‹ Vie de JésusChapitre 46 sur 102 · VIE PUBLIQUE DE JÉSUS-CHRIST · texte numérisé non relu

VIE PUBLIQUE DE JÉSUS-CHRIST

HEMABQUES PRËLIMINAIRBS.

Si l'on compare les trois premiers éyangiles ayec le quatrième j on trouve une grande différence à P^ard de la chronologie et du théâtre des érénements. D'après les synoptiques , il semblerait que durant le ministère de Jésus il n'y ait en qu'une seule Pftque, tandis que saint Jean en mentionne trois ou quatre. — De là vient que les premiers paraissent ne connaître qu'un seul voyage à Jérusalem et regarder la Galilée comme le théâtre exclusif de la vie du Seigneur jusqu'au moment de la passion. La première difficulté se lève facilement. Il suffit de remarquer que les trois premiers évangiles ne renferment aucune détermination chronologique. En racontant les derniers événements de la vie de Jésus, ils sont conduits à faire mention de la Pàque ; et s'ils n'en parlent point ailleurs on ne peut rien conclure de leur silence. Quoique les faits qu'ils racontent ne se fussent pas accomplis tous dans la même année , les évan-

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gélistes auront bien pu ne pas noter les diverses fêtes de Pâque, de même qu'ils ont omis de fixer d'aucune autre manière la date des érénements. Et comme il n'est pas vraisemblable que le ministère de Jésus n'ait duré qu'un an ; comme rien dans les synoptiques ne nous oblige à l'admettre^ et qu'au contraire un passage de Luc fait indirectement mention de la Pâque*, ce sont autant de présomptions en faveur du récit de Jean.

Maintenant comment lever la seconde difficulté? Où faut-il placer le champ d'activité de Jésus? Devonsnous admettre que le Seigneur se renferma à dessein dans la Galilée^ «oit parce que l'esprit des Galiléens , n'ayant pas été fonssé par le formalisme pharistique , était plus accessible à son enseignement; soit aussi parce que, moins exposé luif^mème à la haine d'une secte orgueilleuse, il pouvait espérer d'dtre moins entravé dans l'exercice de son miniilère? Ce ne serait qu'après avoir établi son œuvre sur une base solide et durable qu'il se serait enfin décidé à braver les dangers qui l'attendaient à Jérusalem. Quoiqu'il prévit bien ces dangers , il n'aurait pu s'y soustraire plus longtemps, pour ne pas être accusé de n'avoir pas lui«-même confiance dans la divinité de sa mission, et pour ne pas donner à ses dis-

* Luc Vï, i, lô sabbat second-premier. Selon la plupart des commentateurs, c^était le premier sabbat après le second jour de PAques, qui était le jour des prémices. Le jour des prémices avait une importance particulière. (Test à partir de là que l'on comptait les s^t sabbats suivants jusqu*à la Pentecôte. Ainsi on disait : le sabbat second-premier^ le sabbat second-second^ etc.— Comp. Lév. XXIIÎ, 15. (Trad.)

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ciples occasion de faillir* 11 faudrait alors admire que réyaugile de Jean a altéré la tradition ààm das tues dogmatiques. On n'aurait pas pu comprendre que Jésus, qui s'annonçait comme le Messie, eût si longtemps différé de se rendre à Jérusalem pour proclamer son cËvin message en présence du praple et des prêtres, et Ton aurait été choqué de yoir celui qui reconnaissait la sain*** teté de la loi mosaïque n^liger lui-même de meotar au temple, à la principale fôte.

On comprend très bien en effet que Jéstis espérât trouver plus d'accès auprès des simpks habitants de la Galilée que parmi les riches et orgueilleui dodemn de Jérusalem. Mais ce qu'on ne comprendnat guère , ce serait qu'il eût négligé de se joindre au saintes assemblées pour aller célébrer les fêtes % paraissait ainsi manquer de respect pour Uâ anciennes coutumes religieuses*. Il serait étrange qu'il n'eût pas saisi une

1 Le passage Loo U, 41, prouve que les Galiléens pieux se fttisaieiit an devoir d'aller à Jérusalem au moins à la fête de Pâques. Il y est môme question dn voyage des femmes, quoique la loi ne prescrivit rien à cet égard. Strauss croit, mais à tort, pouvoir conclure du silence de Matthieu que les premiers judéo-chrétiens n'attachaient aucune importance à ce voyage* L'oiyection tombe si l'évangUe de Matthieu provient de di* vers récits détachés qui tous se rapportent à la vie de Jésus en Galilée, et auxquels on aurait ajouté le récit des derniers actes et de la passion du Seigneur.

< Dans le traité talmudique intitulé Chagigahy ch. II, on ne dispense de rengagement de visiter le temple aux jours de iétes solennités que les sourds, les infirmes, les malades, les insensés et les vieillards. Mais il est clair que ces règlements ne pouvaient s'appliquer aux juifs dispersés dans les autres contrées. Ceux-ci envoyaient seulement chaque année une députation chargée de porter leurs offrandes et l'argent représentant la valeur des prémices. Voy. PniLON, LegatioadCaium^%%% et 81.

