GÉNÉALOGIQUES
S xix.
Lés délit géhéaîogleê de Jésus considérëeâ indépètidâtnmerit
Taûe de l'autre.
Nous n'avions, pour l'histoire de la naissance de Jeanmptiste, que la seule narration de Luc ; mais , pour la généalogie de Jésus, nous avons de plus Matthieu; et, de la sorte, le contrôle réciproque des deux narrateurs allège d'un côté le travail de la critique , s'il le multiplie d'un autre côté. Au reste, les deux premiers chapitres de Matthieu, lesquels renferment l'histoire de la naissance et dé l'enfance de Jésus , ont été , de même que les paragraphes parallèles ae Luc, contestés quant k leur authenticité ( 1 ) ; mais c'est la même prévention qui a aveuglé pour Matthieu comme pour tue, et ifci aussi des réfutations solides ont réduit les doutes au silence (2).
L'histoire de l'annonciation et de la naissance de Jésus est précédée, dans Matthieu, 1,1-17, suiviedans Luc, 3, 23-38, a un àrhfe généalogique qui doit attester que Jésus, comme Messie, descend de t)avid. Luther (3), il est vrai, nous dé-
. (1) Stroth, Sur des interpolations dans l'évangile de Matthieu, dans Eichhorn's Repértorium , 9, S. gc) f. — Hess, BibUothek derheiligen Geschichte, l, 208 ff. — Eichhorn, Einleitungin das N.T., i, S. 423 ff.» nie , il est vrai , que les deux premiers chapitres soient de l'apôtre Matthieu ; mais , à cause de la manière semblable de traiter les faits, qui règne dans tout le reste de l'évangile , il les attribue au même auteur, qui est celui à qui nous
devons l'amplification connue aujourd'hui sous le nom d'évangile selon Matthieu.'
(2) Griesbàch, Epimetixm ad comm.
crû, in Mat th., p. 5 7 et seq. Comparez Paulus, Exeget Handbuch, i, a, S. 1.37; Fritzsche, Comment, in Matth., Excurs. t 3.
(3) Remarques sur l'évangéliste Matthieu. Œuvres, éd. de Walcli., t. XIV, p. 8 et suir.
DEUXIÈME CflAPlTHE. § XIX. 1 43
tdtiklé d'examinet* trop cttMeusement ces généalogies, parce tpié Patd , l , Tim., i, 4> prémunit contre lès généalogies ititemiihables, yevsd&oyiàiç airepavrotç, qui oiit pour résultat dé siitijdes fechfcrfchës, (Jn-riféreiç , et non l'économie de Dieu dâiis là foi, ôtxovojjtiav 9eoD tJv sv marei. Cependant ces généalogies, étudiées ëû ellès-mêiiiës adssi Bien que comparées l'uiië avec l'autre , fournissent des éclaircissements si importants fetir lé caractère des récits évangéliquës j qu'on ne peut s'abstenir dé leà examiner de près. Après les avoir prises d'abord isolément l'une dé l'autre, il faut ensuite considérer chacune, et d'abord Celle de Matthieu, efa elle— itièrtife et daiis seà rapports avec les passages parallèles de FÀiicfëti Tèstâriiteht.
Là généalogie commUiiiqtiéë par l'auteur dtt premier évangile mérite d'être comparée avec elle-même ; car a la fin, V. 1 7, elle présente lin résultat, une somme (î) ; et, en en comparant les éléments, oh peut rechercher jusqu'à quel poitit là sbtriffie y cdif ëspoiid. il est dit , eh effet , dans le résthné, qu'il y a troià fois quatorze générations d'Abraham au Christ, quatorze d' Abraham a David, quatorze de Da-
(x) Pour que la discussion à laquelle Tait' teur se livre soit suivie plus facilement; je tràuscris ici la généalogie dé Jésus suivant saint Matthieu : Abraham engendra Isaac ; Isaac engendra Jacob ; Jacob engendra Juda et ses frères ; Juda engendra Phares et Zara de Thamar ; Phares engendra Esrom ; Esrom engendra Aram; Aram engendra Aminàdab; Amlnadab engendra Kaasson ; Naasson engendra Salmon ; Âalmon engendra Booz de rlahab ; Bodz engendra Obed de Rut h ; Obed engendra Jessé ; Jessé engendra David, roi; David, roi, engendra Salomon de la femme cl'Uri, Salbmori engendra Roboam; Roboam engendra Abia; Abia engendra Asa; Asa engendra Josaphat; Josaphat engendra Joram; Joram engendra Ozias ; Ozîas engendra Joatham; Joatham engendra Achaz;
Achaz engendra Ezéchias ; Ezécliias erigendra Manassès; Manassès engendra Amon; Amon engendra Josias; Josias engendra Jechoiiiàs et ses frères, lors db l'exil de Babylone; après l'exil de Baby* lùrie, Jechônias engendra Salatliiel; Salathiel engendra Zofobabel j Zôkibabel engendra Abiud; Abind engendra Eliakiin; Ëliakim engendra Azor; Azor en- , gendraSadôc; Sadoc engendra Achim; Achim engendra Elind; Eliud engendra Eléazar; Eléàzàr engendra Matthan; Matthan engendni Jacob; Jacob engendra Joseph , mari de Marie , dé qui naquit Jésus, appelé le Christ, toutes lès générations sont : d'Abraham à David , quatorze ; de David à l'exil de Babylone, quatorze ; et depuis l'exil de Babylone jusqu'au Christ, quatorze.
