SECOND VOYAGE A JÉRUSALEM
Après avoir passé l'hiver en Galilée, Jésus se rendit de nouveau à Jérusalem aux approches de la Pâque \ Ce
1 II importe beaucoup à la chronologie de la vie de Jésus de saiFOir quelle est la fête dont il est parlé Jean V, 1 . Coronie un peu plus loin il est fait mention de la Pâque (Jean VI, 4), on pourrait croire qu'il s*agit ici d'une autre fête, à savoir celle de Purim qu'on célébrait à la sortie de rhiver (le 14 Adar) et avant la Pâque. Mais cette hypothèse ne nous parait pas fondée. Le passage semble clairement indiquer que le motif pour lequel Jésus monta à Jérusalem, c'est la fête dont il s'agU. Or, la fête de Purim n'obligeait point les Juifs à visiter le temple, et si le voyage se rapportait à cette époque, on n'aurait probablement pas manqué de nous expliquer les raisons qui déterminèrent Jésus à monter avant la (,'rande fête. Nous pensons donc, avec Irénée (II, M), quMl s'agit de la Pâque. — La suppression de l'article, devant co^n^, ne présente pas de
LE PARALYTIQUE DE BBTHBâDA. 113
voyage occupe, dans Phistoire de son ministère, une place très importante, car c'est alors qu'à l'occasion d'une guérison accomplie le jour du sabbat, le parti des pharisiens commença à se déclarer ouyertement contre lui • Il y avait à Jérusalem une source dont l'eau s'agitait d'elle-même par intervalles \ Le peuple attribuait cette agitation à des causes surnaturelles et croyait que l'eau acquérait dans le moment une vertu spéciale et miraculeuse. Cette source, ou le portique qui la couvrait, était appelée Bethesda, lieu de grâce ( lÙT] n^3) ', Jésus étant venu dans ce lieu un jour de sabbat, trouva un paralytique qui, depuis trente-huit ans, attendait en vain de pouvoir profiter de la vertu de l'eau merveilleuse. Incapable de se mouvoir assez promptement, ne trouvant {)ersonne qui fût disposé à lui prêter secours, il laissait
difficallé. On dit de même en français, dans le langage familier : —c'était fête. Nouvelle preuve que le mot ioprfi est suffisamment déterminé par le mot suivant : àvi6«2. parce que la Pâque était la seule fête où Ton se nt un devoir de monter à Jérusalem. Il est d'ailleurs invraisemblable, à priori, que Jésus, déjà suspeet aux pharisiens, eût quitté la Galilée dans ce nK>m6nt, ponr venir dans une ville où il n'aurait trouvé que des ennemis; que si Jean ne parle pas de ce qui se passa entre cette PAque et la suivante (Jean VI, 4), c'est que les événements de la Galilée étant déjà connus à l'époque où il écrit, il ne se propose pas de les raconter. Du reste, les deux premiers versets du chapitre VI me paraissent faire allusion à ce temps écoulé. EnÛn, dans Jean VII, 1 et suiv., Tétonnement des frères du Seigneur se comprend mieux, si l'on suppose que Jésus était demeuré une année et demie sans aller à Jérusalem. Cette opinion, une fois admise, nous donne plus de facilité pour expliquer comment tous les événements rapportés par les synoptiques ont pu se passer dans la Galilée.
« Jean Y, 1.
* Bretschneider et Strauss allèguent, contre la réalité du fait, le silence de Josèphe et des rabbins. Mais un simple urgumenhim è silentio ii*u
1U VB FAftALYTIQIiB PC BETHUSOi.
