‹ Vie de Jésus: ou examen critique de son histoire (volume 3)Chapitre 18 sur 35 · XX · texte numérisé non relu

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Comparaison des deux généalogies. Tentatives pour en concilier

les contradictions.

Des résultats bien plus singuliers frappent l'esprit , quand on compare les deux généalogies de Matthieu et de Luc

DEUXIÈME GHAPITRE. § XX. l53

l'une avec l'autre, et quand on se rend compte de leurs divergences. Quelques unes des différences sont , à la vérité, sans préjudice et même insignifiantes : telle est la différence de direction , la généalogie de Matthieu allant en descendant d'Abraham à Jésus , et celle de Luc allant en montant de Jésus à ses ancêtres ; telle est encore la différence d'étendue, Matthieu ne prolongeant l'arbre généalogique que jusqu'à Abraham , et Luc le prolongeant jusqu'à Adam et Dieu même. Le but véritable de ces généalogies n'a été que de représenter Jésus, le Messie, comme descendant de David ; or un Davidide est aussi un Abrahamide , c'était donc déjà une œuvre de subrogation de la part de Matthieu que de remonter jusqu'à Abraham. Mais, quand on voit Luc aller, par delà Abraham, jusqu'à Adam, le premier créé (1 ), on ne peut attribuer, ce semble, cette extension qu'au progrès involontaire d'un mouvement qui, une fois commencé, entraîna les esprits vers la recherche de généalogies. Aussi Schleiermacher remarque-t-il que Luc n'a fait par là que masquer ce qu'il y a, dans la généalogie, de probant pour le caractère messianique de Jésus (a). Une plus grave difficulté se présente déjà dans la différence notable entre les nombres de générations pour des périodes égales. De David à Joseph , Luc compte quarante et une générations, et Matthieu seulement vingt-six. Le nombre de Xuc est plus conforme à la longueur de l'intervalle ; car vingt-six générations sont trop peu de David à Joseph , c'est-à-dire de l'an îoôo à Fan 5o avant J.-C. Cela ferait un peu plus de trente-huit ans par génération ; le compte de Luc , au contraire, ferait un peu moins de vingt-cinq ans , ce qui est

(1) Solvant plusieurs théologiens céder à cette opinion , carie rédacteur

( Olshausen , BibU comm. % i, S. 4r ; et de la généalogie est, non le généralisatcnr

\\ ïiner, Bibl.Realwœrterbuch, i,S.659« Luc, mais un ancien judéo-chrétien de

a* édit.) , c'est la tendance généralisa- la Palestine, qui avait bien plutôt des

trice de Luc,' qui le fait aller au-delà sentiments de particularisme. J'y revien-

d'ÂJbpabam jusqu'à Adam et Dieu, le drai plus loin* père de tons les hommes. Je ne puis ac- fa) Veber den Luttas, S. 5r.

1$4 PEEMEÈBE SBCTIÔN.

plus près de la vraisemblance. Mais la principale difficulté est que Luc donne à Jésus, pour ancêtres, des individus tout autres pour la plupart que ceux que Matthieu lui donne. Ce n'eut pas qu'ils ne s'accordent pour ramener la descendance de Jésus par Joseph h David et a Abraham ; ce n'est pqs qu'ils se s'accordent au&i dans les générations d'Àbrahajn jusqu'à David, jet plus tard dans les deux noms de Salftthiel et de Zorobabel; mais le point véritablement désespéré, c'est que, de David au père nourricier de Jésus, des noms tout-à-fait différents, k part deux noms du milieu, se trouvent dans Luc et dans Matthieu. D'après Matthieu, le père de Joseph s'appelait Jacob ; d'après Luc, Elie. D'après Matthieu, le fils de David, par lequel Joseph descendait de ce roi , était Salomon ; d'après Luc , Nathan. De là, l'arbre généalogique de Matthieu descend par la ligne royale connue, celui de Luc par une ligne collatérale inconnue. Ces deux lignes ne concourent que dans Sàlathiel et Zorobabel* de telle sorte cependant qu'aussitôt elles diffèrent sur le père de Salathiel et sur le fils de Zorobabel. La différence entre les deux Us tes paraissant être une contradiction complète, on a été, de tout temps, occupé extraordipairement d'essais de conciliation. Sans parler d'ex* pédants évidemment insuffisants, tels qu'une explication mystique (1) oa un changement arbitraire des noms (a), il s'est particulièrement formé, sur ce point, deux couples d'hypothèses ; et ces deux hypothèses de chaque couple s'appqient réciproquement , ou du moins ont des affinités l'une avec l'autre.

Le prepiier couple d'hypothèses est formé parla supposition de saint Augustin, et par l'opinion de l'ancien chronologistc Julius Âfricanus. L'un imagine qu'il y a eu pour Joseph un rapport d'adoption, et que l'un des évangélistes

(i) Orig., Homil, in Lwxim, rô.

(a) Luther, QEwr*s t U i4,ed. Wftkk, p. %ê*Hq.

DEUXIÈME CHAPITRE* £ XX. î55

donne lé pèreTéel, l'autre k père adoptif, avec leurs arbres généalogiques respectifs ( t ) ; l'autre admet qu'il y avait eu , entre les parents de Joseph, le mariage, voulu par la loi juive, d'un frère avec la veuve de son frère mort ; que l'un des arbres généalogiques appartenait au père naturel, et l'autre au père légal de Joseph ; et que Joseph descendait de la maison de David, par l'un en suivant la ligne de Salomon, par l'autre en suivant la ligne de Nathan (a). La première question qui se présente est -de savoir laquelle des deux généalogies donne le père naturel , et laquelle le père légal > avec les arbres généalogiques correspondants. On peut la décider par deux critériums, dont l'un appartient plus a la lettre, et l'autre à l'esprit et au caractère des deux évangé- Ustes. Ces critériums , loin de concourir , ont mené à une solution opposée. Saint Augustin, et, avant lui, Julius Àfricanus ont recherché lequel des deux évangélistes , pour désigner le rapport entre Joseph et celui qu'il nomme le père de Joseph, se sert d'une expression qui indique, d'une manière plus précise que l'autre, une filiation naturelle. ' Or Matthieu emploie une telle expression. En effet, lorsqu'il dit : Jacob engendra Joseph , Waê iyiwwt tov icocrà?, le mot engendrer •, yevv£v, ne paraît pouvoir désigner, que le rapport d'une filiation naturelle. Au lieu qqe les paroles de Luc : Joseph , fils d'Éli , ic*r/j<p tou ÈVi , semblent pouvoir signifier aussi bien un fils adoptif, qu'un fils considéré comme tel en vertu du mariage contracté , selon la loi juive, entre une veuve et le frère de son mari. Mais comme cette loi avait justement pour objet de conserver le nom et la race d'un homme mort, la coutume juive était' d'enregistrer le premier fils né d'une pareille union , non dans la fa-, mille du père naturel, comme le fait ici Matthieu, mais dans

(1) De consentit evangelistarum, i, a, (a) Dans Ensèbe, H. E., 1, 7, et ré-

c. 3 ; et parmi les modernes, par exem- cemment, par exemple, Schleiermacher,

pie, £. F. dans Benke's Magazin^ 5, 1, Uther det\ Luh*s> S. 53. 180 f.

l56 PREMIÈRE SECTION.