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si bonne occasion pour se mettre en rapport avec les Juifs qui accouraient alors de tous les pays. Ç^eût été assurément faire preuve de peu de sagesse que d^attendre pour venir exercer son ministère dans la capitale de la théocratie le moment où Tinquiétude et Tinimitié des pharisiens , excitées par le bruit de ses œuvres, Pexposaient à une perte presque certaine. On ne peut pas davantage supposer qu'il ait voulu auparavant mettre ses apôtres en état de le remplacer; car, selon les Vues humaines y les apôtres avaient encore trop peu coippris sa doctrine pour être capables de renseigner. La hidne des pharisiens ne s'expliquerait pas si Ton n'admettait que Jésus s'est déjà trouvé au milieu d'eux. Plusieurs passages des synoptiques font d'ailleurs allusion au séjour de Jésus à Jérusalem. Ainsi, Matthieu lY, 25; XV, 1, lorsque les scribes et les pharisiens se rassemblent autour de lui et lui proposent des questions insidieuses , — soit que les docteurs , après l'avoir vu et entendu chez eux , l'eussent suivi en Galilée , soit que la tradition ait confondu avec les événements de la Galilée beaucoup de choses qui étaient arrivées à Jérusalem. — Ainsi encore, Luc XIIl , 34 et Matthieu XXIII, 37 : a Jésus a bien souvent exhorté les enfants de Jérusalem à la repentance , afin de les sauver de la ruine qui les menace, n — U est vrai que, par ces mots : a Enfants de Jérusalem , » on peut entendre le peuple théocratique en général , au milieu duquel Jésus avait exercé son ministère; mais les circonstances au milieu des-

DlFFinifiCRg BMTRB JBAN BT LB8 SYNOPTIQUES. 13

quelles ces pandes sont prononcées nous obligent de les rapporter d'une manière spéciale à Jérusalem.

Les relations de Jésus avec la famiUe de Lazare ne sont pas mentionnées seulement par Jean, mais aussi par Luc X, 38. U est probable que ces relations se seront formées pendant un séjour prolongé de Jésus à Jérusalem. Cela expliquerait aussi comment certains hommes marquants de la capitale, comme, par exemple, Joseph d'Arimathée, se ti*ouvent panni les disciples.. Le passage Luc IX, 51 , confond selon toute apparence le dernier voyage de Jésus avec un voyage antérieur. . — Comment supposer d'ailleurs que Jésus qui employait partout sa puissance miraculeuse à secourir les malheureux, n'en ait pas fait autant à Jérusalem où l'occasion ne devait certes pas lui manquer ? Et s'il ne Teût pas fait n'y aurait-il rien qui nous le montrât, et cette lacune ne seraitrelle pas signalée autrement que par le silence ? La difficulté est levée, il est vrai, par Matthieu qui nous dit, d^une manière tout à fait générale, chapitre XXI, 14, que Jésus-Christ guérit les aveugles et les boiteux qui vinrent à lui dans le temple. Mais cette allégation a une apparence peu historique dans le contexte ou elle se trouve et ne nous parait pas suffisante pour établir la réalité du fait. Tout ce qu'elle prouve c'est que Jésus a guéri, à Jérusalem, des aveugles et des boiteux. Mais quand et comment ces guérisons ont été accomplies, c'est l'évangile de Jean seul qui nous le dit. Si les miracles de Jérusalem se rapportaient tous à l'époque

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dont |>arle Mallhieu , nous devrions nous attendre à les trouver en nombre bien plus considérable.

Ainsi les synoptiques renfennent beaucoup de choses qui confirment le récit de Jean. D'un autre c6té, la chronologie de Jean ne se trouve jamais en défaut, jamais en contradiction avec elle-même. Il n^y a pas un fait de détail qui ne s'accorde parfaitement avec la réalité des divers voyages à Jérusalem , et les événements de la Galilée, rapportés par les autres évangélistes viennent également se placcnr id d'une manière très naturelle.

Si nous ne voulions admettre qu'un seul voyage à Jérusakoiy nous serions obligés de regarder Tauteur du quatrième évangile comme un faussaire. Or il est impossible qu'un faussaire eût écrit un pareil livre. D'ailleurs un homme qui invente n'irait pas se mettre directement en contradictign avec la tradition reçue. Comment pourrait-il espérer qu'on ajoutât foi à ses paroles? Et comment penser qu'un seul individu fut jamais parvenu à substituer, dans la croyance de l'Eglise, une traditioh falsifiée, à la tradition vraie et généralement admise?

Mais il est £iu^ile au contraire, sans mettre en doute la véracité des écrivains sacrés , d'expliquer comment les trois premiers évangiles ne parlent que d'une seule Pâque. Il suffit de se rappeler que ces évangiles sont formés par la réunion de récits détachés , indépeûdants les uns d«8 astres S Une altération de ce genre pouvait

t Une fois admis que le quatrième évangile seul expose les faits dans

DIFFÉRENCES ENTRE JEAN ET LES SYNOPTIQUES. io

facilement s'introduire dans le cercle des traditions galiléennes. Saint Matthieu nous en fournit un exemple dans le récit des apparitions de Jésus-Christ après sa résurrection. D'après Luc et Jean , c'est Jérusalem qui est le théâtre de ces apparitions. Si nous n'avions que l'évangile de Matthieu , il faudrait admettre que tout s'est passé en Galilée.

Tordre chronologique, c'est une forte présomption en faveur du caractère historique et de l'authenticité de cet évangile.

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