XXIX
Relation de Joseph avec Marie. — Frères de Jésus.
Nos évangiles sont tout-à-fait conformes à l'esprit de l'ancienne légende, quand ils trouvent convenable de ne faire toucher ni profaner par aucun homme terrestre la mère de Jésus , pendant tout le temps qu'elle porta ce fruit céleste dans son sein. En conséquence , Luc (2 , 5) ne représente , avant la naissance de Jésus , Joseph que comme le . fiancé de Marie ; et de.mêmê qu'il est dit du père de Platon, sa femme étant devenue enceinte d'Apollon : Ma garda pure de tout commerce matrimonial jusqu'à l'accouchement,
îh4 pbemière section.
Sïev xoôopàv ya(/.ou çiAà£at Iwç tyîç oc7ro3tuy)<Jewç (1), de même il est dit de Joseph dans Matthieu : Il ne connut pas sa femme jusqu'à ce qu'elle eut mis au monde son fils premier né 9 xal oùx, èytvwoaev oùtyiv, ewç ou Irexe tov mov aûrtfc tov TcptoTOTtMcov. Evidemment dans les deux passages parallèles le mot ï(ùç,jusqu a, doit être entendu de la même manière; or, dans le passage de Diogène Laërte, il ne signifie incontestablement que ceci : Jusqu'à la naissance de Platon , son père s'abstint de tout rapport avec sa femme ; ensuite il rentra dans ses droits conjugaux , nous savons en effet que Platon a eu des frères. Donc le mot ecoç, relativement aux parents de Jésus, ne doit pas être entendu autrement , c'est-à-dire que ce mot nie les rapports conjugaux jusqu'à la limite indiquée , mais les suppose tacitement , passé cette limite. De même, l'expression premier-né, TrpwroTOjcoç, qui, dans les deux évangiles , est attribuée à Jésus (Matth. , 1 , q5; Luc, 2, 7), paraît supposer d'autres enfants de Marie, d'après l'argument de Lucien : S'il est premier , il nest pas seul; s 9 il est seul, il n'est pas premier (2). Dans les mêmes évangiles (Matt., i3, 55 ; Luc , 8, 19) il est parlé des frères de Jésus, tâekyoïç iviorou. Fritzsche , en conséquence , a dit : « Lubentissime post Jesu natales Mariam concessit Matthaeus (Luc en a fait autant) uxorem Josepho , in hoc uno occupatus , ne quis ante Jesu primordia mutua venere usos suspicaretur (3). » Mais, à la longue, cela ne suffit plus aux orthodoxes , à mesure que s'accrut l'adoration de Marie , dont le corps, fécondé par l'opération divine, ne devait plus être profané par des rapports qui appartiennent au reste de l'humanité (4). De bonne heure l'opinion qie Marie , après la naissance de Jésus , avait eu
(1) Ifcog. £jtert,,3 # *, «. Comparez (3) Copim. in Matth , p. 55.
Origcne, CL Cels., 1, 87. (4) Voyez Origèue, in Matth,, opp.
(a) Et pt.lv «paroç, 06 povoç* tl Si éd. delà Rue, roi. 3, p. 463.
TROISIEME CHAPITRE. § XXIX. 2tS
des relations conjugales avec Joseph , rentra dans la catégorie des opinions hérétiques ( i ) ; et les Pères orthodoxes cherchèrent de toutes les façons k y échapper et à la cottibattre. En exégèse, on imagina que les mots jusqu'à % îwç ou , affirmaient ou niaient quelque chose , non pas Seulement jusqu'au terme indiqué, mais quelquefois au-delà de Ce terme et pour toujours ; de sorte que la phfase il ne la connut pas jusqii à ce qu'elle mit au monde ■, etc. , *aî , oOx sytvctxaxev aùrfjv ewç où ?TS3te , ktX. , excluait pour toujoUré toute communauté conjugale entre Joseph et Marie (a). De la même façon, au sujet du mot premier-né , TcpwroTtocoç , on argua que ce mot ne supposait pas nécessairement la naissance postérieure d'autres enfants, mais qu'il excluait seulement toute naissance antérieure (3). De plus , pouf écarter, non seulement grammaticalement, mais encore physiologiqùement , la pensée de communications conjugales -entré Marie et Joseph , on fit de ce dernier un vieillard décrépit à qui Marie n'avait été remise que pour qu'il la sui> veillàt et protégeât (4), et l'on considéra les frères de Jé&tts, à^eXçoi»; iviGoS, dqnt il est parlé dans le Nouveau Testament, comme des enfants que Joseph avait eus d'un autre mariage (5). Ce n'est pas tout ; non seulement Marie ne devait pas avoir été touchée par Joseph , mais encore la naissance de Jésus ne devait pas lui avoir fait perdre sa virginité (6). Plus tard même il ne suffit plus que Marie eût conservé sa
(0 L'arien Ennomins enseignait, d'après Photius, que Joseph, après l'enfantement ineffable, «Tait eu commerce avec la Vierge, xbv fa)0"})<p yuxa xyjv ouppatffTOV xvoyoptotv ovvotirTcaOat tyî «jrapOc'vu. C'était aussi . d'après Épiphane, la doctrine de ceux qu'il appelle Dimœrites et Antidicomariauites , et , d'après saint Augustin, des Helvidkns.