(Note du Traducteur.)
l44 PREMIERE SECTION.
vid à l'Exil de Babylone, et quatorze encore depuis là jusqu'au Christ. Si nous faisons nous-mêmes le compte, nous trouvons d'Abraham à David, tous deux compris , les quatorze ( v. 2 - 5 ). Il en est de même depuis Salomon jusqu'à celui (Jéchonias) après lequel il est fait mention de l'Exil de Babylone (6-11); mais depuis Jéchonias jusqu'à Jésus , même en comptant ce dernier , on ne trouve que treize gé- nérations(v. ia-16). Comment expliquer cette différence entre la somme posée par l'auteur et les nombres qui la précèdent ? On a conjecturé qae l'erreur provenait de l'omission, par les copistes, d'un nom dans le dernier nombre de quatorze ( 1 ) ; mais cette conjecture devient très improbable, quand on songe que ce nom manquait dès le temps de Por- . phyre (2) ; le Joakim, icoaxeljx. (3), intercalé par quelques manuscrits et versions entre Josias et Jéchonias, ne compléterait pas le dernier nombre de quatorze qui est incomplet, mais surchargerait le second qui est complet (4). Comme cette erreur, sans aucun doute, provient de l'auteur de la généalogie, on se demande comment il a compté pour avoir aussi quatorze membres dans sa troisième section. On trouve facilement un moyen de compter autrement, suivant que l'on met des noms en dedans ou en dehors des différentes séries de quatorze. A la vérité, on devrait croire que le nom qui est inclus dans la série précédente, est nécessairement exclu de la série suivante. Mais.il se pourrait que le rédacteur de cet arbre généalogique eût compté autrement ; du moins il nomme David deux fois dans son compte. Qu'adviendrait -il donc, si, quelque fausse que fût cette manière de calculer, il l'eût compris aussi bien dans la première que dans la seconde section? A la vérité, cet artifice, de même que plus haut l'intercalation de Joakim, ne re-
(1) Panlus, Exeg. ffandbuch, S. 292. ( 3) Voyez Wctstein sur cet endroit,
(a) D'après saint Jérôme, dans #«- (4) Paulus, 1. c.
niêl, itùt.
DEUXIEME CIUPITRE. § XIX. 1^5
médierait pas à la lacune dans la troisième série , et ne ferait que surcharger d'un nom la seconde. 11 faudrait donc, avec quelques commentateurs ( t ) , clore la seconde série , non, comme on le fait d'ordinaire, avec Jéchonias, mais avec Josias, qui le précède immédiatement ; alors Jéchonias, devenu surnuméraire dans la seconde série par la duplication de David, reviendrait à la troisième série, qui aurait, Jésus compris, quatorze memhres.
