‹ Vie de Jésus: ou examen critique de son histoire (volume 2)Chapitre 23 sur 23 · S CVII · texte numérisé non relu

S CVII

Détails de Pentrée. But et réalité historique de cette solennité.

Tandis que le quatrième évangile rapporte avant toute chose que la foule se précipita à flots pressés au-devant de Jésus pour lui rendre hommage , et ajoute seulement alors en peu de mots qu'il monta sur un âne qu'on lui procura; ce qui occupe tout d'abord les synoptiques, c'est de décrire en grand détail comment Jésus se procura l'âne. Etant arrivé, disent-ils, dans le voisinage de Jérusalem vers Bethphage et

(1) Comparez DeWette, exeg. Handb., i, i,S. 172.

30î2 DEUXIÈME SECTION.

Bétbanie, auprès de la montagne des Oliviers , îl envoya deux de ses apôtres dans le village qui était devant leurs yeux ; leur ayant indiqué qu'en y arrivant ils trouveraient , suivant Matthieu une ânesse attachée et son ânon près d'elle, suivant les deux autres un ânon sur lequel personne n'était encore monté 9 et qu'ils eussent k le (ou les) lui amener ; que , si le propriétaire faisait des diflSLCultés,ils répondissent que le Seigneur avait hesoin de ces deux animaux , ou de cet animal. Les synoptiques ajoutent que les choses se passèrent ainsi , et que, après avoir étendu leurs vêtements, d'après Matthieu sur les deux animaux , d'après les deux autres sur le seul qu'ils eussent amené , les apôtres placèrent Jésus dessus.

Ce qu'il y a de plus frappant dans ces récits , c'est évidemment ce que dit Matthieu, à savoir que Jésus non seulement requit deux ânes hien qu'il eût seul l'intention de ne pas marcher à pied, mais encore qu'il se plaça réellement sur tous les deux. A la vérité , les tentatives n'ont pas manqué , soit pour expliquer le premier point , soit pour écarter le second. Jésus , dit-on , requit l'ânesse avec l'ânon sur lequel seul il voulait monter, afin que le jeune minimal , qui tétait encore, marchât plus volontiers (i); ou hien on dit que la mère hahituée k son petit le suivit d'elle-même (2). Mais un animal encore attaché k sa mère par l'allaitement , sera difficilement donné par le propriétaire pour servir de monture. Jésus n'avait un motif pour faire venir deux animaux qu'autant qu'il avait l'intention de les monter tous les deux ; et c'est ce que Matthieu paraît dire assez clairement quand il rapporte que les vêtements furent étendus, et que Jésus s'assit sur les deux animaux [sur eux ^ èicdvtù aùrûv). Mais comment se représenter cela? Fritzsche suppose que Jésus monta alternativement sur l'un et sur l'autre (3) ; c'était s'emharrasser

(i) Paulus, 3, a, s. il 5; Kninôl, in (aj Olshansen, i,S, 2^6.

Matth., p. 541. (3) Comm. in Matth., p. 63o. De

DIXIÈME CHAPITRE. § CVII. 3o3

inntilcment pour un si court trajet. En conséquence, les interprètes ont cherché à se délivrer de cette donnée bizarre. Les uns, sur de très faibles autorités et contre tous les principes de la critique, ont, dans les mots qui expriment que les Vêtements furent étendus, lu surlui{lânon)^ stu' aùrov (tov icôXov) , au Heu de sur eux^ hzi^tiù aÙTôv ; et alors, quand il est dit que Jésus se mit dessus , ils entendent les mots sur eux ^ iicovcA aÙTôv , deshabits étendus sur un des animaux ( i ). D'autres ont cru s'en tirer, sans changer la leçon, par une énallage de nombre (2) ; explication queWiner a précisée , en disant que réellement le narrateur, par une inexactitude d'expression, parle de deux animaux, de même que nous disons d'un postillon qui descend de l'un des chevaux de l'attelage, qu'il descend des chevaux (3). Quand même cette explication serait suffisante , on ne comprendrait pas pourquoi Jésus , ne voulant se servir que d'un seul animal , en aurait commandé deux. Tout ce détail doit être d'autant plus suspect que le premier évangéliste est le seul qui l'ait; car, pour concilier les autres avec lui , il ne suffit pas de répéter ce qu'on lit dans la plupart des Uvres : à savoir que les deux autres évangélistes ne nomment que l'ànon sur lequel Jésus monta , et qu'ils laissent de côté l'ânesse, comme objet accessoire, mais sans l'exclure.

