XXI
Comparaison des deux généalogies. Tentatives pour en concilier les contradictions.
Des résultats bien plus singuliers frappent l'esprit quand on compare les deux généalogies de îMatthieu et de Luc l'une avec l'autre, et quand on se rend compte de leurs divergences. Quelques unes des différences sont, à la vérité, sans préjudice et même insignifiantes : telle est la différence de direction, la généalogie de Matthieu allant en descendant d'Abraham à Jésus, et celle de Luc allant en remontant de Jésus à ses ancêtres ; telle est encore la différence d'étendue, car Matthieu n'étend l'arbre généalogique que jusqu'à Abraham, et Luc l'étend jusqu'à Adam et Dieu même, allongeant j)eut-être, dans le sens universaliste de Paul, un document qu'il avait sous les yeux (1). Une plus grave difficulté se présente déjà dans la différence notable entre les nombres de générations pour des périodes égales : de David à Joseph, Luc compte quarante et une générations, et Matthieu seulement vingt-six. Mais la principale difficulté est que Luc donne à Jésus, pour ancêtres, des individus tout autres pour la plupart que ceux que Matthieu lui donne. Ce n'est pas qu'ils ne s'accordent pour» ramener la descendance de Jésus par Joseph à David et à Abraham; ce n'est pas qu'ils ne s'accordent aussi dans les générations d'Abraham jusqu'à David, et plus tard dans les deux noms de Salathiel et de Zorobabel; mais le point véritablement désespéré, c'est que, de David au père nourricier de Jésus, des noms tout à fait différents, à part deux noms du milieu, se trouvent dans Luc et dans Matthieu. D'après Matthieu, le père de Joseph s'appelait Jacob; d'après Luc, Eli. D'après Matthieu, le (ils de David, par lequel Joseph des-
(1) Voyez Cbryso.stùmc et Luther, i. S, [Ii^.MiDer. BibLRealwàrterl/ucli , dans Credner, Einleitung in das i\. T., 1, S. 659.
cendait de ce roi, était Salomon ; d'ajirès Luc, Nathan. De là, l'arbre généalogique de Matthieu descend par la ligne royale connue, celui de Luc par une ligne collatérale inconnue. Ces deux lignes ne concourent que dans Salathiel et Zorobabel, de telle sorte cependant qu'aussitôt elles diffèrent sur le père de Salathiel et sur le fils de Zorobabel. La différence entre les deux listes paraissant être une contradiction complète, on a été, de tout temps, occupé extraordiiiairement d'essais de conciliation. Sans parler d'expédients évidemment insuffisants, tels qu'une explication mystique (1) ou un changement arbitraire de noms (2), il s'est particulièrement formé sur ce point deux couples d'hypothèses; et ces deux hypothèses de chaque couple s'appuient réciproquement, ou du moins ont des affinités l'une avec l'autre.
Le premier couple d'hypothèses est formé par la supposition de saint Augustin et par l'opinion de l'ancien chronologiste Julius Africanus. L'un imagine qu'il y a eu pour Joseph un état d'adoption, et que l'un des évangélistes donne le père réel, l'autre le père adoptif, avec leurs arbres généalogiques respectifs (3); l'autre admet qu'il y avait eu, entre les parents de Joseph, le mariage, voulu par la loi juive, d';in frère avec la veuve de son frère mortj que l'un des arbres généalogiques appartenait au père naturel, et l'autre au père légal de Joseph; et que Joseph descendait de la maison de David par l'un en suivant la ligne de Salomon, par l'autre en suivant la ligne de Nathan (Ji). La première question qui se présente est de savoir laquelle des deux généalogies donne le père naturel, et laquelle le père légal, avec les arbres généalogiques correspondants. On
il) Ori^.. //omil. in Lucam , 28- F- T. diins Hcnke's Magazin , 5, 1,
(2) Luïlier, OEuvres, t. Mx, édit. 180 f.
