LA TENTATION
cœur, elle reste chez lui complètement extérieure. Elle n'atteint en aucune manière sa Tolonté, et doit servir seulement à manifester Tunion parfaite de Dieu et de l'homme qui constitue la vie spirituelle du Seigneur. Et, puisque Jésus regarde rétablissement d'un royaume extérieur comme un hommage rendu à l'esprit du mat y on ne peut plus supposer qu'une lutte se soit livrée dans son esprit entre la véritable et la fausse idée messianique. — U est vrai que tout homme qui est appelé à exercer sur son époque une puissante influence doit s'affranchir des tendances et des idées dominantes y et exercer sur lui-même une continuelle et sévère vigilance pour ne pas se laisser entraîner par elles. Les plus grands sont encore exposés à faiblir, et Jean-Baptiste lui-même ae parvint pas à triompher complètement des préjugés théocratiques des Juifs. — Mais pour Jésus- Christ il n'en est plus de même ; sa parfaite sainteté le rend complètement indépendant de ces influences étrangères. Pas plus qu'une disposition mauvaise , une fausse idée du royaume de Dieu ne peut naître dans sa conscience y et aucune vigilance ne lui est nécessaire pour s'en garder. Cependant y pour se faire une juste idée de l'œuvre qu'il va entreprendre, il faut qu'il connaisse comment le règne messianique est conçu par les autres; sans cela'ijl ne saurait comment réaliser sa vocation au milieu d'eux. Cette connaissance ne pouvant pas naître en lui doit donc lui venir du dehors. C'est le contact avec le monde qui la lui donnera. Et si , d'après la doc- I H
trine de Jésus-Christ , l'entrée du mal dans le monde actuel a été précédée par la chute d'une intelligence tu* périeure ; s'il est vrai que Satan soit le premier être déchu, et par conséquent le représentant du mal , dont il a été le premier auteur^ ; s'il est Trai qu^il y ait entre lui et tonte espèce de mal un lien mystérieux mais réel , la lutte de Jésus-Christ avec le monde nous apparaît alors comme une lutte avec Satan. Satan est le tentateur qui renouvelle constamment ses attaques jusqu'à ce que cette parole suprême : «Tout est accompli!» ait signalé sa dernière défaite. Et conmie le triomphe définitif du règne de Dieu dépendait de la réalisation du plan de Jésus , il est naturel de penser que l'esprit rebelle, toujours occupé à détruire l'œuvre de Dieu, et qui avait déjà entraîné l'homme dans sa chute , aura réuni toutes ses forces pour empêcher l'accomplissement des desseins miséricordieux du Seigneur. Quant au récit lui-même tel que nous l'avons , il a dû être communi-
1 Nous examinerons plus tard si l'existence du diable fait bien en effet partie da renseignement de Jéaus-Christ. Nous nous contenterons pour le moment de faire observer que les objections des rationalistes contre la doctrine du diable, ou bien n'attei^ent pas cette doctrine elle-même, mais seulement une fausse interprétation, —ou bien nient implicitement le mal lui-même. Telles sont, par exemple, celles qui regardent le mal comme un éléoient de la vie de Tbomme, comme une condition de la conscience et de Texistence de l'esprit, ou comme un moment du développement humain. Cette idée est en contradiction complète avec la doctrine chrétienne, tandis qu'au contraire la révolte d'une c^réature contre la volonté de Dieu se conçoit très bien au point de vue chrétien. Je sais heureux de trouver, dans l'excellent ouvrage de Nittsch, l'expression de ma conviction sur ce sujet. — Voy. System der càristlichen Lehre, 2* éd., p. 15t. Voy. aussi la Dogmatique de Twesten, et l'ouvrage déjà cité de Jnlius Muller.