‹ Vie de Jésus ou Examen critique de son histoireChapitre 46 sur 110 · XXX · texte numérisé non relu

XXX

Relations de Joseph avec Marie. — Frères de Jésus.

Nos évangiles sont tout à fait conformes à l'esprit de l'ancienne légende, quand ils trouvent convenable de ne faire toucher ni profaner par aucun homme terrestre la mère de Jésus, pendant tout le temps qu'elle porta ce fruit céleste dans son sein. En conséquence, Luc (2, 5) ne représente, avant la naissance de Jésus , Joseph que comme le fiancé de Marie; et de même qu'il est dit du père de Platon, sa femme étant devenue enceinte d'Apoiion : // la garda pure de tout commerce matrimonial jusqu'à V accouchement, oOev -/.yfyci^y.v yaaoj O'j/.à^ai i'wç Tr.ç à-o/.!jr''7sco; (1), de même il est dit de Joseph dans Matthieu : // ne connut pas sa femme jusqu'à ce quelle eut mis au monde son fils premier-né^ xal o'j^ èy''vw(7/,£v aÙTr,v, éco; oO eTexs tov uïov auTviç Tov 7:o6JTOTo/,ov. Évidcmmcnt dans les deux passages parallèles le mot eto;, jusqu'à, doit être entendu de la même manière; or, dans le passage de Diogène Laërte, il ne signilio incontestablement que ceci : Jusqu'à la naissance de Platon, son père s'abstint de tout rapport avec sa femme; ensuite il rentra dans ses droits conjugaux. Nous savons, en effet, que Platon a eu des frères. Donc le mot i'wç , relativement aux parents de Jésus, ne doit pas être entendu autrement, c'est-à-dire que ce mot nie les rapports conjugaux jusqu'à la limite indiquée, mais les suppose tacitement, passé cette limite. De même l'expression premier-né, 77pcoTo-o/,o;, qui, dans les deux évangiles, est appliquée à Jésus (Malth., 1, !25 ; Luc, 2, 7), paraît supposer d'autres enfants de Marie, d'après l'argument de Lucien : S'il est premier, il n'est pas seul ; s'il est seul, il n'est pas pre^ mier (2). Dans les mêmes évangiles (Malth., 13, 55;

(1) Uio;;. Laert., 'S. 1, 2. Compare/. (2) Ec \i.\v Trpw-oç, où uivo;' tï es

Origènc, C. Cels. , 1, .37. p-ôvo;, ov ttoûtoî. Dœmoiiax , 29.

Luc, 8, 19) il pst parlé (\g^ frères de Jésus^ à^sV^oî; ir-roO. Fritzsche en conséquorKc a (Jit : " Luhenlissime post Jesu natales Mariam concessit Matlhœus (Luc en a fait autant) uxorem Josepho, in hoc uno occupalus, ne quis ante Jesu primordia mutua venere usos suspicaretiir. » Mais, à la longue, cela ne suflit plus aux orthodoxes, à mesure que s'accrut l'adoration de Marie, dont le corps, fécondé par l'opération divine, ne devait jjIus être proHiné par des rapjjorts qui appartiennent au reste de l'humanité (1). De bonne heure l'opinion que Marie , après la naissance de Jésus, avait eu des relations conjugales avec Joseph, rentra dans la catégorie des opinions hérétiques (2); et les Pères orthodoxes cherchèrent de toutes les façons à y échapper et à la combattre. En exégèse, on imagina que les mots jusqu'à, £oj; où, aftirmaient ou niaient quelque chose, non pas seulement jusqu'au terme indiqué, mais quelquefois au delà de ce terme et pour toujours; de sorte que la phrase il ne la connut pas jusquà ce quelle mit au monde, etc., ■/.ai o'jx ÈYivtoG/.cv ajTv-.v écoç oj âVcXc, -/.tI. , excluait pour toujours toute communauté conjugale entre Joseph etMarie(3). De la même façon, au sujet du v[\q{ premier-né, -rrpojTOTox.o;, on argua que ce mot ne supposait pas nécessairement la naissance postérieure d'autres enfants, mais qu'il excluait seulement toute naissance antérieure [h)- De plus, pour écarter non seulement grammaticalement, mais encore physiologiquement, la pensée de communications conjugales entre Marie et Joseph, on lit de ce dernier un vieillard décrépit à qui Marie n'avait été remise que pour qu'il la surveillât

(1) Voyez Origène, in jMallh., opp, Dimœriles et Antidicomarianites , et,

éd. de la Kue, vol. 3, {i. i63. d'après saint Augustin, des Helvidicns.

