‹ Vie de Jésus: ou examen critique de son histoire (volume 3)Chapitre 26 sur 35 · XXXII · texte numérisé non relu

XXXII

Circonstances particulières de là naissance de Jésus, avec la circoncision.

Ayant établi une fois que Marie et Joseph s'étaient rendus à Bethléem en qualité d'étrangers , à cause du recensement, Luc expose sans difficulté les circonstances ultérieures du récit. L'affluence des étrangers à Bethléem empêcha Joseph et Marie de trouver place dans la maison de leur hotej ils furent obligés de s'accommoder dans une étable, où Marie mit aussitôt au monde son premier-né. Mais l'enfant qui, sous des apparences aussi peu brillantes, ve-

(i) Datas Sfcfcmïâï'&tBibliothek/ur Kri- gulier que Sieffert ( ûber den Ursprung

tik und Exégèse, 3, 1, S. ia4. Comparez des ersten Ev. S. 68 ff„ 1 58 ff.) fasse

Kaiser, bibL Théologie, 1, S. a3o; Am- un reproche à Matthieu de ne rien sa-

mon, Fortbildung, 1 9 S. 196; Credner, voir des circonstances qui amenèrent, de

EinL in d. if. T. , 1, S. 1 55 ; De Wette, Nazareth à Bethléem, les parents de Jé-

exeget. Handbuch , z. d. St. II est sin- sas. (Voyez d'un autre côté Kern, Sur

QUATRIÈME CHAPITRE. § XXXII. à$

nait à l'existence sur terre , était d'un grand prix dans le ciel ; un messager céleste annonce à des bergers qui gardaient de nuit leurs troupeaux dans les champs, la naissance du Messie , et les adresse à l'enfant dans la crèche ; ils lé cherchent et le trouvent après un hymne chanté par mi chœur de l'armée divine (2 , 6 — 20).

Les évangiles apocryphes et la tradition des Pères de l'Église ont orné encore davantage la naissance de Jésus. D'après le Protévangile de Jacques (i), Joseph conduit Marie sur un âne à Bethléem pour le recensement; dans le voisinage de la ville , elle donne des signes tantôt de tristeôse, tantôt de joie ; interrogée , elle répond qu'elle voit devant elle deux peuples, l'un pleurant, l'autre riant. C'est ainsi que jadis deux nations ennemies se heurtaient dans le' sein de Rehecca, 1 Mos., 25, 23. D'après une des explications (2), les deux peuples signifiaient les deux parties d'Israël , à l'une desquelles l'apparition de Jésus sera une occasion de chute, eiç 7rrô<7iv ( d'après Luc, 2, 34), et a l'autre une occasion d'élévation , eîç àvà<7Ta<riv ; d'après la seconde explication (3), ils signifient le peuple des Juifs, qui plus tard rejeta Jésus , et le pçuple des païens , qui l'accueillit. Bientôt après , Marie est prise des douleurs de l'enfantement , en dehors de Bethléem , comme il semble d'après le contexte et d'après plusieurs variantes. Joseph la conduit dans une caverne située près du chemin ; et là , au milieu d'une pause solennelle de la nature entière , cachée par un nuage lumineux , elle met au monde son enfant. Des

V Origine de V évangile de Matthieu, dans Tûbingcr Zeitschriftfur Théologie , 1 834»

2, S. il 5.). 11 n'est pas moins étonnant que Winer (b. Rw. a , S. 35o) défende inc de s'être trompé sur la date du cens de Quirinus , en disant qne cet évangéliste, d'après les Actes des Apôtres, 5, 37 , a bien connu ce recensement; car ce passage, même des Actes,

où Thcndas est mal placé par rapport à Judas, montre que l'ànlfeiir ti'éo& ]»hs très fort sur la chronologie de ce temps.

(1) Cap. 17, seq. ; comparez Bistoria de Nativitate Marias et de Infantia. Scrwitoris. c. i3.