On demandera maintenant comment Matthieu en est venu à un récit aussi particulier ? Il est singulier que la vîaîe solution ait été indiquée par ceux qui conjecturèrent que Jésus dans le message confié aux deux apôtres , et Matthieu dans son écrit original, s'étaient, en conformité avec le passage de Zacharie (9, 9), servi de plusieurs termes pour exprimer l'idée unique de l'âne ; multiplicité de termes

Wette donne son assentiment à cette ex- Kninôl et Gratz s'expriment de même

plication, exeg. Handb., i, i,S. 173. (Sur ce passage).

(i) Paulns, l. c, S. ip f. (3) W. T. Gramm. , S. 149.

(») Glassins, phil. sacra ^ p. 172.

3o4 DEUXIEME SECTION.

qui induisit en erreur le traducteur grec du premier évangile , et qui lui fit mettre plusieurs animaux (i). En tout cas, les désignations de l'âne amoncelées dans ce passage de l'Ancien- Testament, manK "p n^yi mon, uTro^uyiov xal ttûXov v£ov, LXX, ont été la cause du doublement de l'âne dans le premier évangile. En effet , le et^ qui dans l'hébreu a une signification expKcative , fut entendu dans un sens additif; et, au lieu de lire dans ce passage : un âne c'est-à-dire un dnony on y lut : un âne Ui^ec un ânon (2). Mais le traducteur grec ne peut pas être celui qui le premier commit cette erreur ; car, si dans tout le récit de Matthieu il n'avait trouvé qu'un seul âne , il ne serait pas allé le doubler sans autre motif que le passage du prophète, ni ajouter un second âne dans tous les passages où son original parlait d'un seul âne, ou bien mettre le pluriel au lieu du singulier; la faute a dû être commise par celui dont la seule source écrite était le passage du prophète, et qui s'en servit , concurremment avec la tradition orale , pour rédiger tout son récit ; c'est-à-dire que c'est l'auteur du premier évangile, qui par là , perd irrévocablement le titre de témoin oculaire , comme le soutient avec raison la critique moderne (3).

Si cette méprise appartient au premier évangéliste seul , les deux évangélistes intermédiaires ont , de leur côté , une particularité qu'il est bien au rédacteur du premier d'avoir évitée. Avant d'en venir au fait , qu'il me soit permis de faire remarquer, en passant , que la narration de ces deux derniers est traînante. D'après les trois synoptiques , Jésus avait désigné d'avance, avec exactitude, aux deux apôtres envoyés en message , comment ils trouveraient l'âne et comment ils en satisferaient le propriétaire 5 or , Marc et Luc

(1) Eiclihorn, allgem. Bibliodiek, 5, (2) Voyez Fritzsche, sur ce passage,

s. 8q6 f. Comparez Bolten, Bericht des Neandcr en convient aussi, p. 55o. Mattiiœus, S. Sij f. (3) Schulz , ùber das Abendmahl , S.

3 10 f.; Sieffert. ùber den Urspr. S. 1 07 (*

mXIÈfliE CHAPITRE. § GVIIé 3o5

n épargnent ni à eux ni au lecteur la peine de répéter en détail et scrupuleusement comment tout le message a été accompli (Marc, V. 4 seq. ; Luc, V. 4^^ seq. ); au lieu que Matthieu s'en tire habilement en mettant : Ayant fait comme Jésus leur assoit prescrit , 7uoi>((javT6ç xaôco; lupoore- ToÇev aÙTotç ô Îyictouç ; mais cela ne concerne que la forme , et je n'y insisterai pas davantage. Quant au fond même , Marc et Luc disent que Jésus voulut un animal sur lequel personne ri était encore montée èç'ôoùJelçirciTroTe âvôpwTuwv 2KaOi<J6, particularité dont Matthieu ne parle pas. On ne comprend pas comment Jésus put sciemment rendre difficile sa marche ei^ avant par le choix d'un animal qui n'eût pas été encore monté ; en effet , la plus grande habileté humaine dans l'équitationne suffit pas pour répondre de la docihté d 'un animal que l'on monte pour la première fois ; et, à moins qu'il ne l'eût rendu soumis par l'effet de la toute-puissance divine , ce choix aurait grandement compromis la régularité de l'entrée solennelle ; d'autant plus que , d'après les deux synoptiques intermédiaires, il n'était pas précédé de sa mère , dont il n'est question que dans le récit du premier évangéliste. Sans doute Jésus ne s'est pas exposé à cette incommodité sans un motif suffisant ; ce motif paraîtrait se trouver, sans grande peine , dans l'opinion des anciens, d'après laquelle , suivant l'expression de Wetstein , animalia , usibus humanis nondum mancipata^ sacra habebantur. Ainsi Jésus , pour sa personne sanctifiée et pour le but élevé de son entrée messianique , n'aurait pu employer qu'un animal sacré. Examinée de plus près , cette raison paraîtra sans fondement et même bizarre ; car les spectateurs ne pouvaient pas , à l'âne , voir s'il n'avait pas encore été monté, sauf par l'indocilité avec laquelle il aurait troublé la marche tranquille du cortège (i). Si nous ne comprenons pas de

