‹ Vie de Jésus ou Examen critique de son histoireChapitre 13 sur 110 · DU TRADUCTEUR. XXIX · texte numérisé non relu

DU TRADUCTEUR. XXIX

but saint et suprême; à nous, niumanité est l'idéal en qui et par qui nous vivons, qui s'enfonce dans l'immensité du passé et de l'avenir, qui assujettit le [dobe terrestre, amasse et transmet les trésors de savoir et de morale, éclairant et perfectionnant par un héritage éternel les hommes successifs.

Nous dépendons d'elle. Voyez, en effet, le peu que nous sommes par nous-mêmes. Tout ce que nous savons, tout ce que nous pouvons, tout ce que nous sentons est puisé à un trésor commun que nous recevons gratuitement, et, en même temps, déterminé de la façon la plus impéralive par l'ensembie de l'immense existence qui nous domine. L'Humanité, comme l'a dit avec tant de grandeur M. Comte, est composée de plus de morts que de vivants, et l'empire des morts sur les vivants croît de siècle en siècle : sainte et touchante influence qui se fait sentir de plus en plus au cœur à mesure qu'elle subjugue l'esprit.

En retour (et c'est la plus noble, la plus précieuse prérogative de l'homme individuel), en retour il peut la servir et contribuer à sa grandeur et à sa gloire. Elle n'est pas telle, en effet, qu'on ne conçoive en elle ni accroissement ni perfectionnement , de sorte que tous nos efforts viennent expirer au pied d'un trône inaccessible qui n'a nul besoin de nous. Elle a besoin de nous tous; il laut que chaque génération qui passe, si elle veut avoir fait son devoir et rempli sa tâche, laisse le cœur amélioré, l'intelligence illuminée, l'art enrichi de beautés merveilleuses, le monde davantage dompté et cultivé ; et, dans chaque génération, il faut que l'individu le plus humble comme le plus heureusement doué ait apporté au fond commun son contingent de moraîilé et de travail.

En cet échange sanclihanl entre l'humanité im-

mense et l'individu si pelitse trouve la vraie et solide récompense de la vie humaine. Se sentir appelé à servir sans autre prix du service que ce prix idéal, n'est-ce pas le sentiment le plus pénétrant el le plus profond que l'on puisse éprouver? S'il est vrai que le but suprême de la moralité humaine est de se dépouiller de plus en plus, autant que notre nature dans son imperfection le permet, des impulsions é;joïstes qui prédominent dans l'enfance de l'homme individuel comme de l'homme collectif, où ce dépouillement atteint-il mieux son terme et avec une pureté j)lus complète que dans une consécration au service de l'Humanité?

L'Humanité établit la solidarité entre les généralions les plus lointaines. Elle nous fait citoyens de la terre et ne nous permet pas de nous considérer comme des exilés ici-bas qui n'auraient pas de soins plus pressants que de remonter au lieu de leur céleste origine; elle dirige tous nos efforts vers le perfectionnement de noire condition , nous ayant définitivement appris la valeur relative des améliorations qui se produisent sous son influence protectrice. Au premier rang est l'amélioration morale ; une qualité acquise ou développée importe plus au bonheur commun que les plus riches acquisitions dans un domaine inférieur. Au deuxicmj rang esl l'amélioration physique du corps : plus de santé est un bienfait bien au dessus de plus de richesses. Enfin , au dernier rang, quoique le fondement de tout le reste, esl l'accumulatiun des biens matériels que les générations se transmellenl. Tout cela s'opère sous la direction continue de l'intelligence, qui , seule , esl auteur de toute puissance, aussi bien sur l'homme intérieur que sur les choses extérieures.

En un monde matériel dont les lois sourdes et

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