RT LES VIEILLES OUTRES
(( ne. met le \in nouveau dans de vieilles outres^ car le tt vin romprait les outres et Ton perdrait tout; mais i( on met le vin nouveau dans des outres neuves , et c( l^un et l'autre se conservent, d Cest donc en vain que Ton impose à Thomme des ordonnances extérieures comme les jeûnes ou les formules de prières* On ne parvient pas ainsi à réformer la vieille nature. On n'obtient que des actes isolés et qu'une obéissance matérielle. Le principe même de la vie n'est pas atteint. De là un double inconvénient. On rend impossible la vie nouvelle en la prenant au rebours. Le développement normal va du dedans au dehors^ et l'on commence par réimpression avant d'avoir le principe ; on veut avoir l'acte avant d'avoir la disposition. — Et de plus , la vie ancienne, au lieu de devenir meilleure devient pire. On a introduit le désaccord entre ses divers éléments. L'état extérieur et l'état intérieur ne se correspondent plus, et l'on n'a réussi qu'à produire une sainteté artificielle et hypocrite. On a déchiré l'habit neuf pour coudre à un vieil habit une pièce qui ne va point; on a perdu le vin nouveau et les vieilles outres dans lesquelles on l'avait mis ^ Si Jésus voulait commencer par imposer à ses
^ Notre explication s'écarte de l'explication ordinaire» mais elle noas parait pleinement justifiée par la manière dont elle rend compte de tous les traits de Tirnage et dont elle se rapporte à ce qui précède. Le sens communément adopté est celui-ci : Les ordonnances extérieures appartiennent à Téconomie légale du judaïsme, mais ne conviennent pas au point de Yue chrétien. Cependant, Jésus accorde que le jeûne peut être bon dans certains cas. Il déclare seulement que ce n'est pas le moment, mais que ce moment viendra plus tard pour les disciples. On
94 LK Yffl ICOCYEAU
disciples des pratiques de dévotion , il manquerait son bu t. Non-seulement il ne leur donnerait pas une vie nouYeUe^ mais il dénaturerait celle qui est en eux et eompronoettrait de cette manière leur développement futur \ La vie nouvelle ne s'attache pas pièce par pièce à la vie ancienne, il but que la nature humaine soit transformée pour la recevoir, et c'était l'intimité avec Jésus qui devait opérer peu à peu cette transformation dans l'âme des apôtres. Lie vieil habit devait être renouvelé tout entier ; les outres devaient être préparées avant qu'on pût y verser le vin nouveau. Après cela la vie spirituelle saurait bien se créer elle-même la forme qui lui convenait, et le jeûne dont il a été question doit nous faire songer à ces privations auxquelles les apêtres se soumettaient avec
s^attend donc à le voir, dans ce qui suit, poursuivre la môme idée. Au lieu de cela, nous aurions une pensée toute nouvelle; Jésus ne dirait pas que le jeûne ne conviant pas à Tétat actuel des apôtres, mais au point de vue chrétien auquel ils doivent, plus tard, être placés.— D'après ce qui précède, on croirait que le vin nouveau et lliabit neuf désignent le Jeûne, qui ne s*accorde pas encore avec la disposition des apôtres. D'après Topinion commune, au contraire, le jeûne est représenté par le vieil habit, c'est-à-dire comme une loi désormais usée et sans valeur.— Cette explication nous conduirait, en définitive, à une idée fausse, car le vin nouveau du christianisme devait bien réellement être versé dans les vieilles outres du Judaïsme. Et si les apôtres devaient rejeter le Jeûne comme nne ordonnance légale, ils auraient dû, d'après le même principe, rejeter aussi toutes les ordonnances judaïques.— Il est étrange que cette explication, évidemment fausse, ait été si longtemps préférée à la véritable , déjà admirablement bien développée par Ghrysostôme. {Bom, in Matth, XXX, § 4.) L'explication que nous suivons a été également adoptée par Wilke dans son Evangile primitif. De Wette la trouve forcée, mais je ne comprends pas comment on peut donner cette qualification à une explication qui rend compte de tous les termes, du contexte et du but des paroles de Jésus. Je désirerais voir les raisons que j*ai alléguées disentées plus sérieusement par les commentateurs. * Sincemm est nlsi vas, qnodcunque infnndis acescit.
