‹ Vie de Jeanne d'ArcChapitre 18 sur 19 · ET DERNIER · texte numérisé non relu

ET DERNIER

Poëtes de Jeanne d'Ara.

La simple et sublime bergère qui délivra le sol français de l'invasion anglaise était bien faite pour l'imagination des poëtes ; chaque poëte l'a chantée avec les impressions et les idées de son temps. Il existe sur la Pucelle des poëmes de tous genres et en très- grand nombre ; nous aurions à faire des volumes si nous voulions présenter la seule analyse de toutes ces compositions, dont les troic quarts sont hvrées à l'oubh. Nous ne pouvons parler ici que des plus importantes de ces compositions poétiques.

Il parut plusieurs poëmes sur Jeanne, peu d'années après sa mort ; ils sont presque tous écrits en latin. La deuxième lettre héroïque d'Antoine Astézan, composée en 1435, mérite seule d'être mentionnée ; l'auteur raconte que le jour de la naissance de Jeanne les habitants de Domremy, saisis tout à [coup d'une joie inconnue, coururent ça et là, et chantèrent pendant deux heures. Astézan montre Jeanne avec le caractère de l'inspiration, et ajoute même quelques circonstances merveilleuses que les mémoires et les documents contemporains ne rapportent point. Martial d'Auvergne , auteur des Vigiles du roi Charles septième (1), est le poëte français le plus remarquable du quinzième siècle ; il y a dans son œuvre de la vivacité et de l'harmonie. Martial ne manque pas d'exactitude dans son récit , il paraît avoir connu quelques témoins oculaires des exploits de la , Pucelle; il avait lu son procès, conservé, comme il le dit lui-même, dans la bibhothèque de Notre- Dame. Quelques citations de cette chronique en vers pourront plaire à notre lecteur.

Tost après en ceste douleur, Vint au roi une pastourelle, Du village dit Vaucouleur, Qu'on nommoit Jehanne la Pucelle ; C'estoit une povre bergière,

(1) Deux volumes in-S'^. 1742.

Qui gardoit les brebis es ch;imps, D'une douce et mble manière.

De Taage de dix-huit ans.

A Chinon fut questionnée

D'ungs et d'autres bien grandement.

Auxquels par raison assignée.

Elle respondit sagement.

Chacun d'elle s'émerveilla,

Et pour à vérité venir.

De plusieurs graves choses parla,

Qu'on a viies depuis advenir.

Après avoir parlé de la levée du siège d'Orléans, de la prise de Jargeau et de la bataille de Patay, Martial s'écrie :

Or, notons la grande merveille,

Les faits de Dieu et les vertus.

Quant à la voix d'une Pucelle

Les Anglois furent abattus.

Une chose de Dieu venue,

Ung ange de Dieu amyable.

De quoy toutes voys (toutefois) la venue

Fust au royaume proffitable.

La prise de Jeanne devant Compiègne est ainsi racontée par le poëte :

Lors au confflit et par surprinse, Comme chacun tii oit arrière, Ladicte Pucelle fut prinse Par un Picart, près la barrière.

Ledit Picart si la bailla

A Luxembourg les assistant;

Qui la vendit et rebailla

Aux Angloys pour argent contant.

Si en firent après leur monstre

Comme ayant très fort besongnë,

Et ne l'eussent donnée pour Londres,

Car cuidoient avoir tout gaigné.

Nous citerons encore les vers où Martial parle des vertus de Jeanne et de son procès •.

Elle est très doulce, aimable, Moutonne, sans orgueil ni enuio, Gracieuse, moult serviable, Et qui menoit bien belle vie.

Très souvent elle se confessoit.

Pour avoir Dieu en protecteur.

Ni gadre (grande) feste se passoit Que ne receust son créateur.

Mais ce nonosbtant les Angloys Aux vertus et bien ne pensèrent, Ainçois en haine des François, Très durement se la traitèrent.

Après plusieurs griefs et excès, Inférez en maintes parties, Luy firent un tel quel procès Dont les juges étoient parties.

Puis au dernier la condamnai ent A mourir douloureusement, Et brief l'ardirent et bruUêrent A Rouen tout publiquement.

