S CVI
Direrg^noes de9 évangiles relativement ati poM d*«ù Jé^fÉS,
fit son entrée à Jérusalenadk
Les évangélistes ne sont pas même tout-à-fait d'aGC<»^ sur la fin du voyage de Jésus ^ sur la dernière statitïli audevant de Jérusalem. D'après les synoptiques, il setB^lds que Jésus se rendit de Jéricho à Jérusalem le méfiie jour et sans station interlnédiaîre (Matth. 20, 34; ^i 5 1^ se^ et parai.) ; mais , d'après le quatrième évangile , it ne va d'Ephrâïm que jusqu'à Béthanie , il y passe la nuit y et ee Bt est que le lendemain qu'il fait son entrée dans ta capitale ( id^ 1 . 12 seq. ). Pour concilier les deux récits , on di* que y dans le récit sommaire des synoptiques, il ne faut pas s'étoniier qu'ils m'énoncent pas expressément la nuit passée- k Béthanie , mais qu'il ne faut pas conclure qu'ils nient eê séjour intermédiaire ; qu'en conséquence il n'y a pas dé contradiction entre eux et Jean , mais que ce qui est eoib* dense en peu de mots par les uns, est développé avec détail par l'autre (i). Mais , tandis que Matthieu ne nomme n^ffîé pas Béthanie , les deux autres synoptiques font mentiez de cette localité d'une manière qui contredit positivement que Jésus y ait passé la nuit. En effet, ils racontent que Jésud^ approchant de Bethphage et de Béthanie , àç ififfw>è zlq BYiOcpayTi )cal BviÔavîav , envoya chercher un âne au plus pf echaia village, et que, monté sur cet animal, il fit aussitôt sob entrée dans la capitale. Entre des circonstances aussi étroitement liées , on ne peut supposer l'intervalle d'une nuit ; il semble,
(i) Tlioluck et Olshausen , 11. co.
d'après la narration, que, immédiatement après a^oirreçu le message de Jésus, le propriétaire envoya un àne, etfque', l'àne étant arrivé, Jésus se prépara aussitôt à faire son entrée. De plus, si Jésus avait eu l'intention de passer la nuit à Béthanie , on ne pourrait imaginer quel fut son but en envoyant chercher un âne ; car, si le village où il l'envoya chercher était justement Béthanie , il n'avait pas besoin , voulant se procurer une monture pour le lendemain, d'envoyer en avant les apôtres , mais il pouvait convenablement attendre qu'il fût arrivé avec eux à Béthanie. Dire qu'avant d'avoir atteint Béthanie et d'avoir examiné s'il pouvait s'y procurer un âne, il envoya un message par de là Béthanie jusqu'à Bethphage, afin d'y avoir un âne pour le lendemain matin, c'est ce qui manque absolument de vraisemblance ; et cependant Matthieu du moins énonce positivement qu'on alla chercher l'âne à Bethphage. Ajoutons que , d'après le récit de Marc, lorsque Jésus arriva à Jérusalem, le soir^ h^i% , avait déjà commencé (11, 1 1) , et qu'il n'eut que le temps de jeter un coup d'œil préHminaire dans la ville et dans le Temple ; sur quoi il se retira avec les douze à Béthanie. A la vérité , on ne peut démontrer ( ce qui a déjà été soutenu) que le quatrième évangile place au matin l'entrée dans la ville ; mais on est en droit de demander pourquoi Jésus , venant seulement de Béthanie , village voisin , n'en partit pas plus tôt , afin d'avoir le temps de faire à Jérusa,lém quelque chose qui fût cligne de mention? L'arrivée tardive de Jésus dans la capitale, telle que Marc la fixe , ne s'explique manifestement que parce que Jésus , étant parti de Jéricho, eut une plus longue route à parcourir. S'il n'était parti que de Béthanie , il n'en serait guère parti assez tard pour être obligé d'y retourner, après avoir jeté un coup d'œil sur la ville, avec l'intention de quitter Béthanie le lendemain de meilleure heure ; ce dont rien ne l'avait empêché la veille. A la vérité , en mettant l'arrivée de Jésus à Jérusalem dans
la soirée, Marc n'est pas soutenu par les deux autres synoptiques, et même, d'après Matthieu, Jésus a encore le temps d'opérer des guérisons et de répondre à des interpellations des grands-prêtres et des docteurs de la loi ( Matth. 21,12 seq. ). Mais, sans même que la soirée soit indiquée comme le moment de l'entrée de Jésus , l'arrivée de Jésus auprès de ces villages , le message dont les apôtres sont chargés pour se procurer un âne , la venue de cet animal , sur lequel Jésus monte , tout cela forme une série trop continue pour qu'or* puisse intercaler, dans le récit des synoptiques , une nuit passée à Béthanie.