ET LK9 VIEILLES OUTaBS, — i4 PRI&RE DOMIMCALE. 9{i
joie pour accomplir avec plus de liberté et de fidélité tous les devoirs de leur vocation «
Mais a celui qui est accoutumé à ce vin vieux ne Ta^ a bandonne pas volontiers pour en boire du nouveau, d U trouve Tautre meilleur ^ C'est pourquoi les disciples ne pouvaient pas être transportés tout d'un coup, mais seulement par degrés de la vie ancienne à la vie nouvelle. U fallait les accoutumer à goûter le nouvel esprit. Cette loi universelle de l'éducation chrétienne*, si elle eût été comprise, aurait pu préserver de bien des^ erreurs dans la morale et dans la vie»
Puisque nous sommes sur ce sujet, nous citerons en-^ core un fait qui s'y rapporte, mais sans prétendre déler* miner la place chronologique de ce &it. Nous venons de voir que Jésus n'avait point prescrit à ses disciples de formules de prières , comme Jean-Baptiste l'avait fait aux siens. Il voulait qu'à cet égard, aussi , tout procédât d'un développement intérieur et^ spontané. C'étaient leurs relations avec leur Maître, c'était l'intuition de la vie de Jésus qui devaient leur apprendre à prier. La disposition qu'il leur communiquait devait d'ellemême les conduire à la véritable prière , à celle qui procède do fond de l'âme affamée et altérée de la vie.
1 Lue V, 89. Cet paroles s'accordent parfaitement avec ce qai précède, et portent avec elles le cachet de la réalité. Et, comme elles ne se trou- Tent que dans Luc, c'est ane preuve de la fidélité historique du narrateur.
* Le pape Innocent in a bien compris et bien appliqué ces paroles en disant, à propos d'une mission qu'il s'agit de fonder parmi les Prus* siens ij^nm veferes ufere$ vix rwvum vinum contineant, Epp. L. XV, 148.
96 LA PRlàRE DOMINICALE.
Un jour donc qu'ils l'avaient vu en prières, ils éprouvèrent le désir de pouvoir prier aussi, et l'un d'eux lui dit : « Maître , enseigne-nous à prier comme Jean l'a a aussi enseigné à ses disciples \ »
Jésus leur répond qu'ils ne doivent point user de beau* coup de paroles ni demander à Dieu beaucoup de choses , car le Père céleste connaît tous leurs besoins avant qu'ils les lui aient exposés. Puis , joignant l'action au précepte , il leur présente çn même temps le modèle de la prière chrétienne. 11 leur fait comprendre qu'il y a une seule chose qui donne de la valeur à toutes les autres, et comment toutes nos demandes doivent se rapporter à cette chose seule nécessaire. Et comme la prière n'est point une superfétation, comme elle exprime ce qui con-
^ Noas suivons le récit de Luc (ch. XI), dans lequel Tordre réel des choses nous parait très bien observé. Il n'en est pas de même de Mattb. YI, 7-16. Le discours de la montagne fait mention , il est vrai , de la prière, comme des aumônes et du jeûne, mais dans un autre sens. U les oppose à la sainteté purement extérieure des pharisiens. Tout ce qui est dit de plus dans Matthieu, au sujet de la prière, se rapporte à d'autres circonstances. On a fait de ce discours une espèce de répertoire dans lequel on a placé tout ce qui semblait s'y rattacher de près ou de loin. Il est bien certain que, sans une occasion spéciale, Jésus n*aurait pas donné cette prière à ses disciples. Nous savons que rien n'était plus loin de sa pensée que de vouloir imposer une formule de prière. D'un autre côté , il est impossible d'admettre que ce soit en l'entendant prier lui-même que les apôtres ont retenu l'oraison dominicale. Jésus n'a pas pu prier dans ces termes. Les paroles n'expriment point ses sentiments ou ses besoins personnels. Il n'a pas pu demander, par exemple, pour lui-même le pardon des péchés. Si donc une occasion a été nécessaire, celle dont Luc fait mention explique parfaitement la chose. On comprend également que Jésus ait profité de cette occasion pour donner à ses disciples des directions plus étendues à l'égard de la prière. Le récit de Matthieu (VU, 7) confirme cette opinion, puisqu'il adjoint à l'oraison dominicale les mêmes observations. Les paroles de Matthieu (VI, 7) sont l'introduction générale à la réponse de Jésus.
LA PRlàRE DOMINICALE. 97
sUtue l'essence de la yie chrétienne, la prière formulée ici par Jésus nous montre , rassemblés en un tout harmonique j les éléments essentiels du christianisme.