Comparez, sur ce point, la collection de Snicer, dans le Thésaurus, a , 5, -v. Map'a, fol* 3o5 et seq.
(a) Comparez Théophylacte et Sttidfts dans Suicer, 1 , w. ?<uç 9 f. 1 ao4 et seq»
(3) Hieron. sur ce passage.
(4) Voyes le* passages plus haut.,
(5) Voyez Origène, in Matth», t. 10, 17; Epiphan., Bœres.» 789 7» flûtùria Joseph i t c. a; P roter» Jme., 9, 18.
(ê) Chrysost., Hont. 14a ; dans Snicer, i>. Map fa. Le détail en est repoussant dans le Protévanfile de Jacyues , c 19 et ao.
Sl6 PREMIÈRE SECTION.
virginité intacte , on exigea de Joseph aussi une virginité constante ; ce ne fut pas assez qu'il n'eût eu avec Marie aucune communication conjugale , il fallut qu'il n'eût jamais été engagé dans les liens du mariage. De la sorte , ce qu'Épiphaiie même accorde , à savoir que Joseph avait eu des fils d'une femme précédente , fut rejeté par saint Jérôme comme une rêverie impie et apocryphe , et dès lors les frères de Jésus , âJetyol WoO, furent rabaissés au rang de ses cousins (1).
U est aussi des théologiens orthodoxes modernes qui soutiennent , avec les Pères de l'Église , que jamais des relations conjugales n'ont existé entre Joseph et Marie , et qui croient pouvoir expliquer en conséquence les expressions évangéliques qui semblent dire le contraire. Relativement au motpremier-né , irp(OTOTo*aç, Olshausen assure qu'il peut aussi bien signifier le fils unique que le premier a côté d'autres (a) ; Paulus lui donne raison en cela (3); et Clemen (4) et Fritzsche (5) cherchent vainement à démontrer l'impossibilité de cette explication. 11 est dit, il est vrai, 2 M os., 1 3 , a : Sanctifica mihi omne primogenitum (xpaToroKov , ttptoToyfiviç, lxx) quod aperitvulvam ; or Jéhovah ne sanctifiait pas seulement un premier-né qui était suivi d'autres frères, mais il sanctifiait toute naissance qui, pour la même mère , n'était précédée d'aucune autre : et le mot premierné, wpwrrfToxoç, se prête nécessairement aussi à cette acception. Sans doute, et c'est une objection de Winer (6), si le narrateur, qui voit devant lui l'histoire terminée , emploie ce mot , on est tenté de le prendre dans son sens primitif; «car s'il avait voulu exclure des enfants subséquents , il se se-
( i ) Hicron, ad Matth. » i a, et Advcn* Zeitschrift fur wissenschaftUehe Thcoh»
Sekid» Dans Suicèr, t, p. 85. gie f r, 3, S. 364 &
{%) L. c.,S. 6i. (5) Comm. in Matth. , sur ce pas*
(3) L. c.« S. 168. sage.
(4) Les frère» de Jésus dans Winer*» (6) BibUsches Realwœrurlwch t a»
Auflage, i Bd., S. 664» Ann».