(2) Fabricius dans Codex apocrypkus iV. 7. i, p. ie5, not yi

(3) Protêt*. Jac, c. 1 7.

femmes appelées à son secours la trouvent vierge même après la délivrance.

La légende de la naissance de Jésus dans une caverne est connue déjà de Justin ( 1 ) et d'Origène (2). Pour l'accorder avec le récit de Luc , qui dit que Jésus naquit dans une crèche, <paTVY) , ils supposent qu'il se trouvait une crèche dans la caverne. Plusieurs modernes admettent cette supposition (3) , tandis que d'autres aiment mieux que la caverne soit ce que Luc appelle (parvv) , dans le sens de magasin à fourrage (4). Justin (5) , pour la naissance de Jésus dans la caverne , invoque la prophétie d'Isaïe, 33, 1 6 : Le juste habitera dans la caverne élevée de la forte pierre , outoç oucyfaet sv btyrikû gtcyiWco rcerpaç icyjjpaç. De même , Y histoire de la nativité de Marie , rapportant que l'enfant Jésus fut , le troisième jour, apporté de la caverne dans l'étahle , s'appuie sur Isaïe, 1,3: Cognovit bos possessorem suum , et asinus prœsepe domini sui (6). Dans plusieurs des apocryphes cités, entre les femmes qui aident l'accouchement et les mages, les hergers sont omis ; mais ils se trouvent dans Y Evangile arabe de V enfance 1 où, étant venus à la caverne et ayant allumé un feu de joie, ils voient l'armée céleste leur apparaître (^).

Maintenant , si nous prenons les circonstances racontées par Luc dans le sens surnaturel , plusieurs difficultés se présentent. D'ahord on peut demander avec raison : A quoi devait servir l'apparition des anges (8)? La réponse la plus naturelle est : faire connaître la naissance de Jésus. Mais l'apparition angélique la fait si peu connaître, que les mages sont les premiers qui apportent, dans Jérusalem, ville voisine, la nouvelle du roi des Juifs qui vient de naître; et dans le courant de l'histoire , il ne se trouve plus de trace

(1) Dial.c. Jryph. 78. (5) Dial c. Trypk. 70 et 78.

(a) C.Celt. 1, 5i. (6) Cap. 14.

(3) Hess. Geschichte Jesu, 1 S. 43 • (7) Cap. 4 dans ThUo, p. 69. Olshausen, biH. Comm. i,S. i32. (8) Voyez Gabier un nettes t., theol.

(4) VivAviStExeg, Handb„$, 18a. Journal, 7,4, S. 4 10.

de cet événement qui signala la naissance de Jésus. Aipsi le but de cette apparition extraordinaire ne peut pas avoir été de faire savoir au loin que Jésus était né; car autrement Dieu aurait manqué son but. 11 faudrait donc admettre avec Schleiermacher qu'elle se bornait k agir immédiatement sur les bergers (1); alors il faudrait aussi supposer avec lui que ces bergers étaient remplis, comme Siméon, d'espérances messianiques, et que Dieu voulut récompenser et confirmer leur pieuse croyance par cette apparition. Mais le récit évangélique ne dit pas un mot d'une telle disposition des bergers , il ne dit pas non plus qu'une impression durable ait été produite sur eux. En définitive , rien dans la narration ne paraît signaler l'apparition comme se rapportant aux bergers ; et ce miracle a uniquement pour but de glorifier et de faire connaître la naissance de Jésus comme Messie. Or, cette publicité, nous l'avons déjà remarqué, fut manquée ; quant à la glorification prise en elle-même , elle n'est qu'une vaine décoration , et par conséquent ce n'est pas un but digne de Dieu. Ainsi , cette circonstance prise en elle-même forme une difficulté qui n'est pas sans gravité, contre l'explication surnaturelle de cette histoire. Qu'on y ajoute les objections élevées plus haut contre l'apparition et même l'existence des anges , et l'on comprendra sans peine que pour ce récit aussi on ait essayé la voie de l'explication naturelle.