toujours pas96r le memant f^r^rable* Car» eiovsm^ le mouvement de Peau n'était probatdenaeot pas de longue durée, il y av^it toujours saps doute UP grapd awd^re de malades qui att^udak^t et qui, preaaé^ devant lui, Fempéchaient de se plonger à tempa. La guédsou lui Tint cepeudaut, mais du ctAé çù il wlaeberelMit point: une parole de Jésus lui rendit h sauté* Après ce oûfade Jésus avait aussitôt disparu parmi la foule ; mais quelques jours après il rencontra dans le temple rhomnie qu'il avait guéii et qui venait peut^re pour la premiàre feîs offrir à Dieu ses actions de gr&ces. Saisissant cette oocft*siop pour porter la pensée de cet homme de U guérôoo du corps sur celle de Tàme : « Ne pèche plus 4éeûr»aifl, « lui dit-^il I de peur qu'un plus grand mal ue t'arrive^ » Nous ignorons si Jésus, par ces paroles, fait aUusîon um^ lement au rapport général qui existe entre le péché et la souffrance, ou bien si, dans ce cas partionlier, la maladie avait sa source dan$ Tétat moral de Tindividu,
rien de ooacluant. Nous savons d'ailleurs que la Patestias potis^tii des sources mmérales. DiaiM VOmm^ttwm d'Enté, au not /Mç«^> on trouve le passafpe suivant : VimX v6y ^Uyvtwt b rêOç «eM8« Itpwic ^lMj»0^, uv iimtipv, fAïv U T&v xccr^frpf CfcrA» ir>i«po&reu, Mrtpfc II miptMifai
/uivwv ctpftiuv, -Tra^ d xal npfS«TU(Y) xaJieTreu iià rà di^/taveu -* Bieron,^ opp.f éd. Vallarsi, t. 1U,P. i, p. iSi. L'idée que Teau était devenue rouge, parce qu'on y lavait les viethnes, suppose que cette eau avaU des propriétés particulières. De méine le passage sur la descente de Tange, quoiqu'il ne soît pas authentique, est une glose ft>rt aneienne, et prouve que Teau s'agitait réelleaient dans certains moments , et semblait produire alors des effets plus salutaires. En observant les écoutenrênts intermittents de la Fontaine de la Vierge, Robinson a ora trouver Pexplicdtion du fait dont il est ici question. Voy. PalefUnUf t. U,fw iS7 et 156, el suivantes.
DISCOURS DE JÉSUS AUX VtlAIIISIBirS (jlÀN V, H ET SUIV.) ii5
matS) q«m quMl en soit, son but est de fiâre comprendre que la gnérison par eioelleDoeeoinâste dans la <^livrance do péebé.
Gêt événement fournît anx pharisiens la première oc-* eaaion d*édaiter contre Jésus. Diaprés leurs idées ber* nées, ils^oonsidéraient la gnérison dn^paralytiqtue eomme nne TÎelation dn sabbat et comme un sacrilège. Egarés par xm étroit littérafisme, ik; se figuraient qne Dien s'était réellement reposé après la création , et que Fobseriration dn sabbat consistait dans la cessation de foute acf i* vite quel qu'en fttt le but. J^us, dans sa réponse-s^attaque au principe même d^ cette erreur. Il combat d'abord Pidée chamelle d'un repos de Dieu dans le sens propre, comme si l'osuvre de la création avait été tout d'un coup camptétement terminée , eomme si la permanence de l'aetfon émne n'éteit pas la condition de l'existence de , tons les êtres. « De même , leur dit-il , que mon Père « ne cesse jamais d'agir, moi aussi je travaille sans refit lâche pour le salut de l'homme \ » Et comme ses adveniaires se montrent scandalisés de l'entendre parler ainsi de lui-même et de ses rapports avec Dieu, au lieu
1 Jean Y^ 17. Ces paiolet «e lapportani dimeclement au nij^t. EUes sa renferment en outre rien d^eztraordinaire, et nous pourrions les trouver dsnsane avtn bouche qne celle de lésas sans être obHgés de supposer qu*elle8 ont été empruntées à Philon. Il ne s'agit point ici d'une idée métaphysique, mais d*nn principe de la conscience religieuse.— Quant à ceux qo opposent ee passage au langage de Jésus dans les synoptiques, on pourrait leur demander s'ils n'< ussent pas fait le même raisonnement dans Wctt où cette autre parole : «Il y a ici quelqu'un plus grand qoe « le templey» se fui trouvée dans saint Jean» et non pas dans les autres évangiles.
116 DISCOURS DB jisUS
de retirer ses expressions il les confirme au contraire en les expliquant et en prévenant toute fausse interprétation. Qu'on ne Taccuse pas de blasphémer en s'arrogeant ce qui n'appartient qu'à Dieu seul. Ce qu'il £ait il ne prétend point le faire de lui-même, mais par la yolonté et par la puissance de Dieu et dans la communion avec lui. « Il est impossible que le Fils de Dieu fasse « rien qu'il n'ait tu faire à son Père. » Autrement il ne serait plus le Fils de Dieu ; il ne réfléchirait plus l'image du Père céleste. — Puis il ajoute que l'on verra des œuvres plus grandes encore que celles qui ont été accomplies.