TROISIEME CHAPITRE. § XXIX. *f]
rait servi du mot fils unique , pvoyev>lç , ou il l'aurait joint au mot premier-né. Quoi qu'il en soit , ces raisonnements laissent la question indécise au sujet du mot premier-né , TCpuroToxoç ; mais il n'en est pas de même des remarques de Fritzsche sur l'expression jusqu 'à, foç ou. Il réfute les textes dont on argue pour autoriser l'explication que les Pères de l'Eglise ont donnée de cette expression, et il montre que, d'après le sens immédiat , elle n'affirme une chose que jusqu'à une certaine limite , suppose , à partir de cette limite , le contraire logique de cette chose, et ne perd cette dernière signification que lorsque le contexte montre évidemment l'impossibilité de ce contraire (\). Par exemple, s'il y avait il ne la connut pas jusqu* à ce qu'il mourut , oûx èytvoxrxev aùr^v 2a*; ou âraOavev , il serait clair que la négation durant le temps écoulé jusqu'^ la mort ne peut se transformer, après la mort, en affirmation ; mais quand il y a , comme dans Matthieu , il ne la connut pas jusqu à ce qu'elle fut accouchée , oûx eytvtoaxev ocùtyiv 2<oç ou Irexev , l'enfantement du fruit divin ne met aucune impossibilité à l'établissement de relations conjugales , au contraire il les rend possibles , c'est-à-dire convenables (2). . Au reste , Olshausen ne contredit ici l'évidence de la grammaire et de la logique , que parce qu'il y est forcé par des motifs dogmatiques, analogues à ceux des Pères de l'Église. Sans vouloir porter atteinte à la sainteté du mariage , Joseph , dit ce théologien , a dû penser , après de telles expériences , que son union avec Marie avait un autre but que de procréer des enfants ; en outre , il paraît conforme à la nature (3) que la dernière descendante de David , de la
(1) Comment, in Matth., p. 53 ; comparez aussi p. 835.
(a) L'exemple imagmépar Olshausen, S. 6a, pour soutenir son explication de ?«ç ov , est particulièrement mal choisi.
Car lorsqu'on dit : nous attendîmes jusqu'à minuit, mais personne ne Tint,
il ne suit pas nécessairement de ces expressions crue quelqu'un vint après minuit; mais ce qui s'ensuit, c'est que nous n'ayons pas attendu passé minuit.
De sorte, que la locution jusqu'à conserve ici encore sa signification d'exclusion.
(3) Voilà une autre convenance sem-
3i8 PREMIÈRE SECTION
branche d'où devait sortir le Messie , terminal; sa jrace pa* ce dernier et éternel rejeton (1). On peut, en conséquence, dresser une échelle singulière de foi et de superstition con«* cernant les relations entre Marie et Joseph,
1 ° Contemporains de Jésus et rédacteurs des généalogies : Joseph et Marie , époux ; Jésus né de leur mariage.
2° Époque et rédacteurs de nos histoires de l'enfance : Marie et Joseph seulement fiancés; Joseph sans participation à la conception de l'enfant , et sans relation conjugale avec Marie avant la naissance de Jésus*
3° Olshausen et d'autres : Même après la naissance dç Jésus , Joseph , bien qu'alors l'époux de Marie , ne voulut pas faire usage de ses droits matrimoniaux.
4° Épiphane, le Protévangile de Jacques et d'autres : Joseph , étant un vieillard décrépit, ne pouvait pas en faire usage; les enfants qu'on lui attribue sont d'un mariage antérieur; et il reçoit Marie, moins comme son fiancé et son mari, que comme son gardien.
5° Protévangile , Chrysostome et d'autres : Non seule*» ment la virginité de Marie ne fut pas détruite par des gros*sesses postérieures du fait de Joseph . mais encore elle ne le fut pas par la naissance de Jésus.
6° Saint Jérôme : Mon seulement Marie , mais encore Joseph, gardèrent continuellement leur virginité ; et les prétendus frères de Jésus sont 9 non pas ses frères , mais ses cousins.
On voit ainsi se former l'opinion que les frères , âJetyot , et les sœurs , a&etyal, dont il est question dans le Nouveau Testament , ne sont que des demi-frères , ou même de simples cousins, et il en résulte le préjugé le plus défavorable pour la vérité de cette opinion , car elle paraît n'être qu'une invention de la superstition > qui imagina en même temps
blable aux convenances que nous avons (r) Bib. Comm., i,S. 6a.
déjà relatées $ Xl% et XX.
