‹ Vie de Jésus: ou examen critique de son histoire (volume 3)Chapitre 25 sur 35 · XXXI · texte numérisé non relu

XXXI

Le cens (I).

Les narrations de Matthieu et dé Luc s'accordent k placer, toutes deux, lanaissance de Jésus à Bethléem. Mais, tandis que le dernier en raconte avec détail les particularités les plus précises , le premier n'en parle qu'occasionnellement; la première fois c'est dans une phrase accessoire , et il l'indique comme quelque chose de consécutif ( 1 , $5) ; la seconde fois il s'y réfère comme à une chose connue (2, 1).

(1) Dernièrement, Tholnck ( d'abord dans : liter, Anzeiger, maintenant dans :

Glaubwùrdigkeit , n. s. f., S. 158-198) a composé sur le cens un mémoire très étendu, qu'Olshausen (S. 127) nomme un travail de maître. OUhausen s'est laissé tromper par le geai couvert des plumes du paon; depuis , Scbulz, dans Y Examen de l'écrit de Tholuck (Lit.

Blatt der a. K. Ztg. , 1837, n ° 6 9» *•) »

l'a mis à nu en montrant que presque toutes les citations empruntées à tous les auteurs possibles et étalées avec tant de pompe* étaient un bien étranger, appartenant à Lardner. Au reste , ce mémoire est quelque cbose de remarquable ; d'abord on y montre la vérité de plusieurs autres renseignements donnés par Luc et contrôlés par l'histoire profane , comme si celui qui a raison neuf fois ne pouvait pas se tromper la dixième ; comme si la plupart des passages allé-

gués par Tholuck ne se rapportaient pas à des temps bien postérieurs , sur lesquels en conséquence Luc pouvait avoir des notions plus exactes; et comme s'il n'était pas vraisemblable qu'il s'est trompé au sujet de Lysanias et de Theudas , comme au sujet du recensement.

Lorsqu'il en vient au passage même relatif au recensement , Tholuck trouve admissibles toutes les explications déjà proposées; le passage peut être une glose ; mais aussi tcptûxvi peut être pris pour TTpoTcpoc, ou bien être l'équivalent de TrptoTov * et irptorov l'équivalent de demum ; et puis rien n'empêche de lire avr-J) au lieu de av*». Comme la défiance de chacun de ces expédients se cache mal sous l'apparence de la confiance en tous!

Il sera question plus loin d'inexactitudes de détail et même d'inadvertances.

En conséquence, nous poumons croire, d'après Matthieu , que la naissance de Jésus n'a été accompagnée d'aucun événement remarquable, et cependant Luc en sait raconter plus d'un. Dans Matthieu, il semble que les parents de Jésus avaient leur résidence à Bethléem ; dans Luc , ils y sont conduits par des circonstances toutes spéciales. Mais pour le moment laissons de côté cette dissidence, dont l'explication pourra se trouver plus tard , quand nous aurons rassemblé un plus grand nombre de données, et occupons-nous de l'erreur où Luc paraît être tombé , quand on le compare avec lui-même et avec des faits connus d'ailleurs. Suivant lui , les parents de Jésus , qui résidaient habituellement à Nazareth , furent appelés à Bethléem , où Jésus naquit 4 par un cens qu'Auguste avait ordonné dans le temps où Quirinus était gouverneur de Syrie (Luc, q, 1, seq.).

La première difficulté, c'est que le recensement, i^oy^cc^ ordonné par Auguste , c'est-à-dire l'inscription des noms et la déclaration du revenu pour l'établissement de la taxe, est dit avoir été étendu a toute la terre habitée, 7ra<jav r/jv owcouf/ivv)v(V. 1). Cetteexpression, dans le sens qu'elle avait alors ordinairement, signifierait le monde romain. Or nul écrivain de l'antiquité ne parle d'un pareil recensement général ordonné par Auguste; il n'est question que de recensements partiels et prescrits k des époques différentes. En conséquence, Luc, par les mots terre habitée , owcou|/ivY) , doit avoir voulu désiguer, non l'empire romain, suivant là signification qu'ils avaient ordinairement , mais seulement la terre de Judée. On cite aussitôt des exemples pour la possibilité de cette explication ( 1 ) , mais aucun de ces exemples ne prouve rien. En effet, quand même, dans tous ces passages des Septante, de Josèphe et du Nouveau Testament; ceà mots ne signifieraient pas , dans le langage exagérateur de