Les premières tentatives de cette dernière ont été fort grossières. Ainsi , Eck considère l'ange comme un messager de Bethléem, porteur d'une lumière qui frappa les yeux des bergers, et l'hymne des armées célestes comme le cri de joie de gens qui accompagnaient ce messager (2). Paulus a disposé toute l'affaire avec plus de finesse et d'entente : Marie avait

(1) Veber den Lukas, S. 33. Cômpa- miracles du Nouveau Testament; compariez Neander, L. J. Chr. S. aa. rez Gabier, neuestes theolog. Journal, 7, {a) Dams son Essai sur Us histoires de 4, S. 4x1. Ici encore l'auteur de Y Bis-

trouvé l'hospitalité dans une famille de bergers a Bethléem ; toute pleine de l'idée de mettre au monde le Messie , elle en parla aussi aux membres de! cette famille, qui, en leur qualité d'habitants de la ville de David , ne pouvaient pas être insensibles à ce langage. Ces bergers, étant, la nuit, dans les champs , et ayant aperçu un météore lumineux , phénopaène qui, £U dire des voyageurs , n'est pas rare dans cette contrée-, y virent un message céleste destiné à leur annoncer que la femme étrangère logée dans leur étable avait réellement mis au monde le Messie ; le météore s'étend et se meut çà et là ; leur imagination se figure des armées d'anges qui célèbrent la naissance du Messie. Revenus dans la caverne, ils trouvent leurs espérances confirmées par l'événement ; et euxmêmes, qui n'avaient d'abord vu dans ce phénomène qu'un signe de ce qui allait arriver, transforment , à la façon des Orientaux , ce signe en des paroles réelles qu'ils auraient entendues (1).

Il faut supposer (car tout dépend de là dans cette explication) que les bergers avaient su d'avance quelque chose des espérances que Marie avait d'enfanter le Messie; car autrement comment auraient-ils pu en venir à considérer le météore justement comme un signe de la naissance du Messie dans leur étable? Mais cela nptême forme la contradiction la plus formelle avec le récit évangélique. D'abord , l'évangile ne suppose évidemment pas que l'étable leur ait appartenu ; après avoir raconté la délivrance de Marie dans l'étable , il passe aux bergers d'une manière qui indique un sujet nouveau , et sans rattacher à l'étable ce qu'il va dire : et des bergers étaient dans le mçrne lieu , >cai 7coi(/ive; viffav sv tyî

toire naturelle du prophète de Nazareth (1) L.c. S. 180 ff. Tandis que Paulus

ae trouve pas, dans les miracles du récit suppose un phénomène naturel extérieur,

évangélique, un aliment suffisant à son Matthaei, Synopse der nier Evangelien ,

besoin d'explication naturelle ; il entre- S. 3, admet une apparition angélique in-

prend en outre de redresser, à sa façon, térieure. Tes fables des évangiles apocryphes.

£câpa.TY) ctùrq. Si cette explication était véritable, il y aurait f& au moins : /e^ bergers, etc. , ot £è Trotjfeyeç xtX ; le narrateur n'aurait pas non plus omis de parler des allées et venues des bergers dans l'étable pendant le jour , et de dire qu'ils n'étaient sortis pour garder leurs troupeaux qu'à l'approche de la nuit. Mais, en supposant même ces circonstances, c'est une inconséquence de Paulus que de représenter Marie au commencement tellement silencieuse sur sa grossesse qu'elle ne Ja découvrit pas ipême à Joseph, puis tout-à-coup tellement eommuniçative, qu'à peine arrivée, elle raconte devant des étrangers toute l'histoire de ses espérances. Au reste, en admettent que les bergers ont été instruits par Marie dès avaflt F accouchement, Paulus contredit aussi la suite du récit. Car, d'après le texte, c'est par l'ange qui apparaît qije les bergprs reçoivent la première nouvelle de la naissance du Sauveur, ewrijp ; et en signe de la vérité de cette nouvelle , il leur apprend qu'ils trouveront, dans la crèche, l'enfant nouveau-né. S'ils avaient déjà su par Marie quelque chose de la prochaine naissance du Messie , c'est le météore lumineux qui , pour eux , aurait servi de confirmation aux dires de Marie , et ce n'est pas la