TROISIÈME CHAPITRE. § XXIX. 2l§
que Joseph n'avait jamais eu de relations conjugales avec Marie. Cependant il n'en est pas ainsi ; ce préjugé peut induire en erreur ; et ce sont des motifs purement exégétiques qui ont décidé des théologiens d'un esprit indépendant à croire que Jésus n'avait réellement pas eu de frères (i). A la vérité , on lit dans Matthieu , 1 3 , 55 , et Marc ,6,3, que les habitants de Nazareth , s'émerveillant dé la sagesse de leur compatriote, et voulant caractériser son origine qui leur était, bien connue, immédiatement après avoir parlé de son père le charpentier, T6XT<av,et desa mère Marie, parlent desesfrères, diïekyoùç , nommés Jacques , José, Simon et Judas, et de ses sœurs dont on ne dit pas les noms (2) ; on lit dans Matthieu, 12, 46, et Luc, 8, 19,, que les frères' et la inère dé Jésus vinrent le visiter ; on lit dans Jean, 2 , 12, que Jésus partit avec eux et sa mère pour Capernatim ; on lit dans lés Actes des apôtres , 1 , 1 4 9 leurs noms à côté de celui de Marie. Si nous n'avions que de pareils passages , nous n'hésiterions pas un seul moment à admettre l'existence de frères de Jésus au moins du côté maternel, enfants de Joseph et de Marie , non seulement à cause de la signification propre du mot frère , â#e^<poç , mais encore à cause de l'association perpétuelle de leurs noms avec ceux de Joseph et de Marie. Il est remarqué dans Jean, 7, 5, que ses frères mêmes, â£e^<pol, n'ont pas cru en Jésus ; dans le chapitre 3 de Marc, le verset 2 1 comparé avec le 3 1 , signifie , d'après l'explication la plus vraisemblable , que les frères de Jésus sortirent avec sa mère pour s'emparer de lui comi# d'un homme qui avait perdu le sens. Mais ces deux derniers passages de Jean et de Marc ne sont pas encore un motif suffisant
(1) Comparez sur ce sujet : Clemen, Jisus , Jacçues , mpàtre, où IWeur m-
Les frères de Jésus , dans Winer's Zeti- diqne toute la bibliographie.
schrift JUr wiss. Theol., i, 3, S. 3 09 ff.; (a) Voyez dans Thilo, Codex apocry-
Paulus , Exeget. Handbuch , 1 Bd., S. phus'iï. T., 1 , p. 363, not., les diffère»*»
557 ff.; Fritzscbe , 1. c, S. 480 ff.; Wi- noms que leur donne la Légende* nef, Bill. Rgatwvrterèuch , aux. mots
pour que nous abandonnions la signification immédiate du mot frère , a Stkyoç. Plusieurs théologiens, pensant que des fils véritables de Marie auraient du croire aussitôt en Jésus , ont , il est vrai , supposé que, dans les passages cités, les frères de Jésus étaient seulement des fils que Joseph avait eus d'un mariage antérieur ; mais c'est une opinion qui ne s'appuie que sur un préjugé. Une difficulté plus grande, mais qui n'est pas insoluble, c'est que, d'après Jean, 19, 26 et suiv., Jésus, attaché à la croix, recommande à Jean de tenir lieu de fils à sa mère ; l'on pense que cette recommandation ne serait pas convenable si Marie avait eu d'autres enfants, et si les frères qui survivaient n'avaient pas été des fils de Joseph plus âgés que Jésus et mal disposés pour lui. Mais, soit par des circonstances extérieures, soit par des raisons intérieures et morales, Jésus pouvait aimer mieux confier sa mère à Jean qu'à ses frères ; car, bien qu'après l'ascension au ciel on les trouve dans la compagnie des apôtres (1 , i4) , cela ne prouve nullement qu'à la mort de Jésus ils eussent déjà ciH en lui.
