DKS MHUaES
de Tesprit ées malades eux-mêmes. lU expliquaient ^insi ce qui se passait dans leur âme, et trouvaient dans leur état une confirmation de leurs idées. Ils croyai^t sentir en eux deux êtres, et tout ce qu'ils éprouvaient d'extra* ordinaire ils Tattribuaient à Tesprit malin qui était en eux. Cet esprit semblait s'être identifié avec leur propre moi, tellement que souvent ils parlaient en son nom. Quelquefois même la lutte intérieure était si puissante qu'ils croyaient être animés d'une troupe de ces esprits malfaisants et se considéraient tout à fait comme leurs organes. Le retour fréquent de ces maladies parmi les Juifs et chez les autres' peu pies signale une de ces épo- ^ ques de grandes crises qui précèdent toujours Tapparition d'une vie nouvelle. C'est un signe que l'ancien monde touche à sa fin \ mais en même temps un signe que le renouvellement approche et que le rédeippteur va venir ; car up besoin profondément senti est toujours prophétique et annonce à l'avance l'objet qui doit le satisfaire.
Maintenant quelle opinion adopterons-nous? Devons-
admirent Vexistence des démons. Ils les considéraient comme des esprits parents de la matière, ou comme des émanations hypostasiées de la ttXri , de la puissance ennemie de Dieu.
* 11 faut mentionner ici ce que Schelling dit à cet égard dans éfi Recherches philosophiques sur Vessence de la liberté humaine : « Un temps « vient où toute cette magnificence disparaît! En proie à une maladie « terrible, le beau corps de l'ancien monde tombe en dissolution , et le «chaos recommence. Mais, déjà avant que la ruine complète soit cou- « sommée, les puissances qui gouvernaient naguère se transforment en « puissances ma igues ; — telles les lorces qui, pendant la santé, étaient a les anges gardiens de la vie, devrânoeni, à rapproche de la naort, ^es « esprits méchants et dangereux. »
LIS ^inonuQitts. 207
MUS expliquer les possessions par des causes purement naturelles ou purement surnaturelles? Cette question supposerait que ralteroatÎTe est inéyitable et que les deux théories s'eicluent réciproquement ; mais il n'en est rien* On peut faire rentrer ces maladies parmi les maladies naturelles, sans refuser pour cela d'admettre rinfluence d'une cause mystérieuse et surnaturelle. S'il est Traî que la doctrine de Jésus-Christ place l'origine du mal physique et du mal moral dans la chute d'un esprit supérieur qui est devenu le principe générateur du mal, il faut hien admettre, entre les diverses mani-< festations de Tempire du mal, un rapport analogue à celui qui existe entre les diverses manifestations du royaume de Dieu\ Ainsi, les maladies extraordinaires
> S*il était prouvé qae la doctrine touchant Satan ne fait point partie ^e renseignenrrent de Jésus, et qu'eile-n^est, dans la l)ouche du Seigneur, qu'une accommodation formelle (voir plus haut, p. 160) aux idées reçues, la question qui nous occupe serait immédiatement résolue. Il est certain que, dans beaucoup de passages des évangiles, le sens permet parfaitement de considérer Satan comme une simple personnification de l'idée du mal. Nous serions donc disposés à ne voir dans cette expression qu'une figure adoptée par Jésus-Christ, parce qu'elle est la forme populaire d'une idée vraie; nous i serions disposés, si quelque chose nous montrait d'ailleurs que Jésus n'a point voulu consacrer la doctrine de l'origine chi mal teHe que cette expression la renferme. Cest ainsi qu'en tdoptnnt les images du