Cependant il semble trop arbitraire que le rédacteur ait, k la vérité , compté le nom terminal de la première série de quatorze une seconde fois dans la seconde série , mais n'ait pas également compté le dernier terme de la seconde dans la troisième. En conséquence , d'autres commentateurs ont préféré compter deux fois Josias , comme David , ce qui donne quatorze memhres à la troisième série , même sans Jésus (2). Mais ce calcul , s'il évite une irrégularité , tombe dans une autre, à savoir que, V. 17, dans la phrase : d'Abraham à David, etc., iizo Àêpaài*. &»><; Aaul£ îct\., David est inclus , tandis que dans la phrase : depuis Vexil de Bahylone jusqu'au Christ, oiiA tyjç (/.gToucsctaç BaéiAôvoç ?wç tou Xpierrou, le Christ est exclu. Un défaut encore plus grand est commun aux deux façons de compter rapportées en dernier lieu : en effet Fauteur de la généalogie , V. 1 1 et 12, dit : Josias engendra Jéchonias.... lors de l'exil de Bahylone ; après l'exil de Babylone Jéchonias engendra Salathiel, Icofftaç Si syévvYide tov îeyovtav... sm rr t ç (jifiTOixsctaç Ba&Awvoç* u.£Ta Si ttjv (/.eTOixeeriav Ba&Aâvoç le^oviaç lysvvrjds tov 2a\a0rÀ. Il met donc évidemment la séparation que forme l'exil de Bahylone entre la seconde et la troisième
~ (1) Par exemple, Fritsche, Comment, est convenable de ne pas incorporer Jé-
. in Matth. p. i3. sus lui-même dans les générations, mais
(2) Qu'au moins cette place de Jésus, de le mettre à part comme le couronne-
hors de rang, ne lui soit pas donnée d'à- ment du tout. Que ne trouverait-on pas
près le motif mystique de Olshauscn , avec le mot convenable ?
Comment,, i, S. 46, qui prétend qu'il
I ÎO
l46 PREMIÈRE SECTION.
série , non après Josias , mais après Jéchonias , dont il répète le nom au commencement de la troisième série, comme il a répété le nom de David au commencement de la seconde. Àiusi, d'un côté , pour ne pas heurter le sens clair de l'écrivain,, il faut éviter toute explication où Ton serait obligé de clore par Josias la seconde série ; d'un autre coté, cependant, il faut compléter le nombre quatorze de la troisième série ; dans cette situation, il ne reste pas autre chose qu'à prendre Jéchonias, qui, si David n'est compté qu'une fois, termine la seconde série , et k le compter de nouveau au commencement de la troisième série , pour avoir , de la sorte , avec Jésus , quatorze noms. Cela produit , il est vrai , une nouvelle irrégularité : c'est que l'auteur, ne comptant qu'une lois le now terminal de la première série , compte deux fois le nom terminal de la deuxième ; mais, tout autre expédient ayant de plus grandes difficultés encore , il faut bien s'attacher à celui-là. En conséquence , ou bien le rédacteur de cette généalogie , dans le cas où il n'aura pas eu sous les jeux un nombre précis de générations, a omis un terme par erreur ; ou bien , dans le cas où quelque document inconnu lui aura fourni seulement treize termes , il a compté deux fois sciemment et à dessein Jéchonias , et , de cette façon , a obtenu son nombre quatorze.
Comparons maintenant, avec les passages correspondants de l'Ancien Testament , la généalogie de Matthieu , toujours indépendamment de celle de Luc ; elle ne concorde pas complètement avec ces passages , et le résultat que donne cette comparaison est justement opposé à celui qui a été obtenu précédemment , ejest-à-dire que, si la généalogie, considérée en elle-même , est obligée de doubler un terme pour remplir son cadre , elle omet , rapprochée de l'Ancien Testament, plusieurs termes consignés dans ce livre, afin de ne pas dépasser son nombre de quatorze. Cette généalogie, célèbre comme étant l'arbre généalogique de la maison royale
DEUXIÈME CHAPITRE. § XIX. l/^
de David, pettt être comparée avec l'Ancien Testament depuis Abraham jusqu'à Zorobabel et ses fils , époque où la famille de David commence à rentrer dans l'obscurité, et ©à, l'Ancien Testament n'en parlant plus, tout contrôle cesse pour la généalogie de Matthieu. La série des générations , depuis Abraham jusqu'à Juda , Phares et Esron , est assez comme par la Genèse ; celle depuis Phares jusqu'à David se trouve à la fin du livre de Ruth et dans le second èha- |rittt! du premier livre des ParaUpomènes ; celle depuis Basid rjusçu à Zorobabel , dans Je troisième chapitre du même livre , sans compter quelques points isolés de comparaison. Achevant 1er parallèle , nous trouvons la ligne d'Abraham à.ËMrid, €'e*t-ià-4ire toute la première série de quatorze dans notre généalogie , concordant, dans les noms d'hommes., avec les données de l'Ancien Testament; mais elle a dé plus quelques femmes , dont une fait difficulté. Il y est dit, Y.. 4* que Rahab a été mère de-Booz. Non seulement cela est sans confirmation dans l'Ancien Testament, mais encore,; si on en fait la bisaïeule de Jessé, père de David, on met, entre son époque et celle de David (de 1 45o à 1 o5o avant J.-C.) trop peu de générations, puisqu'il n'y en aurait que quatre pour quatre cents ans , en y comptant Rahab ou David. Cette erreur retombe même sur les généalogies de l'Ancien Testament, puisque Salmon, bisaïeul de Jessé , lequel Salmon est dit le mari de Rahab dans Matthieu, est, dans le livre de Ruth, 4» 20, aussi bien que dans Matthieu, fils d'un Naasson, qui, d'après 4, Mos. ,1,7, appartenait encore au temps de la traversée du désert (1); de là vint facilement l'idée d'unir le fils de Naasson avec cette Rahab qui avait sauvé les espions israélites (Jos. 2), et de faire entrer dans la famille de David et du Messie
(1) L'expédient de Kuinoel, Comm. in outre qu'il est complètement arbitraire) Malth., p. 3, qni veut distinguer la derient par là superflu. Rahab ici nommée de la célèbre Rabab ,
1 48 PREillÈUE SECriON.