'2) L'arien Etinooiius enseignait, d'à- Comparez, sur ce point, la collection de

près l'jiotius, que Joseph, après l'enfan- Suicer, dans le Thésaurus, 2 , i\ Mapi'a,

teuient ineitable, avait eu commerce fol. 305 ei îey.

avec la Vierge , tov Iwyr.tp a£Tx tr,v (3) Comparez Tbéopliylacte et Soldas

a'fpairov zvo-fopîav ouvàtiTtjÔac Tvî dans Suicer, 1, 2^. ?û)ç, f. 129i er ie^. irapOjyu. C'était aussi , d'après Épi- (k, Hieron, sur ce passage,

phane, la doctrine de ceux qu'il appelle

TROISIÈME CHAPITIU:. ^ XXX. 229

et protégeât, et l'on considéra les frères de Jésus, à-^VA^oùç îviao'j, dont il est parlé dans le Nouveau Testament, comme des enfants que Joseph avait eus d'un autre mariage (1). Ce n'est pas tout : non seulement Marie ne devait pas avoir été touchée par Joseph, mais encore la naissance de Jésus ne devait pas lui avoir fut perdre sa virginité (2). Plus tard même il ne suffit plus que Marie eut conservé sa viroinité intacte, on exigea de Joseph aussi une virginité constante; ce ne fut pas esse/ qu'il n'eût eu avec Marie aucune communication conjugale, il fallut qu'il n'eût jamais été engagé dans les liens du mariage. De la sorte, ce qu'Épiphane même accord?, à savoir, que Joseph avait eu des fils d'une femme précédente, fut rejeté par saint Jérôme comme une rêverie impie et apocryphe, et dès lors les frères de Jésus, à6£>.<pol lYifjoij, furent rabaissés au rang de ses cousins (3).

Il est aussi des théologiens orthodoxes modernes qui soutiennent, avec les Pères de l'Église, que jamais des relations conjugales n'ont existé entre Joseph et Marie, et qui croient pouvoir expliquer en conséquence les expressions évangéliques qui semblent dire le contraire. Relativement au mot premier-né, TvpwTOToxo;, Olshausen assure qu'il peut aussi bien signifier le fils unique que le premier à côté d'autres; Paulus lui donne raison en cela; et Clemen (/i) et Fritzsche cherchent vainement à démontrer l'impossibilité de cette explication. Il est dit, il est vrai, 2 Mos., 13, 2 : Sanclifica mihi omne primogenitum (rptoToW-ov, TZGOJToyevèç, L\\) quod aperit vidvam; or, Jéhovah ne sanctifiait pas seulement un premier-né qui était suivi d'autres

(1) Voyez Origène, in Matth. , t. 10, (3) Hieron. ad Matth., 12, et Adveis. 17; Epiiihau., ILvres., 78, 7; Histona Helvid. Dans Suicer, 1, p. 85. Josepki, c. 2 ; Protev. Jac., 9, 18. (/,) Les frères de Jésus dans Winer's

(2) Chrysost., Ilom. l/,2 ; dans Soi- '/.<-itschnJÏJur wissenschaflUche Theolo- <cr, 1'. Mapi'a. Le détail en est répons- gic , 1, 3, S. 364 f.

saut dans le Protêvangile de Jacques c. 19 et 20.