règne messiaitique, H nous conduit lui-même à 4totinguer entre hi forme et le fond de son langage. Mais il n'en est plus de même dans la doctrine qui nous occupe. Nulle part, dans ses entretien^ avec ses disciples, nous ne trouvons la preuve qu'il ait expliqué l'origine du mal autrement que par la chute d'une intelligence supérteure. On ne peut pas dire non plus que ce soit ici une question sans intérêt moral ou religieux, et dont la solution serait étrangère à la vocatlen spéciale de Jésus. Il n'est rien moins qu'indifférent de savoir sH ftttt placer l'origine du mal dans la nature humaine ou dans un monde supérieur. Le passage Jean VUI, 44 assigne en outre à la personne de
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qui bouleversaient le corps et Tesprit, ^êl qui révèlent d'une manière si évidente la dégradation de l'être mo- ^ rai et la puissance du mal sur la nature humaine, peuvent très bien, d'après la doctrine de Jésus-Christ, être regardées comme une des manifestations du règne du mal dans le monde. D'un autre côté, si ces maladies
Satan une réalité bien déterminée. Satan est PEsprit ennemi da Vrai et du Bien (le mot iXit^uK. dans saint Jean , a ce double sens) , celui en qui le mensonge et le mal sont devenus seconde nature. Il n*est point dans la vérité, et ne trouve en elle aucun point d'appui. La révélation de la vérité, qui, pour les autres esprits, se rattache à la communion avec l'Esprit créateur, n'est rien pour lui; il ne peut h recevoir précisément parce qu'il n'y a plus en lui aucune vérité, aucun organe, aucune réceptivité pour ce qui est divin. Jésus dïl aux pharisie )s que, par leurs dispositions mauvaises, par leur esprit d'incrédulité et de mensonge, ils montrent qu'ils sont bien plutôt les enfants de Satan, vivant avec lui d'une vie commune, que les enTants d'Abraham. — Le raisonnement de Schleiermacher, dans sa Dogmatique^ § 45, n'est nullement concluant Schleiermacher prétend «quon ne saurait établir, sur c^ passage, l'existence réelle du « Diable sans tomber dans le dualisme, en opposant, dans un sens tout «à fait manichéen, l'idée du Diable à celle de Dieu, — ou bien, sans en « t rer la conséquence, que Jésus n'est le Fils de Dieu que dans l'acception « générale du mol, comme les pharisiens sont les fils du Diable.» Ce n'est pas entre ks pharisiens et Jésus-Christ qu'il faut établir la comparaison, mais entre les pharisiens et les fidèles. Or, ceux-ci sont, en effet, à l'égard de Dieu, dans un rapport analogue à celui des incrédules à Tégard du Diable Seulement, comme dans toute comparaison, il faut s'en tenir au sens général et ne pas trop vouloir presser les termes. — Nous ne pouvons pas non plus admettre que Jésus ait tout simplement reçu cette doctrine telle quelle, sans lui donner aucune signiHcation nouvelle et spéciale. Sans doute il n'a pas donné là-dessus une théorie métaphysique comme on en demande tant aujourd'hui. Ce n'était pas là son but. Mais la doctrine est dans un rapport direct avec celle de la rédemption , et tire de là une signification spéciale. — Du reste, une fois qu'on savait qu'un esprit supérieur avait précédé tous les autres dans la désol)éissauce, on pouvait être facilement conduit à regarder cet esprit rebelle comme le représentant du mal. Dans ce cas, Satan j^ounait être considéré en eft'et, comme le symbole du mal, sans quon fût autorisé pour cela à nier son existence. — • Comp. ce qui a été dit sur le même sujet, à la page 114.