celle da père légal, comme Luc l'aurait fait d'après la supposition précédente. Or l'auteur du premier évangile, ou du moins de la généalogie , lui qui est si imprégné des idées juives, aurait-il commis une pareille erreur ? c'est ce qu'on ne trouvera guère vraisemblable. Aussi Schleiermacher , prenant en considération l'esprit des deux évangélistes, croit-il devoir admettre que Matthieu , malgré son expression engendra, èyivvncyg, donne cependant, d'après l'usage juif, l'arbre généalogique du père légal ; tandis que Luc , peutêtre étranger à la Judée et moins versé dans la connaissance des coutumes juives , a pris l'arbre généalogique des plus jeunes frères de Joseph, lesquels furent inscrits, non, comme le premier-né , sur la liste du père défunt légal , mais sur la liste du père naturel, liste que Luc a cru être la généalogie de Joseph le premier-né ; or , si cette généalogie était celle de Joseph d'après la nature, elle ne Tétait pas d'après la loi juive (1). Mais, sans parler de ce qui sera prouvé plus bas, que la généalogie dans Luc peut difficilement être considérée comme l'œuvre de l'auteur de l'évangile, et qu'ainsi rien n'est à conclure, pour expliquer l'arbre généalogique, de sa moindre connaissance des usages juifs , le généalogiste, dans le premier évangile, n'aurait pas écrit, sans aucune addition, son verbe engendra , êyevvYxye, s'il n'avait songé qu'à une paternité légale. Ainsi, à cet égard r une des généalogies n'a aucun avantage sur l'autre.

Jusqu'ici nous n'avons fait que tracer les traits généraux de cette hypothèse ; il faut maintenant l'examiner de plus près pour juger si elle est admissible. Supposons un mariage dufière du défunt avec sa veuve; l'examen et le résultat resteront absolument les mêmes , soit que nous empruntions à Matthieu, avec saint Augustin et Julius Africanus, l'indication du père naturel , soit que nous l'empruntions à Luc

(i) Ueber den Lukas, S. 53, Compares Winer, Bibl. Reahvœrterbuch , i Bd„ 8. 660.

, DEUXIÈME CHAPITRE. § XX. \5j

avec Schleiermacher. Nous allons donc , pour exemple , en suivre les conséquences selon la première forme , d'autant plus qu'Eusèbe, d'après Julius Africanus, nous a laissé lkdessus une explication très détaillée et très exacte. D'après cette manière de voir, la mère de Joseph fut d'abord mariée avec un homme que Luc nomme comme le père de Joseph, avec Eli ; Eli étant mort sans enfant , son frère , c'est-à-

, dire Jacob , nommé par Matthieu comme le père de Joseph, épousa la veuve suivant la loi juive dont il a déjà été question , et engendra avec elle Joseph. Alors Joseph fut considéré légalement comme le fil$ du défunt Eli , ainsi que Ip dit Luc, tandis que, naturellement, il était le fils de sou frère Jacob , et c'est la filiation que Matthieu a suivie.

Mais , conduite jusque là seulement , l'hypothèse serait bien loin de suffire. Car, si les deux pères de Joseph étaient des frères véritables , fils du même père , ils avaient un seul et même arbre généalogique , et , dans ce cas , les deux généalogies ne devraient avoir de différent que le père de Jo-

% seph ; mais , passé celui-là , elles auraient dû concourir aussitôt de nouveau. Pour expliquer comment elles peuvent diverger jusqu'à David, il faut ajouter la seconde hypothèse que Julius Africanus a faite aussi , à savoir que les deux pères de Joseph n'avaient été que des demi-frères , et qu'ils avaient eu la même mère et non le même père. On devrait donc admettre que la mère des deux pères de Joseph a été mariée deux fois, une fois avec le Matthan de Matthieu, lequel Matthan descendait dé David par Salomon et la ligne royale , et auquel elle engendra Jacob , et une autre fois , auparavant ou après , avec le Matthat de Luc , lequel Matthat était descendant de David par Nathan , et auquel elle engendra lili. EU s'étant marié et étant mort sans enfant , son demi-frère Jacob épousa la veuve et engendra Joseph, qui fut légalement considéré comme le fils du défunt. Sans cloute , l'hypothèse d'un mariage aussi compliqué

1Ô8 PREMIÈRE »ECTÏ(Mf.

dans deux degrés qui se suivent immédiatement, hypothèse k laquelle la divergence des deux généalogies nous a forcés , n'est pas absolument impossible , mais die est invraisemblable. Or la difficulté eh est encore redoublée par la concordance involontaire qui , au milieu des séries divergentes , 6e rencontre , comme il a déjà été dit , dans les deux degrés de Salatbiel et de Zorobabel. En effet , pour expliquer comment Neri datais Luc peut , aussi bien que Jechonias dans Matthieu, être dit le père de Salatbiel , père de Zorobabel, il faudrait faon seulement renouveler l'hypothèse d'un *nafeîage entre un frère et la veuve de son frère , mais encore admettre que les deux frères qui se sont succédé dans le mariage-avtJc4a*fflêfne r femme, n'ont été frères que du côté matartiél. fj Ge m'est pas diminuer essentiellement la difficulté que de remarquer que non Seulement le frère, mais encore le pltfô proche parent consanguin, devait succéder, dans un pareil mariage , au défunt (Ruth, 3, 12 et suiv., 4*4^ TBuiv.)'(i). Car, s'il est vrai que pour deux cousins l'arbre généalogique doit concourir beaqcoup plus haut qu'il ne •concourt ici pour Jacob et Eli, pour Jechonias et Neri, cependant il faudrait recourir deux fois k l'hypothèse de -demi-frères; seulement les deux mariages compliqués ne tomberaient pas sur deux générations immédiatement successives. Maintenant, supposer que non seulement ce double cas se renouvelle deux fois , mais encore que, deux fois, les généalogistes se sont partagés de la même façon, et deux fois «ans en avertir , pour indiquer, l'un le père naturel , et l'autre le père légal , c'est une explication absolument invraisemblable ; tellement que l'hypothèse d'une adoption qui n'est pressée que de la moitié de ces difficultés n'en est pas cependant plus soutenable. En effet, l'adoption n'exigeant aucun rapport de fraternité ni même de parenté entre le

(x) Comparez Michaelis, Mos. Recht t ?, S. aoo; Winer> Reahvœrterb., S. 408 dcr ersten Ànfg.

DEUXIEME OHAFITU. § XX. 169

père naturel et le, père adoptif , le recoan à une seconde supposition de deux demi-frères cesse d'elle nécessaire ; et il ne faut plus qu'admettre deux fois un rapport d'adoption, et deux fois avec cette particularité , que l'un des généalo-i gistes Ta ignoré, ignordbce qui ne peut appartenir à un juif, et que l'autre en a tenu compte , mais sans en rien dire;

On crut , dans ces derniers temps , pouvoir résoudre la difficulté d'une façon beaucoup plus simple : en prétepdit que nous avons, dans l'un des évangélist es > la généalogie de Joseph , et, dans l'autre , eeUe de Marie, et qu'en conw séquence la divergence de deux généalogies n'est pas tmé contradiction ( \ ) \ et I09 se plut k ajofctôr que Mai ie était une Çlle héritière (2). Voprâion que Marié appuptenaii aussi à la race de David, est déjà ancienne. A la vérité, l'idée eut cours, que le Messie, comme un second Melchigedech, devait réunir la dignité royale à la dignité sacerdotale (3) ; et, en raison de la parenté de Marie avec Elizabeth, fille d'Àaron, telle qu'elle est donnée par Luc, 1, 36 (4), non seulement plusieurs , dès les premiers temps , firent naître Joseph d'une famille provenant d'alliances entre des descendants de Juda et de Lévi (5), mais encore il ne fut pas-rare alors de supposer que Jésus, descendu par Joseph de la race royale , l'était par Marie de la race sacerdotale (6). Cepen-

(1)' Par exemple, Spanheim, dubia evangeL, P. 1, p. x3 et seq.j Lightfoot, MichaelLs, Paulus, Kuineel, Olshausen sur ce passage.

