‹ Vie de Jésus ou Examen critique de son histoireChapitre 39 sur 110 · XXIV · texte numérisé non relu

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Divergences des deux évangiles canoniques relativement à la forme de l'annonciation.

Entrons, après cette esquisse générale, dans le détail de la manière dont la première annonce de la naissance future de Jésus arriva , d'après nos écrits canoniques , à Marie et à Joseph. Nous pouvons d'abord faire abstraction du fond même de cette annonciation, qui est que Jésus a été engendré par une opération extraordinaire du Saint-Esprit , et n'en prendre en considération que la l'orme, 5 savoir, à qui, quand et comment cette annonce fut donnée.

Comme la naissance de Jean-Baptiste, la conception de Jésus, d'après les récits des évangélistes,estannoncée parun ange. Mais, tandis que, pour Jean-Baptiste, il n'y avait que le seul évangile de Luc et qu'une seule description de l'apparition de l'ange, nous avons, pour Jésus, deux récits parallèles, mais non exactement concordants, dont la comparaison va nous occuper immédiatement. Abstraction faite, comme il a été dit, du fond, nous trouvons entre les deux récits, les différences suivantes: 1* le sujet de l'apparition ne s'appelle, dans Matthieu , que d'une manière indécise , ange du Seigneur, oiyyikoç K'jpiou; dans Luc, c'est nommément l'ange Gabriel, ô oiyyeloç raêpivi>. ; 2° la personne à laquelle l'ange apparaît est, dans Matthieu, Joseph; dans Luc, Marie; 3° l'état dans lequel ils ont l'apparition de l'ange, est, dans Matthieu, un songe; dans Luc, la veille; 4° il y a aussi une différence relativement au temps de l'apparition : d'après Matthieu , ce n'est qu'après le commencement de la grossesse chez Marie que Joseph reçoit un avertissement divin; dans Luc, cet avertissement est donné à Marie dès avant sa grossesse ; 5° cnliii le but et l'effet de l'apparition sont différents: d'après Matthieu, c'est de tranquilliser postérieurement Joseph, devenu inquiet à cause de la gros-

18/i PREMIÈRE SECTION.

sesse de sa fiancée; d'après Luc, c'est de prévenir tout ombrage par une annonce préliminaire.

Maintenant on demande : les deux évangélistcs racontentils un seul et même fait, seulement avec des divergences, ou bien racontent-ils des faits différents, de sorte (jue leurs récits peuvent se réunir et se compléter l'un par l'autre? Or, les divergences des deux relations sont si grandes et si essentielles, que la première supposition n'est guère admissible, si l'on ne veut porter atteinte à leur valeur historique : aussi la plupart des théologiens, tous ceux du moins qui voient ici une vraie histoire, merveilleuse ou naturelle, se sont décidés pour la seconde supposition. En effet, soutenant que le silence d'un évangéliste sur une particularité que l'autre raconte n'est pas une négation de cette particularité (1), ils fondent ensemble les deux récits de la manière suivante: 1° d'abord l'ange annonce à Marie sa grossesse prochaine (Luc); 2° ensuite jNTarie part pour aller trouver Elizabeth (même évangile); 3" après son retour, Joseph, découvrant la grossesse, prend de l'ombrage (Matthieu); k" enfin lui aussi a l'apparition d'un ange (même évangile) (2].

Cet arrangement des circonstances a, comme Schleiermacher l'a déjà remarqué (o), beaucoup de difficultés; et ce que l'un des évangélistcs raconte, non seulement ne paraît pas supposer ce que l'autre rapporte, mais encore paraît l'exclure. D'abord la conduite de l'ange qui apparaît à Joseph est à peine explicable , si lui ou un autre ange a précédemment apparu à Marie; il s'exprime en effet (dans Matthieu) comme si son apparition était la première en cette affaire; il n'invoque pas de message céleste reçu antérieurement par î\Lirie ; il ne fait à Joseph aucun reproche

(1) Comparez Aiignst., De consens. Fritzscbe, Comm. in Matth. , p. 56. evangel.y 2, 5. (3) Uebsr die Schriften des Lnkas ,

(2) Tflle est l'explication de P.iulns, S. i2 î. Comp. De Welte, Exeget. Hxeget. Handburh. 1, a, S. liS ff.: Handbuch , 1, 1, S. 18. Olsliausen, Comnientar. , i, li6 f f- ;

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de n'avoir pas cru; mais surtout, le soin que prend l'ange de donnera Joseph le nom de l'enfant attendu, avec les raisons détaillées de ce nom (Matthieu, 1, 21), aurait été tout à fait superflu, si l'ange (Luc, 1, ol) avait déjà indiqué ce nom à Marie.