Dès les premiers mots déjà , Dieu est désigné d'une manière qui correspond tout à fait au point de rue chrétien. Dieu est un Pire et le Père commun de tous ceux qui ont été placés par Jésus-Christ dans la communion avec lui. C'est dans le sentiment de cette double communion avec Dieu et ayecla société des croyants que le chrétien appelle Dieu non pas tMn Pire mais noire Père. A ce sentiment se joint celui de la dépendance de l'homme comme créature vis-à-\is du Dieu créateur. Ce Père commun est au-dessus du monde , mais il habite dans ses enfants par une communion vivante. Ce n'est ni le Dieu nature du panthéisme, ni le Dieu inaccessible du déisme ; c'est le Père céleste. L'esprit du croyant doit s'élever de la terre au ciel. La prière doit avoir toujours pour base le sentiment que l'opposition entre le ciel et la terre n'existe plus\ Et comme le péché règne encore sur la terre, le croyant qui invoque le Père qui est dans le ciel doit éprouver le désir de voir peu à peu le mal disparaître et la terre devenir l'organe fidèle de la révé-
i Quoique la leçon véritable d« Luc XI, 2 soit celle dans laquelle m-^nqnent les mots ^/aAv et é iv Tor$ evp«vor$, cela ne prouve point que ces mots n'aient pas appartenu primitivement à la prière. En général, Luc a sur Matthieu l'avantage de la précision. Il donne avec plus d'exactitude Tordre des événements. Mais Matthieu, à son tour, rapporte d'une manière plus étendue et plus complète les paroles de Jésus, que Luc abrège parfois. Peut-être avons-nous ici un nouvel exemple de cette différence. Dans ce cas^ il faudrait donc préférer la leçon de Matthieu.
Il 7
98 LA nilàRB DOMINICALE.
lation et réfléchir parfaitemetit la vie dn ciel. (Test précisément en cela que consiste le règne de Dietî. Aussi les trois premières demandes, qui constituent le caractère positif de cette prière, se rapportent-elks à ce but unique de la vie et des désirs du chrétien, h verme en règne de Dieu, Mais comme ce règne était conçu par les disciples d'une manière chamelle , la demande qui s*y rapporte directement est placée entre deux autres qui servent à la faire comprendre et à écarter tout malentendu. Dieu, le Père commun se manifestant à la conscience comme le Dieu saint , doit être reconnu par tous et honoré comme fel^ Il ne s'agit point d'une connaissance abstraite ni d'une vaine conception, mais d'une vie divine, d'une vie dans laquelle Dieu se manifesie comme le Dieu saint. Cette sanctification du nom de Dieu n'est donc pas autre chose que la venue du règne de Dieu. Et de même que la volonté de Dieu est accomplie dans toute son étendue par les esprits qui sont dans le ciel, le croyant demande que cet accomplissement ait lieu aussi sur la terre. Le royaume de Dieu ne peut exister autrement ; il a pour condition l'union de la volonté de l'homme avec la volonté de Dieu. Ainsi ces trois choses s'expliquent l'une l'autre : la sanctification du nom de Dieu consiste dans l'établissement de son
1 Ton nom. Là où un homme de rOccideut aurait mis ridée, c'est-àdire la représentation intellectuelle ou abstraite de Tobjet, Içs Orientanx mettent l'expression extérieure de la chose. C'est le langage de rintoition. Le nom est pour Tétre. Le sens est que Dieu, en tant qae Dieu, Dieu tel qu'il est, doit être sanctifié.
LA mtkk% dohimêvlk. 99
ro^ne et i'établtSBeméDl de son royaume dans le rfegne de sa TdoDtt sur toutes les eréatores ititeTIigentes. Le royaoutie de Dieu ne peut pins être conçu sous la forme d'une domioatkm extérieare ; il doH s'établir d'abord HitiridiiriBieflt et 6« d^iopper du dedans au dehors S • Après ces demandes, qui toutes ont pont objet les choses spirîtueneSy vient ^elle qui est relatire aux besoins matériels» Il font que, dans les choses terrestres anssî^ 1<8 disciples se sentent sous la dépendance de Dieu; il Irat qu'ils apprennent à tout rapporter au reyanme de Dieu> même la vie matérielle. Le christianisme n'a point pour but d'étoufi^r les besoins du corps, mais seulement de les subordonner à un principe supérieur, afin de les régler en les sanctifiant.
ici se termine la partie positive de la prière. Viennent mûtttensmtiesdemandes négatives. En sollicitant l'accompbstsmettt du règne de Dieu, les disciples ont conscience des obstacles que leursdispositions mauvaises opposent à l'aotûm divine* Le principe mauvais n'a pas encore cessé df être vivant en eax. C'est pourquoi ils implorent le j^arefon de$ péchh fm*ik oni cammU. Mais ce désir suppose qu'ils sont disposés à pankmner aux autres les offenses comme îb venlràt que Diea leur pardoeiM à eux-nmèmes; autrement leur prière oe ferait pas smcère et ne pourrait, par conséquent, pas être exaucée. Ainsi, le rapport des
1 Ces dernières paroles, on en conviendra, ressemblent bien plps à aoe «If licstico dpnB^t par lésus loi-raâme, qa'à um gloc6 ajoutai 4aii« un tempB où rétablissement d*un règne extérieur était déjà devenii robjet de Tatlente générale.