"NValcli., p. S et seq. 4) Dans Eu.sébe , H. E., 1, 7, Cl ré-
(3) De conseitsu evangelistantm , 2, 3 ; ceinroenf, par exemple, ScLleierniadirr, et parmi les ir.oderr.e.- , par exenii-lr . T'eber den Lukas , S b^.
peut la décider par deux critériums, dont l'un appartient j)lus à la lettre, et l'autre à l'esprit et au caractère des deux évangélistes. Ces critériums ont mené à une solution opposée. Saint Augustin, et, avant lui, Julius Africanus, ont recherché lequel des deux évangélistes, pour désigner le rapport entre Joseph et celui qu'il nomme le père de Joseph, se sert d'une expression qui indique, d'une manière plus précise que l'autre, une filiation naturelle. Or, Matthieu emploie une telle expression. En effet, lorsqu'il dit : Jacob engendra Joseph, la/.wS syevv/iGc tov iwcvicp, le mot engendrer, ycvvàv, ne paraît pouvoir désis;ner que le rapport d'une filiation naturelle. Au lieu que les paroles de Luc : Joseph, fils d'Éli, îojcvio to'j HàI, semblent pouvoir signifier aussi bien un fils adoptif qu'un fils considéré comme tel en vertu du mariage contracté, selon la loi juive, entre une veuve et le frère de son mari. Mais, comme celte loi avait justement pour objet de conserver le nom et la race d'un homme mort, la coutume juive était d'enregistrer le premier fils né d'une pareille union, non dans la famille du père naturel, comme le fait ici Matthieu, mais dans celle du père légal, comme Luc l'aurait fait d'après la supposition précédente. Or, l'auteur du premier évangile, ou du moins de la généalogie, lui qui est si imprégné des idées juives, aurait-il commis une pareille erreur? c'est ce qu'on ne trouvera guère vraisemblable. Aussi Schleiermacher, prenant en considération l'esprit des deux évangélistes, croit-il de- \o\ï admettre que Matthieu, malgré son expression engendra, éyc'vvr,7£, donne cependant, d'après l'usage juif, l'arbre généalogifjue du père légal j tandis que Luc, peut-être étranger à la Judée et moins versé dans l-i connaissance des coutumes juives, a pris l'arbre généalogique des plus jeunes frères de Joseph, lesquels furent inscrits, non comme le premier-né sur la liste du père défunt légal, mais sur la liste du père naturel, liste que Luc a cru être h généalogie
168 l'UL.MlÈIŒ SECTION.
(le Joseph le premier-né; or, si cette généalogie était celle (le Joseph d'après la nature, elle ne l'était pas d'après la loi juive (1). Mais, sans parler de ce (jui sera prouvé plus bas, que la généalogie dans Luc peut diflicilement être considérée comme l'œuvre de l'auteur de l'évangile, et qu'ainsi rien n'est à conclure, pour expliquer l'arbre généalogique, de sa moindre connaissance des usages juifs, le généalogiste, dans le premier évangile, n'aurait pas écrit, sans aucune addition, son verbe engendra, i-^vram^ s'il n'avait songé qu'à une paternité légale. Ainsi, à cet égard, une des généalogies n'a aucun avantage sur l'autre.
Jusqu'ici nous n'avons fait que tracer les traits généraux de cette hypothèse; il faut maintenant l'examiner de plus près pour juger si elle est admissible. Supposons un mariage du frère du défunt avec sa veuve, l'examen et le résultat resteront absolument les mêmes, soit que nous caiprunlions à Matthieu, avec saint Augustin et Julius Africanus, l'indication du père naturel, soit que nous l'empruntions à Luc avec Schleiermacher. Nous allons donc, par exemple, en suivre les conséquences selon la première forme, d'autant plus qu'Eusèbc, d'après Julius Africanus, nous a laissé làdessus une explication très exacte. D'après cette manière de voir, la mère de Joseph fut d'abord mariée avec l'homme que Luc nomme comme le père de Joseph, avec Eli; Eli étant mort sans enfant, son frère, c'est-à-dire Jacob, nommé par Matthieu comme le père de Joseph, épousa la veuve suivant la loi juive dont il a déjà été question, et engendra avec elle Joseph. Alors Joseph fut considéré légalement comme le fils de défuntÉli, ainsi que le dit Luc, tandis que, naturellement, il était le fils de son frère Jacob, et c'est la filiation que Matthieu a suivie.
Mais, conduite jusque-là seulement, l'hypothèse serait
(1) Vebcr den Lukas, S. 53i Compares ^Viuer, Bibl. R.eahyoi>.erbuch , 1, Bd., 5. 660.