Quelles sont ces œuvres? Evidemment Jésus fait allusion à ce qui est le grand but de sa vie, à la nouvelle création que Dieu seul pouvait accomplir, à la communication d'une vie nouvelle à l'humanité déchue. Ceux qui n'avaient pas pu reconnaître le Fils de Dieu sous l'humble forme du Fils de l'homme seront bien plus étonnés des merveilleuses manifestations de cette vie nouvelle, quand ils verront, dans ceux qui paraissaient morts auparavant, des effets qu'ils seront forcés d'admirer sans pouvoir les comprendre. C'est alors que la toutepuissance brillera à leurs yeux, a Car comme le Père « ressuscite les morts et leur donne la vie (il s'agit de la « vie véritable, de la résurrection spirituelle), de même « le Fils donne la vie à qui il veut. » La vie dépend donc de la volonté du Fils, d'où il résulte que pour la recevoir, il faut se donner à lui. Ces paroles, dont il faut
KVX PH\Rlf%IR\S. (JEAN V, 47 ET SHIV.) 117
rapprocher celles de TEspiit souillant où il veut (Jean 111) 8), renversent les barrières que le particularisme jnif voulait opposer à l'œuvre messianique. Et puisque le Fils donne la vie à qui il veut, c'est à lui qu'appartient le jugement de l'humanité. Le jugement n'est autre chose que le côté négatif de son œuvre. Les hommes seront jugés selon la manière dont ils recevront celui qui peut seul leur donner la vie. C'est i)ourquoi tous doiyent honorer le Fils comme ib honorent le Père; celui qui n'honore pas le Fils et ne le reçoit pas comme envoyé du Père n'honore pas non plus le Père qui l'a envoyé. Déjà les foits confirment cette parole. Le royaume de Dieu est approché et le jugement commence, et déjà s'opère, parmi les hommes , cette séparation qui doit continuer jusqu'à l'entier accomplissement du royaume de Dieu, a Celui qui écoute mes paroles et qui croit en « cdui qui m'a eBToyé a la vie éternelle ; il est au-dessus « de tout jugement ; il est déjà passé de la mort à la véri- « table vie. Le temps vient et il est déjà venu où les « hmaames spirituellement mcnrts entendront la Toix du « Fils, et ceux qui l'auront entendue vivront; car de « même que le Père possède, en lui-même, la source « de la vie divine, il a aussi donn^ au Fils d'avoir la vie « en lui-même. Il a communiqué, en lui, la vie divine « à la nature humaine, afin que , par la communion <x avec lui, les hommes puissent recevoir cette vie; et il « lui a donné en même temps la puissance d'exercer le « jugement, parce qu'il est le Fils de l'homme. (C'est
118 DISCOURS DE JISU8
a comme homme qu^il doit juger les hommes.) » Et comme rétoonemeot des auditeurs est au comble de l'en* tendre s'attribuer une puissance aussi merveillease» et parce que ses idées sur le royaume de Dieu ne s'acoor* dent point du tout avec le matérialiinu de Iran coocep*lions messianiquesi Jésus leur parle d*uoe autre oBwra plus merveilleuse encore, mais plus facile à comprendre, de celle qui est le but et le terme de tout le reste^ savoir , du jugement du monde et de la résurreotios générale (28 et 29).
