LIV
La tentation expliquée comme événement naturel, interne ou externe; la tentation considérée comme parabole.
L'impossibilité de concevoir ces enlèvements soudains de Jésus sur le Temple et sur la montagne a déjà conduit quelques uns des anciens interprèles à penser que les lieux de la seconde et de la troisième tentation avaient été présents pour Jésus,' non corporellemont et extérieurement, mais seulement en vision (1). Au contraire, des modernes pour
(1) Théodore de Mopsueste , 1. c, C/iristi, la première tentation se passa,
p. 107, soutenait contre Julien <pte le il est vrai, localiter in deseito ; mais ,
diable avait J'aie l'image d'une montagne. sur le Temple et sur la montagne, Jésus
uiavrauiav opou; tov Si-iSaXav ■Ktizoï.n- n'alla que comme F séchiel de Chaboras
•/.Evac; et , d'après l'auteur du Discours à Jérusalem , c'est-à-dire ^rt «fjpnV, déjà cité , De Jejunio et tentalionihus
450 DEUXIÈME SECTIOM.
qui l'apparition visible et extérieure du diable était surtout choquante ont transporté dans l'intérieur de l'âme de Jésus toute cette scène d'un bouta l'autre; dans ce cas, ou bien ils ont conçu le jeûne de quarante jours comme une imagination purement intérieure (1), ce qui est l'arbitraire le moins permis contre le sens du texte, lequel est d'apparence tout à fait historique : Ayant jeûné pendant quarante jours , il eut faim dans la suite, vr.CTc'Jcaç r,[xé^y.<; Teccapâx.ovTa 'J'crTspov i-Kti^xce; OU bien ils l'ont regardé comme un Tait réel. Mais alors subsistent toutes les difficultés que ce jeûne suscite, et qui ont été énumérées dans le paragraphe précédent. La représentation intérieure des scènes de la tentation est placée, par les uns, pendant la durée d'une vision extatique, à laquelle on conserve une origine surnaturelle, et qu'on attribue soit à Dieu, soit à l'action du royaume des ténèbres (2); par d'autres elle est conçue plutôt comme un songe, et alors ceux-là cherchent un motif naturel à une pareille vision dans les pensées qui avaient occupé Jésus pendant l'état de veille (3). Plein encore de l'émotion que la scène de son baptême avait excitée en lui, Jésus, dit-on dans cette manière de représenter la chose, repasse encore une fois dans son esprit son plan messianique, et, à coté des voies légitimes, il se rappelle la possibilité de se laisser aller dans les voies opposées, qui sont : exagération de la foi aux miracles et ambition de dominer, mauvais penchants par lesquelsrhomme,d'aprèsropinionjuive, devenait, d'instrument de Dieu, instrument des desseins du diable. Tandis qu'il s'abandonne à ces pensées, son organisation délicate succombe sous une aussi forte tension ; il tortibe pendant quelque temps dans un affaissement complet, et de là dans un état de songe oii son esprit transforme, insciemment, les
(1) Panlns,S. 379. Olsbausen sur ce passage, par Hoffmann
(2) La première opinion est sontenne aussi (S. 326 f.), si je le comprends par H. Farmer, dansGratz , Conim. zum bien.
Ev. Mattk., 1, S. 217; la seconde, par (3) Paulus, 1. c, S. 37.
pensées précédentes en des figures qui parlent et qui agissent.