(f) Pkuius a aussi senti que ce motif ne suffisait pas pour expliquer la mesun II. 20

loute, en écrivant ils Çj'éprovvèren^ pas^^ de Fanii^al é, rincommodité que Jés^is en aurait éprpuvée.

3io6, DE.\JXI£ME SECTION.

cette façon cpmment J[ésus peut avoir cherché \ifï honneur à entrer à Jérusalem sur un animal non encpre monté, i^ous con^prendi^ons que de honne heure la çommc^iaut^ chré« tienne ait cru , par honneur potuf JJés^is ^ devoir le fe^^e aller sur un animal non encore monté , de même qu'eljiç raconte plus tard qu'il fut déposé dans un tonxbeau qui n'ava,it . pas encojfe é^é occupé. Les rédacteurs des évsùagiles iatermédiaires n'hésitèrent pas à consigner çettç circonstance parmi celles qu'ils jugeaient dignes d'être notées , parceque ssms doute;, non monté, Tincommoaiie qi

Si les synoptiques ont chacuijL le^ part dans lès 4eux difficultés exam^n^s, j[usqu'à pçéseçt , il en e^ une autre qui leur est comini^ie à tous ; c est que Jésus , avec ai^tant; 4'a^-f surance , ait envojçé deux apôtjyes chercher un âne qu'ils devaient trouver dans Iç plus prochain yiQage et dan^ tellf^, et telle situatioQ , et que le résultat ait jj^épondu s^usj^, exaçi^, ment; à s^ prédiction. Ce qui pourrait parallèle pj[i;|is.n^tm-. rel 5 cç aérait; de songer à, une conventÎQn pjëaïUhJiç^ 4'^P.î^ laquelle un ^iimal aurait ^té tenu prêt ppi^ Jésu$ h^ iju^ h^})X^, et dans un lieu convenus (i). Mais, condiment aqraJA-iJ piï; avoir fait une pajreîHe convention à Bethphaffe^ pi(^s,qu*fl çiç; faisait que d'arriver de Jéricho ? En çon^i^encf; ,^ P^lD|jl^l^^ cette fois aussi^troçv^ qu'il j a qudOTÇ çhp;5§ dç çj,^ ys;^' semhlahle, c'çst que, dans les viÛagest pjaçés sigir Jat gra^e routç qjoi mçnait à Jérusajlem^ on i^^i, pjrêts^ ijer§ ^t^iff^^

prise par Jésus; car ce n*e^t <jae par son, désespoir de.ii*ayoir pas trouvé un motif pln^ iqé^l et plus spécifique,, qn.*on pçqjt . expliquer commçnt, dans cette occasion seule, U devient mystique, et comment il se. rapprojcbe de J(ustu^ I^jEartyr, que ]vi]> tontaiUeurs il combat comme Tauteur des fausses interprétations bibliques données parTÉglise. Justin dit que Tânesse appelée béte de somme fVifoijyyiovtàé^nsàXles

JmfjS,eti;ânenpp^^ipDrejXft9pt41ef p^y^ (Pial. c. Tryph., 53); à son imitation, l^KÎka db^go^ ifidre.Toir que Jésna, en, entrant à Jçi^aid^in sur. i^ ^if^mf^ non encore monté , voulut s'annoncer

vefie société tel^eiense, Exç^]^^,,, 3^,a, $. w6ff;