frères, mais il sanctifiait toute naissance qui, pour la même mère, n'était précédée d'aucune autre : et le moi premierné, 77ca)TOToy,o; , se prête nécessairement aussi à celte acception. Sans doute, et c'est une objection de Winer (1), si le narrateur, qui voit devant lui l'histoire terminée, emploie ce mot, on est tenté de le prendre dans son sens primitif; car, s'il avait voulu exclure des enfants subséquents, il se serait servi du mot fils unique, [/.ovoysvr,;, ou il l'aurait joint au mot premier-né. Quoi qu'il en soit, ces raisoimements laissent la question indécise au sujet du mot premier-né, TTpcoTOTox.o: ; mais il n'en est pas de même des remarques de Fritzsche sur l'expression jusqu'à ewç ou. Il réfute les textes dont on arguë pour autoriser l'explication que les Pères de l'Église ont donnée de cette expression, et il montre que, d'après le sens immédiat, elle n'afOrme une chose que jusqu'à une certaine limite, suppose, à partir de cette limite, le contraire logique de cette chose, et ne perd cette dernière signification que lorsque le contexte montre évidemment l'impossibilité de ce contraire (2). Par exemple, s'il y avait : il ne la connut pas jusquà ce quil mourut, oùy. £yivw(7/,£v aii-r,v iw; où aTCsGavsv, il serait clair que la négation durant le temps écoulé jusqu'à la mort ne peut se transformer, après la mort, en affirmation; mais quand il y a, comme dans Matthieu, il ne la connut pas jusquà ce quelle fut accouchée, oit/, iyivw/.ev Tj-hv éw; oj £'t3-/.£v, l'enfantement du fruit divin ne met aucune impossibilité à l'établissement de relations conjugales, au contraire il les rend possibles, c'est-à-dire convenables (o).

(1) Biblische Realwôterbuch , 2"" car lorsqu'on dit : Nous attendîmes jus- Aufla^e , 1 Bd. , S. 664 . Anm. De qu'a minuit, mais personne ne vint, Wette , sur ce passage; Neander, L. J. il ne suit pas nécessairement de ces ex- Cli., S. 3i. pre.s^ious que quelqu'un vint après mi-

(2) Comment, in Matlh., p. 53;com- nuit; mais ce qui s'ensuit, c'est que parez aussi p. 835. nous n'avons pas attendu j)assé minuit;

(o) L'exemple imaginé par Olsliauseu, de sorte que la locuùou jusqu'à canstne •S. 62, pour soutenir son explication de ici encore sa signification d'exclusion. £ù)5 oy , est particulièrement mal choisi ;

Au reste, Olshausen ne contredit ici l'évidence de la grammaire et de la logique que parce qu'il y est forcé par des motifs dogmatiques, analogues à ceux des Pères de l'Église. Sans vouloir porter atteinte à la sainteté du mariage, Joseph, dit ce théologien, a dû penser, après de telles expériences, que son union avec Marie avait un autre but que de procréer des enfants; en outre, il paraît conforme à hiiature (1) que la dernière descendante de David, de la branche d'où devait sortir le Messie, terminât sa race par ce dernier et éternel rejeton (2). On peut, en conséquence, dresser une échelle singulière de foi et de superstition concernant les relations entre Marie et Joseph.

1° Contemporains de Jésus et rédacteurs des généalogies : Joseph et Marie, époux; Jésus né de leur mariage.

2" Époque et rédacteurs de nos histoires de l'enfance : Marie et Joseph seulement fiancés; Joseph sans participation à la conception de l'enfant, et sans relation conjugale avec Marie avant la naissance de Jésus.

3" Olshausen et d'autres : Même après la naissance de Jésus, Joseph, bien qu'alors Tépoux de Marie, ne voulut pas faire usage de ses droits matrimoniaux.

4° Épiphane, le Protévangile de Jacques et d'autres : Joseph, étant un vieillard décrépit, ne pouvait pas en faire usage ; les enfants qu'on lui attribue sont d'un mariage antérieur; et il reçoit Marie, moins comme son fiancé et son mari que comme son gardien.

5" Protévangile, (^lirysostôme et d'autres : Non seulement la virginité de Marie ne fut pas détruite par des grossesses postérieures du fait de Joseph, mais encore elle ne le fut pas par la naissance de Jésus.

G" Saint Jérôme : Non seulement Marie , mais encore Joseph, gardèrent continuellement leur virginité ; et les pré-

(1) Voilà uue autre convenance avons déjà relevées §§ xx et xxl. semblable aux convenances que uous (2) Bibl, Coinm., 1, S. 62.

tendus frères de Jésus sont, non pas ses frères, mais ses cousins.