Après ce déveloj^ment, Jésus revient, dans le Tenet 30, à ridée générale dont il était parti, à savoir qu'il ne fdH rien qu'en communion avec son Père céleste et que, par conséquent, son témoignage est juste et véritable. Qu'on ne dise pas que sa parole n'est paa digne de foi parce qu'il rend témoignage de lai-^méme; il y en a un autre qui lui rend témoignage et dont il sait que le témoignage est véritable. Il ne s'agit prâit de Jeao^Bap* tiste dont la lumière a réjoui un instant les Jaib, ma» dont ib n'ont pas écouté la voix *; il ne s'agit d'aoeun homme, mais d'un témoignage plut grand, à savoir les oeuvres que le Père lui a donné d'aceamplir, et qui sont le signe objectif de sa puissance divine» Ainn le Père lui-même lui a rendu témoignage*. « Mais il n'est pas
1 Jean Y, 85. Ce passage suppose que le temps de Jean-Baptiste est d^ p8Mé. P^t-étra (ktt-11 allnsiaQ à la mort da Précnradm'; peiit-ètN seulement à son emprisonnement et à la fin dt son miaist4ra»
* LQcke, dans la troisième édition de son commentaire, rapporte ces paroles an téMoignage de Dieu dans TABoieii Testament. Celte ^noion
AUl PHARisinii. (jsau ▼, 17 et suiv.) il9
« éftanant, poufiuii Jésue, qoei^iNM dMnandiex d'antres « jNresTW» Pour reetToir le témoigiii^ du Père îi fiiut « un siBt qm tous n'àTes pas* Ce n'est poiftt «reo les « eralleida corps i|tt'oBpcateBteiidre la toîx de Dieu; m oe â'esl point afoô les y^ix d« corps qn -00 peM toir « sa filcé ^ ; Dîen ne se rét^e point an sens charnel et « voul n'en aves paad'airtre* Aussi dtet^Tous incapables « de cotmaltffe ee qui est dtrin. Vous ne pouree nom c pltis conq)reBdre le témoîgoi^e de TEcriture sainte. « La parole de Dieu n'a paapassé de rficriture en tous ; « elle T0U6 eet restée étrangène ; ansèî votre étude script « Uiraire eit morte* -^ Vous croyea avabr la vie par la « lettroi et tous ne renea pas à celui qui est la source adelavieétlebntde rficriture. Mes pensées et les a Titres soAt tout à fait opposées. Moi, je ne cberche ^ que la gloire dé Dièu^ tous» que Totre propre gloire.
ne me parait pas admissible* Il ûuit qu'H y ait otie gradatioA du verset 36 au verset S7. Or, comment le témoignage par TEcriture pourrait il Sin BflftMKlcssai d« aettoni dltlaes de Jésus? Il ne peut y atolr de révélation plus immédiate ni plus puissante que celle qui provient directeiHeikt de Jésus lut-méme* Mais voici en quoi consiste la gradation : Le Y. SS parle du témoignage de» ceNivres, le v. 87 parle du Père , qui produit ces œuvres en Jésus. Il y a d^abord le présent (v. 36), et ensuite le 9agÊé{y 17)» pir0iq«e la déliion^trfttiôn de ptdssantie n^eftt pas seulement dans le présent, mais aussi dans le passé. Puis Jésus explique aux Mis pourquoi ils ne i^ivent pas cette preuve et en demandent toujours de nouvelles. Us veulent des témoignages matériels.— Mais il n*y en a point. Diott m te rétèle quer d*uiié manière si^iritoeile ; o*6St pourquoi UrévéUlioi»do rAneiofl Testament kov resta GdnkpiétoflMiit «ttérteurt; la Parole de Dieu n'entre point en eux. —lia •'attaofasm à la lettre de l'Ecriture, et croient obtoilr alnel la vie étenMUe» Uliilii que s'est Jésus-Christ seul qui peut dom^r oolte vie (v. »S et SS).
* V. S7. Ou sait comMott Tesprit des Jvifi» était porté ven les Uiéophaniesi
iiO MSGOt'RS Dl iésVi
« Vous ne pouvez donc pas croire en moi. Mais si d^aua très hommes, animés du même esprit que toos, snr- « viennent et s'érigent d'eux-mêmes en maîtres , sans « mission aucnne, vous les recevrez^ Moïse lui-m^e, « dont la gloire tous parait si chères mais d^nt vous a violez la loi lorsqu'elle est contraire à vos intérêts , c( Moise sera un jour votre accusateur ; car si vous « croyiez réellement en lui, non pas selon la lettre « mais selon l'esprit, vous croiriez aussi en moi*. % les pharisiens eussent vraiment pris au sérieux la loi mosaïque , elle eût été pour eux un Trai^ay^Yoç tiç XfKiTov; ils auraient trouvé déjà dans le Pentateuque l'élément prophétique. U est vrai qu'en s'attachant à la lettre ils ne pouvaient pas reconnaître Jésus pour le Messie ; mais c'était précisément la faute de leur sens charnel s'ils .n'étaient pas conduits de la lettre à l'esprit. « Si donc, dit Jésus, quoique vous paraissiez défen- « dre avec tant de zèle l'autorité de Moïse, vous ne croyez « réellement pas en lui, parce que vous préférez votre « gloire à la sienne , comment pourriez-vous croire à « mes paroles qui s'écartent tellement de vos idées et « qui doivent vous paraître si nouvelles et si étranges. » Il n'en fallait pas davantage pour remplir les phari-
1 Ce passage rappelle Matth. VU, 15, où Jésus recommande de se garder des faux prophètes; nouvelle preuve de l'aooord entre les synoptiques et rêvante de Jean.