{>résence de l'enfant dans la crèche qui leur aurait certifié a véracité de l'apparition. Enfin , au point où nos recherches sont parvenues, pouvons -nous y accorder assez de confiance pour demander où Marie , puisqu'il n'y avait eu ni annonciation miraculeuse ni conception surnaturelle, aurait puisé la ferme espérance d'enfanter le Messie ?

A côté de cette explication naturelle , sujette à tant de difficultés , Bauer prétendit en donner une mythique ( 1 ) , mais sans faire un pas au-delà de l'interprétation naturelle, et il répéta, trait pour trait, l'exposition de Paulus. Gabier objecta, avec raison, contre cette explication mythique mixte , qu'elle accumulait , comme l'explication naturelle ,

(1) ffebneisehe}Mfthologie y a ThL S. aa3 ff.

trop d'invraisemblances ; que tout paraissait plus simple par l'adoption d'un mythe pur, dogmatique; que parla, une plus grande harmonie se répandait sur cette primitive histoire du christianisme , dont jusque là tous les morceaux ont dû être expliqués comme des mythes purs (1). En conséquence, Gabier pense que le récit évangélique est le produit des idées du temps, qui exigeaient que les anges fussent occupés lors de la naissance du Messie. On savait, dit-il, que Marie avait accouché dans une maison de bergers ; on en conclut que les anges avaient dû apporter aussitôt à ces bons bergers la nouveDe.de la naissance du Messie dans leur étable, et que ces êtres divins, louant Dieu continuellement', avaient ici aussi entonné un cantique. Un judéo-chrétien, qui avait déjà quelques données sur la naissance de Jésus, dit en terminant Gabier , n'a pas pu se la figurer autrement qu'elle n'est représentée ici (2).

L'explication de Gabier montre d'une manière remarquable combien il est difficile de se délivrer complètement de l'interprétation naturelle, et de s'élever tout-à-fait à l'interprétation mythique; car, tandis que ce théologien croit être en plein sur le terrain mythique , il garde cependant encore un pied sur celui de l'explication naturelle. En effet, dans le récit de Luc, il accepte comme historique une particularité que sa liaison avec des éléments non historiques et sa conformité avec l'esprit de l'antique légende chrétienne caractérisent comme simplement mythique , à savoir que Jésus est véritablement né dans une dejneure de bergers ; et il emprunte à l'explication naturelle une supposition que l'explication mythique n'a nul besoin d'imposer au texte , à savoir que les bergers qui eurent la prétendue apparition des anges étaient propriétaires de l'étable où Marie enfanta. La dernière de ces particularités tire toute sa valeur de la première ; or, ce qui

(1) Examen de la Mythologie hèbrdi- auserlesenc theol. Litefatur, a, 1 , S. 58, f. que de Bauer, dans Gabier'» Journal fur (?) Neucst* theol. Journal, 7, 4 S. 4 1 2 f.