• Ce n'est pas là que sont les véritables embarras ; mais ils commencent quand , outre Jacques et José, qui sont nommés comme frères de Jésus , on rencontre deux autres hommes qui portent les mêmes noms , et qui sont dits fils d'une autre Marie (Marc, i5,'4o, 47» 16, 1 ; Matth., 27, 56). Sans aucun doute, cette Marie est celle qui, dans Jean ,19, 25, est désignée comme la sœur de la mère de Jésus, et comme lafemfe d'un certain Clopas. Ainsi nous avons deux fois un Jacques et un José parmi les fils de Marie , mère de Jésus , et de l'autre Marie , sa sœur. Cette similitude de noms dans le cercle le plus voisin de Jésus s'augmente encore , quand nous nous rappelons que , dans les listes des Apôtres (Matth., 10, 2, seq.; Luc, 6, 14, seq.) , il y a encore deux Jacques, ce qui en fait quatre , avec le frère et le cousin dé Jésus ; de plus , deux Jude , ce qui en fait trois,
avec le frère de Jésus ; de plus encore , deux Simon , ce qui en fait également trois , avec le frère de Jésus. A la vue de tant de noms semblables , on se demande si des personnages identiques ne sont pas pris ici comme des personnages distincts. En effet, le Jacques fils d'Alpbée, dans la liste des Apôtres, n'est nommé, peut-être comme le plus jeune, qu'après le Jacques fils de Zébédée; et le, Jacques, cousin de Je-* sus (Marc, i5, 4<>), est appelé le mineur , à (/,ucpoç; en comparant Jean, 1 9, sô, on voit que ce dernier est appelé * fils d'un certain Clopas ; or, il se pourrait que le nom de Clopas, lQcoiwcç , donné au mari de la sœur de Marie , et celui d'Alpbée, À^çcctoç, donné au père de l'apôtre, ne fussent que des formes différentes du mot hébraïque »âSn. Ainsi , l'apôtre Jacques le mineur serait le même que le cousin de Jésus du même nom ; et il ne resterait plus que le fils de Zébédée et le frère de Jésus. Dans l'histoire des Apôtres ( 1 5, i3J, un Jacques paraît , avec voix prépondérante , dans ce qu'on appelle le concile des Apôtres ; or , comme , d'après les Actes (12, 2) , le fils de Zébédée avait déjà été mis à mort, et que jusque la il n'a été question dans les Actes d'aucun autre que du fils d'Alphée (i5, i3), ce Jacques qui n'est pas désigné d'une manière plus précise (Act. Ap., i5, i3), ne peut pas être différent du Jacques fils d'Alpbée. D'un autre côté, saint Paul (Gai., 1, 19) parle d'un Jacques , frère du Seigneur , i^epàç tou Kuptou , qu'il a vu à Jérusalem ; il le compte , sans aucun doute (Gai., 2, 9), , avec Pierre et Jean, parmi les colonnes de la communauté ; c'est tout-à-fait de cette façon que le Jacques , l'apôtre, se montre dans le concile apostolique. De sorte que ce Jacques l'apôtre serait le même que le frère du Seigneur , d'autant plus que le frère du Seigneur paraît être compris au nombre des apôtres dans la phrase de saint Paul : Je ne vis pas d'autre apôtre , si ce n 'est Jacques , frère du Seigneur , ÏTepov 8i t&v aTTOOToXttv ovx eT$ov , et pi iawoêov tov â&eX<pov
aaa riu^uKUE section. .
tou Kuptou (Gai. % 1 , 19). Ces raisonnements s'accordent avec une ancienne tradition qui disait que Jacques le juste, frère de Jésus , avait été , le premier , à la tête de la communauté de Jérusalem (1). Mais le Jacques des Actes, en le supposant le même que l'apôtre dont il est question , est dit fils d'Alphée et non de Joseph ; par conséquent , s'il devait être eu même temps frère du Seigneur , â&&<poç tou Kupiou, le mot â&fi^foç ne devrait pas signifier frère. Maintenant, si Ton identifie T Alphée avec le Clopas , mari de la tante maternelle de Jésus , on en viendra sans peine à prendre le mot ô#A<poç , employé pour signifier le degré de parenté de son fils avec Jésus , dans le sens de cousin. L'apôtre Jacques , fils d'Alphée , étant ainsi identifié avec le cousin , et celui-ci avec le frère de Jésus , portant le même nom , il est tout simple de traduire les mots Jude de Jacques , ioo&aç iaxcàëou , dans les listes d'apôtres de Luc (Luc , 6 , 16 ; Act. Ap. , 1 , i3) par Judejrère de Jacques (fils d'Alphée), et de regarder alors cet apôtre Jude comme identique avec le Jude frère de Jésus, c'est-à-dire cousin du Seigneur et fils de Marie Clopas ; remarquons toutefois que son nom ne figure jamais a côté du nom de cette femme. Dans XÉpitre de Jude que notre canon renferme, l'auteur, V. 1 , se désigne comme frère de Jacques , àâeXço; iaxcoêoo ; et si XÉpitre est authentique , cette désignation concorderait avec les raisonnements exposés plus haut. En outre , d'après quelques uns, l'apôtre Simon le zélé , d ÇyiWnjç, ou le Cananite^ Kavav£t7k 9 pourrait être confondu avec le Simon cité parmi les frères de Jésus, lequel, d'après la tradition de l'Eglise, présida, après Jacques, la communauté de Jérusalem (2). De cette façon , José serait le seul qui fût sans qualification. Si ceux que le Nouveau Testament appelle frères de Je-
tus ne sont que ses cousins , et si trois d'entre eux ont été
(1) Em*eb. H. K„ a» i. M Euseb. H. E., 3, u.