(a) Déjà Épiphane, Grotius (voyez dans Paulus, p. 296) ont émis cette conjecture. 01sh»09çn,p. 43, l'admet» parce qu'il paraît convenir (voyez sur une sem* blable convenance , la remarque a de la page 14^)9 parce qu'il paraît convenir que la descendance de David', d'où le Messie devait sortir, finit par une héritière unique , qui , mettant au monde l'éternel héritier du trône de David , en couronnait et terminait la race.

(3) Testament, XII Patriarche Test.

Simeonis, c. 71. Fabric, Codex pseudepigr. V. T., p. 54*. « D'elles (les tribut ie Lévi et de Juda) surgira pour vous la salut de ÏHeù ; car fe Seigneur fera lever de Lévi comme un grapd-prètre* et de Juda comme un roi. » E£ avtwv avare- \u vf&cV f è ronSptov to3 Ocôv* avotoW- «ttyip Kvpto< ix revi A#vfr »tf apgtcpfc, x«l ht tov iovêa. «ç fiounki* xtX.

(4) Comparez ««pendant Paulus, 1.

(5) Comparez Thilo, Cod, apocr. JF.

T mf i,p. 3^4 et suiv.

(6) Par exemple, Faustus le manichéen dans August* contra Faust,, L« *3, 4.

lGo . PREMIÈRE, SECTION.

dant l*opinion qui ne tarda pas k prévaloir fut que Marie descendait de David. Plusieurs apocryphes s'expriment dans ce sens (1) ; il en est de même de Justin Martyr, qui dit que la vierge a été de la race de David, de Jacob, d'Isaac et d'Abraham , phrase d'après laquelle on pourrait même croire qu'il a rapporté k Marie un de nos tableaux généalogiques, qui remontent également par David jusqu'à Abraham (2).

Maintenant on se demandera lequel dés deux arbres généalogiques doit être considéré comme celui de Marie ; or , k vrai dire , il semble impossible de lui attribuer Tune ou l'autre de ces généalogies, car elles s'annoncent d'une manière trop précise comme appartenant exclusivement à Joseph , l'une par ces mots : Jacob engendra Joseph , icoubê iy&vuoi tov icoo^p, l'autre par ces mots : fils de Joseph, fils d'Eli, ûio; ia><ri)<p tou iïki. Cependant encore ici, le mot de Matthieu , engendra , syevvv)(re , paraît plus précis que l'expression deLuc, tou iû\ , laquelle, d'après ces commentateurs, pourrait signifier un beau-fils ou un petit- fils. De la sorte , la généalogie dans Luc , 3 , a3 , voudrait dire : ou Jésus était , conformément k l'opinion commune , fils de Joseph , qui lui-même était beau-fils d'Eli , père de Marie (3) ; ou bien Jésus était , comme on le croyait , fils de Joseph, et par Marie petit-fils d'Eli (4). Comme on pourrait objecter que les Juifs, dans leurs généalogies, ne tenaient aucun compte de la ligne féminine (5), ou y répond par une hypothèse nouvelle , k savoir que Marie était, une fille héritière , c'est-

(l) Dans le Protévangile de Jacques, (3) Ainsi s'explique, entre antres, c. i et suiv., et c. 10 (éd. Thilo), et Panlus sur ce passage, dans l'Évangile de la Nativité de Ma- (4) Par exemple, Ligktfoot, I/orev, rie, Joachim et Anna, de la race de p. 759. Les juifs, en supposant qu'une David, sont dits les auteurs de Marie. Marie, fille d'Éli, est tourmentée dans Faustus, an contraire, désigne, dans l'autre monde (v. Lightfoot, 1. c), pale passage cî'é , ce Joachim comme raissent avoir pris, pour l'arbre généaloprétrCé g* ( l uc d° Marie, celui qui, dans Luc,

(a) Dial, c, ^fnph.f 4-3» 100. Paris, part d'Éli.

1742, (5) Comparez Juchasin^î, 55, 2, dans

DEUXIÈME CHAPITRE. § XX. l6l '

k-dire fille d'un père sans enfant mâle; cas auquel, d'après 4, Mos. , 36 , 6 , et JNehem. 7, 63 , la coutume juive voulait que l'homme qui épousait cette fille, non seulement fût de la même tribu qu'elle y mais encore se fît recevoir dans sa famille, et, des ancêtres de sa femme, fît ses propres ancêtres. Mais le premier point, à savoir l'obligation d'être de la même tribu, peut seul se prouver par le passage du livre de Moïse; quant à l'autre passage, comparé avec plusieurs passages semblables (Esdras, 2, 61; 4> Mos., 3s, 4i ? rapprochés de 1 Paralip. 2, 21 suiv.), on y voit seulement que , par exception , quelquefois un individu était dénommé d'après les ancêtres maternels. Ainsi la difficulté du côté delà coutume juive subsiste encore , mais elle s'efface complètement devant une difficulté bien plus considérable. L'on ne peut pas nier, il est vrai, que le mot fils, utoç, sous-entendu dans Luc, ne soit, dansl'hébreu, susceptible de signifier aussi beau-fils ou petit-fils; mais l'enchaînement de la phrase ne devrait pas être aussi contraire k cette signification qu'il l'est ici. En effet, l'expression de Luc, toS, signifie le fils propre plus de soixante-dix fois; comment pourrait-elle signifier une seule fois, pour Joseph, le beau-fils (1)? Ou comment , si on prenait l'autre explication , le mot fils , 610; , qu'il faudrait toujours sous-entendre au nominatif, pourrait-il signifier fils, petit-fils, arrière-petit-fils , jusqu'au degré le plus éloigné (2) ? On a dit que , dans le membre de phrase: Adam, fils de Dieu, À5àf/. tou 0eoiï, l'expression grecque, tou, ne signifiait pas fils dans le sens propre du mot (3); toujours est-il qu'elle se rapporte, ici aussi, à l'au-

Lightfoot, p. rS3; et Bava bat, 'ira , f. traduire: Jésus, fils de Joseph, petit-fils

110, 2. dans Wctsteiu, S a3o f. de Joseph, arrière petit-fils de Ma tt liât,

(1) Comparez la remarque de Wet- de sorte que, comme le dit M Strauss,

stein sur Luc, 3, a3. vtoç doit être sous-entendu au nomina-

(a) Ô Iyjtovç. .. vïbç fûxxyjcp, tov H/t, tit'.et prendre des significations diverses

tov MarÔxr xtX. Luc, i3, a3. Dans l'ex- suivant les degrés, plication dont il s'agit ici et qui fait Je- {Note du traducteur.)

sns petit-fils d'Éli par Marie, on doit (3) Panlus, 1. c, S 284 f.

l60 ML£tttfa£ SÈCTtOfl.

teur immédiat de l'existence , idée dans laquelle on ne peut comprendre ni un beau-père ni un grand-père.

En outre , dans cette manière d'expliquer les deux arbres généalogiques , il ept difficile de se rendre compte du concours des deux généalogies dans les noms de Salatbiel et de Zorobabel, On pourrait encore supposer, comme plus haut, Un mariage du frère avec la veuve de son frère ; cependant lescommentateurg qui se sopt occupés de ce point aiment mieux pour la plupart admettre que ces noms , semblables dans lesdeu* généalogies , ne désignent pas les mêmes individus ; lUfûs la célébrité de Zorobabel , fils de Salathiel , au temps de l'Exil , ne permet guère de penser que Luc ait songé a un autre que ce persouuage ( 1 ).