DEUXIÈME CHAPllKE. ;^ XXI. 160
bien loin de suffire; car, si les deux pères de Joseph étaient des frères véritables, tils du même père, ils avaient un seul et même arbre généalogique; et, dans ce cas, les deux généalogies ne devraient avoir de différent que le père de Joseph; mais, passé celui-là, elles auraient du concourir aussitôt de nouveau. Pour expliquer comment elles peuvent diverger jusqu'à David, il faut ajouter la seconde hypothèse, que Julius Africanus a faite aussi, à savoir, que les deux pères de Joseph n'avaient été que des demi-frères, et qu'ils avaient eu la même mère et non le même père. On devrait donc admettre que la mère des deux pères de Joseph a été mariée deux fois, une fois avec le Matthan de Matthieu, lequel Matthan descendait de David par Salomon et la ligne royale, et auquel elle engendra Jacob, et une autre fois, auparavant ou après, avec le Matthat de Luc, lequel Matthat était descendant de David par Nathan, et auquel elle engendra Éii. Éli s'élant marié et étant mort sans enfant, son demi-frère Jacob épousa la veuve et engendra Joseph, qui fut légalement considéré comme le hls du défunt.
Sans doute, l'hypothèse d'un mariage aussi compliqué dans deux degrés qui se suivent immédiatement, hypothèse à laquelle la divergence des deux généalogies nous a forcés, n'est pas absolument impossible, mais elle est invraisemblable. Or, la difficulté en est encore redoublée par la concordance mal-venue qui, au milieu des séries divergentes, se rencontre, comme il a déjà été dit, dans les deux degrés de Salathiel et de Zorobabel. En effet, pour expliquer comment Neri dans Luc peut, aussi bien que Jéchonias dans Matthieu, être dit le père de Salathiel, père de Zorobabel, il faudrait non seulement renouveler l'hypothèse d'un mariage entre un frère et la veuve de son frère, mais encore admettre que les deux frères qui se sont succédé dans le mariage avec la même femme n'ont été frères que du côté maternel. Ce n'est pas diminuer essentiellement la difficulté
que de remarquer que nou seulement le frère, mais encore le plus proche parent consanguin , pouvait, sinon devait succéder dans un pareil mariage au défunt (R.ulh, o, 12 et suiv., k, 4etsuiv.) (1); car, s'il est vrai que pour deux cousins l'arbre généalogique doit concourir beaucoup plus haut qu'il ne concourt ici pour Jacob et Eli, pour Jéchonias etNeri, cependant il faudrait recourir les deux fois à l'hypothèse de demi-frères : seulement les deux mariages compliqués ne tomberaient pas sur deux générations immédiatement successives. Maintenant, supposer que non seulement ce double cas se renouvelle deux fois, mais encore que, deux fois, les généalogistes se sont partagés de la même façon, et deu\ fois sans en avertir, pour indiquer, l'un le père naturel, et l'autre le père légal, c'est une explication invraisemblable; tellement que l'hypothèse d'une adoption, bien que pressée seulement de la moitié de ces difficultés, en a pourtant assez pour n'être pas soutenable. En effet, l'adoption n'exigeant aucun rapport de fraternité ni même de parenté entre le père naturel et le père adoptif, le recours à une seconde supposition de deux demi-frères cesse d'être nécessaire; et il ne faut plus qu'admettre deux fois un rapport d'adoption, et deux fois avec cette particularité, que l'un des généalogistes l'a ignoré, ignorance qui ne peut appartenir à un Juif, et que l'autre en a tenu compte, mais sans en rien dire.
On crut, dans ces derniers temps, pouvoir résoudre la difficulté d'une façon beaucoup plus simple : on prétendit que nous avons, dans l'un des évangélistes, la généalogie de Joseph, et, dans l'autre, celle de Marie, et qu'en conséquence la divergence des deux généalogies n'est pas une contradiction (2); et l'on se plut à ajouter que Marie était
(1) Conniare/, Micliaelib, Mos. liecht, ei'angel., V. 1, p. 13 et scq.; Ligliffool,
2, S. 200; Winer, Realwôrtcrb., 2, Micliaelis, Patiliis, Kuiuœl, OULrausen.
S. 22. raaiDtenanl Hoffmanq, etc.
'2; Par exemple. Spanlieim , Z>)/^/a
une fille héritière (1). L'opinion que Marie appartenait aussi à la race de David est déjà ancienne. A la vérité, l'idée eut cours que le Messie, comme un second Melchisedech, devait réunir la dignité royale à la dignité sacerdotale ('2) ; et, en raison de la parenté de Marie avec Élizabeth, tille d'Aaroii, telle qu'elle est donnée par Luc, 1, 36 (3), non seulement plusieurs, dès les premiers temps, firent naître Joseph d'une famille provenant d'alliances entre des descendants de .iuda et de Lévi {II), mais encore il ne fut pas rare alors de supposer que Jésus, descendu par Joseph de la race royale, l'était par Marie de la race sacerdotale (5). Cependant l'opinion qui ne tarda pas à prévaloir fut que Marie descendait de David. Plusieurs apocryphes s'expriment dans ce sens (6); il en est de môme de Justin Martyr, qui dit que la Vierge a été de la race de David, de Jacob, d'isaac et d'Abraham , phrase d'après laquelle on pourrait même croire qu'il a rapporté à Marie un de nos tableaux généalogiques, qui remontent également par David jusqu'à Abraham (7).