(i) OUhausen, Si u8; Paulus, S» 17^ Kuinorff Comm. m Lue,, pag. 3 16.

ces écrivains , toute la terre connue, ici du moins , où il est question d'un ordre de l'empereur romain, l'expression toute la terre habitée f iz&gql -f\ oUou^évvj , devrait nécessairement s'entendre de ses domaines , c'est-k-dire du monde romain. Aussi s'est-on tourné dernièrement du côté opposé, et, en invoquant l'autorité de Savigny, on a soutenu qu'au temps d'Auguste il y avait eu réellement un recensement général dans l'empire (1). C'est ,. à la vérité , ce que disent positivement des écrivains chrétiens postérieurs (a) ; or, non seulement leurs assertions sont Suspectes , parce qu'elles sont dépourvues de tous témoignages anciens (3) , mais encore elles sont réfutées par ce fait que-, long-temps après encore, une égale répartition de l'impôt manquait dans l'Empire (4) ; enfin les propres expressions des écrivains chrétiens prouvent que leur témoignage dépend de celui de Luc (5). Du moins, dit-on, Auguste a tenté , à l'aide d'un recensement général , d'imposer régulièrement tout l'empire ; il a commencé, en faisant recenser des provinces isolées , l'exécution de ce projet , dont la continuation et l'achèvement ont été laissés à ses successeurs (6). Mais, en supposant que l'expression dont s'est servi l'évangéliste, décret, ^oyjjLa , put s'entendre d'un simple projet , ou que ce projet , encore indéterminé , eût été , comme Hoffman le pense, énoncé dans un décret, toujours ést-il qu'au temps

(i) Tholuck,S. 194 ff. ; Neander, S. 19.

(a) Cassiodor. , variarum , 3 , 5a ; Isidor., Orig. 5, 36.

(3) C'est faire preuve d'une extrême négligence que d'invoquer ici le monument d'Ancyre , qui contient , dit-on (Os fonder , S. 95) , un recensement de tout l'empire pour Tan de Rome 746 Car» en examinant cette inscription, ou ne trouve sur la seconde table que trois recensements des citoyens romains 9 census civium romanorum. Suétone (Octav. 37) -1er désigne aussi comte «•

censément* du peuple , census populi; et Dion Cassius, 55, i3, représente expressément l'un de ces recensements comme comprenant les habitants de l'Italie , ôcTToypacpyj tSv cv tv} IraKa xaTotxovvrav.

Comparez aussi tdeler , Chronol, 2 ,

(4) C'est ce qu'a prouvé Savigny luimême , Zcitschrift fiir geschichtliche Rechtswissenschaft , 6 Bd. , S. 35o f.

(5) Dans le prétendu passage décisif de Suidas, on trouve les mots empruntés à Luc : ocvtyj 19 «wroypay^ TrpwTV) ty/vero.

(6) Hoffmann, S. 23i.

de la naissance de Jésus, un recensement romain était impossible dans la Judée.

Non seulement, d'après Matthieu, Jésus est né quelque temps avant la mort d'Hérode-le-Grand, puisqu'il est dit (2, 19), que Hérode ne mourut que pendant le séjour de Jésus en Egypte ; mais encore Luc , sans dire expressément que Jésu3 est né sous flérode-le-Grand, prend, là où il annonce la naissance de Jean-Baptiste (1 , 5), son point de départ aux jours du roi Hérode , Tij/ipatç Hpco^ou Toij ëccGikétoç , et si* mois plus tard vient l'annonciation de la naissance de Jésus; de sorte que, d'après lui, Jésus, est né sinon avant, comme Jean-Baptiste, du moins peu de temps après la mort d'Hérode I er . Or, après sa mort, la province de Judée (Matth. 2, 22), revint à son fils Archélaûs , qui , après un règne de dix ans, fut déposé et banni par Auguste (1) ; à dater de ce moment, la Judée fut réduite en province romaine et administrée par des employés romains (a). Ainsi, il faudrait que le recensement romain dont il est ici question eût été fait ou sous Hérode-le-Grand lui-même, ou dans les premiers temps du règne d' Archélaûs. Cela est excessivement invraisemblable ; car, dans les pays qui n'étaient pas réduitsen province, mais qui étaient administrés par des rois alliés , ces rois levaient les taxes eux-mêmes , et payaient aux Romains un tribut (3) ; c'était aussi de cette façon que les choses se passaient avant la déposition d' Archélaûs. On a fait différentes recherches pour rendre vraisemblable un recensement orcjonné exceptionnellement par Auguste en Palestine dès le règne d'Hérode-le-Grand; on rap- ' pelle que le tableau de V empire , breviarium imperii, laissé par Auguste, renfermait aussi la situation financière de

(l) Josèphe, Antiq, I7»i3, a. 8. j. 2, (3) Comparez Paulos. Exeg. Handb.