* La Tocatk» de Motse, dans son acception la plus élevée, était de préparer la venue du Messie. L'économie tout entière quMl représente tend vers ce but, et quelques-unes de ses expressions ont en Jésu&-Cbrist leur application la plus spirituelle. Voy. Deut. XVIII, 15; Gen. HI, 15.
AUX PHARlfilEMS. (jRAN ¥,17 ET SU I Y.) 121
siens de baine et de colère. Dès ce momeiit Jésus devenait leur ennemi le plus dangereux, ear il les accusait avec la puissance irrésistible de la vérité. Il fallait le perdre à tout prix. Le prétexte était tout trouvé, c'était la violation du sabbat et des discours blasphématoires contre Dieu.
SECTION IX
nocvBAU sÉjoua xn galilés.
i. Le sennoD sur la moDtape.
Ici commence une nouvelle période dans le ministère du Seigneur. Ce qui venait d'avoir lieu dans la capitale devait aussi se montrer ailleurs. Les calomnies contre sa doctrine, répandues depuis Jérusalem jusque dans la Galilée , déterminèrent Jésus à s'expliquer d'une manière étendue et suivie. Autant qtie le permettait l'intelligence de ses auditeurs, et autant que les explications ne touchaient point aux vérités qui ne pouvaient être révélées que par le développement historique et par l'illumination du Saint-Esprit , il voulut montrer quel était le rapport de son enseignement avec le point de vue légal de l'ancienne alliance. — Nous arrivons à ce qu'on appelle le sermon sur la montagne.
C'était dans le courant de l'été ; Jésus était de retour de Jérusalem ; il revenait d'annoncer l'Evangile dans
i22 LE sBiuiox stm u UùtnkêM.
quelque partie de k QaUléë. Usé gitnâe foule, hV6tée par ses paroles et par ses mmreêf s'était rftdftemblée ao^ tour de lui. Il était déjà tard IcnwfuVw Mdgnii Ga^ pertiaûm. Quelquès-oiis u rendiidot auslitôt daas \à ville, mais le plus graad nombre i»Oiihir«Dt rester avèe Jésus pour n'entrer qu'avec lui. On campa au pMd d'une des montagnes qui environnent la ville ^, tandis que le Maître se retira à l'écart. Le lendemain, Jésus rassembla les douze autour de lui sur une éminence dépendante de la montagne*. Puis, s'adressant à eux et à tous ceux qui étaient disposés à récouter^ , il montre ce qu'ils doivent attendre et ce qu'ils doivent fodre, s'ils veulent être véritablement ses disciples, opposant, sous ce double pcÂnt de vue, ses préoeplee aut OfdOHtiAUces
< L*abbé écossais Adamnanus, qai écrivit vers la fin du septième siècle uû ouvrage intitulé : De Htu TerttB Sahék»^ fidt mefitloii, dans \t Jiv. n, cil. 25, d'une montagne située au nord de Gapemaûm:«Jfontim ab aquilùnariy lacum vero ab australi habens.n (Toy. Mabilloh» Acta Sanciorum^ t. m, iMurt. ii, fol. ftil.) MaitCapeRiiafB était eiitowê de montagnes au nord et au midi. (Voy. le Voyage de Burckhardtt édition de Gefiesios, u* part., p. 556.) La tradkioD, dont le témoignagfe n*est pas ici d'un grand poids, il est vrai, place la montagne au ittidi, SOT la route de Tibériade. (Voy. Schulz, Leishingen des Hœc?isten,Y^ p. 19S.— Paulus , Choix des plus célèbres wyéges en Orienif VUi pi M.) Robinson, qui mentionne incertitude de la tradition, observe qn*il y a, dans lit environs de Génésaretb, ont dotttalne d'autres tuoûÛgMS <|iii pourraient aussi bien Tune que l'autre avoir été le thé&tr» 4e révénémettt (Voy. Palesfim, III, p. 485.)