Ainsi vêla le jugement Et la sentence bien cruelle, Qui fut donnée trop asprement Contre icelle povre Pucelle.

Si firent mal ou autrement.

Il s'en fault à Dieu rapporter.

Qui de tels en peut seulement Lassus congnoistre et discuter.

Ces quatres derniers vers laissent voir une réserve qu'on ne peut guère expliquer, car, à l'époque oii écrivait Martial d'Auvergne, le procès de révision avait déjà proclamé à la face du monde l'innocence de Jeanne d'Arc ; le poëte d'ailleurs la proclame lui-même dans les vers qui précèdent.

De l'auteur des Vigiles du roi Charles septième, nous allons passer à l'auteur de Hamlet, de Roméo et Juliette j de Richard ///; du naïf et simple chroniqueur en rimes françaises au grand poëte tragique de l'Angleterre; de Martial d'Auvergne à Shakespeare, la transition est brusque, mais nous procédons par ordre de dates, et nous trouvons d'abord Shakespeare au nombre des poètes de Jeanne d'Arc. On ne s'étonne point que les merveilleuses et touchantes aventures de la Pucelle aient pu sourire au génie poétique de Shakespeare, cette époque d'ailleurs est une des époques les plus importantes de l'histoire d'Angleterre. La rencontre d'un grand poëte était une bonne fortune pour la mémoire de Jeanne d'Arc ; pourquoi faut-il que l'auteur tragique ait moins consulté l'histoire que les passions et les préjugées populaires? Pourquoi faut-il que dans le dénoûment du drame anglais le caractère de Jeanne ait été gros-

sièrement outragé ? Ce drame forme la première partie de la tragédie de Henri VI ; certains critiques ont prétendu que Shakespeare n'en était pas le véritable auteur ; mais nous dirons avec Johnson que la diction , la versification , les images et toutes les formes du langage de la tragédie de Henri VI sont dignes de ce que le poëte a écrit de plus élevé.

Nous faisions remarquer tout à l'heure la brusquerie de la transition de Martial d'Auvergne à Shakespeare ; maintenant nous passerons de Shakespeare à Chapelain : ainsi se touchent les extrêmes dans le monde poétique. Le poëme 'de Chapelain, intitulé la Pucelle ou la France sauvée^ se compose de vingt-quatre hvres ; douze livres seulement furent pubhés; le reste se trouve en manuscrit à la BibHothèque du roi, sous le n" 677. Quand les douze livres de la Pucelle parurent, en 1656, ce fat un grand événement dans le public et parmi les gens de lettres ; le poëme avait coûté vingt ans de travaux, et Chapelain jouissait alors d'une renommée européenne ; six éditions de la Pucelle, en France, dans l'espace de dix-huit mois, et plusieurs contrefaçons à l'étranger, attestaient un succès immense. L'ouvrage était dédié au duc de Longueville^ qui descendait du fameux Dunois, et qui lui-même avait donné à Chapelain l'idée de ce poëme ; le duc de Longueville récompensa le génie du poëte par une pension de douze mille

livres. Voltaire observe quelque part qu'on pouvait mieux employer son argent. Chapelain, qui se proposait de publier la suite de son poëme, disait au duc de Longue ville, dans son épître dédicatoire : « Recevez, Monseigneur, avec votre » humanité ordinaire, ce zèle ardent qui m'a » toujours embrasé pour vous et votre auguste

• maison, et, par votre généreuse bonté, conti- » nuez à soutenir mon courage , qui, sans elle, » pourrait s'affoibhr dans le reste et le plus con- » sidérable de l'entreprise. La Pucelle vous en > conjure, par l'impatience qu'elle a de son mar- » tyre, et l'illustre comte de Dunois, que j'ai laissé 1 dans les liens, aussi bien qu elle, vous le de-

• mande pour en sortir, et pour achever les pro- » diges de valeur qui doivent remettre son roi sur B le trône et son pays en liberté. » Mais, hélas ! une chute profonde vint remplacer le triomphe passager de l'auteur de la Pucelle. Quand le public revient des admirations qu'on lui a surprises, il est souvent plus excessif dans ses dédains qu'il ne le fut dans ses louanges. La protection du duc de Longueville fut impuissante à tirer le poëte de l'abîme de ridicule dans lequel il tomba tout à coup, et, pour parler le langage de Chapelain, il fallut que Jeanne et Dunois (pour les douze derniers livres) restassent dans ses liens, c'est-à-dire dans les injurieuses ténèbres d'un manuscrit inédit.