(i) Natiirliche Geschichte , 3, S. 566 f. ; I^eander, L« J* Cbr.y 3. SSo* Ajan$

DIXIÀMB GHAFiTRS, § GYIL 3o7

des fêtes, beaucoup de bétes. de somme pour les louer aux pèlerins ; mais il faut remarquer là-contre que Jésus ne parle pas d'un animal le premier venu, mais d'un animal déteiVr miné. On est donc en droit de s etonuer de lire d^ns Qlsbaus^ qu'il est seulement probable que l'intention des ^yangélistes a été de représenter toute cbose préparée par la volonté d^ DijBU, suivant que besoin était, pour l'entrée du Messie; il n'est pas moins étonnant que ce même commen^teur, pour expliquer la complaisance des possesseurs de l'ammal, trouva nécessaire de supposer qu'ils avaient des liaisons d'amitié avec Jésus ; car, justement ce trait est destinié à représenter Içi puissance non moins magique qui , dès que Jésus le voulail, résidait dans le nom du Seigneur^ Ki>pioç ; U suffisait d^ le prononcer pour que le possesseur de l'âne donnât spn ^e sans hésitation , comme plus tard le possesseur de la $alle dcoina la salle. (Mattb., a6, iSparall.). A ces dispositions providentielles esL faveur du Messie , et à la force irrésistiUe de son nom , ajoutons le savoir supérieur qui lui inmtrait comme présentes sous ses yeux, des choses qu'il pouvait utiliscor pour ses beaoîas.

Si tel est le sens, si telle est l'intenti^m des évangâiaies d^ns ces particularités de leur narration , on pourrait cœiicevoir qu'une pareille annonce d'une circonstance fortuite a été l'effet d'une vue magnétique à distsmce ( i). Mais , d'un^ part , nous connaissons trop bien la tendance de la primitive Iége^46 chrétienne à donner de pareilles preuves de la nature sqpérkuve de son Messie (que l'on songe à la vocs^tion des deux couples de frères ; l'analogie est surtout tr^ ex^^e avec l'histoire de la manière dont Jésus commanda la salle pour son dernier repas avec les douze ; cette histoire, chée plus haut, sera examinée plus bas) ; d'autre part , on pe^t démontrer avec évidence le motif dogmatique et piis atpc

3o8 DEUXIÈME SECTION.

prophètes pour lequel , avoir connaissance d'un certain âne attaché, est la preuve que Jésus donne de sa faculté de voir à distance. Nous ne pouvons donc nous abstenir de conjecturer que nous n'avons pas sous les yeux autre chose qu'un produit de la tendance qui animait la primitive société chrétienne , et du travail qui lui fit attacher ses dogmes au passé israélite. En regard du passage de Zacharie cité dans le premier et dans le quatrième évangiles, on oublie ordinairement de tenir compte d'un autre passage de F Ancien-Testament, où il est plus particulièrement parlé de l'âne attaché du Messie. C'est le passage ( i . Mos. 49 > 1 1 ) où Jacob mourant, s'adressant à Juda, XxàAxJiSchilo^ Tfl^ : Attachant à la vigne son poulain et au cep le poulain de son ânesse^ 5g<y|Agu(av -TTpoç a[i.7re>.ov tov ttôXov aÙToO xal ttÎ eXoct tov tuwXov t^ç ovou aÙTou (LXX). Justin Martyr comprend le passage de Moïse aussi bien que celui du prophète, comme étant une prédiction de l'entrée de Jésus , et en conséquence il soutient formellement que le poulain que Jésus envoya chercher était attaché à un pied de vigne (i). Il en fut de même des Juifs ; non seulement iJs entçndirent du Messie ce schilo , comme on peut le démontrer dans les Targumim (2) ; mais encore ils combinèrent les deux passages, et ils admirent que le Messie se servirait de l'âne attaché et monterait dessus (3). Si cette prophétie n'a été citée par aucun de nosévangélistes, cela prouve au plus qu'en consignant par écrit le récit dont il s'agit, ils n'avaient pas la prophétie textuellement présente k l'esprit ; mais cela ne prouve nullement qu'elle ne l'ait pas été au cercle où l'anecdote se forma la première fois. On doit

(i) ApoU I, 3a : Les mots : attachant a la ^igne son potdain, étaient un symbole de ce qui devait arriver à Jésus et de ce qu'il devait opérer ; car il y avait, dans quelque partie d'un village, un ânon attaché à une vigne, qu'il ordonna qu'on lui amenât. To 3ï, Stviisvav irp^ç o^treXov TOV itSXoy avTov... ovftJSoXw ^vjXmtcxov

?v Toiv ytvDvofA^cftv Tw Xp(9t«s xal xSv vn* avTOv 7rpa;^Gy}vojx/v6>v* <irwXo( yap Tt$ Siyov ctatiQxci tv tcvi ctvo^i^ xwjuiifiç 9rp^$ â^ircÀov StStiUvoç , «v IxAcvvcy &yayc7v avT^' x. t. \»

(2) Voyez Scbôttgen, Horas, a, p.

