LETTRE DE N^ANDER
point» sur lesquels elles diffèrent, pour se rallier contre Fenoemi commun sous la seule bannière de la croix. Peut-être une connaissance plus exacte des autres pays contribuera-t-èlle à amener ce résultat. Mais il est à craindre <pie ceux qui ne savent pas dans quelles conditions intellectuelles se trouvent , en Allemagne , les hommes qui cherchent la vérité avec foi ne se sentent froissés par plusieurs des opinions exprimées dans cet ouvrage ; je le redoute surtout pour les personnes qui ne sont pas accoutumées à distinguer, dans les récits é?angéliques, ce qui est divin de ce qui est humain, qui confondent Tessenc^ immuable de la vérité avec les formas changeantes qu'elle a revêtues dans les conceptions des hommesi et la réalité divine avec le frêle soutien des croyances traditionnelles et de Tancienne harmonistique. Je ne voudrais imposer à qui que ce soit une épreuve qu'il ne saurait supporter, et je désire ne scandaliser personne, à moins que ce ne fût que passagèrement y afin d'augmenter ensuite sa science chrétienne et d'affermir sa foi. Je ne connais pas assez les églises d'Amérique pour juger si tel sera l'effet produit par mon livre; je n'aurais pas consenti, sur ma seule responsabilité , à le présenter à un public étranger; mais je m'en remets à mes traducteurs pour une appréciation que je ne suis pas en état de faire moimême.
Au reste, une chose dont je suis bien convaincu, cVst que la ruine de l'ancienne doctrine de l'inspira-
AUl CmiTlIHB MS irATt-UMlS« 7
tion I et celle de beatiooup d^Mtres pr^Mgés doglMtîqnesy bien loin de oftHser aucun domniage à U &i okrétienne, ne font que lui préparer une ère BoateUté Je crois que TEvaugile en sera mieux compris, et les hommes mieux préparés à combattre et à vaincre cette incrédulité euTahissante contre laquelle les armes du vieux dogmatisme sont nécessairement impuissantes en quelque pays que ce soit. Du sein de nos luttes actuelles sortira une théologie nouyelle purifiée et retrempée dans Pesprit du christianisme. De tous côtés nous voyons les signes avant -coureurs de cette création glorieuse. Le Seigneur veut s'élever dans la science aussi bien que dans la vie un nouveau tabernacle ou il puisse habiter, et ni un attachement opiniâtre à ce qui est ancien , ni un désir profane de ce qui est nouveau , ni aucun autre obstacle, ne saurait empêcher Taccomplissement de cette œuvre divine. Puissions-nous ne jamais oublier les paroles du grand apôtre : « Là ou est llSsprit du Seigneur, « là est la liberté! » — Tout ce qui, dans ce livre, repose sur le vrai fondement, résistera au feu des contradictions et des combats de l'époque. Quant au bois, à la paille et au chaume qui s'y trouvent, comme dans tous les ouvrages des hommes , j'espère moi-même qu'ils seront consumés.
Goleridge a proclamé en Angleterre, comme Schleiermacher l'a fait parmi nous, que le christianisme est moins un système d^idées qu'une puissance de vie. Puisse l'influence que ce profond penseur a exercée en
8 LETTmE BE !«éABDa AUX CmÈTÏKSS DES FTAT-'-l NG.
Amérique avoir contribaé, et contribuer encore à y préparer le terrain pour le renoorellement de la théologie scientifique 1
A. NÉANDER.
Berlin t ♦ novembre 1847.