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soût dues à une cause supérieure, cette cause n^agit pas d'une manière abrupte et magique. Comme toute action sur'tâme humaine , celle-ci suppose un point d'appui dans le déyeloppement psychologique. Dans tous fes cas, il^ous faut donc admettre le concours de deux causes, l'une naturelle et l'autre surnaturelle. D'un côté, l'état général de la société et l'état particulier de l'kidiYidu ; de l'autre côté, l'action de l'esprit du mal. Dans les deux cas, la guérison radicale avait pour condition le triomphe remporté sur la puissance du mal qui agit dans
omme, et voilà pourquoi Jésus-Christ pouvait seul opérer l'une et l'autre. ^
11 s'agit maintenant de savoir si Jésus-Christ a exprimé lui-même une opinion sur la nature de ces maladies , ou s'il a, en s'y rattachant, confirmé l'opinion commune. De ce qu'il n'attaque pas cette idée, on ne peut pas en conclure qu'il l'admette. C'est une question qui ne touchait pas immédiatement à sa vocation. Elle n'est pas du domaine de la religion ; elle appartient aux sciences naturelles, à la psychologie et à la médecine. Jésus avait seulement pour but de faire connaître le principe moral de ces maladies, afin d'amener les hommes à comprendre que la guérison complète avait pour condition une transformation morale. L'idée populaire des posassions pouvait très bien lui servir à atteindre ce résultat, et si la doctrine sur Satan est vraie dans sa signification morale, rien ne l'empêchait d'y rattacher son enseignement. Quant à l'accommodation aux idées des démonia- I U
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' ([ues eux-mêmes, on ne peut pas ici appliquer rigoureusement les principes que nous avons posés. La yéracité est une condition indispensable de la communion eutre les êUies intelligents. Mais les démoniaques sont des êtres à part, et, comme tels, incapables de participer à la vie sociale. L^usage normal du langage ne peut être employé envers ^px, parce qu'ils ne sont pas dans les conditions normales et que leur état intellectuel les rend incapables d'en profiter ^ Il y avait d'ailleurs^ dans la manière dont ces malheureux comprenaient ce qui se passait en eux, quelque chose de profondément vrai. C'est cet élément, de vérité qui servait de point d'appui à Jésus pour agir sur eux. C'était le moyen qu'il employait pour les délivrer du joug honteux sous lequel Us gémissaient. — Pour agir sur leur âme, il fallait qu'il rattachât son action à leur sentiment et il ne pouvait le faire qu'en prenant, avec la vérité, la forme spéciale dont cette vérité était revêtue dans leur conscience.
Il y avait à cette époque, parmi les Juifs, des hommes appelés exorcistes, qui prétendaient guérir ces sortes de maladies et pouvoir chasser les démons. Us employaient pour cela des conjurations, des fumigations, de certaines herbes, et faisaient remonter au roi Salomon la découplé de leur art mystérieux*. Il est possible qu'ils fus-
(1 Nous nous permettrons €e faire observer qae TexpUcation de Néander n>8t pas assez complète pour être satisfaisant^' Jésus-Christ n'avait pas d'ailleurs les démoniaques seuls pour auditeurs et pour témoins.
{Trad.) Voir JosiPHK, ÀrchœoL, 1. VU, c. n, § 5. Gomme {«euve deThabi-
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sent asset habites pour tromper les gens par }eurs jongleries- 11 se pourrait aussi que par Temploi de certains moyens naturels, et en agissart fortement sur l'imagination, ils obtinssent parfois des résuHats extraordinaires, et sussent par quelques succès apparents cacher leur impuissance réelle. Mais quoi qu'il en soit, les miracles de lésus-Christ étaient tout différents, autrement ils n'auraient pas produit sur lés témoins une impression aussi vive. Le caractère moral, spirituel et divin de sa puissance se^révélait dans ces actes merveilleux. Examinons, par exemple, la guérison du sourd-muet (Luc XI, 14, et Malth. Xll, 22). Les pharisiens les plus mal disposés sont obligés de reconnaître ici quelque chose qui ne peut s'expliquer naturellement. Alors, pour détruire l'effet que ce miracle a produit sm^ la multitude, ils ne trouvent d'autre moyen que d'accuser Jésus d'être en relation ■ avec le prince des esprits malins. Jésus relève la contradiction que ces paroles renferment et montre que l'Esprit de Dieu peut seul délivrer une âme de la puissance de l'esprit du mal, et en tire la conclusion que le royaume de Dieu est désormais arrivé et qu'il va triompher du royaume des ténèbres. De là résulte que la guérison des démoniaques a pour condition la victoire remportée «ur le prmcipe du mal. Hors de là la guérison ne peut être
■> leté des exorcistes, Josèphe cite im lait remarquable, qui s'est passé en
ace de^rempareur Vespasien et d'uDe partie de l'armée romaine. — > an .prélefndu testâtment de Salomon , écrit en grec et dans une époque très postérieure, voir dans les Theoiogischen Rmefrûchien du docteur Fleck,^ partie, p. 11>.
qu^apparente et provoquera une réaction d'autant plu9 violente de la part de Tesprit malin. Les exorcistes, qui semblent produire des effets analogues aux miracles de JésuSy produisent donc en réalité un effet contraire. L'esprit , qui parait banni un instant , reprend bientôt sur l'âme une autorité plus grande que jamais. Quiconque n'agH pas dans la communion avec Jésus-Christ, et par ^h puissance de Jésus-Christ, ne travaille point pour le royaume de Dieu, et ne fait, quelles que soient les apparences, qu'augmenter l'empire du mal.