(3) Midrasch Rabba, f. 98.

DIXlÉlfE CHAPITRE. § CVII. Sog

penser que le récit passa par les mains de plusieurs narrateurs qui n'avaient plus le sentiment du rapport de l?i prophétie avec la narration ; ce qui le montre, c'est que la narration n'est plus parfaitement conforme à la prophétie. En effet 5 pour que la conformité fût parfaite , il aurait fallu que Jésus, après avoir fait sur l'âne son entrée dans la capitale conformément k la prophétie de Zacharie , eût attaché l'animal , en en descendant , à un cep de vigne , au lieu de le faire détacher, comme le dit le récit , dans le plus prochain village ( àla porte d'une maison située sur le chemin, d'après Marc). Outre l'accomplissement de ces deux prophéties , la légende y trouvait un autre avantage , ce fut de pouvoir y rattacher une preuve du savoir surnaturel de Jésus et de la puissance magique de son nom. Cela pourrait rappeler en particuUer que, quand jadis Samuel donna une preuve de sa faculté de voyant, ce fut en disant d'avance que Saûl , en retournant chez lui , rencontrerait deux hom* mes qui lui annonceraient que les ânesses de son père Cis étaient retrouvées (i. Sam., lo, 2). Le quatrième évangile, n'ayant pas de rapport avec le passage mosaïque en question , n'a pas la particularité de l'âne attaché que les apôtres vont chercher ; et , se référant exclusivement à la prophétie de Zacharie, il dit brièvement: Jésus ^ ayant troui>é un dnon^ s^ assit dessus^ eupwv ^è ô iyiaoOç ovaptov , èxaôtaev £7r' aÙTO (V. i4) (1).

Ce qui vient immédiatement après , c'est l'hommage que Jésus reçoit du peuple. D'après tous les récits , excepté celui de Luc , on coupa des branches d'arbre ; les deux synopti- ' ques disent qu'on en joncha le chemin ; Jean ( suivant lui , c'étaient des branches de palmier), qu'on les porta à sa rencontre. De plus , la multitude poussait une joyeuse accla-

(1) En raison de ce silence dn qoa- simple ait reçu des transformations non

trième évangile, Neander (l.|c.] est, cette historiques, vu l'importance exagérée qui

fois encore , disposé à accorder la pos- s^y attacha plus tard, sibilité qn*nn fait primitivement plus

3lO BEUXièMB SECTION.

msitioti , que tous , à part des modifications iusigtiifiantes ^ rapportent diaiis ces termes t Béni soie, celui qui Vient itU nom du Seigneur, eùXoyy)[jtevoç 6 ép)^o|jL6voç iv âvopiaTi ROp(bi>é Tous , excepté Luc , disent que la foule cria : Hosaiifmh , J)9Gtvv0(; Enfin ^ tous disent qu'elle le salua roi ou fils de DaVid. A là vérité , Ifes mots du Psaume 117, 26 ^ Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur , mn* OW «art ^1'^3 ^ sont utie formule ordinaire de salut pour ceux qui visitâiéilt là fttè; de itiêmeles mots hosannah^ ÉO W*uriîl, qui appàrtieiltient au vet^t précédent du même psaume, étaient une accldtnation ordinaire dans la fête des Tabernacles et k Pâ-» qttes (1); Mais Faddition des mots ; Au fils de Dui^id^ r& ùlfô Aaiil^^ et le roi d'Israël ^ 6 paai>.eùç tou icparii^, montré qu'ici on appliquait spécialement ces formules à Jésus en qualité dé Messie, qu'on le saluait dans ce setis éminent, et que Ton faisait des souhaits pour le succès de son entreprise!. Qtiant aux personnes qui rendent des hommages , Lttfc reste dans les bornes les plus étroites ; en efiet , quand il dit que les habits furent étendus sur le chemin (V. 36 ), il rattaché cet acte à ce qui précède , de sorte qti'il semblerait ne Fattribùét qti'aùx apôtres , comme l'acte d'étendre les habits stlr l'âne ; de même , il met les louanges à Died^ seulement drins la bouche de toute la foule des disciples , aitav to iT^^eoè Tôv fi.«9y)T(ov ; au contraire , Matthieu et Marc rapportent que ces acclamations partaient des masses populaires qui accompagnaient Jésus. Néanmoins cela se concilie ^aisément \ car, Luc , quand il parle de la foule des disciples , exprlniele cercle le plus étendu des partisans de Jésus, etd^ son côté Matthieu, quand il parle des rhas ses populaires j TtfXetffToç iy}jb(i , entend l'ensemble de ceux qui dàhs la fottlcf lui étaient favorables. Mais , tandis que les synoptiques ne parlent que de la troupe qui allait à la fête, et qui voyageait avec Jésus, Jean attribue, comme il a été dit plus haut,