* Luc, dans YI, IB, a bien riotdatlon de parter de la vocstiotl dos apôtres, mais il ne place évidemment pas l'événement dans Tordre chrottOk)g1qae. Le didcoors de la montagne eât général; quand Jésus s'adresse exclusivement aux apôtrei, c'eat d'iuM Wut âuM maniera. IM^ tbieuVn, e^etsuivants, renferme, il est vrai, des directions spéciales, mais aasë^Uefi Odlede vo^ que ces parole» ne SM^ pas àMi^placeetùese lient pas avec le contexte. Chose remarquable! Luc, qui place à tort ici le choix des apdtres, ne fait pas mention de ces dfreétions particulières.
LB tnUMM 8Va LA HOirTAGNE. 113
4e8 Joifo* Il approprie son emeignement au point de Tue de ses auditeurs et leur présente le oouTeau dé- YdoppeoiMt du royaume de Dieu comme le but et raoeomplissement de l'ancienne alliance* — Ainsi le discours de la montagne forme la transition de la loi k TEtangile , il représente le christianisme comme la spintualisâtion du judaïsme; c^est pourquoi l'idée du rojaume de Dieik y domine, et la personne du Rédempteur n'y paiatt ^ue sous la forme du roi théoccatique* Tout le discours consiste en diverses parties ^roçiveè à se graver chacune séparément et profondément dans l'e^ prit des- auditeurs) mais^ en même temps, ces partie* sont si bien liées entre elles que l'ensemble en est fadle À retenir. De là vient que la recensîon de Matthien et celle deLuC) qui proviennent certainement de traditions différentes ei d'auditeurs diffàrents, s'accordeot si bien pour le fond et la suite des idées. Le récit de Matthieu est pli» complet, plus exact dans les détails ; les paroles y sont mieux oomprisesi ce qui s'explique par l'origine hébraïque du premier évangile^ Mais le rédacteur de la version greoque de Matthieu, trompé par une analogie apparente ou réelle des pensées, a rompu parfok le fil du discours, pour y insérer des choses qui appartiennent ailleurs;
Nous prenons donc pour base les caractères généraux du discows tels qu'ils se trouvent à la fois dani MatthîM et dans Luc. Nous partirons de là pour détermi^
1i4 LR SRRMON Si R LA MOMTAGNK.
ner ce qui , dans les récits des éyangélisteSy appartient au même sujet, et ce qui lui est étranger.
Tout ce discours a pour but de combattre plus oa moins ouvertement les idées chamelles des Juifs sur la nature du règne messianique et sur les conditions requises pour y participer. Les deux choses sont étroitemadt liées Tune à l'autre ; mais Timportant était de faire comprendre d'abord que ce n'était pas la descendance matérielle, mais la disposition spirituelle qui ouvrait Taccès au royaume de Dieu. Toutes les idées sur le royaume de Dieu devaient être transformées par ce priocipe. Attaquer directement ces idées elles-mêmes, sans que les esprits fussent successivement préparés , c'eût été scandaliser les auditeurs sans néanmoins détruire jusqu'à la racine l'erreur dont elles provenaient; mais^ au contraire , la chose se ferait d'elle-même quand on aurait bien compris quelles étaient ces dispositions nécessaires pour avoir part au royaume de Dieu. — En décrivant le bonheur des enfants de Dieu , Jésus rattachait son enseignement aux expressions de l'Ancien Testament, mais de manière toutefois à repousser les conceptions charnelles et à faire luire la vérité à travers le voile qui l'enveloppait.
Il s'adresse d'abord aux pauvres qui l'entourent et qui formaient probablement la majeure partie des assistants. «Bienheureux, dit-il, ceux qui se sentent « spirituellement pauvres, car le royaume des cieux « est à eux ! » C'est-à-dire : Bienheureux sont ceux
LES BEATITUDES. i!25
qui soupirent après les véritables richesses , ceux en qui le bien-être matériel y ni l'orgueil de leur origine y ni la propre justice, n'ont point étouffé le sentiment de leur misère spirituelles C'est à ceux-là qu'appartient le royaume de Dieu. Ce n'est pas sans raison qu'il y a le présent et non le passé (é<;Tiv). Là où se trouve le sentiment de la pauvreté spirituelle, là se trouvent aussi les fruits de l'esprit, l'humilité et la douceur, de même que l'orgueil accompagne partout l'austérité pharisaïque.