iOO LA PRlkRl DOMINKALB.
fidèles avec Dieu détermine leurs rapports avec lears semblables. Puis, à la pensée des péchés passés se joint celle des péchés à venir , et ils demandent à Diea de les en préserver. « Ne nous induis point en tentation. » — Le mot de tentation désigne deux choses dans l'Ecriture : ou bien les circonstances extérieures qui soulèvent des difficultés sur les pas du chrétien et servent à éprouver sa foi ; — ou bien les dispositions intérieures qui transforment ces difficultés en occasions de chute. Lequel de ces deux sens devons - nous adopter ici f Jésus-Christ ne voulait certainement pas que ses disciciples demandassent d'être exemptés des afflictions et des luttes extérieures. Ils devaient être dans le. monde les champions du royaume de Dieu. Ces luttes étaient donc un caractère essentiel de leur vocation ; elles étaient inévitables et nécessaires pour éprouver , pour fortifier et pour développer leur foi. C'était le sel qui devait donner la saveur à leur vie spirituelle. Les paroles de la prière ne s'appliquent donc pas à la tentation objective. Mais elles ne peuvent pas davantage se rapporter à la tentation subjective. Demander au Dieu saint de ne pas nous pousser au mal , ce serait supposer qu'il peut le faire, ce qui est inadmissible. Il fiiut donc réunir les deux significations, et nous arrivons alors à cette pensée : « Ne nous conduis point dans des positions qui , « à cause de notre faiblesse , nous exposent à tomber « dans le péché ; x> — ce qui suppose l'obligation de fuir nous-mêmes des positions semblables et de nous
LA PftlàRR noIllNICALK. 40]
éloigner, à moins que le devoir ne nous retienne , de tont ce qui pourrait être pour nous une occasion de chute. Mais la seule chose nécessaire en définitive c'est d'être gardé de toute disposition mauvaise, et le corn* plément de cette demande se trouve dans les paroles qui suivent : a Délivre-nous du mal ; délivre-nous de cette « faiblesse spirituelle qui nous soumet à la puissance 9 du mai. 0 11 faut fuir les occasions de chute; mais celles que Ton ne peut éviter, il ne faut pas les craindre, mais se confier dans la protection tonte-puissante de Dieu. Ce dernier memln^e de (4irase nous parait nécessaire pour compléter et pour expliquer l'autre, et doit par conséquent être considéré comme authentique. Il sert en même temps à faire ressortir un des grands caractères de la vie chrétienne. Le chrétien doit lutter sans cesse contre le jnal qui est en lui ; mais il ne doit pas s'appuyer sur ses propres forces'; il faut qu'il implore constamment le secours de l'Esprit divin, sans lequel il ne pourrait rien accomplir.
Cette prière contient ainsi les vérités fondamentales de la foi chrétienne et a pour but de les présenter à la conscimce dans leur ensemble harmonique. Dieu se révèle en Jésus-Christ. Ce Dieu saint rachète l'humanité primitivement créée à son image, mais que le (léché avait éloignée de lui. Il lui communique une vie nouvelle, et cette vie avance peu à peu vers la perfection à travers les obstacles que le mal ne cesse de lui opposer.
Mais le but de Jésus n' était pas de prescrire À ses dis-
iOi LA PfllàaB DOIUNICALB.