cette femme à laquelle l'Israélite patriote attachait une importance particulière. (Comparez Jac. 2, 25, Hebr. 1 1 9 3 1 . ) De plus nombreuses divergences se trouvait dans la ligne depuis David jusqu'à Zorobabel et son fils , c'est-à-dire dans la seconde série de quatorze , y compris les premiers termes de la troisième. 1 ° Tandis qu'ici , V. 8 , il est dit : Joram engendra Ozias , tcopà^ eyevv/i^e tov ô£iav, nous lisons dans I , Paralip. , 3 , 1 1 , 1 2, qu'Osas était , non le fils , mais le neveu du fils de Joram ; que trois rois ont régné entre eux , à savoir Ochosias, Joas et Amazias ; et que c'est à ce dernier que succède Ozias, 2 Paralip ., 26 , 1, ou Asarias comme il est appelé, 1, Paralip., 3 , 12 , et 2 Rois, i4> ai* 3° U est dit dans notre passage , Y. 11 : Josias engendra Jécbonias et ses frères, iociaç £è eylvwiffe tov iev^oviav scal toùç âSe^çoùç aùrou. Mais , d'une part , nous voyons , 1 Paralip. , 3 , 16, que le fils et successeur de Josias s'appela Joakim , et que ce fut seulement le fils et le successeur de ce Joakim qui s'appela Jécbonias bu Joachim, 2, Rois, 24, 6; 2, Paralip. 36, 8 (1); d'une autre part^ le passage de l'Ancien Testament ne nomme aucun frère de Jéchonias , k qui l'évangéliste attribue des frères; c'est Joakim qui avait des frères; de sorte que la mention de frères de Jéchonias , par Matthieu , pourrait sembler produite par une confusion entre ces deux hommes, si le deuxième livre des Paralipomènes, 36, 1 0, ne nommait, comme frère de Joachim ou Jéchonias, Zedekias, lequel est dit son oncle, 2, Rois, 24, 17; (Comparez avec 1 , Paralip. 3', i5; Jér. 37, 1). Ainsi, sur ce point, on remarque de l'inexactitude, môme dans les données de l'Ancien Testament. 3° Une autre différence se trouve au sujet de Zoro-
(1) A cause delà ressemblance des p. e. Wctstein sur ce passage ; et quelnoms Joakim D'p*irP ct Joachim ques manuscrits et traductions l'ont in- T'2'irP» plusieurs ont cru que le pre- tercalé , comme il a été remarqué pins mier n'avait été omis que par hasard , liant.
DEUXIÈME CHAPITRE. § XIX. i4q
babel. Tandis qu'il est appelé , dans Matthieu , fils de Salathiel , il descend . suivant 1 Paralip. 3 , 1 q , de Jécho- Bias, non par Salathiel, mais par Phfdaia, 1 frère; au contraire , dans Esdras, 5,2, et dans Aggé, 1,1, Zorobabel est, ainsi que dans Matthieu, désigné comme fils de Salathiel. Enfin , Abiud , indiqué dans Févangéliste comme fils de Zorobabel ,- ne se trouve pas , 1 , Paralip. 3 , 1 9 et suiv. , parmi les enfants de Zorobabel.