« Heureux les débonnaires , car ils hériteront la a terre*, n» Merveilleux contraste! Le gouvernement du monde est promis à la disposition qui s'accorde le moins avec l'esprit de domination. C'est une nouvelle atteinte portée aux préjugés judaïques. Les Juifs croyaient
« Tout eela est renfermé dans l'expression •: Pauvres en esprit. Voir surtout, sur cette expression, les judicieuses observations de de Wette dans un article des Studien und Kritiken, 111^ n" 2; dans sa Commenta- * tio de morte Jesu Christi expiatoria , dans sa Morale chrétienm^ I'* part., p. i46, et dans son Commentaire sur Matthieu V, 3. De Wette fait remarquer avec raison que ces mots sont empruntés à la langue de TAncien Testament. Il s'agit du Juif fidèle, dont le cœur est profondément affecté par la décadence de la théocratie, et qui place son espérance en Dieu seul. ( \^y, 1^''^^, par opposition à ^^p. — Comp.Es. LXI, 1.) —De là on est naturellement conduit à entendre, parles pauvres en esprit, tous ceux qui, en général, sentent leur pauvreté spirituelle. Ces deux interprétations sont étroitement liées entre elles; la différence consiste en ce que la première s^attache spécialement au sens historique de Texpression, la seconde au sens chrétien objectif. — Gomp. aussi Jacq. 1, 9, 10, et en général toute Tépltre, qui présente plusieurs points de contact avec le discours de la montagne, et qui est placée sur la même ligne dans le développement de la doctrine chrétienne.
^ Pour Tordre des macarismes, je suis la leçon de Lachmann, qui me parait donner le mieux la suite logique des idées.
126 LE SERMOM SUR U IIOKTAGNE.
que le Mes»e devait gouverner les peiens avee mrscep* tre de fer, Undb qu'ici la pofiSQfleioa de U tem eslpro^ mise aui déboanaires. I) est vrai (pie ces mote r Hédtw k terre » reofiennent la mtoie pensée que oenx^ei : Le royaume dea cieux est à e«u 8aaa aneoQ doute, Texi^res*sioa doot Jésus se sert âait une image neilée parmi les Juifs, mais il ue faut pas pour cela la regarder comme la reproduction pore oH ^mple de la pensée préoédente, sans aucune détermiration apécmle. L'idée de domisa^ tien doit être maintenue. Les chrétiens, en tant qu'organes de Tesprît de Chrîat, soni effeetîvemoDt appelés à posséder le monde, parce que le royaume de Hieu doit s'étendre jusqu'à embcasser toute la tarre; et la puissance qui doit ain^ soumettre le nrade , c'est la douceur, c'est l'esprit débounaire.
« Bienheureux ceux qui pleurent , ceux qui mènent tt deuil sur leur misère, car ils seront eonsdésl » H s'agit de la misère spirituelle, comme le prouve d'ailleurs la béatitude suivante : « Bienheureux ceux * a qui sont affamés et altérés de la justice , car ils se- « ront rassasiés dans la communion du royaume de « Dieu 1 »
Jésus vient d'indiquer les caractères qu'il faut revêtir pour entrer dans le royaume de Dieu ; mais cela ne veut pas dire que ces caractères doivent ensuite disparaître. La possession du royaume de Dieu n'est point un lait accompli une fois pour toutes ; c'est un acte permanent pendant tout le cours de la vie terrestre; de même aussi les dispo-
us BRATITUraS. ii7
sUiont que Jémft rael^ie ^iÂvaiit poster et ee dévalop*por <soptipii«Ue|]iept €e9 pardas foot eo mèrad tomps rworUr w o^riatàre spécial da diristîimiaine. Ce qu'il fiuit à rhomi^ef pow atteindre le but , ce n'est point le «entimeut de «a force J^oisale , ma» au contraire la era-* aoîepce de sa iaiblee^e ^ de aa miaère, -->* Ainsi Jésus laisse d^à eDtreyoir que la rédemption est son «uvre capitale. ^ Ceux qui » après avoir gémi sur leurs pé-* c^iési, ont obtenu la d^vranee et ont trouvé, dtns la rédemption I la paîi de leurs âmes, sont parvenus à une saîpteté bien supérieure à odle que donne la loi ; ils ^w^tfi^ê dé emr. Elt coe^me ils sont déjà entrés dans la cga^nmiiion avec Dieu > ils sont assurés de gouler un jopr la iélicilé de la vieéteroelle daus la parfaite oonnaîesaucede la uature divine. « Heureux ceux qui ont le Gi^ur pw , car ils verront Dieu ! n» Cette promesse ne peut s'accomplir entièrement que dans la vie étemelle ; mais elle oe se rapporte cependant pas exclusivement à Tavenir. Comme la participation à la vie , la contemplation de Dieu commence déjà sur la terre pour se développer de plus en plus. — La connaissance des choses dhiam prooède de la vie et de la pureté du cœur, La vie actuelle a pour ol^t de pr éparer^ par la sanctification, à la parfaite connaissance. Ainsi comprise , cette promesse forme la transition aux promesses qui se rapportent q>écialement à la vie à venir y et qui toutes aupposent une lutte antérieure.