On voit ainsi se former l'opinion que les frères, à^sTv^ol, et les sœurs, y.^ilovX , dont il est question dans le Nouveau Testament, ne sont que des demi-frères ou même de simples cousins, et il en résulte le préjugé le plus défavorable pour la vérité de cette opinion, car elle paraît n'être qu'une invention de la superstition, qui imagina en même temps que Joseph n'avait jamais eu de relations conjugales avec Marie. Cependant il n'en est pas ainsi : ce préjugé peut induire en erreur; et ce sont des motifs purv^ment exégéliques qui ont décidé des théologiens d'un esprit indépendant à croire que Jésus n'avait réellement pas eu de frères (l). A la vérité, on lit dans Matthieu, lo, 55, et Marc, 6, 3, que les habitants de INazaretb, s'émerveillant de la sagesse de leur compatriote, et voulant caractériser son origine, qui leur était bien connue, immédiatement après avoir parlé de son père le charpentier, TeV.TOiv, et de sa mère Marie, parlent de ses frères, à(îc),GO'j;, nommés Jacques, José, Simon et Judas, et de ses sœurs dont on ne dit pas les noms (2) ; on lit dans Matthieu, :12, A6, et Luc, 8, 19, que les frères et la mère de Jésus vinrent le visiter; on lit dans Jean, 2, 12, que Jésus partit avec eux et sa mère pour Capernaiira; on lit dans les i\ctes des Apôtres, 1, \[\, leurs noms à côté de celui de Marie. Si nous n'avions que de pareils passages, nous n'hésiterions pas un seul moment à admettre l'existence de frères de Jésus, au moins du côté maternel, d'enfants de Joseph et de Marie, non seulement à cause de la signification propre du mot frère, dhlm;, mais encore à cause de l'association perpétuelle de leurs noms avec ceux

[i) Comparez sur re sujet : Clcmen, Jésus, Jacques, Apôtre, où l'auteur in-

Le s frères de Jésus , dans Winer's Zeit - dique toute la bibliographie. schriftfùr wiss. Tlieol.. 1, o, S. 329 ff.; (2 Voyez daus Thilo , Codex apocry-

Paulus, Exeg. Handbucli , 1 lid.. S, jdms X. T. , 1 , p. 363, not. , les difië-

557 ff.; Fritzscbe, 1. c , S. i80 ff.;\Vi- reuts noms que leur donne la légende, ner , Bibl. Reahvoilerbuck , aux mots

de Joseph et (\(^ Marie. Il est remarqué dans Jean, 7, 5, que ses frères mêmes, à^sXool, n'ont pas cru en Jésus ; dans le chapitre 3 de Marc, le verset 21 comparé avec le 31 , signifie, d'après l'explication la plus vraisemblable, que les frères de Jésus sortirent avec sa mère pour s'emparer de lui comme d'un homme qui avait perdu le sens. Mais ces deux derniers passages de Jean et de Marc ne sont pas un motif suffisant pour que nous abandonnions la signification immédiate du mot frère, d^zlmç. Plusieurs théologiens, pensant que des fils véritables de Marie auraient dû croire aussitôt en Jésus, ont, il est vrai, supposé que, dans les passages cités, les frètes de Jésus étaient seulement des fils que Joseph avait eus d'un mariage antérieur ; mais c'est une opinion qui ne s'appuie que sur un préjugé. Une difficulté plus grande, mais qui n'est pas insoluble, c'est que, d'après Jean, 19, 26 et suiv., Jésus, attaché à la croix, recommande à Jean de tenir lieu de fils à sa mère; on pense que cette recommandation ne serait pas convenable si Marie avait eu d'autres enfants, et si les frères qui survivaient n'avaient pas été des fils de Joseph plus âgés que Jésus et mal disposés pour lui. Mais, soit par des circonstances extérieures, soit par des raisons intérieures et morales, Jésus pouvait aimer mieux confier sa mère à Jean qu'à ses frères ; car, bien qu'après l'ascension au ciel on les trouve dans la compagnie des apôtres (Act. Ap., 1, 1/|.), cela ne prouve nullement qu'à la mort de Jésus ils eussent déjà cru en lui.

Ce n'est pas là que sont les véritables embarras; mais ils commencent quand, outre Jacques et José, qui sont nommés comme frères de Jésus, on rencontre deux autres hommes qui portent les mêmes noms et qui sont dits fils d'une autre Marie (Marc, 15, /lO, kl; 16, 1; Matth., 27, 56). Sans aucun doute, celte Marie est celle qui, dans Jean, 19, 25, est désignée comme la sœur de la mère de Jésus et comme la femme d'un certain Clopas. Ainsi nous avons deux