JNon seulement il ne se trouve, dajis le Nouveau Testament, auc^qe trace qui indique que Marie descende de David , ipais encore plusieurs passages y sont formellement contraires. Dans Matthieu, 1 , 26, Joseph seul est désigné comme fils de David , fyoç AaulS ; dans Luc , 1 , 27 , les mots 1 de la maison de David, e£owtou Aaul&, se rapportent uniquement aux njots immédiatement voisins : un homme appelé Joseph, ov#pi <j> ovo[xa lwG^<p , et non aux ipots plus éloignés s une vierge fiancée , îcapôevov |Ae|AvY)GTsi>[i£v7)v. Mais il faut surtout remarquer la tpurnure de Luc, 2, 4, quand il dit : Joseph alla aussi , attendu qu'il était de la maison et de la patrie de David, se faire inscrire avec Marie, avé&o 8é xa! ito<rf,<p... iik to eïvat aùxov |Ç oiîcou îtal 7raTpiàç Accula, a7rpYpa^ag6ai c»i>v ]*ï$pi$ ; il était facile de mettre : attendu qu'ils étaient , au lieu de : attendu qu'il était, aÙToùç au lieu d'aùrov, si l'auteur avait cru que Marie descendait aussi de David ; et cette dernière observation démontre l'impossibilité de rapporter à Marie la généalogie davidique du troisième évangéliste , c'est-à-dire de celle même qu'on avait voulu y rapporter,

(1) Voyez Winer, Bibl. Realweerterbuch, i Bd., S. 659. (a*« Aufl,)

DEUXIÈME CHAPing. $ XXt

S xxi.

Les généalogies ne sQpt pas historiques

Si l'on réfléchit aux difficultés insurmontables dfcps lesquelles tous ces essais de conciliation s'embarrassent inévw tablëment , on désespérera , avec les commentateurs dont l'esprit est plu6 libre , de la possibilité d'établir la concorde entre les deux généalogies, et il faudra reconnaître leur contradiction réciproque ( i ). Toutes deux ne peuvent pas êtw Vraies à la fais , cela est maintenant certain ; s'il fallait choisir , peut-être croirait^on pouvoir considérer plutôt comme historique celle de Luc ; car il n'y règne pas le même arbitraire dans l'arrangement de nombres et de périodes égaux, et on y voit une moindre tendance à glorifier son sujet, l'auteur se contentant de faire descendre Jésus de David et ne le rattachant pas à la ligne royale elle-même ; mais, dans le fait -, Tune n'a aucun avantage sur l'autre , et si Tune a pu se former par une voie non historique , l'autre l'a pu égale** ment, d'autant plus qu'il est très invraisemblable qu'après les perturbations de l'Exil et des temps qui suivirent, l'obecure famille de Joseph eût conservé des généalogies qui remontassent si haut (2). Donc, les reconnaissant toutes deux pour forgées , nous ne pourrions même pas admettre ce que Fritzsche en regarde comme le fondement historique, que Jésus descend de David , et que les degrés intermédiaires de cette descendance ont été suppléés différemment par différents auteurs (3). Car le voyage, à Bethléem, des parents de

dit : Omne studium... eo contujit scriptor ( l'auteur du premier Évangile ) ut nihil Jean ad Messiae exemplar 0ugj pqsset expressius, exprime très exactement la tendance delà généalogie dans le titre du premier chapitre, Comm. p. 6 : Jesus t ut de futuro Messia veniunt V. T. oracula, est a gente Daridica per Josephon* yitricum oriundus.

(i) Tels sont Eichhora, EinleUungin daslS. T., i Bd., S. 4*3» Kaiser, bibl.

Theol., i, S. a32 i Wegscheider, Institut., % ia3, not. d.\ De Wette, bibl.

Dogm., § 279; Hase, Leben Jesu, § 33 ; Fritzsche, Comm, in Matth., p. 35.

(2) Voyez Winer, 1. c. , S. 660.

(3) L. c. Cependant Fritzsche, Proleg. in Matthœum, p. xy, après avoir

l64 PREMIÈRE SECTION.

Jésus , voyage occasionné par le cens , serait par lui-même encore bien loin de rendre vraisemblable la descendance qu'on leur attribue; de plus, ce voyage n'est rien moins certain , ainsi que nous le verrons bientôt, et le titre de fils de David, ùtoç Aaul&, attribué souvent à Jésus, peut aussi désigner simplement le Messie ( 1 ) ; on a dû être disposé à supposer, cbez unbomme qui avait été d'ailleurs reconnu comme tel, la descendance davidique conformément aux prophéties. Or, un Galiléen dont la généalogie était inconnue, s'étant acquis le renom de Messie , combien il est facile de concevoir que la légende de sa descendance davidique se soit bientôt développée sous diverses formes, et qu'ensuite ces légendes aient servi à rédiger les généalogies, lesquelles, n'étant pas fondées sur des pièces authentiques, sont nécessairement tombées dans les divergences et les contradictions que présentent entre elles celles de Matthieu et de Luc.

Maintenant , si l'on demande quel est le résultat historique que donnent ces généalogies , la seule conclusion qui en ressort est un fait que Ton sait déjà d'ailleurs, à savoir que Jésus , personnellement ou par ses disciples , fit , sur des hommes imbus d'opinions strictement juives, une telle impression comme Messie, qu'ils n'hésitèrent pas à croire à sa descendance de David, descendance dont les prophéties avaient fait un caractère messanique, et que plus d'une plume se mit à l'œuvre pour justifier, par une démonstration généalogique,la croyance que sa qualité de Messie avait trouvée (2).

(1) Voyez de Wette, Bibl. l)ogm„ 1. comparaison avec l'exposition delà nais-

et c. Hase y L. J,, 1. c. sanee surnaturelle de Jésus , ne peuvent

(3) Les considérations ultérieures sur venir qu'après que ce dernier point aura

f origine et la signification de ces généa- été examiné. logies , considérations qui résultent de la

ANNONCIATION DE Là CONCEPTION DE JÉSUS; CONDUITE DE JOSEPH;

VISITE DE MARIE AUPRES d'ÉLIZABETH .

S xxii.

Esquisse des différents récits, canoniques et apocryphes.

Dans les évangiles canoniques et dans les évangiles apocryphes , on remarque , relativement à l'engendrement de Jésus, une gradation sensible où les détails deviennent de plus en plus précis et les récits de plus en plus ornés. Marc et Jean sont au plus bas degré , quant an développement de la narration ; ils supposent la naissance de Jésus donnée d'avance, et se contentent, dans le cours de leurs récits, de nommer Marie comme la mère (Marc, 6,3), et Joseph comme le père de Jésus (Jean, 1 , 46). Un plus haut degré est occupé par Matthieu et Luc, qui exposent le mode de génération de là personne messianique de Jésus en relatant sa naissance avec les circonstances qui la préparèrent. Entre ces deux derniers, Luc s'élève encore un peu plus haut que Matthieu. En effet, d'après Matthieu, Marie étant fiancée à Joseph, est trouvée enceinte ; le fiancé s'en offense, et il se dispose à la quitter. Mais l'ange du Seigneur l'assure, dans un rêve, de l'origine divine et de la haute destination de l'enfant de Marie, d'après une prophétie de F Ancien Testament ; et il en résulte qu'il épouse Marie, mais sans avoir aucun rapport conjugal avec elle jusqu'à la naissance de Jésus (Mat th. ,1,1 8-s5); decette façon, la grossesse de Marie existe d'abord, et ce n'est qu'ensuite qu'elle est justifiée par l'ange. Mais , dans Luc , cette grossesse est préparée et annoncée par une apparition céleste. Le même Gabriel qui avait annoncé à Zacharie la naissance ç|ç