a été dit de la naissance de Jésus dans une étable, appartient à toute cette combinaison par laquelle Luc fait arriver , à l'aide du recensement , les parents de Jésus, de Nazareth à Bethléem. Nous* savons maintenant ce. qu'il faut penser de ce recensement ; il tombe sans ressource devant la critique , et en même temps tombe tout ce qui s'appuie là-dessus. Si les parents de Jésus n'étaient pas étrangers à Bethléem , s'ils n'y arrivèrent pas en même temps qu'une grande affluence appelée par la circonstance d'un recensement, il n'y a plus aucune raison pour croire que Marie ait été obligée de prendre une étable pour le lieu de son accouchement. D'un autre côté, rien ne concorde mieux avec l'esprit de l'ancienne légende, que de faire naître Jésus dans une étable et de le faire saluer d'abord par des bergers , et l'on conçoit clairement comment la légende a pu être amenée à inventer, de toutes pièces, le récit entier. Déjà Théophylacte en avait indiqué le véritable caractère , en disant que l'ange est apparu , non, à Jérusalem, aux Pharisiens et aux scribes, qui étaient remplis de toute malice, mais, dans la campagne, aux bergers, à cause de leur simplicité , de leur innocence , et à cause aussi qu'ils étaient , par leur genre de vie , les successeurs des patriarches (1). C'est aussi dans la campagne et auprès des troupeaux , que Moïse eut l'apparition céleste ( 2 , Mos, 3, 1 seq.); et Dieu, d'après Ps. 78, 70 seq. (comparez 1 , Sam. 16, 1 1), avait pris l'ancêtre du Messie , David , dans les huttes (près de Bethléem), pour être le pasteur de son peuple. En général , la mythologie de l'ancien monde attribue de préférence à des gens de la campagne (2) et à des bergers (3) les apparitions divines. Les fils des dieux et les grands hommes sont souvent élevés parmi les bergers (4). C'est encore en

(1) In Luc. a ; dans Suicer, 2, p. 789, (3) Liban, progym. p. i38, dans Wet-

SC q, stein , S. 66a.

(a) Serrais ad Fin*, eckg. 10, a6. (4) Cyrus, d'après Herod.i, 110, seq.;

Romnlus, d'après Tite-Live 1, 4.

SÔO PREMIÈRE SECTION.

conformité à l'ancienne légende que des apocryphes ont feint que Jésus était né dans une caverne ; ce qui rappelle la caverne de Jupiter et d'autres dieux (i) ; peut-être d'ailleurs lie passage mal entendu d'Isaïe, 33 , 36, a pu être l'occasion immédiate de ce trait (2). De plus , la nuit, à moins <p.e l'on ne veuille songer a des idées rabbiuiques d'après lesquelles la délivrance par le Messie devait s'opérer, comme celle d'Egypte , pendant les ténèbres nocturnes (3), la nuit, disons-nous, dans laquelle la scène est placée, forme le fond obscur sur lequel la gloire du Seigneur, So^a Kupiou , se dessine avec d'autant plus d'éclat; apparition qui, ayant été présente à la naissance de Moïse (4), ne pouvait manquer à celle du Messie , image de Moïse supérieure à son modèle. L'explication mythique de ce chapitre a trouvé un adversaire en Schleiermacher (5). Il juge invraisemblable que ce commencement du deuxième chapitre de Luc soit la continuation du précédent et du même auteur; car plusieurs occasions se présentaient de se livrer à des effusions lyriques , par exemple lors du retour des bergers glorifiant et louant le Seigneur , V. 20 , et il n'est pas fait usage de ces occasions comme dans le chapitre premier. Peut-être Schleiermacher a-t-il raison d'admettre ici des auteurs différents ; mais , lorsqu'il conclut que , si ce récit portait une empreinte exclusivement poétique , les effusions lyriques y tiendraient plus de place , visiblement Schleiermacher n'a pas saisi l'esprit de la poésie mythique , de celle dont il s'agit ici. La poésie mythique ne cherche pas ses inspirations dans l'âme même du poëte ; elle se concentre tout

(1) Voyez les passages dans Wetstein, hibent circa horam nativitatis Mosis top. 660, seq. tam domum repletam fuisse luce.»(Wet-

(2) C'est l'opinion de Thilo , Codex stem.}

apocryphus N. T. 1, p. 383, not. (5) Ueber den Lukas , S. 29, f. Au-

(3) Voyez Schœttgen ,1. c. , 2 , p. jourd'hni Neander, L. J. Ch. S. 21 f., se 53 1. joint entre autres à Schleiermacher.