Mais ce qui est encore |)lus incompréhensible, c'est la conduite des deux époux. Après l'apparition d'un ange qui lui annonçait une grossesse prochaine sans le concours de .Joseph, qu'est-ce qu'une fiancée à sentiments délicats avait de plus pressé à faire que de communiquer à son fiancé le message céleste, pour prévenir la découverte déshonorante de son état par d'autres, et de mauvaises pensées dans l'esprit de son fiancé? jMais justement Marie laisse fiiire cette découverte par d'autres, et excite par là le soupçon; car évidemment les mots : on la trouva grosse, sûpeOr, iv yaGTol e/oufia (Matthieu, 1, 18), signifient que sa grossesse fut reconnue absolument sans sa participation ; évidemment aussi Joseph n'apprend l'état de Marie que de cette manière, car sa conduite est décrite comme la conséquence de cette découverte. Le Protévangile apocryphe de Jacques a senti tout ce qu'avait d'éni^jmatiqac une pareille conduite de la part de Marie, et il a essayé de lever la difficulté de la façon la plus conséquente peut-être du point de vue du supranaturalisme. Si Marie s'était souvenue , telle est l'argumentation sur laquelle repose le récit ingénieux de l'apocryphe, de la teneur du message céleste , elle devait le communiquer à Joseph; comme elle ne paraît pas l'avoir fait, à en juger d'après la conduite de Joseph, il ne reste plus qu'à admettre que la communication mystérieuse qu'elle avait reçue dans un état d'exaltation s'effaça ensuite de son souvenir, cl que la vraie cause de sa grossesse lui était inconnue à elle-même (1). Dans le fait, pour le cas actuel, il n'y

(1) J'rnlei: Jac, c. 12 : Marie oublia biicl : Mapeàix <îè £jr£Àà6£T0 twv u-j^tvnles mystères que lui arait appris Ga- piojv, Zt iTite «pô; avr^v Ta^ptyi'A. !n-

a guère d'autre parti à prendre qu'à se réfugier dans le merveilleux et rincompréheusiblc. Les efforts que des théologiens modernes, supranaturalistes aussi, ont tentés pour expliquer le silence de INlarie à l'égard de Joseph, et môme pour y trouver un trait excellent de caractère , sont des efforts aussi téméraires que malheureux pour faire de nécessité vertu. D'après Hess (1), il dut en coûter beaucoup à Marie pour taire à Joseph la communication de l'ange, et il faut considérer cette retenue, dans une affaire connue seulement d'elle et du ciel, comme un signe de sa grande confiance en Dieu. Ce n'est pas en vain, s'est-elle dit en ellemême, que seule j'ai eu celte apparition; si Joseph devait dès à présent en être informé, l'ange lui aurait aussi apparu. Mais, si toute personne qui a en partage une révélation supérieure pensait ainsi, combien ne faudrait-il pas de révélations particulières? Suivant Hess , Marie se dit encore : C'est l'affaire de Dieu , je dois lui laisser le soin de convaincre Joseph. Ceci n'est pas autre chose que le principe des gens insouciants. OIshausen approuve les raisons de Hess, et il y ajoute sa remarque favorite, à savoir, que, dans des événements aussi extraordinaires, la mesure des rapports ordinaires du monde n'est pas applicable (2); jetant ainsi sous les pieds des considérations essentielles de délicatesse et de convenance.

L'Évangile de la nativité de Marie, et , à la suite de cet évangile, quelques modernes, entre autres l'auteur de l'Histoire naturelle du grand prophète de Nazareth, ont supposé (c'est une explication qui est davantage au point de vue de l'explication naturelle), ont supposé que Joseph était éloigné de la demeure de sa fiancée au temps du message céleste. D'après eux, Marie est de Nazareth ; Joseph, de Beth-

terrogée par Josepli , elle répond avec {\.) Geschichte derdrei letzten Lehcns-

des larmes : Je ne sais pas d'où vient ce jahie Jesu u. s. w., 1 TIil., S. 36. qui est dans mon sein : Où yivûxsxbt (2) Bibl, Comment,, \^ S. 149,