Jean-Baptiste, annonce aussi à Marie, fiancée avec Joseph, la grossesse qui sera produite par l'opération d'une force divine ; ensuite de quoi, lanière future du Messie a, avec la mère de Jean, déjà enceinte, une rencontre très significative, et elle échange avec Elizaheth ses sentiments sous la forme d'un hymne (.Luc, 1, 26-56). Tandis que Matthieu et Luc prenaient, du moins comme donné, le rapport entre Marie et Joseph , des évangiles apocryphes , nommément le Proté- Vângile de Jacques (1) et l'Evangile de la nativité de Marie (a), livres dont le contenu a été approuvé, pour la plus -grande partie-, même par les Pères de l'Église, s'efforcent aussi d'eiposer comment ce rapport s'est établi ; ils remontent même jusqu'à la naissance de Marie, qu'ils font précéder d'une annonciatioft semblable à celle qui, suivant Luc, -précéda la naissance de Jean Baptiste et de Jésus. L'histoire 3e la naissance de Jean-Baptiste, dans Luc , est composée principalement d'après celles de Samson et de Samuel dans 4" Ancien Testament ; de ittênie, l'histoire de la Naissance de Marie * dans les apocryphes susdits, est composée d'après celle de Jean-Baptiste, concurremment avec celles de FAnfcieh Testament.

Joâfchitn, ainsi parle le frécit apocryphe, et Anna (c'était aussi le nom delà mère de Samuel) se sentaient malheureux (èommê les parents de Jean-Baptiste) dans un ffiferiàgë festé Idng-temps stérile ; alors ils ont tous deux, tèî ett des lieu* différents (comme les parents de Samson), Tappâritittn d'tttt ange qui leur annonce une fille, la mère fttitfè dé Dieb j laquelle ( comme Jean-Baptiste ) est consa- -ëtëè ptâ l'&flgè k rifae vie naziréenne; Alors Marie (comme Siifttâél ) eët j dès sa pfemiète enfance , apportée dans le têfftplè par ^ês parents, où, visitée, nourrie par des anges, $t i&ètitë hôttbfëé de Visions divines * elle demeure jusqu'à

(i) Dans Thilo, Codex apoeryphus 2V» (a) lbicL y p, 319 et seq*

T* t U l, pt 161 et seq %

TROISIÈME CHAPITRE. § XXII. iB*]

Sa douzième année. Devenue nubile, elle doit quitter le temple ; sa destination ultérieure est déterminée par un oracle rendu au grand-prêtre. Conformément à la prédiction d'Isaïe, 1 1 , 1 j seq. : Egredietur virga de radice Jesse , etflos de radice ejusascendef, et requiescet super eilm spiritus Domini , cet oracle ordonna que tous les célibataires appartenant à la famille de David, en âge de se marier, d'après un des apocryphes ( » ) , ou tous les veufs dans le peuple , d'après l'autre apocryphe (2) , apportassent leur bâton, et que celui sur le bâton duquel (comme sur le bàtotid'Aarôii, 4, Mos. ,17) un signe se manifesterait, à savoir le signe annoncé dans le passage d'Isaïe , épousât Mairie. Ce signe se manifesta sur le bâton de Joseph , et une fleul 1 , comme il est dit daiis la prophétie, y parut, et une colombe se posa sur le bout (3). Joseph, d'après les apocryphes et les Pères de l'Église, était déjà vieux (4). Mais il y a une différence entre l'Évangile de la nativité de Marié et le Prôtévangile de Jacques; d'après le premier, malgré le vœtt de chasteté opposé par Marie, et malgré le refus dé Joseph eh raison de son grand âge , il y eut entre eux , sur Tofdre du grand -prêtre, des fiançailles réelles et plus tard un tfiàriagè (c. Ô et 1 o) , mariage qui , dans l'esprit de l'écrivain, resta chaste sans aucun doute. Dans le Protévangile, au contraire, il n'est question, dès le commencement, ni de fiançailles ni de mariage , et il ne paraît s'agir que de la garde de la Vierge par Joseph (5) ; celui-ci , même lors dû voyage à Bethléem , doute s'il doit la faire inscrire

(1) Evangel. de nativ. Mar. y c. 7:

Cnnctos de domo et familia David nirptui habiles, nou coujugatos.

(a) Protev. Jac, c. 8 : Tovç ^vjpcvovrotç to3 Xocov.

(3) Cela es$ ainsi dans l'Évangile de nativité de Marie; un peu autrement dans le Protévangile de Jacques.

(4) Protev., c. 9 : âgé, irpf?$vry)ç.

Evangel, de ffativ. Mâriœ, 8, grand» vn s.

Épiphan àdv, hœnsieti 78* 8 : il épotisë Marie , veuf et âgé de plus de quatrevingts ans , XàpiÇavét *?jv Motpt'av x*>P°S t xarayov nXixtay irspf irov $y£oi)xo?T« tîwv xaî Trpoaw àvvjp.

(5) U<xpfk<xÇt ocvttjv i % Tnpv)*tv w«v*

comme fille ou comme femme, parce qu'il craint, en se disant son mari , de devenir ridicule à cause de la différence d'âge (c. 17). Là même où, dans Matthieu, Marie est appelée la femme de Joseph ? -h yuvvi, l'apocryphe ne la désigne , par précaution, que sous le nom de la jeune fille, n watç, et évite même volontiers le mot prendre, -rcçcpo&aêeîv, ou le change en garder , Sia<ftAà£ai ( 1 ) , ce que font aussi plusieurs Pères de l'Église (2). Reçue dès lors dans la maison de Joseph, Marie , d'après le Protévangile , fut chargée avec plusieurs jeunes filles de faire de l'étoffe pour le rideau du temple, et il lui échut, par le sort, de travailler la pourpre. Cependant, tandis que Joseph est absent pour des affaires, Marie reçoit la visite de l'ange. Joseph, à son retour, la trouve enceinte, et l'interroge , non comme son fiancé, mais comme le gardien responsable de son honneur ; cependant elle a oublié les paroles de l'ange, et elle assure qu'elle ignore la cause de sa grossesse. Alors, Joseph s'occupant de se débarrasser secrètement de la garde de Marie, l'ange lui apparaît en songe et le tranquillise par ses explications. L'affaire vient k la connaissance dès prêtres ; et tous deux , à cause du soupçon d'incontinence, sont obligés de boire l'eau de l'épreuve, u£<*>p iléyl&tùç , mais , n'en ayant reçu aucun dommage, ils sont acquittés ; puis viennent le cens «t la naissance de Jésus (3).