(4) Sota,r, 48 : «Sapientes nostri per-

QUATRIÈME CHAPITRE. § XXXII. $§l

entière dans la scène et le récit qu'elle crée ; aussi peut-elle paraître sous la forme la plus simple , et sans aucune de ces effusions lyriques qui sont bien plutôt l'addition postérieure d'une poésie plus habile et plus maîtresse de ses moyens (1). En tout cas, nous avons, ce semble , les paragraphes qui §e . suivent ici , sous une forme plus voisine de la forn>2 primitive de la légende, tandis que les récits du premier chapitre dans Luc portent davantage l'empreinte du travail poétique d'un individu; mais, pas plus d'un côté que de l'autre , il ne faut chercher de réalité historique. Aussi ne doit-on voir que le jeu d'une sagacité exubérante dans la prétention que Sçhleiermacher a mise en avant dé montrer la source d'où ce récit est passé dans l'évangile de Luc. Il ne veut pas que ce récit vienne de Marie, bien qu'on pût s'y croire autorisé par le verset 19, où il est dit qu'elle renferma tous ces discours dans son cœur; et il a d'autant plus raison que ce verset, dont Sçhleiermacher ne tient aucun compte, n'est qu'une phrase prise dans l'histoire de Jacob et de Joseph. La Genèse raconte de Jacob, en sa qualité de père (le cet enfant merveilleux, qu'il renferma, tout pensif, dans son cœur les paroles de Joseph , qui venait de raconter ses rêves prophétiques , et à qui pour cela ses frères portaient envie ; de même, pendant les merveilles de la naissance de Jésus, le récit de Luc attribue ici et plus bas (2 , 5 1 ) à Marie une attitude pleine de convenance ; et, tandis que les autres expriment à haute voix leur étonnement , elle , silencieuse £t méditative, renferme en elle-même ce qu'elle voit et ce qu'elle entend (2). C'est donc ailleurs que Sçhleiermacher cherche

(1) Comparez De Wette , Kritik der bins dans Schœttgen , Horœ , 1 , 2(mu

mosaischen Geschichte , S. 116. George, Luc. 2, 18, seq. : Kaî iravreç ot àxov-

Mythus und Sage, S. 33 f. oavreç eQavp.aorotv — "h $i Mocptoc/A tcocvtoc

(a) Que l'on compare: 1 a Mos. 37,11 crvvcTvipct toc pyj/xocToc toivtoç ,

(lxxJ : ÉÇy)Xa><rav S\ owtov ot à<Mcpoî crvfx/3aMovcT0c ev Tri xap<ît'qc oivtvîç. 2,

avTOÎî ; ô Si icocTYjp ccvto v £ttTV)pear£ 5 1 : Kai v> /wîTvjp ocvtov S t c t tj p t c wavra

rb pvifAGc. Voyez en outre les Rab- rct pqpqixcx tocvtcx Iv t9î ^apcfta avr/fc.

la source du récit de Luc ; suivant lui, les bergers en sont les auteurs, et cela parce que tout est raconté non du point de vue de Marie, mais de leur point de vue. Il faut dire bien plutôt que tout est raconté du point de vue de la légende ; car elle plane également sur Marie et sur les bergers. Schleiermacher trouve impossible que ce récit soit une bulle d'air formée de rien ; ce n'est donc rien, suivant lui , que les idées des Juifs et des premiers chrétiens sur Bethléem , qu'Us croyaient devoir être nécessairement le lieu de la naissance du Messie; sur l'état pastoral , qu'ils regardaient comme particulière-

< ment honoré d'un commerce avec le ciel ; sur les anges, dont ils faisaient les intermédiaires de ce commerce. 11 nous est impossible d'estimer si peu cet ensemble d'opinions, et nous comprenons sans peine comment il a pu en naître quelque chose de semblable au récit de Luc. Enfin il ajoute qu'il n'y peut voir une fiction soit accidentelle , soit préméditée ,

' parce qu'il aurait été trop facile aux chrétiens de cette localité de s'en enquérir auprès de Marie ou des apôtres. Mais c'est trop parler dans le style des anciens apologistes , et c'est supposer que ces personnages , en vertu d'une ubiquité dont il a été question dans mon Introduction , auraient pu être présents dans tous les lieux où une tendance à la formation de légendes chrétiennes se faisait sentir.

