, à ce que le citoyen qui sacrifie sans regret la liberté de ses actions au bien général île la société, n’a bandonne jamais celle de sa pensée, et l’augmente même en proportion des autres sacri-.
fices qu’il q faits.
• Le dix-septième siècle a été sans contredit; Jîépoque la plus intêi^essante de l’histoired’Angleterre, et ce qui la rend particulièrement telle aujourd’hui, c’est le rapport que* l’on y remarque avec les événements qui ont signalé en France la fin du dix-huitième, cerapport est étonnant pour le philosophe, quien trouve un nouveau dans la différence même qui les caractérise. On voit également*
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dans les deux pays un roi jugé et eondamné par ses propres sujets, l’établissement d’une république, cette république suivie de la tyrannie , qui, n’étant fondée sur aucune loi juste et positive, s’affaisse sous son propre poids et tombe pouf* faire place à la légitime succession^ seul port où la nation agitée retrouve enfin le repos. Mais l’Angleterre étant pieuse au dix-septième siècle, tous les P artis ont dû prendre une teinte religieuse et se servir de la religion pour couvrir les desseins dictés par leur intérét.LaFrance,au contraire, que tout poussait depuis cinquante ans vers l’athéisme, vit tomber à-la fois la Religion et le Trône. C’est à cette circonstance qu’il faut attribuer la durée plus prolongée de la révcrlution dont noüs avons été témoins et le levain qui en fermente encore. Un peuple qui conserve de la religion, à quelques excès qu’il ait été poussé, et soit que cette religion ait servi ou non de prétexte à ces excès, rentre beaucoup plus facilement dans le devoir, que celui dont lestroubles ont été marqués par une démoralisation complète; c’est que le fanatisme même le plus exagéré n’est qu’un sentiment de de' ! voir porté à l’exfcès , et lorsqu'il est pùr, ce
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qu’il est presque toujours dans les inférieurs, il exclut tout intérêt personnel et tout amourpropre, seuls motifs qui perpétuent les dissensions. Le fanatique, si l’on parvient à lui ouvrir les yeux, deviendra le meilleur des citoyens. Les vertus de l’homme irréligieux n’étant au contraire appuyées que sur des raisonnements , le premier sophiste assez adroit pour égarer son jugement l’cntrainera aussi loin qu’il le voudra. Aussi en Angleterre, six mois après le retour de Charles II, tout parut, du moins extérieurement, rentré dans l’ordre accoutumé. Nul sur-tout n’osait vanter les bienfaits d’une révolution que l’on était assez sage pour apprécier j et sans les erreurs de Jacques , il n’y a pas de doute que la paix la plus profonde n’eût pendant longtemps régné dans ce royaume.
C’est ce Jacques, sur lequel on a jusqu’à présent porté des jugements si différents, dont nous offrons aujourd’hui les mémoires au public. L’incertitude qui a régné sur plusieurs circonstances de sa vie, rendra, nous croyons pouvoir nous en flatter, la lecture de cet ouvrage également intéressante pour tout le monde. On y trouvera la rectifica-
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vu'
• lion (le plusieurs faits mal décrits par les historiens , et un grand nombre de nouveaux (jui étaient entièrement inconnus. L’insidieuse impartialité du sieur de Thoiras n’en imposera plus au sujet du complot d’Oates, de celui de Rye house^ et de la naissance du prince de Galles. La fausseté du premier de c^es faits et la réalité des deux autres paraîtront également évidentes. On connaîtra à fond le caractère d’un prince qui eût fait le bonheur de son peuple, s’il n’eût eu la faiblesse , de s’abandonner à des conseillers perfides ' qui le poussaient aux plus fausses mesures pour parvenir à le renverser plus facilement. On saura enfin quel fut ce Guillaume , si vanté de nos jours, en lisant les affreux détails du massacre de Glenco. Enfin nous croyons pouvoir affirmer que l’ouvrage que noûs publions sera précieux pour les savants, et offrira aux gens du monde une lecture pleine d’intérét. Mais nous croyons devoir aux uns et aux autres les preuves les plus certaines de son authenticité.
Peu d’hommes ont poussé plus loin que le roi Jacques l’amour du travail. Sans négliger aucun de ses devoirs de prince , il sut trouver
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PREFACE
le temps de mettre par écrit tous les événements remarquables qui lui sont arrivés pendant le cours de sa vie. On trouvera, tom. HI, pag. 355 de cet ouvrage, des détails intéressants sur ce travail. Lors de la mort du roi, les manuscrits qu’il laissa consistaient en 4 vol. in-fol. et en 6 vol. in-4", écrits de sa propre main, et contenant les mémoires de sa vie; plus, 4 vol. in-4° de lettres qu’il avait reçues, tant de son frère Charles II que dea ministres de ce prince, et qui servaient en quelque sorte de pièces justiücatives aux autres. Peu de jours après qu’il se sentit attaqué de la maladie qui le conduisit au tombeau, il adressa au principal du collège des Ecossais à Paris le rescrit suivant :
Jacques R.
Jacques second, par la grâce de I)ieu, j’oi de la Grande-Bretagne, de France et d’Irlande, défenseur de la foi, etc., à notre féaf et^bien amé M. Louis Innés, aumônier de notre très-chère épouse la reine, et principal de notre college Ecossais à Paris, salut. Bien persuadé qu’il n’y a pas de lieu où, les mémoir res originaux écrits de notre main puissfent
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^tre plus en sûreté que dans notre colltjge Ecossais à Paris, où les rois nos prédécesseurs ontdéjà déposé plusieurs pièces importantes, qui ont été gardées avec le plus grand soin et la plus stricte fidélité par ceux qui se sont trouvés à la tête du susdit collège, et connaissant particulièrement le zèle, la discrétion et l’affection que vous avez pour notre service, nous avons jugé convenable d«# vous charger de la conservation des susdits mémoires originaux, comme un témoignage de la confiance qiie nous mettons en vous.
