ENTRETIEN AVEC LA SAHAEITAIKK
acheter des Yivres, et sans doute aussi pour quUls apprissent à Yaincre leurs préjugés judaïques contre les Samaritains. En ce moment, une pauvre femme vient pour puiser de l'eau ^. Jésus ^ pressé par la soif, lui demande à boire et, toujours préoccupé de sa divine mission, il saisit cette occasion pour lier entretien avec cette femme et pour lui présenter la vérité sous la forme la plus propre à la lui (aire comprendre '• Il lui parle d'une source d'eau vive qui ne tarit jamais et que chacun peut avoir chez soi de manière à n'avoir plus besoin , pour en puiser , de faire une route longue et pénible. Combien ce discours ne doit-il pas intéresser la Samaritaine ! Avant de savoir encore quel est le bien dont Jésus lui parle, elle comprend que ce bien est pour elle d'un prix inestimable. Jésus lui représente la vie divine qui vient de lui sous l'image d'une eau jaillissante qui étanche pour jamais la soif de celui qui la possède. Mais après avoir ainsi éveillé son attention et ses désirs, il ne s'attache point à lui expliquer plus clairement ce qu'elle n'a pas encore compris. Le germe une fois déposé doit se développer lentement. Cest pourquoi Jésus , après ces paroles, change brus-
« Dans aucune autre saison on n*anrait pa yeaUr à pareille heure.
* Un théologien joif d* Alexandrie ou de Palestine n'aurait certainement Jamais en Ut pensée d'imaginer an entretien entre Jésns et nne pauvre femme de Saraarie. Mais combien on iei fait répond au caradâra de wUM qui remerciait Dieu d'awr révélé aux enfiuits œ qu'il avait ear chéanxsagesdu nuAde! Jésus est veau pour abattre tout mur desépa* ration entre les hommes , et pour giorite U nature honaâne i dans les individus les plus fidUes.
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quement de sujet. Il dit k la femme d'appeler loa mari. Il Yeut la conduire à tourner son attention mf ^e^ même» sur sa propre yie, la disposer de cette manière à recevoir les choses divines et lui montrer m même temps que celui qui lui parle est ui^ prophète, divine* ment instruit de tout ce qui la concerne*
Ici se présente une question. Lorsque Jésus dît à la Samaritaine d'appeler son mari, faut-il admettre qu^il connaissait déjà la vie privée de cette femme et qu'il n'a*vait d'autre but que de l'amener a déclarer elle-même quelle était sa manière de vivre? Ou bien Jésus était-il dans l'ignorance à cet égard ? Voulait-il seulement que le mari vînt écouter ses enseignements ? Ce serait alors la réponse de la femme qui aurait donné un autre tour à la conversation et qui aurait révélé la vérité à Jésus. Mais nous ne connaissons pas les lois par lesquelles la connaissance surnaturelle se transmettait à l'âme de Jésus-Christ. Nous ne savons pas quel était le rapport des choses extérieures avec son développement intérieur. Nous n'avons donc pas les données suffisantes pour résoudre cette question.
Quoiqu'il en soit, en reconnaissant en Jésus un prophète, la Samaritaine dut redoubler d'attention, et serrer précieusement les paroles qu'elle entendait, sans biep les comprendre. Elle ne se borne même pas à écouter. Elle veut profiter de la présence d'un si grand personnage pour s'éclairer sur les choses qui la préoccupent. Et quelle question était pour elle plus importante que
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celle qui divisait les Juifs et les Samaritains? €'est donc là-dessus qu'elle interroge indirectement Jésus en lui montrant la montagne de Garizim , le lieu où les Samaritains célèbrent leur culte. A cette Question, Jésus fait une double réponse. Il s'adresse d'abord directement à la pensée de la femme. Sous ce rapport il donné raison aux Juifs. Les Samaritains n'ont pas la vraie connaissance de Dieu. Ils se sont détâchés de l'économie établie de Dieu pour préparer les hommes à Tavénement du Rédempteur. Les Juifs au contraire adorent le vrai Dieu. Une suite de révélations leur ont appris à le connaître et les ont préparés à voir le salut sortir du milieu d'eux*. Pendant un temps il fallait adorer à Jérusalem, parce que c'était de Jérusalem que devait venir la rédemption et l'établissement d'un nouveau culte. Mais de là résulte que le culte de Jérusalem n'est lui-même que préparatoire. La vieille querelle entre les Samaritains et les Juifs touche à sa fin. Bientôt il ne s'agira plus de choisir entre un lieu de culte ou l'autre , entre Jérusalem et Garizim, mais les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité, car le Père demande de tels adorateurs. Dieu est esprit et ceux qui l'adorent doivent l'adorer en esprit et en vérité. Ainsi Jésus oppose ap culte extérieur, partiel, lié à certains lieux et à certains moments spéciaux, un culte spirituel, indépen-
* Il s'agit ici, bien entendu, de la valeur objective du judaïsme, c'eetà-dire des JuiCs en tant que peuple choisi de Dieu, et non pas de l'état individuel et snbjeclif, qui pouvait être fort difltVent.