7, 3. i»a. S. 171. Winer , bibl. Realwœrter-

(a) tbioU 17 , i3, 5 et 18, 1, 1. B. j. buch, d. A. Abgabeu. a,* 8,i.

tout l'empire , et que peut-être l'empereur, pour connaître exactement les ressources de la Palestine , avait fait faire un recensement par Hérode (1). De plus on invoque une particularité racontée par Josèphe : les relations qui subsistaient entre Auguste et Hérode ayant été troublées par une circonstance , le premier menaça le second de lui faire sentir qu'il n'était qu'un sujet (a) ; on fait valoir le serment que les Juifs , d'après Josèpbe , furent obligés de prêter à Auguste dès le vivant d'Hérode (3) , et Ton suppose qu'Auguste, étant résolu k diminuer, après la mort d'Hérode, l'autorité de ses fils, a bien pu ordonner un recensement (4) dans les dernières années de ce prince. Peut-être aussi, l'absence d'Archélaûs , qui s'était rendu à Rome pour régler sa succession au trône , l'occupation de Jérusalem par le procurateur romain Sabinus , et l'oppression qu'il fit subir aux Juifs (5), sont-elles des circonstances qui semblent suggérer l'idée d'un recensement.

Mais il est inutile de discuter en détail ces combinaisons plus pu moins arbitraires, plus ou moins dénuées d'autorités historiques ; notre évangéliste nous dispense de ce soin , en ajoutant que le recensement dont il parle fut fait

(i) Tacit. Annal., 1, 1 1 ; Suétone, Oo tav., îoi. Mais si, dans cet écrit, opes pu»

blicœ continebanlnr* quantum civium sociorumque in armis ; quot classes, régna, provincial , tributa aut wecligalia , et nécessitâtes ac largitiones , le nombre de troupes et les sommes que les princes juifs avaient à fournir pouvaient y être indiqués, sans qu'un recensement eût' été fait dans leur pays. Pour la Judée en particulier , Auguste eut par devers lui le recensement fait par Quirinus posté- 'rienreraent à la naissance de Jésus.

(a) (5»Tt, iràXou Xpwptvoc gcvtu <pi%>, yûv vttyjxoû) xpyiartTOU. Joseph, Antiq.

16, 9, 3. Mais la bonne intelligence fut rétablie long-temps avant la mort d'Hérode, Joseph. Ant. 16, 10, g.

(3) Ib. 17, a, 4 : (ont 1* peuple juif

promettant par serment d'être fidèle à l'empereur et aux intérêts du roi. irotvrbç tov Iou£atxov &e£a«00-ccvToç Si opxwv rT p.y]V cvvovï<Tai Kaccrapt xoct toîç Sao-iXtwç irpayfxaart. Ce serment, loin d'être uue mesure mortifiante pour Hérode, avait été prise dans son intérêt; c'est ce que proi v 3 la passion avec laquelle il punit les Pharisieus qui ne le prêtèrent pas.

(4) Tholuck, $. 19a f. ; mais (et c'est la réfutation de toutes ces suppositions) l'insurrection qu'excita le recensement après la déposition d'Archélaûs prouve que c'était la première mesure de cette espèce dans la Judée.

(5) Antiq. 17, g, 3 ; 10, t seq. ; B. j.

a, 2, a. Mais Sabinus ne voulait que les forteresses et le trésor d'Hérode»