ciples luie formule ÎDvariable de prière; c'est tu contraire pour combattre le formalisme des paleos qu'il a voulu mootrer quels soot les caractères foodamentaui de la prière chréUeone. Aussi exhorte-4*il eumiite les apôtres à ^poser avec confiance tous leurs besoins à leur Père céleste» — Au moyen d'une comparaison avec les relations humaines, il les encourage à la persévérance, et cherche à leur faire compr»dre qu'ils doivent prier avec d'autant plos d'ardeur lorsque Dieu semble tarder à les exaucer. Le Père céleste ne peut pas , en définitive, vouloir refuser de satisfaire aux pressants besoins de ses eniants. C'est le sentiment de ces besoins qui constitue la véritable prière. Et tandis que les prières païennes, n'étant que des paroles mortes, ne sauraient être exaucées , la prière chrétienne, qui e^ l'expresaioii d'un besoin réel, sera toujours eotendue**-* Vient maintenant la comparaison dont nous parlions, E21e est bien propre à écarter toute conception panthéiste <hi déiste des rapports de Dieu avec la créature. «Qud est te père «i qaiy lorsque son fils lui demande à manger, lui donne . « une pierre au lisu de pain ^ ou un serpent au lieu d d'un poisson , ou un 6coi|)îoii au lieu d^un esuf ? Et « s'il en est ainsi parmi les hommes, dont les affections a même les plus vives et les plus pures ne sont qu'uae K image altérée de l'amomT divin, oomoient le Père cé- « leste, la source de tout amour, tromperait**il les » désirs de ses en&nts, et leur refuserait-il le Sainl- « Esprit qu'ils demandent et qui peut seul apaiser la soif
4fcuS OINT PAR l\ PUCHEaESâJg. 103
01 d€ kiir$ âm^^? « La peiis^ e^t la même q«e dans la pnàre qui précède» Tout est rapporté aux choses i^« rituelles* h$ Saint-Esprit est la seule chose nécessaire à la Yie chrétienue, le seul yéritahle objet delà prière\ Ces parolea se Ueut doue étroitement les unes aux ai;rtres et fenoeut eusemhle un tout indirisible*
D'après tout ce qui précède, il est facile de s'^pli-^ qoer Télo^nement des pharisiens pour Jésus* En rejetant toute espèce de fornudisme , en laissant à ses apôtres une pleine liberté dans leur manière de vivre, en recherchant la société des personnes méprisées ou mal famées, le Seigneur ne pouvait manquer de blesser Tor- (paeîlleuse susceptibilité des docteurs juife et de devenir Tobjet de leurs attaques.
Un jour, un pharisien, nommé Simon, Tinvita à venir nmng^r chez lui\ Cet homme n'avait point encore appris à reconnaître le caractère supérieur de Jésus, et, soit faabitudf , soit préjugé, il reçut froidement son h^te. Pendant qu'ils étaient à table survient une femme connue jusqu'alors par sa vie criminelle, mais réveillée m^f^i^n^pi et remplie d'angoisse par le sentiment de ses péd^* La personne divine de Jésus avait sans
i Les mots ir«r^p b iX iupet voO (Luc XI» 18), font évidemment allusion inx ptroloB qal commeiieeat i'oraison dominicale (b h rot« ohpoivouy
* Le è.yêt$^ 4»n8 Mftitb. VU, il, n'est cpi^aiie gén^^raliaoUon de Técri- 7ain, peat-étre une allusion aux ^/«ara ocya6i du même verset. Pour que k companlfon conserve ea valeur, il lEmt que la nature de don sc^ détenninée. Ce don , c'est la aourriture spirituelle correspondante à faliment matériel donné par le père de ftunille à son fils.
« Lue VU» le.
i04 iism OINT PAR LA PÉCHBRBSSK.
doute déjà produit sur elle une impression profonde , e c'est auprès de lui qu'elle Tient chercher la consolation. Elle se jette à ses genoux en pleurant , elle arrose ses pieds de larmes , les essuie avec ses cheveux, les oint avec du baume. Quelle influence puissante devait exercer celui qui avait pu inspirer à une âme si profondément troublée tant de confiance et d'espoir! Simon est étonné que Jésus fasse attention à une telle femme. « Comment , dit-il , cet homme peut-il être un pro- « phète, puisqu'il se laisse si facilement tromper? Car « s'il eût connu cette feamie, il ne l'aurait pas reçue de « cette manière. » Jésus, qui remarque son étonnement, s'adresse aussitôt à lui et lui explique ce qu'il vient de faire de manière à remplir l'orgueilleux pharisien d'humilité et de confusion. Il oppose à son froid accueil l'affection humble et profonde de cette femme. Comme il juge selon les dispositions intérieures, et non selon les apparences, il met la pécheresse, remplie d'humilité et d'amour, au-dessus du pliarisien enflé de sa justice txtérieure et morte. <x Ses nombreux péchés, dit-il , lui <c ont été pardonnes parce qu'elle a beaucoup aimé ; « mais celui-là aime peu à qui il est peu pardonné. » C'est l'amour qni donne à la vie religieuse et morale sa véritable valeur. La foi de cette femme est une foi vraie parce qu'elle procède de l'amour et qu'elle produit l'amour. C'est l'amour qui avait ouvert son cœur à la repentance, l'amour pour le Dieu saint qu'elle cherchait et dont ses fautes l'avaient éloignée. Le désir de