Pour s'autoriser à transporter toute la scène dans l'intérieur de Jésus , les commentateurs ont cru pouvoir citer quelques traits môme de la narration évangélique. Les expressions de Matthieu : // fut emporté dans le désert 'par l'esprit, (x.v'/)y(}'n elç tviv ê'pvip'.ov ûxo tou -irveup-axoç, et surtout celles de Luc : // fut emporté dans l'esprit vîysTo èv tw 7:v£U(;-a-i, correspondent, ont-ils dit, complètement aux formules : J'étais en esprit, iyiv6[j.r,'^ iv rvauf^axi, Apocalypse,
1, 10 : Il m'emporta dans le désert en esprit, dr.-i]vejy.i [7,£ £iç ep-npv £v 7ïv8u[j,aTi, ibid., 17, 3, et à d'autres dans Ézéchiel; or, dans ces passages, i! n'est question que d'une intuition intérieure; il ne peut donc pas être question, non plus, dans notre passage, d'événements extérieurs et réels. Mais on a objecté avec raison (1) que les formules invoquées comme exemples et autorités peuvent signifier les deux choses : ou un déplacement extérieur et réel opéré par l'Esprit de Dieu comme dans Act. Ap. 8, 39 ; 2 Pieg.,
2, 16, ou un déplacement simplement intérieur et visionnaire, comme dans les passages cités de l'Apocalypse; qu'entre ces deux significations, c'est le contexte qui doit décider; que, dans des livres remplis de visions d'un bouta l'autre comme l'Apocalypse et Ézéchiel, le contexte décide qu'il s'agit de scènes qui n'ont d'autre théâtre que l'intérieur de l'esprit; mais que, dans un ouvrage historique comme nos évangiles, le contexte décide qu'il s'agit de scènes réelles et extérieures. Les songes, et môme les visions, sont toujours indiqués comme teb par des remarques expresses dans les livres historiques du Nouveau Testament; et, dans notre passage, il devrait y avoir, ou bien les mots : // vit en vision j en ravissement, et^sv sv ôoaj/.aTi, èv èjccfracet,
(1) Fritzscbe, in Matth., 155 seq.; Usteri, Essai pour l'explication de l'Jiistoire de la tentation , 1. c., S, 774 f.
comme Act. Ap. 9, 12. 10, 10, ou bien les mots : // hn apparut en songe, i':^y.vr, «Otû /.y-' ovap, comme dans Matthieu, 1, 20; 2, 13. Mais surtout l'historien, s'il racontait (in songe, aurait du marquer la transition à la teneur subséquente de l'histoire rèeWei^arlemots^étant éveillé, Sit-^^'c^fiv.ç^ comme Matthieu, 1, 2/|.; 2, 1/i. 21; ce qui, comme Paulus le remarque avec une grande vérité, aurait épargné bien des peines aux interprètes. En outre, on a objecté, non sans raison , contre la conception de toute la scène comme une extase, que de pareils états extatiques ne se voient plus ailleurs dans la vie de Jésus; contre la conception de la scène comme un songe, que nulle part ailleurs Jésus ne raconte un songe, et un songe auquel il aurait donné tant d'importance (1). Enfin, au point de vue de l'effet que ces états devaient opérer, on ne comprend pas à quelle fin Dieu aurait excité en Jésus une telle vision, pas plus qu'on ne comprend que le diable ait pu avoir puissance et qualification pour la produire, et pour la produire dans le Christ. En admettant que tout cela est un songe, résultat des propres pensées de Jésus, il ne faut pas, justement du côté des orthodoxes, oublier que c'est supposer, à de fausses idées sur le règne du Messie, une grande puissance sur l'àme de Jésus (2).
La discussion précédente ne laisse subsister l'histoire de la tentation ni comme scène de vision passée tout entière dans l'àme de Jésus, ni comme scène surnaturelle; il semble ne plus rester qu'à la considérer comme un événement extérieur et réel, il est vrai, mais complètement naturel, c'està-dire qu'à faire du tentateur un simple mortel. Après que Jean-Baptiste eut appelé l'attention sur Jésus comme Messie, dit l'auteur de VHistoire naturelle du prophète de
(1) La première objection est d'Ull- conde est d'Usteri, 1. c. S, 775. niann , Sur l'impeccabilité de Jésus , (2) Usteri , S. 776.
dans ses : Studien, i, 1, S. 56; la se-
Nazareth (1), le parti dominant à Jérusalem envoya un pharisien rusé pour mettre Jésus à l'épreuve, et pour reconnaître s'il possédait des forces merveilleuses réellement messianiques, et si l'on ne pourrait pas l'attirer daris les intérêts du sacerdoce et l'employer dans une entreprise contre les Romains. Certes, c'est là concevoir le diable, S\.y.^ol%^ d'une manière qui s'accorde dignement avec celle qui représente les anges apparaissant après le départ de Satan pour soulager Jésus, comme une caravane qui s'approche avec des vivres, ou comme des vents doux et rafraîchissants (2). Mais cette explication, d'après l'expression d'Usteri, a tellement parcouru ses phases dans le monde ihéologique, qu'il est inutile de perdre une parole à la réfuter.
