‹ Vie de Jésus ou Examen critique de son histoireChapitre 6 sur 110 · DU TRADUCTEUR. XV · texte numérisé non relu

DU TRADUCTEUR. XV

devient la cause du conflit où ils entrent avec un savoir plus étendu, avec une raison plus développée. Il suffît de considérer un moment ces condilions pour comprendre ce qu'on doit entendre par formation spontanée des mijlhes; sans doute ils sont toujours des œuvres où interviennent des individus, soit durant le temps où ils ne sont pas encore sortis de la tradition, soit surtout quand des hommes se char^^ent de recueillir et de consigner par écrit les traditions ; mais ils sont spontanés et indépendants en ce sons qu'ils contiennent à la fois les semences de l'initiation nouvelle et les données fixes du milieu où ils naissent. Entre le besoin de glorifier le type qui s'élève et la nécessité de le glorifier avec l'imagination, avec les sentiments, avec les connaissances du moment, est limitée toute la latitudcaccordée aux mythes.

Voilà ce qui en fait la réalité; ce qui en fait la beauté pénétrante est aulre chose. Plus ils appartiennent à une théologie primitive, plus aussi ils se complaisent à s'égarer sans limite et sans fin dans la contemplation des forces de la nature divinisées et individualisées. L'imagination a peu de frein; et, quoiqu'elle nous ait transmis sous cette inspiration et sous cette forme de splendides récits, là cependant n'est pas ce qui louche le plus, ce qui captive le mieux, ce qui tient le plus de vérité profonde. Mais quand l'humanité s'est dégagée davantage de sls liens avec le monde matériel et avec les forces qui le meuvent, et s'est repliée sur elle-même, alors ses légendes, s'adressant à des sentiments plus intimes, pénètrent au loin dans la nature humaine. Cette pénétration, qui en fait la puissance supérieure comme instrument de morale, est aussi ce qui en fait la beauté supérieure.

Ainsi dans l'établissement du christianisme se sont

XVI l'RÉFACE

passées les choses. En un temps où ni le judaïsme formaliste et étroit des pharisiens ni le polythéisme décrépit du monde gréco-romain ne satisfaisaient plus aux besoins religieux, Jésus se sentit appelé à jeter dans cette masse stagnante le ferment d'une vie nouvelle et plus haute. Son enseignement fut le point de départ de cette régénération, qui, d'abord renfermée dans le domaine religieux, ne tarda pas à modifier profondément toute l'existence des sociétés. D'un Blessie temporel que sa nation attendait, il fit un Messie spirituel qu'elle n'attendait pas, mais qui seul pouvait s'étendre sur le monde moral et en renouveler les rouages.

Ses disciples et les communautés chrétiennes qui sortirent de leurs prédications racontèrent la vie de leur Messie, transmirent ses paroles et se firent leur idéal de ses exemples. Ce fut dans cette époque de profonde émotion et de création religieuse que se formèrent les récils consacrés. Mais ces récits aussi n'ont pas échappé aux conditions qui les dominent. Tout pénétrés de l'esprit nouveau que Jésus avait soufflé, ils sont par là en relation avec la rénovation qui se prépare, avec l'avenir qui s'ouvre; tout réglés par le milieu où ils naissent, ils sont constamment déterminés par les livres sacrés des Juifs. C'est ainsi que s'est formé l'idéal du Christ.

Vues dans leur ensemble, les religions prennent aux yeux de l'homme qui réfléchit un aspect qu'on ne leur trouve pas dans nos histoires si peu historiques; car le plus salutaire enseignement est de sortir du domaine exclusif où chacune s'enferme. On sait comment le paganisme a été traité par le christianisme, qui le déposséda. C'étaient les démons qui , échappés de l'enfer, avaient séduit les hommes au culte de l'idolâtrie; c'étaient eux qui se faisaient adorer d'un culte impur

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