Si donc il reste établi que les trois premiers évangélistes font arriver directement Jésus de Jéricho à Jérusalem sans un séjour intermédiaire à Béthanie, et que le quatrième le fait arriver de Béthanie seulement, il faut qu'il soit question, si des deux côtés on est dans le vrai , d'entrées difierentes , et c'est ce qui a été conjecturé récemment par divers critiques (1). D'après eux, Jésus arriva d'abord (ce que les synoptiques racontent) avec la caravane qui se rendait à Jérusalem pour la fête ; et, ayant été remarqué parce qu'il avait une monture, il fut l'objet, de la part de ses compagnons de voyage, d'hommages éclatants et non préparés qui transformèrent l'entrée en une marche triomphale. Le soir, il se retira à Béthanie ; Iç lendemain (ce que Jean raconte) une grande multitude se porta au-devant de lui pour l'aller chercher; et, comme elle le rencontra venant de Béthanie, cette journée vit se renouveler, sur une plus grande échelle, la scène de la veille, scène qui cette fois avait été préparée par ses adhérents. Cette distinction entre une entrée antécédente de Jésus à Jérusalem , avant qu'on y connût son arrivée , et entre une entrée subséquente , alors que l'on avait déjà appris qu'il était à Bé-
(1) PauIuSf exp^. Handb.9 5, a, S. 9a ff* 9S ff. ; Sclileicrmachcr, ùbcr dco Lii'^ kas, S. 244 (• '
thanie , est favorisée par une différence entre les évangélistes, c'est que ceux qui lui rendent hommage \à précèdent ^ wpoayovreç , et le suivent ^ àcoXouôouvTe; ( Matth. , Y. 9) , d'après les synoptiques , mais le rencontrent , teavTnoravTeç ^ d'après Jean (Y. i3. 18). Si l'on demande pourquoi chacun de nos évangélistes ne rapporte qu'une entrée et n'a pas la moindre trace de deux , ces théologiens répondent pour Jean que celui-ci garde le silence sur la première entrée, sans doute parce qu'il n'y avait pas été présent, ayant peut-être été envoyé pendant ce temps k Béthanie pour y annoncer l'arrivée de Jésus (1 ) . Mais nos principes exigent que, si l'on suppose que Fauteur du quatrième évangile est l'apôtre Jean, on suppose aussi que l'auteur du premier évangile est l'apôtre Matthieu nommé dans le titre ; alors on demande en vain à quel message fut employé Matthieu pendant la seconde entrée, puisqu'il n'en dit pas un mot ; car, en raison des allées et venues entre Béthanie et Jérusalem, on ne peut imaginer^ au sujet de Matthieu, aucun motif plausible pour un pareil message, qui d'ailleurs est aussi une pure invention au sujet de Jean. N'oublions pas non plus que, lors même que les deux évangélistes n'auraient pas été présents, ils auraient entendu longuement parler, entreles apôtres, d'un événement aussi solennel que l'entrée avait dûl'étre même dans la répétition, et eh auraient su assez pour en rendre compte. Mais ( remarque capitale ) , tandis que le récit des synoptiques n'est pas conçu dans des termes qui supposent qu'une seconde entrée ait suivi la première décrite par «ux , le récit de Jean est tel qu'il est impossible d'en supposer une autre avant celle dont il fait mention. En effet , ce récit porte que, le jour qui précéda l'entrée décrite par Jean, c'est-à-dire, d'après la supposition , le jour de l'entrée décrite par les synoptiques , plusieurs Juifs sortirent de Jérusalem pour se rendre àBéthanjei
(1) Schleiermacker, 1. c.