J^S OIPCT PAR LA P^CHRRKSâE. 10r>
la rédemption TaYait conduite Yers Jésus; et avant même d'avoir reçu le témoignage que ses péchés lui sont pardonnési elle s'attache avec un ardent amour à celui qu'elle a reconnu comme le Rédempteur. C'est pourquoi Jésus déclare qu'il lui a été beaucoup pardonné, parce qu'elle a beaucoup aimé. Puis, s'adressant directement à elle, il ajoute : «Ta foi t'a sauvée, « va-t'en en paix. » Là c'était l'amour, ici c'est la foi, parce que ces deux choses sont inséparables. L'amour donne seul à la foi son véritable caractère. Jésus insiste ici sur l'amour, parce que c'est surtout ce qui manque au pharisien dont la vie est pétrifiée dans le formalisme des œuvres. Plus cette pécheresse était naturellement éloignée de Dieu , plus elle soupirait après la rédemption , et plus elle aime son Rédempteur. Le vrai principe de la sanctification manquait au pharisien comme à la femme. Au sein d'une justice extérieure l'égoïsme tient le cœur éloigné de Dieu aussi bien qu'une vie criminelle. L'âme trop froide pour être accessible aux tentations de la volupté n'en est pas pour cela plus sainte. Lorsque la pureté extérieure n'est pas accompagnée de celle du cœur, elle est d'autant plus dangereuse qu'elle peut facilement nous faire illusion et nous faire croire meilleurs que nou» ne sommes. 11 n'y a plus alors de place pour la repentance. Aussi cette pauvre femme, dans son état de chute, était-elle peut-être déjà plus près du royaume de Dieu que l'irréprochable pharisien. Pent-ôtre l'amour existait-il encore dans son cœur, comprimé seu-
106 VOCATION DE BUTTHIBU»
iemeoty mais non étouffé par lea {MMÎOBt cbiHrMUes. Le bien pouyail sortir de la graodeor mèmà du mA\ Sa chute profonde, en la remplissant d'vum 4é»ii»rm^ iutaire, lui donnait le désir de la guéridon et teadàii son cœur accessible à la reconnaissance pour eeluî qui allait la délivrer et lui donner le pardon et la vie. Maia le cœur du pharisien, fermé par Forgueil» endurci par l'égoïsme , était inaccessible à l'inQuence divine et ne pouvait pas comprendre les actes de Jéaus dont raHoaur était l'unique principe \
Un autre sujet d'étonnement et de scandale pour les pharisiens, c'était de voir Jésus choisir un de sas disciplm parmi les péagers.
Un jour qu'il passait sur le bord du lac de Oépésir^thy
1 Ce récit est si simple et si profondément empreint de l'esprit de Jésus-Christ, qu*ii porte en lui-même la preuve de sa réalité. Mm noM ne voyons aucune raison suftisante pour le confondre avec celui d*un évé» nement analogue qui se passa à Béthanie, d'aprôs Matthieu , dans la maison d*uD autre Simon (comp. Mat(h.XXVI,S;MarcXlV,S;JeanXlI,l). Qetto action est tout à fait dans les mœurs de l'Orient, et rien n'empêche d'admettre qu'elle se soit répétée deux fois. Qu'une fnmn#, pour exprimer à Jésus-Christ son respect et son affection, remplisse auprès de lut Tofflcc d'un esclave, c'est-à-dire qu'elle lui lave les pieds ; qu'elle verse, * au lieu d'eaU) le parfum le plus précieux qu'elle possède; qae mèaie« an lieu de linge, elle l'essuie avec ses cheveux, tout cela se comprend; tout cela a pu avoir lieu plusieurs fois. Et eomme le nom de SimdD ét49iit très commun chez les Juifs, il est possible que la même ehose soit arrivée chez deux hommes différents et portant le même nom. Mais il est possible aussi que l'analogie des faits ait occasionné la ooafwioa ém noai«« Quant aux faits eux-mêmes, ils n'ont pas du tout le jméme sens. Ici il s'a* git d'une pécheresse, là d'une femme pieuse dont le fi ère vient d^tre rendu à la vie, et dont le coeur est exalté par la reQonaaissance. Dam le premier cas, l'amonr d'une pécheresse est opposé à la propre justice d'un pharisien ; dans le second, c'est la géoénûité sans bornes d'nti cœur aimant, qui est mise en regard d'une prudence mesquine et calculée. Id , enftn, c'est Jésus qui est MAmé, tandis que^à c'est la femme.
VOCATlOIi DE MATTHIEU. 107
il vit un {>édger nonmé Matthieu assis au bureau des impôts \ Gouune précédemment Pierre, cet homme avait certainemettt déjà conau Jésus, et les impressions qu^il avait reçues l'avaient préparé à obéir à Tappel qui allait lui être adressé. Jésus s'approche de lui et lui commande de le suivre. Matthieu comprend cette parole et aussitôt| sans hésiter, il abandonne tout pour s'attacher entièrement à son nouveau Maître. Rien n'a de prix à ses yeux quand il s'agit d'être admis dans la société de Jésus.