L'exemple du Gadarénien démoniaque, lequel, une fois guéri, se sent tellement attaché à Jésus qu'il voudrait ne plus le quitter (Marc V, 1 ; Luc VIII, 36), sert aussi à nous faire comprendre comment la guérison radicale ne pouvait être opérée que lorsque l'âme du malade avait été affranchie de l'esprit du mal et attirée vers l'Esprit de Dieu. Nous y voyons en même temps que^ pour plusieurs démoniaques, le moment de leur guérison fut le signal d'une crise salutaire qui les fit participer désormais à la vie supérieure. C'est de cette manière que Marie de Magdala parait être entrée dans l'intimité de Jésus (Marc XVI, 9).
Observons enfin, en terminant ce sujet, que de tell& maladies étaient plus fréquentes en Galilée qu'en Judée. Une preuve, c'est que l'évangile de Jean ne mQntionûe aucune guérison de démoniaque.
Maintenant, de quelle manière devons-nous entisager les miracles de Jésus qui ont pour lésultat la résur-
LES Rl^URRECTIONS. - 213
rection d'un mort? Devons-nous les rapprocher des guérisons miraculeuses et n'établir entre les deux classes qu'une diflérence de d^gré, ou bien devons-nous les regarder comme le comble du miracle y comme des faits où se montre seul l'élément surnaturel? La réponse dépend de ce que nous appelons mort dans des cas pareils? Faut-il prendre le mot dans le sens strictement physiologique et entendre par la mort la séparation du corps et de l'âme, ou bien s'agit-il seulement d'une mort apparente, c'est-à-dire d'une privation momentanée des facultés vitales? Dans le premier cas, la résurrection serait un £ait spécifiquement difierent de la guérison d'une maladie; dans le second cas, au contraire, ce serait un fait analogue. Le miracle serait seulement plus frappant parce que la vie avait déjà tout à fait cessé d'auimer le corps ^t ne pouvait être rappelée que par un effçl de la puissance divine. — On ne peut décider cette question que par un examen approfondi et une connaissance détaillée des symptômes, et c'est une œuvre qui regarde plutôt le médecin ou le physiologue que le théologien. A moins cependant que la décision ne se trouva^ dans les paroles de Jésus-Christ. Pour cela il faudrait savoir si Jésus prend le mot de mort dans le sens rigou^ reux ou dans le sens populaire. La résurrection d'un mort serait difficile à concevoir si nous supposions que la personne morte était déjà passée à une autre forme J;^'-*)de Texistence et a été rappelée d'un autre moiide à la vie terrestre. Mais rien ne nous autorise à faire une pa-
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reilte supposition, puisque nous ne connaissons pas les lois qui régissent la vie de Tâme séparée du corps.
Les miracles opérés sur l'organisme de Phomme Sans aucun intermédiaire, sans aucune action préalable sur la nature spirituelle, nous conduisent enifin à ceux qui ont pour objet la nature matérielle et dans lesquels, par conséquent, toute médiation est impossible. Nous arrivons aux faits surnaturels par excellence.
Nous n'avons pas ici à examiner les détails. Mais une chose certaine c'est que la puissance sur la nature est, d'après la tradition évangélique, un des caractères de la personne de Jésus. Cette idée générale doit présider à l'examen détaillé des récits. S'il s'agissait d'un autre personnage, nous ne serions pas disposés à admettre des récits de ce genre. Sachaut combien facilement l'homme imprime à la réalité le cachet de ses impressions, nous chercherions dans la subjectivité des narrateurs l'explication de faits dont la réalité objective nous paraîtrait inadmissible. Mais une fois que nous avons admis entre Christ et tous les autres hommes une différence spécifique, lorsque THomme-Dieu s'est montré à nous sous son vrfti caractère, rien ne nous empêche plus d'admettre que ce divin personnage ait exercé sur la nature une autorité qui n'a jamais appartenu à aucun autre.
PIN DU PRBMIEm TOLCME.