Nous vous autorisons donc par les présentes à prendre sous votre gartle nos susdits mémoires et à les déposer dans les archives de notredit college Ecossais à Paris, pour y rester comme une marque durable de notre confiance en vous et de notre affection ‘pour ce collège, les présentes devant servir d’autorisation suffisante pour que vous et vos successeurs dans le gouvernemeiit dudit colléjge puissiez garder le susdit dépôt. Donné en notre cour à Saint-Germain-en-Laye, ce 24 mars 170^1 , et de notre règne le ly®.
Par le roi ,
Cartel.
X PnÉFACE
Les mémoires ainsi déposés ont été inviolablement conservés jusqu’au commencement de la révolution française. A celte éj)oqne, lord Gower, alors ambassadeur d’Angleterre en France, avant de quitter Paris, écrivit au principal Gk>rdon , et lui offrit de s’en charger et de les mettre en un lieu de sûreté dans la Grande-Bretagne. Gelte négociation ^n’eut aucun succès. Quelque temps après, le principal partit pour lAngleterre, et tout ce qui concernait le collège fut remis aux soins de M. Alexandre Innés, seul Anglais qui y restât. Vers le même temps, M. Stapleton, président du collège Anglais à Saint-Omer, et plus tard évêque catholique en Angleterre, se rendit à Paris avant de quitter la France, et M. Innés, qui avait résolu de ne pas abandonner son poste, le consulta sur les moyens de préserver ces manuscrits. M. Stapleton ne douta pas que s’il les avait à Saint-Omer, il ne lui fût facile de les faire passer en Angleterre. On décida en conséquence qu’ils seraient soigneusement emballés et adressés par les voitures publiques à un Français, ami de M. Stapleton. Ils arrivèrent de cette manière à Saint-Omer , où ils furent déposéis
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dans une cave. Cependant le civisme Se ce Français ayant inspiré des doutes aux autorités à cause de ses liaisons avec le collège Anglais, il fut mis en prison; et sa femme, craign^jQt qu’on ne trouvât chez elle des manuscrits anglais, richement reliés et ornés des armes royales, en ôta les couvertures qu’elle détruisit. • Les manuscrits, ainsi défigurés, furent réunis dans un paquet avec d’autres papiers appartenant à ce Français, et envoyés à sa maison de campagne où on les enterra dans le jardin. Mais ils n’y restèrent pas long-temps les craintes de cette dame ayant augmenté , on exhuma 'ces manuscrits ^ et on les réduisit en cendres.
Cette perte est à quelques égards irréf>aral)le ; mais l’existence de l’ouvrage dont nous offrons la traduction aux lecteurs français, peut en quelque sorte en dédommager. L’auteur de cet ouvrage n’est pas connu ; on ne peut former à son sujet que des conjectures plus ou moins vraisemblables ; celle qui para it présenter le plus de probabilité est qu’il lut composé par le P. Innés, dont Voltaire a parlé sous le nom du jésuite Innés, et le même dont il est question dans le rescrit ci-dessus.
PRÉFACE
Il y a*a j>parence que le roiJacques II, désirant laisser à son .fils un extrait de ce que ses me* moires offraient de plus intéressant, l’a fait commencer sous ses yeux , et qu’il fut terminé peu d’années après sa mort, sous l’inspection immédiate du fils de Jacques II, connu sous le nom du chevalier de Saint-George. Il , est du moins ceitain que celui-ci l'a revu et corrigé, puisque toutes les phrases que l’on y trouve en lettres italiques sont, dans le manuscrit original, écrites de sa propre main. Toutes celles marquées de guillemets sont tirées textuellement des mémoires autographes du ^ roi.Cetouvrage^ formant quatrevolumes, a été soigneusement conservé par tous les prince»
de la" famille des 'Stuart, jusqu’à ce que la mort du dernier d’entre eux le fit tomber dans les mains de sa fille, la duchesse d’Albanie. Celle-ci, en mourant, le légua à l’abbé Walers, procureur-général des bénédictins anglais à Rome, qui le céda au prince-régent d’AngletciTe pour une pension que son altesse royale lui avait assurée. Le manuscrit fut remis au docteur Clarke, bibliothécaire ordinaire du prince, qui, après un travail de plusieurs années, le mit au jour vers la fin de i8i6.
DIT TRADüCTETin. XIII
Nos lecteura ne doivent pas s’attendre à trouver dans cet ouvrage un style élégant ni même toujours pur. Le secrétaire chargé de sa rédaction en, a copié une grande partie, COnMne nous l’avons dit plus liant, sur les wanurscrits antograjihea d'n roi son maîtrel Pour le reste , il a sans doute eru devoir conserver la manière du prince historien. Ses talents littéraires ne paraissent j>as avoir été assez grands pour qu’il pût ennohl'ir cette manière sans la dfénaturer. Oh trouvera donc dans notre traduction, comme dans l’original, des comparaisons prétentieuses à côté d’expressions triviales , et de fréquentes redites. On voudra bien nous excuser en se rappelant que nous traduisons l’ouvrage d’un roi , et que ce sont des mémoires particuliers et non une histoire que nous donnons à nos lecteurs.
Nous l’avons fait précéder des conseils de Jacques II à son fils et du testament de ce prince. Nous croyons que nos lecteurs nous sauront gré d’y avoir ajouté les conseils de Charles P' au prince de Galles, depuis Charles II. Ce dernier morceau est tiré d’un ouvrage intitulé h’ix.ùr Bas^iXiy-ii, et composé par Cliarles P''. v)n pourra comparer les caractères