(1) Comparez Paulas , sur ce passage^

Dixiàn GHÀPimi § cvii. 3ii

:ottte la solennité k ceu qui sortirent de Jérnsfileoi athde^^ nvLt de Jésils (Y. 1 3) ; dans cette narratioti, la foule qui arriva ivec Jésus atteste à ceux qui viennent à la rencontre, la té^ mrrection de Lazare opérée par lui, miracle qui, selon Joeù^ iTait déterminé la foule à aller chercher Jésua en trioaiphe [Yi 17 seq.). Ayante plus haut, par i}es motifs de liilti^ pe , révoqué en doute la résurrectioii de Lzzsjlc ^ tioud bè pouvons conserver aucune valeui: a ce motif ; mais le fait de 36 cortège triomphal qui part de Jérusalem ^ est ébranlé^ dtl moment qu'il perd son motif prétendu ; et nos doutes crolitront encore^ si notas réfléchissons qull pouvait parâtQrè Bxigé par la dignité de Jâius , que la Ville de David se pufstât solentadlement à sa rencontrei M'oublions paëndnpltt (jtle c'est une des particularités de la narration du qtta» trième évangéliste dé dépeindre^ avant FarHvâB de Jésiis aiÉ fêtes , avec quelle vivacité Tattentè A^ peuple était dM^ sur lui (7,11 seq. ; 1 1 ^ 56)^

. Le dernier trait du tableau qtie nous avdi» tow tes fétA est la colère que cause aux ebnemis de Jéfcus le vif ^ttfldbé^ ment que le peuple lui témoigne en cette oecasioti^ D'itpirCi Jean (Y^ 19)9 les Pharisiens se dirent ehtre euitt Nont tojrons qu'il ne liotfs sert de rien d'avoir pf ociédé à soâ égcttdl comme nous atdns iaii jusqu'à présent (c'est^ihdire def i'im vdlr ménage ) ; tout le monde se porte Vers lui (il nmû hiki ilitervcnir pair la forcé). D'apî«s Luc (V; djf Wq.) j ^tâk qtlës Phàri$iehs ^'adressèrent k Jési^ lui^ffiéine ^ m M ëé*^ seillant d'imposer silence à ses disciples ; sur quoi , il leur répond que , si ceux-^là ne criaient pas , les pierres crieraiœt. Luc et Jean placent ces pârticUlaÈÎtég dâil$ lef trajet dtt tôttége $ mais, dans Matthieu, ce n'est que plus tard que, Jésus étant arrivé dàùs le Temple , et Ui enfants cotitifattànt Citcore là à crier Hosannah au fils de David, les grands-prétres et les doctettrs de la loi Itiï font remarquer ce qu'ils cdnsid^raieni comme un désordre ^ et il répousse leur observàtioA pser une

3l^ t>]£tXCàME SECTION'.

sentence prise an Psaume 8 , 3: Tuas tiré la louange la plus parfaite de la bouche des enfants et de ceux qui sont à la mamelle j inL (rr<{|Jt.aTOç vyiiticûv xat ônXa^ovTwv xar/ipw<tt aîvov (V. i5 seq.) ; sentence qui est ici appliquée à Jésus, bien qu^ dans Foriginal elle se rapporte évidemment à Jéhova. La plainte de Jésus sur Jérusalem j plainte que Luc rattache à Feutrée, sera examinée plus bas.