8NTRBTTBN AVEC LA «iAtlARITAP(F. ^1
dant des conditions du temps ou de l'espace et remplissant la TÎe tout entière. Cette adoration en esprit c'est l'adoration en vérité^ la possession vivante de la vérité par l'esprit. Le cnlte en esprit est opposé au culte for* maliste des actions extérieures ; et le culte en vérité à cdui qui a pour objet , non la vérité^ mais une image plus ou moins grossière. Mais ceux-là seuls peuvent pratiquer ce culte qui peuvent invoquer Dieu comme leur Père parce qu'ils ont reçu de lui une vie nouvelle. — Ce temps mémorable approche; il est déjà venu^ parce que Jésus réalise lui-même dans sa personne la communion parfoite avec Dieu, et parce qu'il a déjà déposé dans l'âme de ses disciples les germes de cette vie Hiouvelle qui doit y par eux , se transmettre à toute l'humaoité.
Il ne s'agit pas ici d'une vérité théorique^ perçue seulement par l'intelligence , mais d'une vérité se rapportant à la vie et qui a pour condition la rédemption par Jésus-Christ. Les sages de l'Orient et de l'Ckxident avaient bien déjà compris que le véritable culte devait être un culte spirituel ; mais, d'un côté, ils ne pensaient point que ce culte pût être réalisé en dehors du cercle étroit des penseurs ; d'un autre côté, ils ne parvinrent jamais eux-mêmes à le réaliser. Us cherchaient dans la connaissance ce que la vie seule pouvait donner. Or ce qui résulte de la vie est le patrimoine commun de tous les hommes. C'est Jésus-Christ qui a réalisé l'idée du culte en esprit. Il a placé, par la Rédemption, l'huma-
58 BirsasTiBR avec la samaiutaoib.
nité dam un nouveau ra[^portavec Dieu, et oomniunîqaé à rhomme une vie nouvelle qui le conduit h U véritabki adoration. La vàrité qu'il a révélée est un principe de vie. Ce n'est qu'en devenant , par cette vérité » participant de la vie divine, qu'ra peut adorer Dîea ea esprit et en vérité, La connaissance de Dieu comme esprit n'a point été donnée toute faite à l'homme. Elle devait naître de la vie et se réfléchir dans la conscience. C'est en servant Dieu fidèlement qu'on devait parvenir a comprendre de plus en plus le sens profond de cette parole : Diêu est esprit^. C'est ainsi que les parcdes de Jésus se rapportent directement à la question de la Sanuh ritaine et donnent à cette question la solution la plus ékvée*. Pour bien comprendre ces paroles^ il ne &at donc pas les considérer en-elles mêmes ; il &ut se placer au point de vue auquel elles se rapportent, au point de vue du théisme chrétien et du dévdoppement de la vie ehrétienne. Autrement on peut en garder les termes et en dénaturer le sens. C'est ce que font le déisme et le panthéisme, avec leur tendance eidusivement intdkc* tuelle. C'est ce que tàt un moderne Cétidiisme, qui Tent subràtwr l'adoration d'une idée à l'adoration du vrai Pieu m esfHrit et en vérité* En Cwant part de fistte sa-'
1 L'histoire dei dogmes des trois premiers sièclei en est mi9 preuve frappante.— Voy. Owc. m Joarm.^ t. XIII, § M : n&y nvcC/MCt tl ixMvrtpo*
' Le caractère naturel, la simplicité et la profondeur des paroles dt Jésus, Tabsence de toute affectation, de toute exagération, sont une forte preuve en faveur de la réalité historique de ces parolee.