Ces récits apocryphes ont été tenus pour historiques pendant long-temps dans l'Eglise, et ils ont été expliqués, comme récits canoniques, d'une façon miraculeuse d'après le point de vue du surnaturalisme; ils ont dû, de même, dans les temps modernes , partager , avec les récits du Nouveau Testament, le sort de l'explication naturelle. Si, dans l'ancienne Eglise, la croyance aux miracles était si démésu-

(1) C. 14. Voyez les variantes dans de Jacques, c. 10-16; celui de l'Évangile

Thilo, p. 237. de la nativité de Marie est moins caraç-

(a) Comparez Thilo, 1. c.,p. 365, not. téristiqne. (3) Tel est le récit du Protévangile

TKOISIÈME CHAPITRE. § XXIII. 169

rément forte qu'elle ne s'arrêtait pas au Nouveau Testament, qu'elle allait jusqu'à embrasser des relations apocryphes, et qu'elle aveuglait sur leur caractère évidemment non historique ; le rationalisme positif de quelques apôtres des connaissances modernes fût tellement excessif, qu'ils crurent pouvoir lappliquer même aux miracles apocryphes ; tel fut l'auteur de Y Histoire naturelle du grand prophète de Nazareth ; expliquant naturellement, sans hésiter, les récits de la descendance et de la jeunesse de Marie , il les a fait entrer dans le cercle de ses déductions ( 1 ). De nos jours, où l'on comprend le caractère évidemment mythique de ces récits apocryphes , on jette un regard de compassion aussi bien sur les anciens Pères de l'Église que sur nos auteurs modernes d'explications naturelles; cependant ne pourrait-on pas se demander si les uns et les autres n'ont pas du moins un avantage sur celui qui les juge ainsi, à savoir l'avantage d'être conséquents? Car ils ont entendu, de la même façon, des relatiôus aussi analogues que le sont les relations des commencements de la vie de Marie d'une part, de Jean-Baptiste et de Jésus d'autre part; et* ils les ont expliquées ou toutes deux miraculeusement , ou toutes deux naturellement ; mais ils n'ont pas, comme c'est l'habitude aujourd'hui, expliqué Tune mythiquement et l'autre historiquement.

§ xim.

Divergences des deux évangiles canoniques relativement à la forme

de l'annonciation.

Entrons, après cette esquisse générale, dans le détail delà manière dont la première annonce de la naissance future dé Jésus arriva, d'après nos écrits canoniques, à Marie et à Joseph. Nous pouvons d'abord faire abstraction du fond même de cette annonciation , qui est que Jésus a été engen-

. (l) Iter Bd., S. II9 ff.

IJÙ PREMIÈRE SECTION.

ilté par une opération extraordinaire du Saint-Esprit , et n'en prendre en considération que là fortné^ à savoir; à qdi, quand et comment cette annonce fut dôtihée.

Comme la naissance de Jean-Baptiste, là fcdiifcëptioft dé Jésus, d'après les récits des évârigélistës , ëfct ânnonfcëè par tin attge. Mais, tandisque, polir Jëan-Baptiôte,U h y avait qtie le seul évangile de Luc et qu'une seule description de l'apparition de l'ange, nous avons, pour Jésus, détix récits parallèles, mais Aon exactement concordants , dont là comparaison va nous occuper imrtiédiatement. Abstraction faite, comme il a été dit ^ du fond , noiis trouvons , entré les deux récits , les différences suivantes : i° le sujet de l'apparition né appelle, dans Matthieu, que d'une inanièré indécise , ange du SeigneUr, ayys^oç Kupfou ; dans Luc , c ëôt iiôiftinémënt Fange Gabriel, 6 iyytkoç raêptvft; 2° la pëïsôûiiè à laqUéllë l'ange apparaît, est, dans Matthieu, Joseph; dâtis Luc, Marie; 3° l'état dans lequel ils ont l'apparition de l'ange est, dans Matthieu, un songe; dans Ltic, là Veillé l 4 6 il y à aussi une différence relativement au terti Jrè dé l'a j>pafiti6ii ; d'aptes Matthieu, ce n'est qu'après le CoifihiënCèmërit de là grossesse che2 Marie que Joseph reçdît tltl avertissement divin; dans Lilc, feèt avertissement est dôhtiëa Marie dès avant sa grossesse ; S etifin le but et l'effet de l'apparition sout différents : d'après Matthieu, c'est de tranquilliser postérieurement Joseph deVetiu inquiet sur la grossesse de sa . fiancée ; d'après Luc , c'est de ptévenir tout ombrage jjar une annonce préliminaire.

Maintenant on demande : les deux évangélistes racontentils un seul et même fait , seulement avec dés divergences , eu bien racontent-ils des faits différents , dfe sorte que leurs récits peuvent se réunir et se compléter l'un par l'autte? Or les divergences des deux relations sont si grandes et si essentielles i que la première supposition n'est' guère admissible , si Ton ne veut porter atteinte à leur valeur historique. Aussi

la plupart des théologiens , tous ceux du moins qui voient ici une vraie histoire, merveilleuse ou naturelle, se sont dé* cidés pour la seconde supposition. En effet , soutenant que le silence d'un évangéliste sur une particularité qu'un autre raconte n'est pas une négation de cette particularité ( 1 ) , ils fondent ensemble les deux récits de la manière suivante : i° d'abord l'ange annonce à Marie sa grossesse prochaine (Luc) ; 2° ensuite Marie part pour aller trouver Elizabeth (même évangile); 3° après son retour, Joseph, découvrant la grossesse, prend de l'ombrage (Matthieu); 4° enfin lui aussi a l'apparition d'un ange (même évangile) (2),

Mais cet arrangement des circonstances a, comme Schleiermacher l'a déjà remarqué (3), beaucoup de difficultés; et ce que l'un des évangélistes raconte, non seulement ne paraît pas supposer ce que l'autre rapporte, mais encore paraît l'exclure. D'abord la conduite de l'ange qui apparaît à Joseph est à peine explicable, si lui ou un autre ange est précédemment apparu à Marie ; il s'exprime en effet (dans Matthieu ) comme si son apparition était la première dans cette affaire ; il n'invoque pas de message céleste reçu antérieurement par Marie ; il ne fait à Joseph aucun reproche de n'avoir pas cru ; mais surtout , le soin que prenct l'ange de donner à Joseph le nom de l'enfant attendu , avec les raisons détaillées de ce nom (Matthieu , 1 , a 1 ) , aurait été tout-à-fait superflu, si l'ange (Luc, i,3i) avait déjà indiqué ce nom à Marie. Mais ce qui est encore plus incompréhensible , c'est la conduite des deux époux. Après l'apparition d'un ange qui lui annonçait une grossesse prochaine, sans le concours de Joseph, qu'est-ce qu'une tendre fiancée avait de plus pressé à faire que de communiquer à son fiancé le message eéleste , pour prévenir la découverte

(1) Comparez Augnst., Dé consens. haiiseû, Cbihm., 1, 146 fftf Fritfsche,

evangcl, a, 5. Contrit, ih Mntth.îji. 56.

(a) Telle est l'explication de Patilm , (3) Uèbèt die Sckriftèn des luHs %

Exeget. Handbuch, x a, S, 145 ff.; Oh- S. 4 a f*

déshonorante de son état par d'autres, et de mauvaises pensées dans l'esprit de son fiancé? Mais justement Marie laisse faire cette découverte par d'autres , et excite par lk le soupçon; car évidemment les mots : on la trouva grosse ,* eupéÔY) ev yaorpl fyou<rcc (Matthieu, 1, 18), signifient que sa grossesse fut reconnue absolument sans sa participation ( 1 ) ; évidemment aussi Joseph n'apprend l'état de Marie que de cette manière , car sa conduite est décrite comme la conséquence de cette découverte. Le Protévangile apocryphe de Jacques a senti tout ce qu'avait d'énigmatique une pareille conduite de la 4 part de Marie, et il a essayé de lever la difficulté de la façon la plus conséquente peut-être du point de vue du surnaturalisme. Si Marie s'était souvenue, telle est l'argumentation sur laquelle repose le récit ingénieux de l'apocryphe, de la teneur du message céleste, elle devait le communiquer à Joseph; comme elle ne paraît pas l'avoir fait, k en juger d'après la conduite de Joseph , il ne reste plus qu'a admettre que la communication mystérieuse qu'elle avait reçue dans un état d'exaltation s'effaça ensuite de son souvenir, et que la vraie cause de sa grossesse lui était inconnue k elle-même (2). m Mais aussitôt plusieurs questions se pressent : k quoi alors devait servir l'apparition, et comment les évangélistes en ont-ils eu connaissance ? questions qui , cependant , ne sont pas sans réponse sur le terrain du surnaturalisme. Dans le fait , pour le cas actuel , il n'y a guère d'autre parti a prendre qu'a se réfugier dans le merveilleux et l'incompréhensible. Les efforts que des théologiens modernes , surnaturalistes aussi , ont tentés pour expliquer le silence de Marie a l'égard de Joseph , et même pour y trouver un trait excel-