De ces divergences , la seconde et la troisième sont sans préjudice , et elles peuvent s'être glissées sans intention et même sans une trop grande négligence ; car l'omission de Joakim peut avoir été occasionnée véritablement par la similitude des noms; et cette confusion aura aussi amené la mention des frères de Jechonias ; d'autant plus que les deux divergences dont il est ici question se justifient en outre par les variations de l'Ancien Testament. Mais on n'a pas aussi bon marché de la divergence citée en premier lieu , c'est-àdire de l'omission de trois rois bien connus. Admet-on que l'auteur les a omis sans dessein , de sorte que de Joram il a passé , non à Ochosias , mais à Ozias , à cause de la similitude? Cette erreur, jointe à celle qui a été remarquée pour Joakim , supposerait , dans le généalogiste , une négligence, et , pour ainsi dire , un aveuglement presque incroyables. On ne pourra donc guère s'empêcher de croire, avec saint Jérôme, que l'auteur a sauté trois noms à dessein pour avoir juste son compte de quatorze (1). Ayant quatorze termes d'Abraham à David , où se présentait une division naturelle , il paraît avoir souhaité de trouver le même nombre dans les divisions suivantes. Or, deux autres divisions
(c) Comparez Frilzsche, Comm, in choses an rebours ; on devrait conclure,
Alatth., p. 19; Paulus, Exeg. Handbuch, an contraire, que l'auteur a, sans doute,
S. 289. Quant à Olsbansen, S. 46 » <pû attaché on intérêt particulier au nombre
dit que le dessein de Matthieu ne peut quatorze , car, sans cela, il n'aurait pas,
pas avoir été d'avoir, de force, le nombre pour ne point dépasser ce nombre, omis
de quatorze , puisqu'il santé plusieurs des noms bien connus, termes , c'est, à dire vrai, prendre lea On réfute de la même manière l'expli-
l5ô PREMIÈRE SECTION.
s'offraient à lui d'elles-mêmes , puisque l'Exil de Rahylôné partageait en deux tout le reste de la série. Mais là secondé division ne correspondait pas exactement à ce désir , car l'arbre généalogique des descendants de David jusqu'à l'Exil donnait quatre termes de trop; alors l'auteur laissa de côté quatre noms. Pourquoi ceux-là plutôt que d'autres? c'est ce qu'il serait difficile de décider (1). Ce fut le contraire pour la troisième série ; là il avait un terme de moins : ou bien le document qu'il transcrivit n'en avait en effet que treize , et l'évangéliste , pour avoir son nombre de quatorze, compta deux fois le terme final dç la seconde division ; ou bien il n'avait pas sous les yeux de document précis , et , ayant nommé encore une fois Jecbonias après l'Exil, et de cette façon le comptant aussi dans la troisième division , il fut conduit à y mettre un terme de moins.
Pourquoi le rédacteur de cette généalogie a-t-il attaché tant d'intérêt à répéter trois fois le même nombre ? Peut-être n'estce, comme quelques uns F admettent, qu'un artifice pour aider la mémoire , les Orientaux ayant l'habitude de partager les généalogies en divisions égales pour plus de facilité (a) ; mais un motif mystique pourrait bien s'y être joint. Ce motif, faut-il le chercher dans le nombre spécial qui est répété trois fois, ou surtout dans le triple retour du même nombre ? 11 n'est pas probable que le généalogiste ait tenu à la répétition du nombre quatorze , comme étant le double du nombre sacré sept (3), autrement il n'aurait pas caché si complètement le nombre sept dans le nombre qua-
cation qui. devant les lacunes signalées aux noms de Joram et de Josias , entend le verbe engendra, eycvvyjcre, non dans le sens littéral , mais dans un sens plus général, tel que : il eut parmi ses descendants , e posteris ejus erat; comme si le généalogiste , loin d'exclure les termes omis, avait vouln an contraire les comprendre implicitement dans la liste.
(Kuinoil, sur ce passage.) Dans ce cas, il
est impossible qu'il eût compté comme il a fait.
(1) Cependant comparez Fritzsche sur ce passage.
(a) Fritzsche, in Matth. y p. n.