Maintenant on se demandera lequel de:; deux arbres généalogiques doit être considéré comme celui de Marie; or, à vrai dire, il semble impossible de lui attribuer l'une ou
(1) Déjà Kpiphanc, Grotius, ont àvajTvjVtt yàp Kvpio; t'x tov .\tu! ûî émis cette coDJefture. OlshanscD, ]>. lil, àpyjtptix , x-x) tV. tov Iov<îa à', Raaàîa l'adMict, parce qu'il paraît convenir xtÀ.
f voyez, sur une icmblablc ro'H'<'«a/îcf, (3) Comparez cependant Pauhis , 1,
la remarf|iie 1 de la page 158); parce c, S. 119.
qu'il parait convenir que la descendante (4) Compare/, Tliilo, Cod. apocr. N,
de David, d'où le Messie devait sortir, T. 1, p. 374 et suiv.
finit par une héritière unique, qui, (5) Par exemple, Faustus le mani-
mettant au monde l'éternel héritier du cliéen dans Augustin, Contra Faust. ^ I>.
trône <!c David , en couronnait et ter- 23 > 4.
minait la race ! (6; Dans le Protévaugile de Jacques,
(2) Testament. Xfl Pntriurch., Test. c. 1 et suiv, , et c. 10 (éd. Tliilo) , et Simeonis, c, 71. Fahric, Codex pseitdc- dans l'Évanj^iie <lc la Nativité de Marie, pigr. /'. y., ji. 542." D'elles (les trihu.s Joncliim et Anna, de la race de David, de Lévi et de Jiida) surgira pour vous sont dits les auteurs de Marie, Faustus, le salut de Dieu : car le SeiRucur fera au contraire. dési;;nc, dans le passage lever de Lévi comme un yrand-prétre, cité, ce Joacliim comme prêtre.
et de Juda cooimc un roi. » E; «vrùv (7) Dial. c. Trypli . 43. 100 Pi<ri'.
172 l'iŒMiÈKK st;<;uo.\.
l'autre de ces généalogies, car elles s'annoncent d'une manière trop précise comme appartenant exclusivement à Joseph, l'une par ces mots : Jacob engendra Joseph, ia/.wo èyévvY.Ts tôv iw(r/io, l'autre par ces mots : fils de Joseph, fils d'Éli, jîoç îto(77,o ToO Hm. Cependant encore ici, le mot de Matthieu e»^e/?f/m, iyc'wr.Tô, parait plusprécisque l'expression de Luc, ToO HVt, laquelle, d'après ces commentateurs, pourrait signifier un beau-fils ou un petit-fils. De la sorte, la généalogie dans Luc, 3, 23, voudrait dire : ou Jésus était, conformément à l'opinion commune, fils de Joseph, qui lui-même était beau-fils d'Éli, père de Marie (1); ou bien Jésus était, comme on le croyait, fils de Joseph, et par Marie petit-fils d'Éli (2). Comme on pourrait objecter que les Juifs, dans leurs généalogies, ne tenaient aucun compte de la ligne féminine (3), on y répond par une hypothèse nouvelle, à savoir, que Marie était une fille héritière, c'està-dire fille d'un père sans enfant mâle; cas auquel, d'après k Mos., 36, 6 , et iSehem., 7 , 63 , la coutume juive voulait que l'homme qui épousait celte fille, non seulement fût de la même tribu qu'elle, mais encore se fit recevoir dans sa famille, et, des ancêtres de sa femme, fît ses propres ancêtres. Mais le premier point, à savoir, l'obligation d'être de la même tribu, peut seul se prouver par le passage du livre de Moïse ; quant à l'autre passage, comparé avec plusieurs passages semblables (Esdras, 2 , 61; 4 Mos., 32, /il, rapprochés de 1 Paralip. 2, 21 suiv.), on y voit seulement que, par exception , quelquefois un individu était dénommé d'après les ancêtres maternels. Ainsi la difficulté du côté de la coutume juive subsiste encore, mais elle s'efface complé-
(1) Ainsi s'explique, entre autres, (2) Par exemple, Ligbtfoot, I/o ne ,
Paulus sur ce passage : Les Juifs, en p. 750 ; Osiander, S. 86.
supposant qu'une Marie, fille d'Kli, est 3) Comparez Juchasin ^ f. 55,2,
tourmentée dans l'autre monde (v.Light- dans Liglitfoot, p. 183; et Bava la-
foot, 1. c.), paraissent avoir pris, pour thra , f. 110, 2, dans Wetstein , p. 230
l'arbre généalogique de Marie, celui seq. Comp. cependant Joseph, vUa, 1, qui, dans Luc , part d'Éli.