QUATRIÈME CHf AP2ÎHS. § XXXI. S&7

pendant que Quirinus était gouverneur de la Syrie, */tye»jioveuovroç T7]ç Supiaç KupYjvtou.' Or, il est certain que le recensement de Quirinus ne se fit ni sous Hérode, ni au commencement du règne d'Archélaûs, époque où Luc place la naissance de Jésus; alors Quirinus n'était pas encore gouverneur de la Syrie; cet emploi fut rempli, dans les dernières années d'Hérode, par Sentius Saturninus, puis par Quintilius Varus ; ce ne fut que long-temps après la mort d'Hérode que Quirinus eut le gouvernement de la Syrie. Ce magistrat fit en effet un recensement ; cela est at~ testé par Josèphe (1), qui remarque en même temps qufe Quirinus fut envoyé pour y présider , le pays d'Archélaûs ayant été soumis au gouvernement de la Syrie , ty;ç Àp-/£>.aou y/opaç etç 67uapyiav 7r8piypa<petcviç ou ÛTTOTeXouç •nrpo(7vs[/.7)Ô2t<j7)<; T/j 2upcov (2). Ainsi ce recensement est postérieur de dix ans à l'époque où, suivant Luc et Matthieu, Jésus aurait dû être né.

Luc paraît ici contredire incontestablement l'histoire ; et cependant les commentateurs ont cru pouvoir résoudre cette contradiction de différentes manières. Les plus intrépides ont déclaré que tout le second verset était une glose introduite de bonne heure dans le texte (3). D'autres ont essayé de changer la leçon du texte ; parmi ces derniers , les uns, suivant Fexemple de Tertullien , qui attribue le cens à Saturninus (4), mettent dans le texte ce nom ou celui de Quintilius Varus (5) ; les autres font des modifications ou des additions aux autres mots. Le plus facile changement est celui que propose Paulus ; il ht aùr/j *n ârcoypoKpi, le recensement même , au lieu de aur/j t$ a7çoypa(pYi , ce recensement, et il admet que , dès le règne d'Hérode I er , Auguste

(i) Antiq. 18, l, l. (4) Adv. Marcion. 4, 19.

(a) Bell. jud. 2,8,1,9,1, Antiq. (5) Voyez dans Winer % Reahvcer-

17, i3, 5. tevbuch d. A. Quirinus.

(3) Par exemple , Kuinœl, Comm, in Luc,, p. 3ao.

*38 MEMrfkÉ SECTION.

avait donné des ordres pour un recensement , et que les préparatifs en avaient déjà été poussés assez loin pour décider les parents de Jésus k se rendre à Bethléem ; qu'ensuite Auguste s'était apaisé, que l'affaire en était alors restée là , et que le recensement même, aùr/j tq â-TroypaçY) , avait été fait assez long-temps après , sous Quirinus. Quelque peu considérable que paraisse ce changement de lecture , qui laisse les lettres intactes, il faudrait cependant, pour qu'il fût sûr, qu'il eût un appui dans le contexte même. Or, c'est le contraire : car, si on annonce, dans une phrase, l'édit d'un prince, et , dans la phrase suivante, l'exécution de cet édit, il n'est pas vraisemblable qu'un intervalle de dix ans se trouve entre la promulgation et l'exécution. Mais, ce qu'il faut sur- * tout observer, l'évangéliste parlant, V. i, du décret, et Y. a' , de l'exécution postérieure de dix ans , aurait de nouveau, V. 3, parlé d'un voyage au temps du décret, sans,*-y faire remarquer l'intervalle de temps qui s'était écoulé ; cela^ ne s'accorde avec aucune forme de narration raisonnable.

A des altérations aussi arbitraires du. texte, il faut tou-i jours préférer des tentatives où l'on cherche une issue par la seule voie de l'explication. A la vérité, prendre avec quelques uns xpcuT/) pour xporspa, et -/jyefjLoveuovToç Kupvjviou, non pour un /*^f génitif absolu , mais pour un génitif régi par un comparatif, '* ^ et ainsi entendre un recensement avant celui de Quirinus ( i ), c'est faire violence à la grammaire ; ce n'est pas en faire moins k la critique que d'intercaler xpo rr^ après izpàm (2). On ne peut pas davantage admettre avec Wetstein qu'il y ait eu , dès le vivant d'Hérode, un préliminaire du recensement fait plus tard par Quirinus, que ce préliminaire , où Quirinus ne fut pas employé , fut peut-être le serment prêté à Auguste, et qu'ensuite ces deux opérations ont été comprises

(1) Storr, Opusc.acad, 3, p,ia4,seq.; (a) Michaelis, Anmerck* z % </. St, uni

wermUchtc Aufsœtzc, Sùskind, S. 63, Ct EM in dos 2V» J. l, 71. ieutTholuck,S. i8a-f.

sous le même nom. Pour justifier, en quelque façon, cette dénomination , on suppose que peut-être Quirinus avait été envoyé en Judée, dès le vivant d'Hérode, en qualité de commissaire extraordinaire chargé d'établir les taxes ( 1 ) ; cette explication du mot ^yspveuovroç est rendue impossible par l'addition du mot la Syrie; car la locution de ^yepveuovToç Supia; ne peut signifier <|ue Prœses Syricë.