(3) Paulus, S. 292. Au reste, on mettait de l'importance au nombre sept même dans les généalogies. On le voit , par exemple , dans le passage IÇ£opof
DEUXIÈME CHAPITRE. § XIX. lSl
torze ; encore moins peut-on approuver Olshausen disant que le nombre quatorze a été mis en saillie spéciale, comme étant là valeur numérique du nom de David ( 1 ) ; car ces puériles recherches des rabbins ne se trouvent guère dans les évangiles. Il se pourrait donc plutôt que , le nombre quatorze ayant été donné la preprière Fois par le hasard , le généalogiste eût tenu à le conserver en le répétant ; car les Juifs se représentaient les grandes visitations divines, favorables ou fimestes, comme revenant Jt des intervalles réglés. Or , le fondateur du peuple saint ayant été suivi , au ' bout de (Quatorze générations, dû roi selon le cœur de Dieu ; le fils de David , le Messie , devait être arriva au bout dç (Quatorze générations après la restauration du peuple juif (2). Nous trouvons une régularité toute semblable dès les plus anciehnes généalogies de la Genèse. De même que , d'après le livre de la génération des hommes , Pi&Xoç ysvéffecoç <xvôpw7uwv, cap. 5, Noé, second père du genre humain , est le dixième depuis Adam , le premier père ; ainsi, depuis J\oé, ou, pour mieux dire, depuis le fils de Noé, Abraham , le père des fidèles , est le dixième (3).
Cette manière de traiter à priori son sujet , ce lit de Procuste à la mesure duquel Fauteur tantôt le raccourcit , tantôt Tallonge , presque comme ferait un philosophe construisant un système , ne réveille pas un préjugé fevorabïe au rédacteur de notre généalogie ; et ce n'est remédier à rien que de remarquer avec Kuinœl que les généalogistes orientaux ont l'habitude de se permettre de telles omissions ;
(1) Bibî. Comment. y S. 46, Anm. usque ad Zedecbiam itefum sunt xv gène-
(2) VoyezSchneckenburger,ifetta?g'tf rationes , et tune luna defecit , et Zedezur Einleitung in das iV. T., S. 41 f., et chiae effossi sunt oculi.
le passage cité de Josèphe , B. y., 6, 4, (3) De Wette a déjà appelé l'atten-
S. On peut en outre comparer le passage tion sur l'analogie des tables généalo-
cité par Scbœttgen {Horœ hebr. et talm, giques de l'Ancien Testament avec les
adMatth.y i), de la Synopse Sohar, p. tables évangéliques sons le point de vue
i3i, n, 18 : Ah Abrabiâmo usque ad Sa- de la régularité systématique des nom-
lomonem xv sunt generationes ; atque fyttlt Kritfk der môs. Gesch^ S* 69;
tune luna fait mplenilunio. A Salomone Vgl., S. 48.
l5$ PKEUIÈRE SECTION.
car cette liberté tient a l'arbitraire avec lequel ils composent et adoptent aussi quelquefois des arbres généalogiques sans aucun fondement historique.
La généalogie de Luc , examinée isolément , ne présente pas autant de fautes que celle de Matthieu ; car , en la comparant avec elle-même, on n'a aucune conclusion à en tirer, attendu qu'elle ne se contrôle pas par une somme. De plus, le contrôle manque aussi , pour la plus grande partie , du côté de l'Ancien Testament ; car, de David à Nathan, elle descend par des noms presque complètement inconnus pour lesquels l'Ancien Testament ne fournit aucun arbre généalogique. Elle ne touche qu'en deux membres , Salathiel et Zorobabel, une ligne mentionnée dans l'Ancien Testament; mais, là même, elle est en contradiction avec 1, Pàralip. 3, 17, 19 et seq. , car elle fait Salathiel fils de Néri , tandis que le passage cité de l'Ancien Testament le fait fils de Jéchonias ; elle nomme , comme fils de Zorobabel , un Resa , qui manque parmi les enfants de Zorobabel dans les Paralipomènes. On trouve aussi dans la liste anté-abrahamique une différence , à savoir qu'elle intercale, entre Arphaxad et Sela, un Caïnàn (Kaïvàv), qui n'existe pas dans le texte hébreu, 1, Mos. 10, 24, 1 1 9 12 seq., mais qui, au reste, avait déjà été intercalé par les Septante sous le nom de Caïnàn (Kaïvàv). A la vérité, dans la troisième génération delà première série, à compter d'Adam, le texte original a aussi ce nom , et c'est de là que la traduction des Septante paraît l'avoir transporté à la même place de la seconde série , à compter de Noé.