ayant appris son arrivée, et désireux de le voir, lui et Lazare ressuscité par lui (V. g , comparez V. 12). Mais comment , le jour de l'entrée décrite par les synoptiques , purent-ils entendre dire que Jésus était à Béthanie? Ce jour-là, Jésus traversa Béthanie ou laissa ce village de côté, et se rendit directement k Jérusalem ; or , tous les récits s'gccordent à dire qu'il ne quitta la capitale que tard pour retourner kBé^ thanie ; donc la soirée était fort avancée lorsqu'il y fiit rentré , et les Juifs , qui, apprenant qu'il était dans ce village^ se mirent en route pour s'y rendre , ne pouvaient pas espérer d'arriver encore assez à temps pour le voir (1). Mais pourquoi se seraient-ils donné la peine de chercher Jésus à Béthanie, puisqu'il était à Jérusalem ce jour-la même? Certainement l'évangéliste n'aurait pas dû se contenter de dire qu'ils vinrent pour uoir non seulement Jésus , maïs encore Lazare ^ où ^tà tov iviaoijiv [jlovov, àXV ïvaxai Tov Aà^apov ïScodi ; il aurait dû dire qu'à la vérité ils avaient vu Jésus dans Jérusalem même, que maintenant ils voulaient voir Lazare, et que c'est pour cela qu'ils étaient venus à Béthanie. Mais l'évangéUste, qui fait venir des gens de Jérusalem à Béthanie pour voir Jésus, ne peut avoir supposé que, ce jour-là même , Jésus ait été à Jérusalem. On apprit le lendemain à Jérusalem , continue Jean , que Jésus y venait (V. 12) ; cela comporte , non que Jésus y avait été la veille, mais que l'on avait appris de Béthanie que Jésus arriverait à Jérusalem ce jour même. De même , la réception qu*on lui prépare aussitôt, n a de sens qu'autant qu'elle est destinée a glorifier sa première entrée dans la capitale; elle n'aurait pu convenir à sa seconde entrée que si , la veille , Jésus y était entré sans avoir été ni remarque , ni honoré , et si on avait voulu réparer le lendemain cette omission ; mais elle ne convient plus, si la première entrée avait été aussi brillante que le rapportent les synoptiques. Il faudrait ad-
(1) Comparez Lùcke, a, s. 4^2, Anm.
3oO DEUXIEME SECTION.
mettre que toutes les particularités de la première eûtrée se fussent répétées dans la seconde ; ce qui reste toujours in- Yraisemblable , soit qu'on y voie une intention de Jésus ou une rencontre fortuite des circonstances. Pour Jésus , on ne comprendrait guère comment il aurait voulu renouveler un spectacle qui, significatif la première fois, était sans intérêt et sans but la seconde (i). Quant aux circonstances, il faudrait qu'elles se fussent rencontrées d'une manière inouïe pour que, les deux fois encore, il y eût eu de la part du peuple les mêmes témoignages d'honneur, de la part de ses adversaires les mêmes expressions d'envie, et pour que, les deux fois encore, il se fut trouvé une monture qui rappelât la proptéliede Zacharie. En conséquence , on pourrait invoquer l'hypothèse de Sieffert sur l'assimilation des histoires, et supposer que les deux entrées , primitivement plus différentes , sont devenues tout-à-fait semblables par le mélange de la tradition ; mais une autre circonstance empêche d'admettre qu'ici les récits évangéliques aient pour bases deux faits différents.
Au premier abord , l'hypothèse de deux entrées différentes paraît être appuyée sur une remarque , à savoir , que Jean place l'entrée le lendemain de ce repas de Béthanie où Jésus fut oint avec des circonstances remarquables. Laissant de côté Luc, qui, de l'aveu de tout le monde, n'a pas su qu'un repas ait été donné à Béthanie , et à ce moment de la vie de Jésus , nous voyons que les deux premiers synoptiques mettent son entrée avant ce repas. Par conséquent , en conformité parfaite avec cette hypothèse , l'entrée décrite par les synoptiques paraîtrait la première , et l'entrée décrite par Jean paraîtrait la seconde^ Cela serait bien si Jean ne plaçait pas l'entrée assez tôt , les synoptiques , le repas de Béthanie assez tard pour qu'il soit impossible que l'entrée ait suivi le repas. En effet , d'après Jean , Jésus arrive à Bétha-
(i) Hase, L. J., § 134-
DIXIÈME CHAPITRE. § CVII. 3oi
nie six jours avant la pâque , et le lendemain il entre a Jornsalem (12, 1 . 1 2 ) ; au contraire, le repas de Béthanie, d'après les synoptiques (Matth., 26, 6 seq. et parall. ) peut avoir été donné deux jours au plus avant pàque ( Y. 2 ) , de sorte que, si l'on soutient que l'entrée des synoptiques a eu lieu avant l'entrée et le repas rapportés par Jean, il faudrait admettre, après tout cela, un second repas à Béthanie d'après les synoptiques. Mais les deux repas qu'il faut supposer, de même que les deux entrées , se ressembleraient] usque dans les moindres détails; et l'entrelacement de deux doubles aventures semblables est si suspect, qu'ici l'on aura difficilement recours à l'hypothèse de deux entrées et de deux repas qui originairement auraient été beaucoup plus dissemblables, et que la tradition, en transportant de l'une à l'autre des particularités , aurait assimilés comme nous les voyons maintenant. Du moment que l'on sacrifie la parfaite exactitude des récits , on concevra dans celui-ci ou jamais , qu'il est plus facile que la tradition ait varié dans le récit d'un seul événement, qu'il ne l'est qu'elle ait assimilé deux récits (1).