TtÔOcV t(JTC TOVTO TO £ï yaTTpt fJOV, C, 13.

léem, où il retourna après ses fiançailles ; il ne revint auprès de Marie qu'au bout de trois mois , et alors il découvrit la grossesse qui était survenue dans cet intervalle. Mais c'est sans aucun fondement, comme nous le verrons plus bas, dans les évangiles canoniques, que l'on admet des résidences différentes pour Marie et pour Joseph, et toute cette explication tombe dans le néant. Sans fciire une telle supposition, on pourrait peut-être, en se tenant encore dans l'explication naturelle, se rendre raison du silence de Marie à l'égard de .Joseph par la honte qu'elle ressentait à confesser un état si capable d'exciter le soupçon. iMais une personne aussi fortement convaincue du caractère divin de toute l'affaire, et aussi pleinement docile à sa destination mystérieuse que Marie le fut suivant Luc, 1,38, ne pouvait pas avoir la langue liée par les petites considérations d'une fausse honte. En conséquence, les auteurs des explications naturelles, pour sauver le caractère de Marie, sans faire tort à celui de .Joseph, imaginèrent une communication, tardive, il est vrai, de Marie à Joseph, pour se rendre raison de l'incrédulité de ce dernier. Comme l'apocryphe de la Nativité de Marie, ils introduisirent un voyage, mais r:on de Joseph; et ils se servirent du voyage de Marie près d'Élizobeth, indiqué par Luc, pour expliquer le retard de la communication. Avant ce voyage, dit Paulus, Marie ne se découvrit pas à Joseph : probablement elle voulut d'abord s'entendre avec son amie plus âgée sur la manière de faire cette communication, et pour savoir surtout si , comme mère du Messie, elle devait se marier. Ce n'est qu'à son retour qu'elle informe Joseph, probablement par d'autres, de ce qui en est et des promesses qu'elle a reçues. Cette première révélation ne trouve pas .loseph suffisamment préparé ; il est en proie à toutes sortes de pensées, flottant entre le soupçon et l'espérance, jusqu'à ce qu'enfin un songe le décide (1). Mais

(1) Paulus, Excget, Handbuch, 1, a, S. 121, ih5.

188 VliEMIÈHE SECTION.

d'abord, ici, c'est supposer au voyage de Marie un objet qui y est étranger dans le récit de Luc. Non pour demander conseil, mais pour s'assurer du signe donné |iar l'ange, Marie se rend auprès d'Eli/.abeth; nulle inquiétude que l'amie doive calmer ne s'exprime par les discours de Marie à la mère future du précurseur, mais une joie orgueilleuse et que rien ne trouble. D'ailleurs un aveu si tardif ne peut justifier îMaric. Est-ce la conduite d'une fiancée que de faire un vo'. âge de plusieurs lieues après une révélation divine qui touchait le fiancé de si près et dans une affaire aussi délicate, de s'absenter pendant trois mois, et de faire insinuer par des tiers au fiancé ce qui ne pouvait plus se cacher?

Celui qui ne veut pas admettre que Marie ait agi comme certainement nos évangélistes ne supposent pas qu'elle ait agi, celui-là doit admettre sans hésitation qu'elle communiqua îî son fiancé le message aussitôt après l'avoir reçu, et que ce dernier ne lui accorda aucune créance (1). Mais alors qu'on voie comment on se rendra compte du caractère de Joseph! Hess est aussi d'opinion que Joseph, devant connaître Marie, n'aurait eu aucune raison de douter de son assertion, si elle l'avait instruit de Tapparition. Cependant, s'il a douté, ce soupçon paraît sujq)Oser une défiance à l'égard de sa fiancée, défiance peu compatible avec son caractère d'homme juste, àvr.ç Siy.y.<^jç, Malth., 1,19, et une incrédulité pour le merveilleux qui n'est guère conciliablc avec sa disposition ordinaire à recevoir des apparitions angéliques; et, dans tous les cas, lors de l'apparition qu'il eut à son tour plus tard, celte incrédulité ne serait pas restée sans reproche.