» Mallh. IX, 9 ; Marc U, 18 ; Luc Y, Î7. Il y a dans les divers récits de M mette foil dts différenoas qa'ii nou» est imposable de concilier entièrement, mais qui ne compromettent en rien la vérité historique du fldt lui-même . Ainsi dans Matth. IX, 9, le personnage dont nous parlons est appelé Matthieu; et dans le môme évangile, chap. X, 8, ce Matthieu est placé au nombre des apôtres avec Tépithète de péager. Luc et Marc, ^ cmtnire, mettent Lévi au tien de Matthieu (Luc V, 37 ; Maro U, 14). Et comme Marc ajoute que ce Lévi est ûls d'Alphéc, cette remarque 'suppose, comme le dit avec raison Sieffert, que Tévangé.iste connaissait fii»rtiouliièretiieot la personne en question. On pourrait lever la difilculié en supposant que Lévi et Matthieu ne sont qu*un même homme. Le éonUe nom n'est pas une chose sans exemple parmi les Juite. Mais quoiqu^il n'y ait pas de raisons décisives contre cette opinion , il y en a cependant de très fortes. Dans le premier évangile, Matthieu est appelé le péager, sans autre surnom; dans Marc et dans Luc, Tapôtre est appelé Lévi; et Mare, qui semble le désigner d^une manière plus préeise, ne parait pu avoir songé au nom de Matthieu, nuds il sgonte que ce Lévi est Sis d'Alphée. De plus, une ancienne tradition distinguait les deux personnages. Elle place Lévi parmi les plus illustres prédicateurs 4s rEvanfUe (Voy. Clih.'Alex., Séromat.^ 1. IV, c. xi). Nous croyrâs donc, avec Sieffert, que Ton confond ici Tapôtre Matthieu avec un autre homme nommé Lévi, qui n*étaît pas apMre, et qui faisait peut-être partie des soixante-dix disciples. Et eonune le premier évangile provient, au moins pour le fond, de TapAtre Matthieu, il n*est pas probable que ce soit ^ qid eM oommis la confusion. Il se poerrait que Thûte de Jésus eût été non pas Matthieu lui-même, mais quelque riche péager de ses amis. 'Hatthien IX, 10, ne dit point en effet que ce soit dans la maison de rap6tre que le repas eut lieu. Et s'il est vrai en outre que Lévi devint lui-môme un disciple, on comprend facilement que la tradition ait pu -«eofoDlre les deux personnages.
108 VOr.ATIOX DK MATTHIF.r, JKSLS
Pour célébrer Pheureux événement, et sans doute aussi pour prendre congé de ses anciens compagnons, il fait un grand festin. Et comme c'est surtout en Thonneur de Jésus que la fête a lieu, Jésus ne dédaigne point d'y participer. Il accepte volontiers ce témoignage de reconnaissance et prend place au milieu des méprisés du peuple. Les pharisiens ne manquèrent pas de trouver à redire dans cette conduite. Mais n'osant sans doute pas encore s'attaquer directement à Jésus, ils s'adressent aux disciples et leur reprochent de vivre trop librement et d'entretenir des relations avec des péagers et des gens de mauvaise vie. Mais Jésus qui les a entendus se charge lui-même de leur répondre : « Ce ne sont pas ceux qui « sont en santé, leur dit-il, qui ont besoin de médecin, « mais ceux qui se portent mal. » Jésus recherche les pécheurs parce qu'ils x)nt d'autant plus besoin de son secours qu'ils sont plus misérables, et parce que le sentiment de leurs péchés les rend plus humbles et les dispose mieux à recevoir le salut qu'il apporte au monde. Ce n'est pas qu'il soit venu seulement pour eux. Ce n'est pas non plus qu'il les croie seuls malades, ayant seuls besoin du médecin spirituel. Mais il donne à comprendre que, n'étant venu que pour les pécheurs, son œuvre n'est utile qu'à ceux qui cherchent la guérison auprès de lui. Ceux donc qui se croient bien portants, c'est-à-dire justes, ne sont pas disposés à le recevoir, et voilà pourquoi il leur préfère les péagers. « Allez, dit-il « aux pharisiens, et apprenez ce que signifie cette pa«
VKNU POUa LES PÉCHEURS. i09
a rôle : Je yewi la miséricorde et non pas le sacrifice « (Osée VI, 6). » Le sentiment importe plus que toute antre chose; c'est Pamour qui est Taccomplissement de la loi. Les pharisiens, uniquement attachés à l'obéissance extérieure, se figurent être justes, mais ils se trompent complètement. Ils sont aussi malades, aussi pécheurs que les autres, car la disposition fondamentale leur manque. Puis, abandonnant tout à coup le langage figuré, Jésus leur déclare ouvertement qu'il n'est pas venu appeler les justes mais les pécheurs.