Si, d'après ce qui vient d'être dit, l'histoire de la tentation telle que les synoptiques nous la racontent, ne peut se concevoir ni comme scène extérieure, ni comme scène intérieure, ni comme événement surnaturel, ni comme événement naturel, il faut conclure nécessairement : cette histoire ne peut pas s'être passée comme les évangélistes la rapportent.
L'expédient le moins inoffensif est d'admettre qu'il y a au fond quelque fait réel de la vie de Jésus, raconté par lui à ses disciples, mais que son récit ne fut pas l'expression complètement précise de ce qui s'était passé. Des pensées de tentation qui s'élevèrent dans son âme, soit effectivement pendant son séjour dans le désert après le baptême, soit en différents temps et dans différentes circonstances, mais qui furent aussitôt subjuguées par la forceet la pureté de sa volonté, ontété, disent certains interprètes, représentées par lui d'après la manière orientale de concevoir et de s'exprimer, comme des tentations diaboliques;etceréuitfiguréaétéentenduaupropre(3). L'ob-
(1) 1 Bd. S. 5i2 ff.; après Hcrmann mémoire du VoHcsau MagasindeHfnke, Von dcr llardt, Basedow, et d'autres; k, 2, S. 352; la seconde dans l'Histoire tout réceniinenl Ktiinoel, ji.Sl. natiiiclle, etc.. 1, S. 591.
(2) La première opiuiou est dans iin (3) C'est ce qii 'adinellcnt , d'après
jection principale qu'on a fait valoir contre cette explication, c'est que l'impeccabilité de Jésus s'y trouve compromise (1)5 mais, comme elle repose sur une idée dogmatique, ellen'exisle pas pour nous, au point de vue critique où nous sommes placés. Néanmoins nous pouvons très bien admettre par avance, comme résultat de l'histoire évangélique, que le sens pratique de Jésus s'y montre clair et juste; or, ce sens aurait été malfaisant, si Jésus avait jamais eu quelque envie semblable à celle que présente la seconde tentation dans Matthieu; et il ne l'aurait guère été moins, quand môme Jésus n'aurait eu d'autre intention que d'offrir sous celte forme à ses disciples l'image d'une tentation plus raisonnable. En outre, pour composer une pareille narration, Jésus aurait pris à l'histoire de sa vie un mélange de fiction et de vérité, mélange trouble que l'on ne doit pas attendre d'un maître loyal tel qu'il se montre d'ailleurs, surtout si l'on n'admet pas que les pensées tentatrices se soient soudainement élevées en son esprit après un séjour de quarante jours dans le désert, et si l'on range ce séjour dans les accessoires 011 Jésus encadra son récit; au cas contraire, où l'on admettrait cet intervalle de temps comme une donnée historique, le jeûne de quarante jours subsisterait, et, avec ce jeûne, l'une des plus considérables difficultés de la narration. Dans tous les cas, si Jésus voulait simplement raconter une scène passée dans l'intérieur de son âme, mais en même temps l'attribuer au diable, comme les Juifs le faisaient pour toute mauvaise pensée par une conclusion de l'effet à la cause, il n'avait qu'à dire que Satan lui avait suggéré telle ou telle pensée; mais il n'avait aucune raison de parler d'une apparition personnelle de Satan et d'une course avec lui, à moins que, à côté ou en place de l'intention de faire un récit, nous ne
plusieurs prcL-édents , que ScbiniJt, IS'enader, L. J. Chr., S. 101 f. Kiiinœl et d'autres indiquent, Ullmann, \^l) Srlileiermacher, i'eber den Liikas,
'. <■., S. 56 fl ; Hase, Lsien Jesu , § 55; S. 5k; Usleri, 1. c, S. 777.