fois un Jacques et un José parmi les fils d(! Marie, mère de Jésus, et de l'autre Marie, sa sœur. Celte similitude de noms dans le cercle le plus voisin de Jésus s'augmente encore quand nous nous rappelons que, dans les listes des Apôtres (Mattli., 10, 2, seq.; Luc, 6, 14, seq.), il y a encore deux Jacques, ce qui en fait quatre, avec le frère et le cousin de Jésus; de plus, deux Jude, ce qui en fait trois, avec le frère de Jésus; de plus encore, deux Simon, ce qui en fait également trois, a\ec le frère de Jésus. A la vue de tant de noms semblables, on se demande si des personnages identiques ne sont pas pris ici comme des personnages distincts. En effet, le Jacques fils d'Alphée, dans la liste des Apôtres, est nommé, peut-être comme le plus jeune, après le Jacques fils de Zébédée; et le Jacques, cousin de Jésus (Marc, 15, Z|.0), est appelé le mineur, 6 jx-apo; ; en comparant Jean 19, 25, on voit que ce dernier est appelé fils d'un certain Clopas; or, il se pourrait que le nom de Clopas, K>.oj7Tàç, donné au mari de la sœur de Marie, et celui d'Alphée, À7.<paToç, donné au père de l'apôtre, ne fussent que des formes différentes du mot hébraïque »3Sn. Ainsi, l'apôtre Jacques le mineur serait le même que le cousin de Jésus du même nom, et il ne resterait plus que le fils de Zébédée et le frère de Jésus. Dans l'histoire des Apôtres(15, 31), un Jacques paraît, avec voix prépondérante, dans ce qu'on appelle le concile des Apôtres; or, comme, d'après les Actes (12, 2), le fils de Zébédée avait déjà été mis à mort, et que jusque là il n'a été question dans les Actes d'aucun autre que du fils d'Alphée (1, 13), ce Jacques, qui n'est pas désigné d'une manière plus précise (x\ct. Ap. 15, 13), ne peut pas être différent du Jacques fils d'Alphée. D'un autre côté, Paul (Gai., 1, 19) parle d'un Jacques, frère du Seigneur, à^c}/^o; to-j Ivjpio-j, qu'il a vu à Jérusalem; il le compte, sans aucun doute (Gai., 2, 9), avec Pierre et Jean, parmi les colonnes de la communauté ;

c'est tout à fait de cette façon que !e Jacques, l'apôtre, se montre dans le concile apostolique. De sorte que ce Jacques l'apôtre serait le même que le frère du Seigneur, d'autant plus que le frère du Seigneur paraît être compris au nombre des apôtres dans la phrase de Paul : Je ne vis pas d'autre apôtre, si ce nest Jacques, frère du Seigneur, £T£pov ^è Tcôv à7ïOC^T<■J}^tov oùx, eu^ov , £t [/,vi iaV-w^ov TOV ùSslmv TQ'j Kup'-ou (Gai., 1, 19;. Ccs raisouuements s'accordent avec une ancienne tradition qui disait que Jacques le juste, frère de Jésus, avait été le premier à la tête de la communauté de Jérusalem (1). Mais le Jacques des Actes, en le supposant le même que l'apôtre dont il est question, est dit fils d'Alphée et non de Joseph; par conséquent, s'il devait être en môme tcm|js frère du Seigneur, àSù.<^o^ toS Kupiou, le mot à.^e'kooç ne devrait pas signifier frère. Maintenant, si l'on identifie l'Alphée avec le Clopas, mari de la tante maternelle de Jésus, on en viendra sans peine à prendre le mot à(Σ>.(prj;, employé pour signifier le degré de parenté de son fils avec Jésus, dans le sens de cousin. L'apôtre Jacques, fils d'Alphée, étant ainsi identifié avec le cousin, et celui-ci avec lo frère de Jésus, portant le môme nom, il est tout simple de traduire les mots Jude de Jacques, îo'J(^açiax.t6êo'j, dans les listes d'apôtres de Luc (Luc, 6, 16; Act. Ap., 1 , 13) par Jude frère de Jacques (fils d'Alj)hée), et de regarder alors cet apôlre Jude comme identique avec le Jude frère de Jésus, c'est-à-dire cousin du Seigneur et lils de JMarie Clopas; remarquons toutefois que son nom ne figure jamais à côté du nom de cette femme. Dans VEpîlre de Jude que notre canon renferme, l'auteur, V. 1, se désigne comme frère de Jacques, à^£>^^oç ia^toêoi»; et si VEpître est authentique, cette désignation concorderait avec les raisonnements ex|)osés plus haut. En outre, d'après quelques uns, l'apôtre Simon le zélé, o 'Cr;)^wT-/;; ou le Ca-

(1) Eiiseb. H. i;., 2, 1.

nanite, Kavavir/,;, pourrait être identifié avec le Simon cité parmi les frères de Jésus, lequel, d'après la tradition de l'Église, présida, après Jacques, la communauté de Jérusalem (1). De cette (açon, José serait le seul qui fût sans qualification.