Matthieu par son expression : Tout cela se fit pour que Jût accomplie la prophétie, etc., touto ^à oXov yeyovev, îva irXYîpcoô^ 3t. T. \ (V. 6) , et Jean expriment d'une manière équivoque que le dessein de Dieu en disposant cette scène , puis aussi du Messie Jésus qui connaissait et partageait les conseils divins, fut d'accomplir une ancienne prophétie par cet arrangement de la solennité. S'il est vrai que Jésus vit , dans le passage de Zacharie (9 , 9) ( 1 } > une prophétie relative à lui en tant que Messie , ce ne peut être en vertu du principe supérieur qui résidait en lui ; car , à supposer qu'il &ille rapporter le passage de la prophétie , non a un prince historique tel que Osias (q) ou Jean Hyrcan (3) , mais à un personnage messianique , toujours est-il que ce personnage j est représenté , comme pacifique k la vérité , cependant comme prince temporel , et comme jouissant tranquillement de la possession de Jérusalem. Mais il paraît que Jésus peut avoir été conduit naturellement à ce rapprochement , puisque les rabbins du moins appliquent au Messie , avec une grande concordance , le passage de Zacharie (4)« £^n effet,

(z) Dans la manière dont Matthieu cite la prophétie , il y a une réonion d'un passage d'Isaïe avec celni de Zacharie :

Dites à la fille de Sion, Efirarf t^ Ovya- TplScè^Vf est d'Isaie, 6a, ii; le reste est de Zacharie , 9 , g , où la traduction des Septante a d*une façon un peu différente! : I^ou ô jSocotXcuç 90U cp^-cTaf 90t ^fxottoc xtà 9e»Ç«}y avro; vrpavç xcà IttiiSi^Àc M vivo^vyiev xoU ^SXù% y/ov. '

(a) Hitzig, Sur.le temps de la rédaction des prophéties de Zacharie, 9-14, dans : Theol. Studien, i83o. 1. S. 36 ff., rapporte les versets précédents aux exploits guerriers de ce prince ; par conséquent, il rapporte le verset en question À ses vertus pacifiques.

(3) Paulns, exeg. Handb.« 3» a, S.

lacff.

(4) Dans le passage ca^iital emprunté

DIXIEME CHAPITRE. § GVII. 3i3

comme cette arrivée peu brillante , qni était ici prédite aa . Messie , paraissait être en contradiction avec l'entrée brillante que Daniel avait prophétisée , nous savons que plus tard on s'habitua à concilier cette contradiction, en disant que, selon que le peuple Juif se montrerait digne ou indigne, son Messie apparaîtrait sous la forme glorieuse ou sous la forme humble (i). Or, si au temps de Jésus cette distinction n'était pas encore développée^ mais si l'on n'avait alors fait que rapporter au Messie le passage de Zacharie (9, 9), Jésus put s'imaginer que la prophétie de Zacharie devait s'accomplir présentement lors, de sa première venue sur terre , et que celle de Daniel s'accomplirait un jour lors de sa seconde venue. Mais il j aurait encore une troisième pos* sibilité : ce serait , ou bien que, Jésus ayant été moiiM fortuitement sur un âne lors de son entrée ,. cela ait été postérieurement entendu de la sorte par les chrétiens, ou bien que toute la solennité de l'entrée ait été librement Kiomposée, afin que ne manquât aucun des attributs messianiques que comportaient les deux prophéties et la supposition dogmatique d'un savoir supérieur en Jésus.

àMidrasch Koheleth, et cité 1. 1» $ ii,\e passage de Zacharie : Pauper et insidens asinoj est tout d'abord rapporté au Goel postrtmus. Cet âne du Messie fut apssitôt regardé comme identique avec celui d* Abraham et de Moise. Voyez Jaikut Rubeni f. 79, 3,4» dans SchOttgen^ i, s. 169. Comparez Eisenmenger, entdecktes Judenthum, a, S. 697 f.

(i) Sanhédrin f. .98 , i (dans Wetstein) : Dizit R. Alezander : R, Josoa f.

Levi dnobas inter se collatiB locis tan« quam contrariis visis objecH : Scribitnr Dan. 7, i3 : Et ecce cum nubibus cœlt yelnt filiiu homiois venit. Et scribitnr Zach. 9 9* 9 : Pauper et insidens asino.

Vernm haec duo loca ita inter se concis liari possnnt : nempe, si jnstitia sua mereantnr Israelitae , Messias Veniet cum nnbibus cœli : si autem non mevèantnr, yeniet pauper, et vehetar asino.

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