(1) C'est ce que Olsbauscn même re- 5v tiret irpoç avTrçv TaZpvnX. Interrogée

connaît, p. 1 48. par Joseph, elle répond avec des larmes :

(à) Protev. Jac. y c. ici : Marie oublia Je ne sais pas d'où Tient ce qui est dans

les mystères que lui avait appris Gabriel, mon sein , ov ytvwoxo», n6$u i<jx\ îovyo

TROISIÈME CHAPITRE. § XXIII. 17a

lent de caractère , sont des efforts aussi téméraires que malheureux pour faire de nécessité vertu. D'après Hess (1), il dut en coûter beaucoup à Marie pour taire à Joseph la communication de l'ange, et il faut considérer cette retenue, dans une affaire connue seulement d'elle et du ciel , comme un signe de sa grande confiance en Dieu. Ce n'est pas en vain, s'est-elle dit en elle-même, que seule j'ai eu cette apparition; si Joseph devait, dès a présent, en être informé, l'ange lui aurait aussi apparu. Mais, si toute personne qui a en partage une révélation supérieure pensait ainsi , combien ne faudrait-il pas de révélations particulières? Suiyant Hess, Marie se dit encore : C'est l'affaire de Dieu , je dois lui laisser le soin de convaincre Joseph. Ceci n'est pas autre chose que le principe des gens insouciants. Olshausen approuvé les raisons de Hess , et il y ajoute sa remarque favorite , à savoir que , dans des événements aussi extraordinaires , la mesure des rapports ordinaires du monde n'est pas applicable (2). Mais si Marie méprisait ces règles de la vie ordinaire , dans lesquelles on jette ici pêle-mêle des considérations essentielles de délicatesse et de convenance , elle ne pensait pas comme son fils, qui, né sous la loi, yevoaevoç t>iro vojjlov (Gai., 4> 4)> n'a jamais violé ces considérations; et en conséquence ce n'est pas se conformer k l'esprit de Jésus que de faire de ce mépris un sujet d'éloge pour M arie. L'Évangile de la Nativité de Marie, et, à la suite de cet évangile , quelques modernes , entre autres l'auteur de l'Histoire naturelle du grand prophète de Nazareth, ont essayé d'expliquer le silence de Marie du point de vue de l'explication naturelle , et ils ont supposé que Joseph était éloigné de la demeure de sa fiancée au temps du message céleste. D'après eux, Marie est de Nazareth ; Joseph, de Bethléem , où il retourna après ses fiançailles ; il ne revint auprès

(1) Gesehichte der dreihstztcn Lebens» (a) BibL Comment., 1, S. 149.

iahre Jesu u. s, w.> 1 Th. , S. &6>

174 f REMISE SECTtOtf,

de Marie qu'au bout de trois mois» et alors il découvrit la grossesse, qui ét^it survenue dans cet intervalle. Mais c'est sans aucun fondeipent dans les évangiles canoniques que l'on admet des résidences différentes pour Marie et pour Joseph, et toute cette explication tombe dans le néant.

Sans faire une telle supposition , ou pourrait peut-être , en se tenant encore dans l'explication naturelle , se rendre raison du silence de Marie à l'égard de Joseph par KL honte qu'elle ressentait à confesser un état si capable d'exciter le soupçon. Mais une personne aussi fortement convaincue du caractère divin de toute l'affaire, et aussi pleinement docile à sa destination mystérieuse que Marie le fut suivant Luc, j , 38 , ne pouvait pas avoir la langue liée par les petites considérations d'une fausse honte.

En conséquence , les auteurs des explications naturelles, pour sauver le caractère de ]Vïarie , sans faire tort a celui de Joseph, imaginèrent une communication, tardive il est vrai, de Marie à Joseph, pour se rendre raison de l'incrédulité de ce deruier. Comme l' apocryphe de la Nativité de Marie , ils introduisirent un voyage , mais non de Joseph ; et ils se servirent du voyage de Marie près d'Élizaheth , indiqué par Luc , pour expliquer le retard delà communication. Avant ce voyage , dit Paulus , Marie ne se découvrit pas à Joseph ; probablement elle voulut d'abord s'entendre avec son amie plus âgée sur la manière de lui faire cette communication, et pour savoir surtout si, comme mère du Messie, plie devait se marier. Ce n'est qu'à son retour qu'elle informe Joseph , probablement par d'autres, de ce qui en est et des promesses qu'elle a reçues. Cette première révélation ne trouve pas Joseph suffisamment préparé ; il est en proie à toutes sortes de pensées , flottant entre le soupçon et l'espérance, jusqu'à ce qu'enfin un songe le décide (î). Mais un

(i) Paillas , Exeg. Handbuch, i,a,S. 121, i45.

TROISIÈME CHAPITRE. § XXIÎ1. 1^0

ftVW 4 tawttf W paut justifier Marie. Est-ce la conduite d'usé fiancée que de faire an voyage de plusieurs lieues après une révélation divine qui touchait le fiancé de si près et dans UQ£ affaire aussi délicate 9 de s'absenter pendant trois ipois , et de faire insinuer par des tiers au fiancé ce qui ne pouvait plus se cacher?

Celui qui frs veut pas admettre que Marie ait agi comme certainement nos évangélistes ne supposent pas qu'elle ait agi , celuLrfô doit admettre sans hésitation qu'elle communiqua à §0n fiancé le message aussitôt après l'avoir reçu , et que ce dernier ne lui accorda aucune créance. Mais, alors qu'on voie comment on se rendra compte du caractère de Joseph, Hese est mm d'opinion que Joseph , devant connaître Marie, n'aurait eu aucune raison de douter de son assertion, ai elfe l'avait instruit de l'apparition (1). Cependant, s'il a douté, ce soupçon paraît supposer une défiance à l'égard de sa fiancée, défiance peu compatible avec son caractère d'homme juste, âv*ip £ixatoç, Matt. 1, 19, et une incrédulité pour le merveilleux qui n'est guère conciliable avec sa déposition ordinaire à recevoir des apparitions angéliques ; et , dan» tous les cas , lors de l'apparition qu'il eut à aon tour plus tard , cette incrédulité lui aurait été reprochée.