Si ceux que le Nouveau Testament appelle frères de Jésus ne sont que ses cousins, et si trois d'entre eux ont été apôtres, il est surprenant que dans les Actes (1, \lx) les frères de Jésus, après l'énumération de tous les apôtres, soient encore nommés particulièrement, et que, dans la première Epîlre aux Corinthiens, 9, 5, ils" paraissent encore être mis dans une classe à part. Peut-être aussi le passage cité plus haut de VEpître aux Galates, 1, 19, doit-il être entendu en ce sens, que Jacques, le frère du Seigneur, y est désigné comme n'étant pas apôtre (2). Si ces textes ne semblent pas permettre de ranger au nombre des apôtres les frères de Jésus, il est encore plus difficile de n'y voir que de simples cousins ; car dans un grand nombre de passages ils sont associés immédiatement à la mère de Jésus; et en deux ou trois endroits seulement, deux hommes qui portent les mêmes noms sont associés à Tuutre Marie, qui serait leur véritable mère. Sans doute, le mot grec y.^elohç, dans un langage peu exact, peut signifier, comme le mot hébraïque nx, un degré de parenté plus éloigné; cependant il est répété un grand nombre de fois pour exprimer la parenté des personnes en question avec Jésus et il n'est jamais remplacé par àvs-iioc, mot qui ne manque pas à la langue du Nouveau Testament là où il s'agit de désigner un cousin (Col,, h, 10;; en conséquence il ne peut pas être pris autrement qu'avec sa signification propre. De plus, l'identité des noms d'Alphée et de Clopas, identité sur laquelle repose celle de Jacques, cousin de Jésus, avec celle

(1) Euseb. H. E., 3, 11.

(2) Fritzscbe , Co/nm. in Mattli , p, /i82.

de l'apôtre Jacques le mineur; la traduction des mots iouSccc, ia-/.wêou par Jude frère de Jacques; l'identité admise entre l'auteur de la dernière Épître catholique avec l'apôtre Jude, tout cela est excessivement incertain, et il suffit ici de le rappeler.

Ainsi le tissu de ces identifications se déchire partout; nous sommes ramenés au point de départ de nos recherches, et nous avons toujours des frères propres de Jésus, deux cousins différents de ces frères et porteurs des mêmes noms que deux d'entre eux, de plus quelques apôtres ayant aussi les mêmes noms. La dénomination semblable de deux couples de fils dans une même famille n'a rien d'assez extraordinaire pour qu'on s'en étonne; mais ce qui est embarrassant, c'est que le même Jacques qui, dans VÉpîlre aux Calâtes, est désigné comme le frère du Seigneur, âà\'X(poç Koptou, doit être considéré, d'après les Actes des Apôtres, sans aucun doute, comme le fils d'Alphée. Or, il ne peut pas avoir été fils d'Alphée, si les mots frère du Seigneur signifient véritablement un frère.

Dans tous les cas il reste une assez grande confusion, et, si l'on peut en sortir, ce n'est, ce se^mble, que négativement et sans aucun résultat historique, c'est-à-dire en admettant que, chez les auteurs du Nouveau Testament, et dans la tradition de la primitive Église, il y avait quelque obscurité et des variations sur ce point, variations qui ne peuvent guère manquer de naître dans la complication des noms et des degrés de parenté (1). Nous n'avons donc aucun motif pour nier que la mère de Jésus ait donné à son mari plusieurs autres enfants plus jeunes et peut-être aussi plus âgés; car, si le mythe sur la naissance de Jésus le représente, dans le Nouveau Testament, comme le piemierné, le môme mythe le représente, dans les Pères de l'Église, comme fils unique.

(1) Tlieile s'exprime de ni('me , zuv Biographie J/fsu , § 18.

238 JMJEMIÈRE SKCTION.

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