‹ Vie de Jésus ou Examen critique de son histoireChapitre 37 sur 110 · XXII · texte numérisé non relu

XXII

Les généalogies ne sont pas hisloriciues.

Si l'on réfléchit aux difficultés insurmontables dans lesquelles tous ces essais de conciliation s'embarrassent inévitablement, on désespérera, avec les commentateurs dont l'esprit est plus libre, de îa possibilité d'établir la concorde entre les deux généalogies, et il faudra en reconnaître la con-

(1) On ne voit pas comment Ncander, tin faux-fiivant , disant que cet arl>rc

avec Hoffmann, in Luc., 1 , 32 , veut s'est petit-ètre , dans l'orij^ine , rapporté

trouver ;iue telle trace. Au reste , son a Marie, mais qu'il n'a pas été mis a sa

sentiment de la vérité ne permet pas a jjlace dans l'Kvangile. Avec tout cela ,

INeander de déclarer l'arbre généalo- ne se trouvant pas assuré, il abandonne

gique comme il est dans Lucas, pour le rapport qu'ont les deux généalogies,

celui deMnrie. Kn conséquence, il])rcnd fli. J. Tlir,, S. 17, Aumerk.)

tradiction réciproque (1). Toutes deux ne peuveul pus être vraies à la fois, cela est maintenant certain; s'il fallait choi- ; sir, peut-être croirait-on pouvoir considérer plutôt comme ! historique celle de Luc. D'abord il n'y règne pas le même arbitraire dans l'arrangement de nombres et de périodes égales; et, tandis que pour la période de David à Jéchonias les vingt générations de Luc ne sont pas plus éloignées de la vraisemblance que Matthieu avec son omission de quatre membres ne l'est de la vérité historique, il est vrai que pour la période de Jéchonias, né 617 ans avant l'ère chrétienne jusqu'à Jésus, vingt-deux générations, chacune à 27 ans et demi, telles que Luc les donne, conviennent mieux à la nature des choses, et en particulier de l'Orient, que les treize de Matthieu, chacune à Ziô ans. De plus, on y voit une moindre tendance à glorifier son sujet, l'auteur se contentant de faire descendre Jésus de David et ne le rattachant pas à la ligne royale elle-même. D'un autre côté, en sens inverse, la conservation d'un arbre généalogique dans la ligne moins importante de Nathani paraîtra moins vraisemblable que dans la ligne royale, et la répétition fréquente des mêmes noms, d'après la juste remarque de Hoffmann, semble démontrer que la généalogie de Luc est fabriquée.

Mais, dans le fait, l'une n'a aucun avantage sur l'autre, et, si l'une a pu se former par une voie non historique, l'autre l'a pu également, d'autant plus qu'il est très invraisemblable qu'après les perturbations de l'Exil et des temps qui suivirent, l'obscure famille de Joseph eût conservé des généalogies qui remontassent si haut (2). Donc, reconnaissant dans toutes deu>: de libres créations en tant qu'elles

(1) Tels sont Eiclilinrn . £/n/«V«ng' m biich , 1, S. 660; Hase, Lehen Jesu,

das y. T., 1 Bd., S. 425; K.Tiser, Biùl. % .33 ; Fritzsclie . Comm. in Matth.,

Theol., 1. S. 232; \N c;;sclici(]er, Insti- p. 35; Aiiinion, Forthildung des Cliris-

tut.^ § 123, not. d.; De Wetle , Dibl. tcnlhums znr ff eltreligion , 1, S. 196. Dogm., § 279, et Exegst, Uandhuch , (2) Voyez AViuer, I. c.,S. 660.

1, 2, S. 32; Winer, Bihl. neahvorler-

ne sont pas puisées dans l'Ancien Testament, ou des applications arbitraires à Jésus de généalogies étrangères, nous pourrions encore admettre comme fondement historique, que Jésus descend de David, bien que les degrés intermédiaires (le cette descendance aient été suppléés difléremment par différents auteurs (1). Mais un point, duquel on argumente, le voyage à Bethléem des parents de Jésus, voyage occasionné par le cens n'est lui-même, rien moins que certain, ainsi que nous le verrons bientôt, et, dans tous les cas, ne suffirait pas à rendre vraisemblable sa descendance de David. L'autre j)oint a plus de force, à savoir que partout dans le ZSonveau Testament, et sans contradiction apparente de la part des adversaires , Jésus passe pour descendant de David. Mais le titre de fils de David peut être une qualification donnée à Jésus , non pour des motifs historiques, mais pour des motifs dogmatiques. Le Messie, d'après les prophéties, ne pouvait descendre que de David. Or, un Galiléen dont la généalogie était inconnue, s'étant acquis le renom de Messie, combien il est facile de concevoir que la légende de sa descendance davidique se soit bientôt développée sous diverses formes, et qu'ensuite ces légendes aient servi à rédiger des généalogies, lesquelles, n'étant pas fondées sur des pièces authentiques , sont nécessairement tombées dans les divergences et les contradictions que présentent entre elles celles de Matthieu et de Luc (2) !

ÎNIaintenant, si l'on demande quel est le résultat liisto-

(1) Par exemple, Frilzsche , 1. c. Hase, L. J., 1. c. Eusébe [Ad Steph., Cependant {^Prolegom. in Hlatthœum , qurest. 3, passage indiqué par Credner, p. xv), après avoir dit: "Omnestudium... 1, S. 68) signale une cause, qui n'est eo rontulit scriptoc O'autenr du premier pas invraisemblable, de cette diver- Évangilc) ut niliii Jesu ad Messia? exem- gence. A côté de l'opinion que le Messie plar fingi posset expre>sius , » il parait devait provenir de la ligne royale de indiquer un doute plus étendu dans le David, il en était, chez les Juifs, une titre du premier chapitre, Comm., p. 6 : autre qui, à cette ligne plusieurs fois " Jésus, tit de futnro Messia canunt V. T. souillée, et déclarée dans son dernier oracula, est e geate Davidica per Jo- membre régnant, indigne de posséder sephum vitricum oriundus.» ultérieurement le trône [Jeiem. 22, 30),

(2) Voyez De \S'ettc, Bihl. Dogm., préférait une ligne, moins illustre sans 1. c., et Ereget, Handhuck, 1, 1, S. li > doute , mais moins flétrie.

riquc que donnent ces généalogies, la seule conclusion qui en ressort est un fait que l'on sait déjà d'ailleurs, à savoir, que Jésus, personnellcinent et par ses disciples, lit, sur des hommes imbus d'opinions strictement juives , une telle impression comme Messie, qu'ils n'hésitèrent pas à croire à sa descendance de David , descendance dont les prophéties avaient fait un caractère messianique, et que plus d'une plume se mit à l'œuvre pour justifier, par une démonstration généalogique, la croyance que sa qualité de Messie avait trouvée (1).

(1) Les considérations ultérieures stBr naissance surnaturelle de Jésus, ne peu-

l'origine et la si<,'nification de ces gcnca- vent venir qu'après que ce dernier poiut

logics , considérations qui rcsultcut do aura été examiné, la comparaison avec l'cxpositiou de la

ANNONCIATION DE LA CONCEPTION DE JÉSUS ; CONDUITE DE JOSEPH : VISITE DE MARIE ACPRÈS DÉLIZABETH.

Page 1