La notice de la circoncision de Jésus, Luc, 2,21, provient évidemment de quelqu'un qui , sans avoir de renseignement réel sur cette scène , regarda comme certain , conformément à la coutume juive , que cette cérémonie se fit ainsi que d'ordinaire, le huitième jour après la naissance, et qui voulut signaler, chez Jésus, ce moment de la vie d'un enfant israélite. Paul (Phil. 3, 5) (1) , de la même façon , s'était vanté de sa circoncision au huitième jour, 7cepiTO|/.7î ôxTa7)[/.epo;. Tandis que cette cérémonie sert, dans la vie de

(i) Peut-être par précaution, et pour prévenir les objections des Jnifs (Ammon, Fortbildung, l , $• 117).

QUATRIEME CHAPITRE. § XXXII. â53

Jean-Baptiste, de texte à une description étendue et ornée (1, 69, seq.), elle est traitée ici pour Jésus avec sécheresse et brièveté. Ce contraste frappant a fait dire k Schleiermacher, peut-être avec raison, que du moins ici l'auteur du chapitre premier n'est plus le rédacteur. Les choses étant ainsi, nous n'avons à apprendre, dans le récit de la circoncision, rien qui importe à notre but , si ce n'est ■ une observation sur la prétendue détermination du nom de Jésus dès avant sa naissance ; nous pouvions déjà savoir, mais nous n'avions pas encore eu l'occasion de remarquer expressément, que cette détermination fait partie de l'enveloppe mythique de tout le récit. Il est dit dans notre verset que le nom de Jésus j ut "fixé par l'ange avant qu'il ne fût conçu dans le ventre de sa mère, nCktfyh i>7co toS àyyeXou 7rpo tou oA>:/)<p8Yïvai aÙTov sv r?j xot>.ta ; or, l'importance qu'on y attache montre que cette détermination a été dictée par un intérêt dogmatique ; intérêt qui ne peut être autre que celui qui, dans l'Ancien et le Nouveau Testament, a fait dire des noms d'un Isaac , d'un Ismaël et d'un Jean, qu'ils avaient été révélés, avant la naissance, aux parents des enfants ; intérêt en vue duquel aussi les rabbins attendaient une révélation divine pour le nom drf Messie (1). Certainement ce furent bien plutôt des motifs tout-à-fait naturels qui décidèrent les parents de Jésus à lui donner ce nom très commun chez leurs compatriotes ( y w abrégé de jntnfP 9 c'estk-dire 6 xuptoç awryipta , le Seigneur est le salut). Ce nom concorda d'une manière significative avec la vocation qu'il se fit plus tard de Messie et de Sauveur; on crut ne pas pouvoir considérer cette coïncidence comme un effet du ha-

(1) Pirke.R. Elieser, 33 : Sex homi- Si primitivement on n'a entendu par là

num nomina dicta sont, antequam nasce- que le nom de la fonction messianique ,

renttir, Isaaci nempe , Ismaelis , Mosis, il fallut bien , dès qu'une personne

Salomonis, Josiœ et nomen régis Messiae réelle fut reconuue comme Messie, pen-

(Comparez Bereschit rabba, sect. 1, 3, ser à son nom (contre Hoffuiauu, S. 247,

3, dans Schœttgen, Horœ, 2, p. 436) : répété par Osiander , S. xo3).

2Ô4 ÎPRÎÉMtÉÏŒ SECTION.

sard ; il partit aussi plus convenable de Faire déterminer le nom du Messie par la volonté divine que par l'arbitraire humain; et c'est ainsi que l'ange, chargé d'annoncer la conception , Fut aussi chargé de fixer ce nom.

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