‹ Vie de Jésus ou Examen critique de son histoireChapitre 12 sur 110 · XXVI PRÉFACE · texte numérisé non relu

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raie; elle peut, ce ffui n'est qu'une extension de cette grande fonction , pénétrer dans la vie intime de la société; elle peut enfin, sortant désormais de l'école, fonder une croyance commune, qui soit la conscience commune.

Le second défaut essentiel à toute métaphysique est d'être critique sans pouvoir jamais rien établir d'organique et de social. Débattant les mômes questions que les théologies et par la même méthode , qui est spontanée dans les théologies , réfléchie dans les mélaphysiqu'es, elle discute, ébranle, éclaircit, distingue, mais ne sort jamais du cercle que lui trace son origine. Ici même, pour ne pas m'écarter du cas particulier, la tentative dogmatique que j'ai citée n'est pas d'un autre ordre. Elle se sépare de tout ce qui a été fait en ce genre , par ceci : qu'elle saisit parfaitement la signification histori(]ue, grand mérite et grand service que j'ai fait valoir autant que j'ai pu dans le courant de celte Préface. Mais là s'arrête sa puissance; enchaînée qu'elle est au tronc théologique par sa méthode, elle n'a point d'efficacité qui sorte de l'enceinte de l'école. Son travail va seulement à éclaircir, et non à renouveler ; car, par une contradiction qui lui est inhérente, elle dissont d'une part la conception supérieure, et d'autre part garde tout l'ensemble dont cette conception émane. Elle ébranle donc en môme temps qu'elle conserve ; elle conserve en même temps qu'elle ébranle: situation à laquelle on échappe, quand , au lieu de partir de la métaphysique , pour modifier la théologie, on part de la science pour comprendre le monde tel qu'il est pour nous. En niant le miracle, elle est nécessairement nuisible aux traditions Ihéologiques, plus peut-être que les plus téméraires contempteurs du passé et les plus déraisonna-

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Mes ennemis de la série historique et de la raison profonde des anciennes choses ; car eux du moins se font tort par ce qu'il y a de manifestement anti-scientifique dans leurs conceptions. Expliquer les anciennes choses, comme fait l'exégèse mythique , avec sagesse et fermeté, c'est, en les remettant dans leur vraie place et leur vrai jour au sein du passé, leur fermer le mieux la vie présente.

Toute philosophie qui entreprend de modifier les théologies fait une œuvre contradictoire. Toute philosophie qui ne s'incorpore pas les sciences positives fait une œuvre illusoire.

Laissons donc et la théologie et la métaphysique. Tune qui ne peut soutenir, devant le développement moderne, son point essentiel, le miracle, l'autre qui ne peut que constater et aggraver la dissidence, et voyons la situation telle qu'elle est. L'élite de l'humanité est en révolution; celte révolution a commencé par le schisme protestant, s'est continuée par les commotions qui ontaffranchi la Hollande et fondé la liberté anglaise, a eu une éruption terrible dans l'ébranlement de la société française, et évidemment est encore loin de son terme. Le plus frappant symptôme de cet état révolutionnaire, c'est l'élimination, à des degrés divers, des idées théologi(|ues en une foule d'esprits, dont d'ailleurs le nombre va toujours croissant; et il va croissant parce que le progrès incessant des sciences naturelles mine de plus en plus la croyance au miracle, fondement de toutes les anciennes sociétés. Ces esprits forment, dès à présent, une classe nombreuse dont les ramifications s'étendent dans tous les rangs de la société, et même dans tous les partis; le parti conservateur en renferme aussi bien que le parti révolutionnaire. Ce sont eux qu'il s'agit de rallier à un idéal

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commun; c'est pour eux qu'il faut ouvrir un nouvel avenir religieux, destiné de façon ou d'autre à ne reposer désormais que sur le fondement de notions positives.

Une situation analogue s'est trouvée dans l'histoire, et il s'y est trouvé une solution analogue. Quand la civilisation polythéistique des Gréco-Romains entra en dissolution par son conflit naturel avec la science et la métaphysique antiques, il y eut une période d'anarchie mentale, dont les convulsions des républiques grecques et de la république romaine, puis la décadence morale et matérielle de l'immense empire, signalent les phases séculaires. A qui ne regarde que la superficie des choses, c'est un mystère inexplicable que cette ruine des vieilles institutions sans une cause apparente qui montre pourquoi ce qui faisait jadis le salut, la force, la gloire, devient inefficace, et pourquoi le vain retour à un passé usé n'est jamais qu'illusoire. Réciproquement, à qui regarde un peu plus profondément et aperçoit la dissolution sociale cà l'œuvre et en action, rien ne peut faire prévoir comment ces éléments qui se disjoignent incessamment se réuniront de nouveau pour former une société solide et progressive. La solution de ce problème, qui se reproduit, depuis l'ère révolutionnaire , à un degré plus élevé de l'échelle historique, fut donnée dans l'idéal nouveau offert aux hommes d'alors par le christianisme.

A nous pour qui la source de l'ancien miracle est tarie, et qui ne reconnaissons plus que les merveilles de la raison et de la justice, de l'intelligence et du courage; à nous qui nous sentons intimement liés à ceux de qui nous descendons et à ceux qui descendront de nous ; à nous qui avons foi dans l'amélioration croissante des sociétés, et voulons que tout concoure à ce

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