Viennent ensuite les rapports des membres du royaume
128 LE SBIUlOIf SUR LA MUMTAG^E.
de Dieu avec les autres hommes. Animés de Tesprit d'amour, les fidèles recherchent la paix avec tout le monde. Mais comme ils ont à lutter contre le mal qui règne partout, ib ne peuvent échapper aux persécutions. Ici encore Jésus renverse les fausses espérances messianiques des Juifs. Au lieu de promettre à ses adhérents une gloire ou un bonheur terrestre, il leur annonce des persécutions. Gomme autrefois les prophètes, ils auront à souffrir de toutes manières pour la cause de leur Maître, qui est la cause de la justice, c'est-à-dire la cause de Dieu. Jésus laisse pressentir qu'il y a une opposition profonde entre son ministère et les idées juives ^ ce Mais bienheureux fi ceux qui auront embrassé la bonne cause, car ils se- « ront appelés enfants de Dieu! » Ils seront appelés^ c'està-dire : ils seront manifestés objectivement comme tels et revêtus des privilèges auxquels le titre d'enfants de Dieu leur donne droit. Cette promesse se rapporte en partie au présent, mais, dans sa signification la plus élevée, elle se rapporte à la gloire dont les fidèles jouiront quand le royaume de Dieu sera accompli. « Ce a royaume de Dieu leur appartient, » est-il dit ensuite , et enfin : « Leur récompense sera grande dane le ciel. » L'idée de récompiBnse s'explique d'elle - même sans
t Cette pensée confirme en même temps notre opinion sur la date du discours de la montagne. Nous Pavons placée au moment où U haine des pharisiens contre Jésus a commencé d*éclat€r. Et si Jésus, prévoyant les persécutions qui menacent lui et les siens, ne dit pourtant rien qui montre qnll eût Tintention d'échapper à ses ennemis par son pouvoir miraculeux, nous sommes conduits à admettre que déjà alors il regardait sa mort comme raccomplissement nécessaire de sa vocaliou.
LES BEATITUDES. 1^
qu'il soit besoin d'avoir recours à d'autres passages ^ Jésus-Christ vient de dire précédemment que la seule condition pour avoir part au royaume de Dieu ^ c'est la réceptivité) l'humilité, le sentiment de sa misère. Il ne peut donc pas être question de récompense dans le sens de dette ou de mérite. Tout est grâce, tout est don. Mais après que la grâce a été répandue sur tous, la mesure de bonheur dépend pour chacun de la manière dont il soutient son caractère d'enfant de Dieu et dont il supporte la lutte que tous les fidèles ont à livrer sur la terre. La récompense, c'est le rapport des communications divines à la valeur subjective de l'individu*. C'est ce que chacun doit recevoir, déterminé par l'usage qu'il a bit de ce qu'il avait déjà reçu . Il ne s'agit point d'actes intéressés, ni de récompenses extérieures étrangères à l'essence même du royaume de Dieu. Quelle est-elle en effet cette récompense que Jésus-Christ promet? C'est la parfaite satisfaction des besoins spirituels de l'homme, la parfaite connaissance de Dieu , le parfait développement des enfants de Dieu. Ce qui est représenté sous la forme d'une récompense n'est donc pas autre chose que la réalisation complète de ce qui constitue l'essence même du royaume de Dieu et de la vie divine. Au milieu des luttes de la vie actuelle le fidèle doit tenir
» Voiries excellentes remarqaesde de Wetle dans son Commentaire sur Matth. Y, i«.
* Voir, sur Tidée de la justice divine et sur celle des riScompenses, N1TZ8CH, Dogmatique^ 2* éd., p. 115; 4* éd., p. 158 et suiv.