Tout le monde sait par cœur les vers de Boik an

qui ont condamné Chapelain à une bien triste immortalité ; Voltaire, dans son trop fameux poëme, dont nous aurons à parler tout à Theure, adresse une plaisante invocation au chantre de Jeanne^ son pauvre devancier :

Oh, Chapelain, toi dont le violon, De discordante et gothique mémoire, Sous un archet maudit par Apollon, D'un ton si dur as raclé son histoire ; Vieux Chapelain, pour l'honneur de ton art, Tu voudrais bien me prêter ton génie; Je n'en veux point

On a dit du poëme de Chapelain tout le mal qu'on pouvait en dire ; il est donc juste maintenant, non pas de chercher à relever la mémoire du poëte, mais d'étudier cet ouvrage dans le but d'y découvrir quelque chose de bien. Ce qui manque à l'œuvre de Chapelain, ce n'est pas le jugement, ce n'est ni l'ordre dans le plan, ni un certain savoir-faire dans la distribution des détails. Le poëme n'est pas mal conçu ; mais ce qui lui manque essentiellement, c'est le coloris , c'est surtout le style. Chapelain connaissait peu les ressources de sa langue ; il était très-inhabile à la manier. Les grands maîtres n'avaient point encore donné à la langue française cette force, cette souplesse, cette netteté qui en ont fait la langue da la civilisation moderne ; les auteurs médiocres qui écrivaient alors ne rencontraient aucune règle qui pût les

conduire, aucune barrière qui pût les arrêter dans leurs écarts ; il fallait un talent supérieui" pour ne pas succomber avec une langue incertaine, inachevée et Chapelain n'était qu'un homme médiocre ; si Chapelain avait écrit cent ans plus tard, son poëme eût été meilleur, parce qu'il aurait trouvé plus de facilité à l'écrire, et qu.'avec son lourd marteau il n'aurait pas eu à marteler le bon sens, comme Boileau le lui reprochait. Un homme d'un grand talent qui se mettrait à refaire la Pucelle, en suivant exactement le plan et la marche de Chapelain, nous donnerait peut-être un beau poëme.

Les principaux personnages du poëme de la Piicelle sont Jeanne d'Arc, Dunois, Charles VII, le duc de Bourgogne, Eodolphe, frère de Jeanne, Bedford et Edouard son fils. Dieu et les anges favorisent tous les projets de la Pucelle ; le démon protège les Anglais. Cette lutte de l'Enfer contre le Ciel est un puissant ressort dans le poëme. Chapelain aurait pu corriger la monotonie que répandent les perpétuels triomphes de la jeune fille, s'il avait su varier et rendre plus incertaine la lutte entre l'Enfer et le Ciel. Quelques citations pourront exciter la curiosité du lecteur. Jeanne^ ayant quitté la chaumière paternelle, se rend à l'armée, et le roi consent à l'admettre en sa présence :

« Ta prière, dit-elle, est enfin exaucée :

» Charles, Dieu prend pitié de ta gloire abaissée

» Sa sainte volonté se tourne en ta faveur ;

» Je serai sa guerrière, il sera ton sauveur.

» C'est dans le seul dessein de finir ta misère,

o Qu'il m'a ravie aux bois, jeune et foible bergère,

» Et de sa propre main guidée à ton secours,

» Maigre' tous les përils qui traversoient mon cours.

» Des merveilleux effets de sa grâce propice

» Je suis la messagère et suis l'exécutrice ;

» Et j'apporte en son nom, dans ce fragile bras,,

» Aux François le salut, aux Anglois le trépas.