Nos évangélistes ont voulu évidemment dépeindre le caractère de Joseph et de Marie comme exempt de tache ; or inévitablement on arrive à des conséquences qui contredisent leurs intentions, si l'on veut faire concorder leurs récits et les compléter l'un par l'autre. Concluons donc que la conciliation est impossible et que leurs récits s'excluent. Il ne faut pas croire que l'ange s'est montré d'abord à Marie, puis à Joseph, mais il faut croire qu'il n'a apparu qu'à l'un des deux 5 en cpnséquence , c'est seulement l'une ou l'autre des relations qui peut être considérée comme historique. A ce terme , on

Ci) L. c.

pourrait vouloir se décider pour Tune ou l'autre des relations d'après différentes considérations ; on pourrait trouver plus vraisemblable , au point de vue du rationalisme le récit de Matthieu, parce que l'apparition de l'ange dans un songe est plus aisément susceptible d'une explication naturelle ; au point de vue du surnaturalisme , le récit de Luc, parce que le soupçon contre la Sainte Vierge y est écarté d'une manière plus digne de Dieu. Mais, à vrai dire, aucune des deux relations n'a , à cet égard , d'avantage essentiel. Toutes; deux contiennent l'apparition d'un ange ; elles sont donc pressées de toutes les difficultés qui empêchent de croire à l'existence des anges et à leur apparition , d'après les raisons exposées plus haut lors de l'annonciation de la naissance de Jean-Baptiste ; dans toutes deux, la teneur du message angélique est , comme nous allons bientôt le voir, une impos-. sibilité. Ainsi il ne reste plus aucun signe distinctif qui permette de rejeter l'une des relations, et de conserver l'autre; et, de toute nécessité, nous sommes, pour l'une et pour l'autre , rejetés sur le terrain mythique.

Sur ce terrain aussi disparaissent d'elles-mêmes les différentes explications que des théologiens, et surtout les auteurs d'explications naturelles , ont essayé de donner des deux apparitions angéliques. Paulus regarde l'apparition dans Matthieu comme un songe naturel produit par la communication que Marie lui avait faite de l'avis reçu par elle, et il assure que Joseph a dû certainement en être instruit ; car autrement on ne comprendrait pas comment , dans son rêve , il se ferait tenir exactement le même langage que celui qui avait été tenu auparavant à Marie par l'ange (1). Mais, remarquons-le bien, si les paroles de l'ange qu'on prétend être le second, sont semblables à celles du premier, sans cependant que le second fasse aucune allusion aux paroles du premier, cela prouve que les paroles du second ne supposent pas les

TROISIÈME CHAPITRE. § XXHI. 1^7

paroles du premier. D'ailleurs l'explicationnaturelletombedu moment que les relations sont reconnues pour mythiques. 11 en faut dire autant de l'opinion exprimée par Paulus à mots couverts , mais ouvertement par Fauteur de l'Histoire naturelle du grand prophète de Nazareth , k savoir que l'ange apparu à Mqrie (dans Luc) était un être humain. J'en parlerai plus loin.

D'après tout ce qui précède , nous ne pouvons porter, sur l'origine des deux récits des apparitions angéliques, que le jugement suivant : la conception de Jésus en Marie par une opération divine ne pouvait pas être abandonnée aux hésitations de la conjecture ; il fallait qu'elle fût exprimée avec clarté et assurance , et pour cela on avait besoin d'un messager céleste ; messager qui avait annoncé les naissances de Samson et de Jean, et dont l'apparition semblait encore bien plus exigée par le décorum théocratique à la naissance du Messie. Les paroles mêmes dont les anges se servent ont été , en partie , empruntées k ces annonciations d'enfants remarquables qu'on Ut dans l'Ancien Testament (1 ). Quant à l'apparition de l'ange qui, suivant un évangile, se montre avant toute chose k Marie, et , suivant l'autre , nç se montre

(i) 1,3/os., 17, 19, ixx (annonciation d'Isaac ) :

Sara , ta femme , t'engendrera un fils, et tu l'appelleras du nom d'Isaac. fSov Soppoc *i yvvvî crov Te£crat aot vtov , xcà xaAcorccç to ovopoc avTOÛ Ia-occtx.

Jud., 1 3, 5 (annonciation de Samson) :

Et lui commencera à sauver le peuple d'Israël des mains des Philistins. Koct ocvtoç apÇerou auaott tov IopayjX «x gecpbç $uXtTrt?fA.

1, Mos., i6, 11 etseq. (annonciation d'Ismaël) :

Et l'ange du Seigneur lui dit : Tu as conçu, tu engendreras un fils, et tu l'ap-

Xtatiç to ovofioc ccvtov ïu/xavîX. Ovtoç

carat...

Mat th., 1, it. (Ne crains pas do

prendre Marie pour ta femme ) Elle

t'engendrera un fils, et tu l'appelleras du nom de Jésus, car il sauvera les hommes de son' peuple de leurs péchés. (Myj 90- SvjGyjç TrapaXaSc t'y Mapiàjx Trjv yvvouxa

aov ) T/Çctoh SI vtov, xaï xah'arttç r)>

ovopwe ovtov IiQffovv avroç yap awati tov Xaby oivtov àiroTwv à^prtcov ccvtwv.

Luc. y 1, 3o. Et l'ange lui dit : Tu concevras un fils , et tu l'appelleras du nom de Jésus. Celui-ci sera... Koct tînt* o ayyùoç avTvJ' iJov o-vMyj^vj cv yaarpî, x«c t/Çvj vtov, xalxaX/oreiçTO ovo^a otirov

Iv)90VV. OvTOÇ&TOU...

à Joseph qu'après la grossesse établie, il n'y faut voir qu'une variation soit de la légende , soit de la refonte des récits évangéliques ; variation qui, dans l'histoire del'annonçiation d'Isaac , a une analogie qui l'explique. Jéhovaji ( i , Mos. 1 7 , 10 seq.) annonce à Abraham qu'il aura un fils de Sara, sur quoi celui-ci ne peut pas s'empêcher de rire , mais il reçoit une seconde fois la même assurance ; Jéhovah ( 1 8 , 1 seq. ) donne cette promesse sous le térébenthinier à . Mambré , et Sara en rit comme de quelque chose de nouveau pour elle. Enfin ($1,5 seq.), Sara, pour la première fois après la naissance d'Isaac , parle du rire qui fut l'occasion du nom d'Isaac ; d'où l'on voit que ce dernier récit ne suppose pas l'existence des deux premiers récits de l'annonciation de la naissance d'Isaac (1). Ainsi la naissance d'Isaac fut le sujet de diverses légendes ou fictions qui se formèrent sans connexion mutuelle , les unes plus simples , les autres plus ornées. 11 en est de même des deux récits discordants sur la naissance de Jésus. Le récit de Matthieu (2) est plus simple et rédigé avec plus de rudesse ; car il n'évite pas de jeter, ne serait-ce que dans un soupçon passager de Joseph , une ombre sur la vertu de Marie ; ombre qui n'est effacée que plus tard. Au contraire, h récit de Luc est plus délicat et plus habile, et il montre tout d'abord Marie dans le pur éclat d'une fiancée du ciel.

(1) DeWette, Kritik der mos. Ge- phe, Antiq., 3,9, 3, craignant pour tout

tchichte, S. 86 f. le peuple qui était menacé de périr par

(a) Le rêve qui, d'après Matthieu, la destruction des enfants, et inquiet

. dissipa les doutes et les inquiétudes de pour lui-même à cause de la grossesse

Joseph, a encore une sorte de modèle actuelle de sa femme, ne savait quel

dans la tradition juive , telle qu'elle est parti prendre. Dans son désespoir, ilin-

déjà cpnsignée dans l'historien Josèphe, voqua la protection de Dieu... Dieu, en

touchant nn rêve que le père de Moïse ayant eu pitié, se présente à lui pendant

eut dans des circonstances analogues. le sommeil, et l'exhorte à ne pas déses-

Son inquiétude, à lui, provenait, non de pérer de l'avenir... Car cet enfant qui

soupçons contre sa femme, mais du dan- va naître délivrera la race des Hébreux

ger que courait son enfant en raison de de la servitude en Egypte , et se fera ,

.'ordre de mort prononcé par le Plia- parmi lçs hommes, un nom qui durera

raon.* Àroaramès , homme de bonne autant que l'univers, »

naissance parmi les Hébreux , dit José-

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