Nos évangélistes ont voulu évidemment dépeindre le caractère de Joseph et de Marie comme exempt de taclic; or, inévitablement on arrive à des conséquences qui contredisent leurs intentions, si l'on veut faire concorder leurs récils

(l) îseander penche vers celte opialun , L- J. Ch. S. 18.

et les compléter l'un par l'autre. Concluons donc que la conciliation est impossible et que leurs récits s'excluent. Il ne faut pas croire que l'ange s'est montré d'abord à IMarie, puis à Joseph, mais il faut croire qu'il n'a apparu (ju'à l'un des deux; en conséquence, c'est seulement l'une ou l'autre des relations qui jteut être considérée comme historique. A ce terme, on pourrait vouloir se décider pour l'une ou l'autre des relations d'après différentes considérations; on pourrait trouver plus vraisemblable, au point de vue du rationalisme,''le récit de IMatthieu, parce que l'apparition de l'ange dans un songe est plus aisément susceptible d'une explication naturelle; au point de vue du supranaturalisme, le récit de Luc, parce que le soupçon contre la Sainte Vierge y est écarté d'une manière plus digne de Dieu. Mais, à vrai dire, aucune des deux relations, à cet égard, n'a d'avantage essentiel. Toutes deux contiennent l'apparition d'un ange; elles sont donc pressées de toutes les difficultés qui empêchent de croire à l'existence des anges et ù leur a])parition, d'après les raisons exposées plus haut lors de l'annonciation de la naissance de Jean-Baptiste; dans toutes deux, la teneur du message angélique est, comme nous allons bientôt le voir, une impossibilité. Ainsi il ne reste plus aucun signe distinctif qui permette de rejeter l'une des relations et de conserver l'autre; et, de toute nécessité, nous sommes, pour l'une et pour l'autre, rejetés sur le terrain mjthique.

Sur ce terrain aussi disparaissent d'elles-mêmes les différentes explications que des théologiens, et surtout les auteurs d'explications naturelles, ont essayé de donner des deux apparitions angéliques. Paulus regard.? l'apparition dans Matthieu comme un songe nature! produit j)ar la communication que Marie lui avait faite de l'avis reçu j)ar elle, et il assure que Joseph a dû certainement en être instruit; car autrement on ne comprendrait pas comment, dans son

rêve, il se ferait tenir exactement le mênne langage que ce lui qui avait été tenu auparavant à Marie par l'ange (1). Mais, remarquons-le bien, si les paroles de l'ange, qu'on prétend être le second, sont semblables à celles du premier, sans cependant que le second fasse aucune allusion aux paroles du premier, cela prouve que les paroles du second ne supposent pas les paroles du premier. D'ailleurs l'explication naturelle tombe du moment que les relations sont reconnues pour mytbiques. 11 en faut dire autant de l'opinion exprimée par Paulus à mots couverts, mais ouvertement par l'auteur de l'Histoire naturelle du grand prophète de ÎNaza reth, à savoir, que l'ange a|)paru à Marie (dans Luc) était un être humain. J'en parlerai plus loin.

D'après tout ce qui précède, nous ne pouvons porter, sur l'origine des deux récits d'apj.arilions angéliques, que le jugement suivant : la conception de Jésus en Marie par une opération divine ne pouvait pas être abandonnée aux hésitations de la conjecture j il fallait qu'elle fût exprimée avec clarté et assurance, et pour cela on avait besoin d'un messager céleste, messager qui avait annoncé les naissances de Samson et de Jean, et dont l'apparition semblait encore bien plus exigée par le décorum théocratique à la naissance du Messie. Les paroles mêmes dont les anges se servent ont été en partie empruntées à ces annonciations d'enfants remarquables qu'on lit dans l'Ancien Testament (2). Quant à

(2) 1 .Vos,, 17, 19 , T.xx (annoncia- Matth. , 1 , 21. ( 3Ve craius pas de tion d'Isaac) : prendre Marie ponr ta femme.,...) Elle

Sara, ta femme, t'enj^ondrera un fils, t'engendrera un fils, et tu l'appelleras du

et tu l'appelleras du nom d'Isaac. I ocv nom de Jésus, car il sauvera les hommes

2àppa -h ■/■^■^n <rov Ttltxnl aoi ulôv, xxî de son peuple de leurs pcciiés. (Mvi 90-

xa>£jei; To &vou.a avTov! l'jay.x. Çrfi7,i Tra&ï/a'jîî'v Ma&iàj. Tr,v yj-jxX/.oi

/uc/., 13, 5fannonciation dcSarnson): aov...) Te'îtTat êi vlbv, xaî -/.a'/sfiç xo

Et lui commencera à sauver le jieuple ovo!j.a avrov ly.Tsvv' avrî; y'up uwatt

d'Israël de« mains des Philistins. Kac t'ov /aov avrov ôi-no TÛv ij.apr'.Sv rxj-

avTo; âp$£Tai CTtùjat Tov l<jpy.y)/. tx yti- Ttjv. poç $u).lcJT;îa.