I)EUXIÈMË CHAPITRE. § XXI. 173
tement devant une difficulté bien plus considérable. On ne peut pas nier, il est vrai, que le génitif dans Luc , étant un cas de dépendance, ne soit susceptible de signifier tout rapport de parenté et par conséquent celui de gendre ou de petit-fils; mais l'encliaînemcnt de la phrase ne devrait pas ôtre aussi contraire à celte signiiication qu'il l'est ici. Dans les trente-quatre degrés antérieurs qui nous sont connus par l'Ancien Testament, ce génitif exprime constamment le rapport de fils; il l'exprime aussi dans le milieu, entre Salathiel et Zorobabel; comment pourrait-il signifier une seule fois, pour Joseph, le beau-fils? Ou comment, si l'on prenait l'autre explication, le mot fUs^ uiô; qu'il faudrait toujours sous-entendre au nominatif, pourrait-il signifier fils, petit-fils, arrière-petit-fiis, jusqu'au degré le plus éloigné (1)? On a dit que, dans le membre de phrase : Adam, fils de Dieu, À^^àix toO HsoO , l'expression grecque toîj ne signifiait pas fils dans le sens propre du mot; toujours estil qu'elle se rapporte, ici aussi, à l'auteur immédiat de l'existence, idée dans laquelle on ne peut comprendre ni un beaupère ni un grand-père.
En outre, dans cette manière d'expliquer les deux arbres généalogiques, il est difficile de se rendre compte du concours des deux généalogies dans les noms de Salathiel et de Zorobabel. On pourrait encore supposer, comme plus haut, un mariage du frère avec la veuve de son frère; cependant les commentateurs qui se sont occupés de ce point aiment mieux pour la plupart admettre que ces noms, semblables dans les deux généalogies, ne désignent pas les mômes individus; mais, quand Lucas, aux 21" et 22'' degrés après David, comme Matthieu, y compris les quatre degrés sau-
(1) O InToli;... u'b; Iwariy, tov \i)\ «lo sorte qtie , comme le dit M. Strauss,
Tov MatOxT xt). Luc. 13, 23. Dans l'ex- vtbç doit ctre sous-eutendu au uominatif
plicatiuD dont il s'agit ici et qui fait Je- et prendre des significations diverses,
sus petit-lils d'Kli par Marie, on doit suivant les degrés. traduire : Jésus , iils de Joseph , petit- {^Xote du traducteur.)
fils d'F.li, arrière-pciit-fils de Mattliat;
lés, aux 19'' et 20% oui les mêmes noms, donl l'un est 1res célèbre, il s'agil, à n'en pas (l(juler, des mêmes personnes.
ÎNon seulemenl il ne se Irouve, cliuis le Nouveau Testament, aucune trace qui indique que Marie descende de David (1), mais encore plusieurs passages y sont formellement contraires. Dans Luc, 1 , 27, les mots : de la maison de David, à; oi/.o-j Aa-ni-^, se rapportent uniquement aux mots immédiatement voisins : un homme appelé Joseph, 'hSzl 6i ôvoy.a îwcTY/j, et non aux mots plus éloignés : une vierge liancée, TrapOî'vov [j.i'j.rr^ctvjixvrr,^ . Mais il faut surtout remarquer la tournure de Luc, 2,4, quand il dit : Jo.^cph alla aussi, attendu qu'il était de la maison et de la patrie de David, se faire inscrire avec Marie, àvs^v; <iï /.al Imo-ï.o.... ^là TO s'.vai aÙTOv à; ol/.oj /.ai -y-y.y.; S.Tr.à, àroypa'iya'^fJa', oùv Mapia; il était facile de mettre : attendu qu'ils étaient au lieu de : attendu qu'il était, a-jTO'j? au lieu d'aù-ov, si l'auteur avait cru que Marie descendait aussi de David ; et cette dernière observation démontre l'impossibilité de rapporter à Marie la généalogie davidique du troisième évangéliste , c'est-à-dire de celle même qu'on avait voulu y rapporter.