Ainsi au temps où Matthieu 2 , 1 , et Luc 1 , 5 , 26 , placent la naissance de Jésus, il est impossible qu'il y ait eu un recensement; et si les renseignements historiques sont exacts, ceux des évangélistes sont faux nécessairement. Mais ne se pourrait-il pas que les choses fussent inverses, et que Jésus fût né après le bannissement d'Archélaus, au temps du recensement de Quirinus? Indépendamment des difficultés dans lesquelles cette hypothèse nous jetterait pour la chronologie du reste de la vie de Jésus , il est impossible qu'un recensement romain , après le bannissement d'Archélaus, ait appelé les parents de Jésus, de Nazareth en Galilée à Bethléem en Judée ; car la Judée seule et ce qui avait appartenu à Archélaûs devinrent province romaine, soumise au recensement ; en Galilée, Hérode Antipa$ resta avec la qualité de prince allié ; et aucun de ses sujets domiciliés à Nazareth ne pouvait être appelé à Bethléem pour y être recensé (2). Ainsi, l'évangéliste, pour avoir son recensement, se représente Fétat du pays tel qu'il fut après la déposition d'Archélaus ; et, en même temps, pour rendre cette opération commune à la Galilée , il se figure le royaume indivis comme

(1) Mûnter, Stern der Weisen^ S. 88.

Comparez Hoffmann, S. a"-» 5,

(2) Le passage de Josèphe , 8. j., 2 , 8, l , où. il est dit de Judas le Galiléen qu'après la déposition d'Archélaus il souleva, à causé du recensement , les indigènes, tovç e7rtj(oïpto¥<; , ne prouve pas aussi promptement que Hoffmann le pense, p, a34, que le recensement s'était

aussi étendu à la Galilée ; car Josèphe dit dans son ouvrage postérieur et plus exact, Antiq. , 18,1, 1 : Quirinus vint aussi dans la Judée, réunie au gouvernement de Syrie t pour faire le recensement des propriétés- des Juifs, et pour vendre les biens d'Archélaus , irapvjv es xac Kvpnjvtoç tiç Tyjv 1 ov<?cuav , irpoafly'xyjv t^s.

il était sous Hérode-le-Grand. Il suppose donc des choses qui se contredisent évidemment , ou plutôt il n'a qu'une idée excessivement confuse des rapports politiques' k cette époque; tellement qu'il étend (il ne faut pas l'oublier) le recensement non seulement à toute la Palestine , mais encore k l'empire romain entier.

Cependant , k ces impossibilités chronologiques ne se bornent pas les difficultés; la manière dont Luc rapporte que le recensement fut exécuté est sujette k de graves objections. Il dit d'abord que Joseph alla, k cause du cens, k Bethléem, parce qu'il était de la maison et de la patrie de David , S ta to etvat aùrov s£ owcou xai 7carpiaç Aaét&, que chacun se rendait dans sa ville propre, etç ttjv $iav itokw , c'est-k-dirc, d'après le contexte , au lieu d'où sa famille était originaire. On était en effet, dans les recensements juifs, obligé de se faire» inscrire dans le heu de sa tribu, parce que, chez les Juifs, l'organisation par famille et par tribu constituait la base de l'État ; les Romains , au contraire, opéraient le recensement dans les lieux de résidence et dans les chefs-lieux de districts (i). Ils ne se conformaient aux usages des populations conquises qu'autant que ces usages ne gênaient pas leurs opérations. Or ici, ils allaient directement contre leur but, puisqu'un particulier, comme Joseph, pouvait être appelé par le recensement dans des lieux très éloignés de sa résidence , où Ton ne connaissait pas son avoir , et où il

twv tocç ovatotç xai &Tro£ci>o , ofACVoç toc Ap- XcXotov xpvjpaTa. Ainsi le recensement, qui comprenait an reste , d'après 17, l3, 5, tout ce qui, de la Syrie, était province romaine, fut évidemment borné, en Palestine, à la principauté de Judée.