apôtres , il est surprenant que dans les Actes ( t , 1 4 ) les frères de Jésus, après l'énumération de tous les apôtres, soient encore nommés particulièrement, et que, dans la prefriière Épttre aux Corinthiens , 9, 5, ils paraissent encore être mis dans une classe à part. Peut-être aussi le passage Cité plus haut de Y É pitre aux Gala tes , 1 , 19, doit-il être entendu en ce sens : que Jacques y est désigné comme n'étant pas apôtre ( 1 ). Si ces textes ne semblent pas permettre de ranger au nombre des apôtres les frères de Jésus , il est encore plus difficile de n'y voir que de simples cousins; car dans un si grand nombre de passages cités , ils sont associé» immédiatement à la mère de Jésus ; et en deux ou trois endroits seulement , deux hommes qui portent les mêmes noms sont associés à l'autre Marie, qui serait leur véritable mère. Sans doute , le mot grec tâektfe , dans un langage peu exact, peut signifier, comme le mot hébraïque rw , un degré de parenté plus éloigné ; cependant il est répété un grand nombre de fois pour exprimer la parenté des personnes en question avec Jésus, et il n'est jamais remplacé par <xve<|/ioç , mot qui ne manque pas à la langue du Nouveau Testament là où il s'agit de désigner un cousin (Col., 4? *o) ; en conséquence il ne peut pas être pris autrement qu'avec sa signification propre. De plus , l'identité des nom» d' Alphée et de dopas , identité sur laquelle repose celle de Jacques , cousin de Jésus*; avec celle de l'apôtre Jacques le mineur ; la traduction des mots iou#aç laxajëou par Jucie frère de Jacques ; l'identité admise entre l'auteur de la dernière Épitre catholique avec l'apôtre Jude ; tout cela est excessivement incertain , et il suffit ici de le rappeler.
Ainsi le tissu de ces identifications se déchire partout ; nous sommes ramenés au point de départ de nos recherches, et bous avons toujours des aères propres de Jésus, deux
cousins différents de ces frères et porteurs des mêmes noms que deux d'entre eux , de plus quelques apôtres ayant aussi les mêmes noms. La dénomination semblable de deux couples de fils dans une même famille n'a rien d'assez extraordinaire pour qu'on s'en étonne ; mais ce qui est embarrassant , c'est que le même Jacques qui , dans V.Épttre aux Galates , est désigné comme le frère du Seigneur, â£e^<poç Kuptou, doit être considéré, d'après les Actes des Apôtres, sans aucun doute , comme le fils d' Alpbée. Or , il ne peut pas avoir été fils d'Alphée, si les mots frère du- Seigneur signifient véritablement un frère.
Dans tous les cas il reste une assez grande confusion , et si l'on peut en sortir , ce n'est , ce semble , que négativement et sans aucun résultat historique, c'est-à dire en admettant que , chez les auteurs du Nouveau Testament et dans la tradition de la primitive Eglise , il y avait quelque obscurité et des variations sur ce point , variations qui ne peuvent guère manquer de naître dans la complication des noms et des degrés de parenté. Nous n'avons donc aucun motif pour nier que la mère de~4ésns ait donné à son mari plusieurs autres enfants plus jeunes et peut-être aussi plus âgés ; car, si le mythe sur la naissance de Jésus le représente, dans le Nouveau Testament, comme le premier-né , le même mythe le représente , dans les Pères de l'Église , comme fils unique.