1 2V0S., 16, 11 el seq. (annonciation Luc, 1, 30. Et l'ange lui dit: Tu con-

d'Ismaèl) : cevras un fils, et tu l'appelleras du nom

Et l'auge du Seigneur lui dit : Ta as de Jésus. Celui-ci sera... Kat tï-Ktv a

l'apparition de l'ange qui, suivant un évangile, se montre avant toute chose à Marie, et, suivant l'autre, ne se montre à Joseph qu'après la grossesse établie, il n'y faut voir qu'une variation soit de la légende, soit de la refonte des récits évangéliques- variation qui, dans l'histoire de l'annonciation d'isaac, a une analogie qui l'explique. Jéhovah (1 Mos.,17, 15 seq.) annonce à Abraham qu'il aura un fils de Sara, sur quoi celui-ci ne peut pas s'empêcher de rire; mais il reçoit une seconde fois la même assurance. Jéhovah (18, 1 seq.) donne cette promesse sous le térébenthinier à Mambré, et Sara en rit comme de quelque chose de nouveau pour elle, et dont elle n'a pas entendu parler. Enrin (21, 5 seq.) Sara, pour la première fois, parle, après la naissance d'isaac, du rire des gens qui doit faire donner ce nom à l'enfant; dernier récit qui ne suppose pas les deux premiers récits (1). Ainsi la naissance d'isaac fut le sujet de diverses légendes ou fictions qui se formèrent sans connexion mutuelle, les unes plus simples, les autres plus ornées. Il en est de même des deux récits discordants sur la naissance de Jésus. Le récit de jMatthieu (2) est plus simple et rédigé avec plus de rudesse; car il n'évite pas de jeter, ne serait-ce que dans

conçu, tu eDgendrcras un fils, et tu l'ap- ay/t/o? aÙTT;* ÎSoj aij).)ri^n îv ycuarpt ,

pcUerasdu nomd'Ismaël. Celui-ci sera... xatTt'^v) vîbv.xai xa/£<i£(ÇTo Svouia «vtov

Kaî litrcv avT^ ô ciyyt\oç Kupi'ov* tiov I /iaoûv. OJT05 tJra;... av tv yafXTpc f)(H; . xai '."£?») uTov, xai xaXcVei; to ovofiia «Ûtov lapiav)).. Oùtoç

£5Tai...

(1) De Wette, Kiilik der rnns. Ge- plie, Antiq., 2,9,3, craignant pour schichte , S. 86 f. tout le ])eii|)le, ([tii était menacé de périr

(2) Le rêve qui, d'après Maltliien , par la destruction des enfants, et indissipa les doutes et les inquiétudes de qiiiet pour lui-même à cause de la gros- Josepli , a encore une sorte de modèle scsse actuelle de sa femme , ne savait dans la tradition juive, telle qu'elle est quel parti prendre. Dans sou désespoir,

déjà consignée dans riiistoricu Josèplie, il invoque la protection de Dieu

touchant un rêve que le père de Moïse Dien , en ayant eu pitié, se présente à

eut daus des circonstances analogues. lui pendant le sommeil , et l'exhorte a

Son inquiétude, à lui, provenait, non de ne pas désespérer de l'avenir... Car cet

soupçons contre sa femme, mais du dan- enfant qui va naître délivrera la race des

ger que courait son enfant en raison de Hébreux de la servitude en Egypte, et

l'ordre de mort prononcé par le Plia- se fera , parmi les hommes , un nom qui

raon. « Amaraniès , homme de bonne durera autant qne l'univers. » uaissance parmi les Hébreux, dit José-

192 PREMIÈRE SECTrON.

un soupçon passager de Josepli, une ombre sur la verlu de Marie, ombre qui n'est effacée que plus tard. Au contraire, le récit de Luc est plus délicat et plus habile, et il montre tout d'abord Marie dans le pur éclat d'une (iancée du ciel (1).

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