» Je viens, sous le pouvoir de l'arbitre du monde,

» Remettre ton empire en une paix profonde,

» Redonner la culture à tes champs dévastés,

» Et rétablir la joie en tes mornes cités. »

Le portrait de Jeanne d'Arc est tracé avec quelque vérité :

Elle a le front modeste, et son sévère aspect Des moins respectueux attire le respect. Les douceurs, les souris, les attraits ni les charmes, De ce visage altier ne forment point les armes : Il est beau de lui-même, il dompte sans charmer, Et fait qu'on le révère et qu'on n^ose l'aimer. Pour tous soins, une fière et sainte négligence De sa mâle beauté rehausse l'excellence .

En l'absence de Jeanne, les soldats français, séduits par le démon, se révoltent contre elle : l'héroïne accourt et les fait rentrer dans le devoir ; s'adressant aux guerriers, pâles de frayeur et de honte à son aspect, elle leur dit avec une ironie énergique :

« Où sont ces braves cœurs, ces héroïques âmes,

» Qu'on voit toujours brûler de belliqueuses flammes?

» Qu'est devenu ce camp, dont les robustes bras

» Devancent le mien même en l'ardeur des combats ?

» Ses mains contre Bedfort sont sans doute occupées ;

» Et de rebelle sang font rougir leurs épées ;

» Car ces fronts étonnés, ces visages blêmis,

» Sont ceux qu'en me voyant prennent mes ennemis ;

» C'est là du Bourguignon la morne contenance ;

» C'est ainsi que l'Anglois se trouble en ma présence.

» Dans cet abattement et dans cette pâleur

» Mes yeux remarquent teop l'effet de ma valeur. »

Dans les douze livres du poëme qui ont été publiés, Jeanne est au premier rang ; dans les douze livres restés en manuscrit, c'est Agnès Sorel qui occupe la première place ; la Pucelle est captive, et le poëte n'en parle plus que pour raconter sa mort. Chapelain décrit de la manière suivante les apprêts du supplice ; c'est un curieux échantillon de la poésie dure et martelée de Chapelain :

Le peuple forcené, dans la place meurtrière,

Et charrie et décharge une forêt entière.

D'un bois qui sec et long est propre à s'embraser,

Et pour l'embrasement facile à disposer.

De longs pins ébranchés il dresse en hâte, et forme

Un quarré dont le tour est d'étendue énorme ;

Par ordre le remplit de troncs du même bois.

Et les enduit partout de bitume et de poix.

Il met sur cette couche une seconde couche.

Et la souche d'en haut croise la basse souche ;

Mais pour donner au feu plus de force et plus d*aïr,

Le bois en chaque couche est demi-large et clair. A la seconde couche une troisième est jointe, Qui, plus courte, la croise et commence la pointe : Plusieurs de suite en suite à ces trois s'ajoutant, Toujours de plus en plus vont en pointe montant. L'un de l'autre à l'envi, soldat et populace, S'empressent d'élever la sourcilleuse masse, Qui, portée une fois à son exhaussement, Plus bas qu'elle verra le plus haut bâtiment.

Il faut admirer ici l'étrange préoccupation du poëte, qui oublie son héroïne pour compter en quelque sorte les fagots, et décrire minutieusement les formes du bûcher oii Jeanne doit mourir. Les simples dépositions des témoins oculaires n'entrent pas dans ces détails, et n'en sont que plus intéressantes. Nous nous contenterons de relever ici une erreur historique. D'après le récit de Chapelain, on pourrait croire que le peuple prit quelque part à la construction du bûcher : tout le peuple de Eouen, comme nous l'avons dit, était alors dans la consternation et la douleur, et ne songeait guère à aider Vexécutew de l'œuvre.

Ce fut un grand malheur que le duc de Longueville eût donné à Chapelain l'idée de chanter Jeanne d'Arc. La faiblesse du poëme n'a servi qu'à discréditer ce beau sujet. Si, dans un siècle où les hommes admiraient ce qui était noble et beau, un poëte tel que Corneille ou Eacine avait célébré les exploits de la Pucelle, son œuvre, revêtue de tout le merveilleux de l'épopée antique, aurait vivement parlé

à notre patriotisme ; cette épopée nationale aurait bien plus intéressé les Français que les chants d'Homère n'intéressaient les peuples de la Grèce ; le grand épisode de Jeanne d'Arc est la dernière époque de nos temps héroïques^ et l'épopée consacrée à de tels événements résumeraient toutes nos vieilles gloires.