Il y a deux pensées dans c^ paroles. Jésus répond d'abord directement à la question des pharisiens. Il est venu annoncer la miséricorde de Dieu à tous les pécheurs qui sont pénétrés d'une yéritabie repentance. Après avoir ainsi justifié sa conduite, il devient accusateur à son tour. Les pharisiens, avec leur propre justice, sont inférieurs aux péagers par les sentiments de repentance et d'humilité. Cette double réponse est sans doute motivée par les différentes dispositions des pharisiens. Peut-être n'étaient-iis pas tous endurcis par le formalisme ; peutêtre y en avait-il quelques-uns qui recherchaient la véritable sainteté et qui n'étaient scandalisés de la conduite de Jésus que par ignorance et non par orgueil. Nous ne devons pas perdre de vue cette différence si nous voulons nous faire une juste idée des enseignements du Seigneur.
Il faut rapprocher de ces paroles le passage Luc XV, 1-10 qui renferme la même pensée. Jésus montre par
Ho l'enfant prodigue.
une comparaison combien grande doit être la joie des esprits célestes quand un pécheur se convertit* — tel est aussi le sens de la parabole de Penfant prodigue". Le fils qui est toujours resté dans la maison de son père représente un pharisien de la meilleure espèce, un homme qui s'efforce sérieusement d'accomplir la loi, mais qui est encore tout à fait au point de vue légal. Le iîls plus jeune est l'image de l'homme qui a cherché son souverain bien dans le monde, qui a voulu s'affranchir des liens sacrés de la loi et qui a lâché la bride à toutes ses passions. Mais bientôt il reconnaît la vanité de cette conduite ; il sent que loin de Dieu il n'y a point de paix. Plein de repentir il revient vers son Père céleste et implore de la miséricorde divine le pardon de ses péchés. Ici la justice de la loi, représentée par le fils aîné, n'est plus prise en mauvaise part ; Jésus lui laisse toute sa valeur, il ne regarde point pour le niioment à ce qu'elle est. Il en dit seulement assez pour faire comprendre que sans l'amour cette justice est vaine, que l'amour est la chose essentielle et l'accomplissement réel de la loi. Mais ce qu'il veut faire spécialement ressortir, c'est l'affection miséricordieuse avec laquelle Dieu vient au-devant du pécheur repentant. La manière dont Jésus dépeint la tendresse paternelle de Dieu pour ses créatures
* C'est la seule chose que Jésus a voulu enseigner. Il faut s'en tenir à ce sens fénéral » et ne pas presier davantage les (ersiM êe U comparaison.
« Luc XV, 11-32.
LE PHAUISIKN Et LE PéAGER. \\i
éiiïÈmê mffrerdd emnpiétemeiit tonte espèce de particuk7isiiie« EUé rejette lee formules arbitraires par lesquels i» la degumtiqvie a souvent prétendu limiter la miséricorAd divine en excluant de la dispensation rédemptrice «ae pftrtiê de rhumanité^ soit avant soit après Jésus- €brUt La prôserte parabole fait entendre bien clairemêïà que Dieu vent le salut de tous les hommes. Ce n'est pas à dire que la médiation de Jésus-Christ ne soit |)ÉS indispensable. Le passage n^en dit rien, il est vrai, tuait il ne faut pas vouloir trouver dans chaque parabole toute la doctrine chrétienne. C'est précisément la yr^WH dô Jésus-Christ qui nous a révélé l'amour de Dieu dans toute son étendue, cet amour qui embrasse toute l'humanité. Et s'il est vrai que l'enfant prodigue dési-. gne spécialement une certaine classe d'hommes, il représente cependant d'nne manière générale la totalité des pécheurs.
Quant au rapport proprement dit entre le point de yfnt des pharisiens et celui des péagers, nous le trouvons elaireiMnt éiabK dans une autre parabole. Voy. Luc XVIII, 10*. Lepéager qui, sentant sa misère, s'humilie devMt Di^i et demande grâce, est dans les conditions voulues pour obtenir la justification^ Le pharisien qui, fort de sa prétendue justice, s'élève au-dessus des grands péohettrS) n'a poiat le cœur ouvert à la véritable prière
* VaoB aiODt ici an fait 4e U vi« oriiiiaiFe iniœnté pour foire compNiidT» une vérité rtliglenfle. C'est ihms œ sem général que noM dOfinoDs tu récit 4^ Mit le nom et parabcAe.