Que Ton compare ensuite la description de la révolte, Antiq., 18, 1, 1. a, x,où il n'est plus question de la Galilée , où Judas s'appelle le Gaulanite , et où le grand-prêtre complaisant à Jérusalem est représenté comme entraîné par la multitude, x«rowTewcoc70}tç v*fe *% <nfar

8voç ; on sera forcé de considérer la Judée comme le théâtre de l'insurrection , et prendre l'expression du livre sur la Guerre judaïque , indigènes, lîrt^wpfovç, dans un sens plus étendu, ou supposer que Judas, ayant mis en mouvement les Galiléens, naturellement turbulents , par la perspective d'un recensement qui allait bientôt les atteindre, avait, de là, transporté la révolte en Judée.

(1) Voyez les passages de Wetstein et Paulus,

QUATRIÈME CHAPITRE. § XXXII. ifa

était impossible de contrôler ses déclarations ( 1 ). On admettrait donc plutôt avec Schleiermacher (2) que la vraie • cause qui conduisit les parents de Jésus à Bethléem, fut une inscription sacerdotale que l'évangéliste a confondue avec le recensement de Quirinus , qu'il connaissait mieux. Mais cette concession noterait pas la contradiction qui s'attache à la malheureuse assertion de Luc : il fait inscrire Marie avec Joseph ( V. 5) ; or, d'après la coutume juive, l'inscription ne comprenait que les hommes (3). Luc aurait donc commis au moins une inexactitude , en disant que le but du voyage de Marie avait été de se faire inscrire au lieu d'où son» fiancé était originaire ; ou , si l'on évite cette inexactitude en forçant, avec Paulus, la construction de la phrase, on ne voit plus ce qui put décider Marie à entreprendre un tel voyage dans l'état de grossesse où elle se trouvait ; car elle n'avait absolument rien k faire à.Bethléem , à moins qu'on ne suppose, par une hypothèse en l'air, avec Olshausen et d'autres , qu'elle était héritière de biens sis dans cette ville. La vérité est que notre évangéliste savait fort bien ce qu'elle allait faire à Bethléem , elle allait y accomplir la prophétie de Michée , qui avait dit ( 5 , 1 ) que le Messie naîtrait dans la ville de David. Partant de la supposition que les parents de Jésus avaient eu leur résidence véritable à Nazareth , il chercha un levier pour les amener à Bethléem au moment de la naissance de Jésus. Rien ne s'offrit à lui

(1) C'est ce que montre Credner, 1. c,

(2) Ueber denLukas, S. 35 f.

(3) Comparez Paulus, 1. c. , S. 179.

Si la présence de Marie , dit Tholuck , n'était pas indispensable dans le recensement juif , elle l'était dans le recensement romain; et il invoque (S. 191) le passage de Deuys d'Halicarnasse, Ant.

Rom., 4 t *4» passage qui lui est fourni par Lardner. Pour des gens comme .

Olshausen, une pareille assertion est

vraie sans antre vérification, et ils la copient textuellement (p. 1 27) ; mais, si l'on recourt au passage , on n'y trouve rien que le décret de Servius Tullius, d'après lequel les Romains doivent se faire inscrire avec leurs femmes et leurs enfants, yvvaXxdç xt xoà woûtfocç, dont ils donnent seulement le nom (èvofjt-ocÇovTotç), sans les amener avec eux. Le nom le plus doux que l'on puisse-appliquer à cette manière d'invoquer les autorités est inadvertance.

iffîr PREMIÈRE SECTION.

- que le célèbre recensement ; il s'en empara avec d'autant moins d'hésitation que, se faisant une idée fort confuse de l'état politique du temps, il ignorait les nombreuses difficultés inhérentes à cette combinaison. S'il en est ainsi, il faudra convenir que K. Ch. L. Schmidt a toute raison de soutenir que , essayer d'accorder avec la chronologie le dire de Luc sur te recensement, c'est faire beaucoup trop d'honneur k l'évangéliste \ qu'il a voulu transporter Marie à Bethléem , et que , cela fait , les dates se sont arrangées comme elles ont pu (1).

Ainsi, nous n'avons ici ni un terme fixe pour la date de

, la naissance de Jésus , ni une explication de la cause qui amena sa naissance à Bethléem. Si donc , pouvons - nous dire dès à présent , on ne trouve aucune autre raison que celle de Luc pour admettre que Jésus est né à Bethléem, nous n'avons absolument aucune garantie que Bethléem soit le lieu de sa naissance.

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