Après le siècle de Corneille et de Racine vint une génération moqueuse et légère qui n'admirait rien, qui ne croyait à rien ; Voltaire se fit l'interprète de cette génération sans croyance et sans grandeur ; les platitudes littéraires de Chapelain avaient jeté un ridicule sur la Pucelle, et le sarcasme sataniquede Voltaire acheva ce que Chapelain avait commencé. Voltaire, qui était pourtant un grand littérateur, ne pensait pas qu'on pût traiter sérieusement un sujet tel que celui de Jeanne d'Arc ; deux choses ui manquaient pour sentir la beauté de cette histoire : la foi et le patriotisme ; il ne comprit rien à la pieuse et touchante simpHcité de la vierge de Domremy, aux scènes merveilleuses qui avaient accompagné son héroïque dévouement.

Le poëte anglais Robert Southey, né en 1774, a pubhé en 1795 un poëme héroïque en dix livres dont le sujet est Jeanne d'Arc ; il avait connu le poëme de Chapelain, et a pris la peine d'en donner l'analyse en tête de sou ouvrage ; quant à La Pucelle de Voltaire, Southey nous apprend qu'i7 na jamais commis le crime de la lire. Le poëme de Sou-

they est le plus bel hommage qu'on ait rendu à la mémoire de Jeanne d'Arc, d'abord parce qu'il y a dans cette œuvre une grande richesse de poésie, ensuite parce que c'est un enfant de l'Angleterre qui chante les louanges de la Pucelle. L'auteur s'était passionné pour la révolution française, d'oii il attendait la liberté du monde„ Il y a dans le poëme des traces fréquentes de son enthousiasme politique ; Southey a trouvé moyen d'y placer l'éloge de La Fayette, celui deBrissot et celui de madame Rolland; dans les dernières éditions de son ouvrage, il a supprimé des traits et des pensées qui ne lui paraissaient plus de saison.

Le poëte expHque les motifs qui l'ont déterminé à composer un poëme en l'honneur d'une ennemie et d'une victime de l'Angleterre ; il a voulu défendre une cause juste et sainte. « On prétend, dit- » il dans sa préface, qu'une condition essentielle

• de l'épopée est que le sujet en soit national ; je me

• suis mis en opposition formelle avec cette règle,

• et j'ai choisi pour le sujet de mon poëme les re- » vers des Anglais. Si parmi mes lecteurs il s'en » trouvait d'enchns à faire des vœux pour une cause

• injuste parce que leur pays la défend, je déclare ne » point chercher l'approbation de ces hommes-là. »

Southey va plus loin, car, en terminant son dernier livre, il souhaite à tous les peuples qui combattent pour la liberté des succès semblables à ceux qu'obtint la Pucelle.

Un grand poëte tragique d'Allemag-ne dont on a beaucoup parlé dans ces dernières années a composé une pièce en cinq actes, intitulée la Pucellc d^ Orléans. Cette tragédie n'est pas le meilleur ouvrage du poëte allemand , non-seulement Schiller ne s'est pas beaucoup gêné avec l'histoire, mais encore il a multiplié les inconvenances de son drame, et n'a tenu aucun compte delà vérité; toutefois il est assez intéressant de voir le nom de Schiller sur la liste des poètes de Jeanne d'Arc.

Trois poètes de notre époque ont célébré Jeanne d'Arc; on connaît la tragédie de M. d'Avrigny, celle de M. Soumet, et la Messénienne de M. Casimir Delavigne ; ces trois ouvrages ont vengé la mémoire de Jeanne d'Arc des mauvais vers de Chapelain et des turpitudes de Voltaire. On a souvent répété que la Httérature française n'avait pas son poëme épique : Jeanne d'Arc est le plus beau sujet d'épopée, comme nous l'avons déjà remarqué, ou plutôt l'histoire de Jeanne d'Arc est une

) épopée toute faite, une épopée tombée du ciel ;

' mettez-y des vers comme en faisait Racine , et nous aurons un poëme épique divin.

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