‹ Vie de Jésus ou Examen critique de son histoireChapitre 5 sur 110 · DU TRADUCTEUR. XIII · texte numérisé non relu

DU TRADUCTEUR. XIII

Donc il n'est permis de loucher aii\ récits lliéolo- «^ giques , ni en y introduisant des allégories , ni en les transformant en faits naturels ; il n'est pas permis de les nier en les considérant comme des impostures ; il n'est pas permis non plus de les accepter en les prenant pour des réalités. La réalité en est ailleurs : elle est dans l'ordre mental ou psychologique , en ce sens qu'ils témoignent non de faits qui se soient réellement passés, mais de mobiles intellectuels et moraux qui ont modifié les sociétés à une profondeur où ne serait jamais arrivé le plus grave des événements matériels. C'est là qu'est le nœud de la question.

On ne peut pas connaître l'histoire, c'est-à-dire le développement de la civilisation, si l'on ne connaît pas d'abord l'honune individuel, c'est-à-dire si l'on n'a pas étudié la biologie dans laquelle l'être humain figure comme le couronnement do la hiérarchie organique. Mais ce serait se tromper grandement (et ce fut l'erreur de quelques biologistes trop ambitieux pour leur science ) que de croire qu'il suffit de la biologie pour pénétrer dans la science de l'histoire. Non; là, dans l'ordre des faits sociaux, apparaissent de nouvelles conditions qui ne sont pas explicables par la simple considération de l'homme en tant qu'individu. L'humanité, a dit Pascal dans une phrase célèbre, est comme un homme qui apprend toujours. Cette faculté d'apprendre toujours n'est pas la seule qui lui soit propre, et il est possible de distinguer en elle des facultés notablement différentes de celles de l'individu, et qui les dépassent par leur étendue et leur puissance de création. C'est l'histoire qui enseigne cette distinction; et la distinction, étant faite, réagit sur l'histoire et lui donne une clarté singulière. A l'aide de ces facultés propres à l'humanité (sur les-

quelles au resle je compte revenir plus en détail dans un autre travail) s'opèrent les plus essentielles de ses transformations, et entre autres les transformations / religieuses. Tant qu'on n'a pas conçu Tliumanilé comme un être immense étendu dans le temps, on n'a pas conçu l'histoire.

De quelque côté qu'on prolonge le regard soit dans le présent sur le globe, soit dans le passé, on aperçoit les hommes groupés par croyances plus ou moins compréhensives. Si l'on demande à ces croyances leurs origines, les plus récentes, le mahomélisme et le christianisme, se rattachent au judaïsme; le bouddhisme indien s'est détaché du fond polythéislique du brahmanisme; le magisme ou doctrine de Zoroastre vient d'un même fond; le judaïsme émane de TÉgypte et des pUdnes a.>syriennes ; enfin les polythéismes et les felichismes divers s'enfoncent dans la nuit des siècles anlé-historiques. Ces grandes créations , qui constituent la vie morale de l'humanité, sont dues à des efforts successifs qui ont été consignés et déposés en des légend(3S sacrées; légendes auxquelles la saine raison comnae la saine histoire ne peut attribuer un autre caractère que celui du sol d'où elles sortent; et ce caractère , toujours plus élevé à mesure qu'on s'élève dans réchelie des religions, a été, sauf les aberrations inhérentes, d'organiser la société, de la régler, de la moraliser, de la sanctifier.

La critique a donné le nom de mythes à ces légendes. Retenus dans la mémoire, recueillis dans les temples, inscrits dans les livres, ils sont devenus le patrimoine d'immenses sociétés qui y trouvent un aliment tout préparé. L'empreinte du temps et du lieu où ils sont nés y est uiarquée d'une manière indélébile ; et c'est justement celle empreinte qui, dans l'élaboralion ultérieure,

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