DEUXIÈME CHAPITRE. § LIT. ft55
trouvions une autre intention poétique et didactique. Or, cette autre intention, Jésus l'avait, d'après ceux qui entendent l'histoire de la tentation comme une parabole racontée par lui, mais comprise par les disciples comme si c'était une histoire réelle. Cette explication a du moins l'avantage d'être débarrassée d'une difficulté, c'est qu'elle ne suppose plus que des visions qui auraient réellement occupé l'âme de Jésus servent de fondementà cette histoire (1). Jésus, dit-on, n'a pas éprouvé de pareilles tentations, mais il veut mettre ses disciples en garde là contre, en essayant de leur inculquer, comme un abrégé de la sagesse messianique et apostolique, les trois maximes suivantes : 1° ne faire aucun miracle pour son intérêt personnel , même dans les circonstances les plus urgentes ; 2" ne jamais rien entreprendre d'extravagant dans l'espérance d'un secours divin extraordinaire ; 3° ne jamais se mettre en commun avec le méchant, quand même le plus grand avantage en devrait résulter (2). Depuis longtemps on a objecté contre cette explication qu'il serait difficile de reconnaître dans le récit une parabole , et d'en extraire l'enseignement qu'elle renferme (3). De fait, pour un enseignement, la seconde tentation surtout serait un exemple peu convenablement choisi ; mais la première remarque reste l'objection principale. Pour montrer que ce récit ne porte pas l'empreinte d'une parabole , on a , dans ces derniers temps, précisé les caractères qui sont propres à ce genre de composition : la parabole , ayant une forme essentiellement historique, ne peut se distinguer de l'histoire réelle qu'autant que les personnages qui y jouent un rôle se reconnaissent aussitôt pour des personnages d'i-
(1) Si, CQ admettant ici «ne para- ihique , 1, 1. , p, 60 seq. ; Schlciermabolc, on admet, en même temps, quel- cher, Ueher âen Lukas, S. 54 f.; Usteri, que impression réelle éprouvée par Sur Jean-Baptiste, le baptême du Christ Jésus, on retombe dans l'explication et sa tentation , dans : Tlieol. Studien , précédente , comme on le voit dans 2, 3, S. 456 ff.
Hase. (3) K. Cli. L. Scbmidt, Exeg. Bel-
(2) J. E. C. Schmidt , dans sa Biblio^ Im-ge, 1, S. 339.
magination (1). Or, la fiction est manifeste lorsque les personnages sont désignés d'une manière générale, comme des êtres collectifs, tels que le semeur, ô<7T:cipojv, un roiy fiac7iX£'jç, et autres dans les paraboles de Jésus ; ou bien quand ils ont, à la vérité, un caractère individuel, mais tel qu'on y discerne un personnage chargé de jouer un rôle dans la fiction, et par conséquent un personnage non historique : c'est à cela, conjointement avec les autres traits de la parabole du riche, que l'on reconnaît comme un personnage de convention celui même qui s'appelle Lazare. Pour ces deux raisons, un homme corporellement présent ne peut servir de sujet à une parabole, car il est toujours une personne déterminée et manifestement historique. Ainsi, Jésus ne pouvait prendre ni Pierre ni aucun autre de ses disciples , ni se prendre lui-même pour sujet d'une parabole, attendu que celui qui raconte une parabole est, plus immédiatement que personne, au nombre de ceux qui sont actuellement présents; et pour ce motif, Jésus n'a pu rapporter comme parabole l'histoire de la tentation , dans laquelle il est sujet. Mais admettre que la parabole eut primitivement un autre sujet, à la place duquel Jésus fut substitué dans la tradition orale, n'est pas possible; car le récit même comme parabole, n'a pas de signification, si le Messie n'en est pas le sujet (2).
Jésus n'a donc pu raconter une telle parabole, ni sur luimême ni sur un autre; mais ne serait-il pas permis de croire qu'elle a été racontée sur Jésus par un autre ? C'est ainsi que tout récemment Theile a expliqué l'histoire de la tentation comme un avertissement symbolique et parabolique qu'un partisan quelconque de Jésus, pour fonder l'idée spirituelle et morale du règne du Messie, avait dirigé contre les prin-
(1) Hasert , Remarques sur les vues toire de la tentation , Studien , 3 . 1 > S. d'Ullmann et d'Usteri , touchant l'iiis- 7i (■
(2) Haseï!, 1. c, S. 76-
cipaux mobiles de l'espérance qui comptait sur un règne terrestre (1 j. Là est la transition au point de vue mythique, auquel ce théologien ne veut pas se placer lui-même, soit parce qu'il ne juge pas le récit assez pittoresque (et cependant il l'est à un haut degré), soit parce qu'il y trouve une morale trop pure (ce qui suppose de fausses idées sur les plus anciennes associations chrétiennes) , soit enfin parce que la formation de ce mythe serait trop voisine du temps de Jésus (raison qui devrait aussi être valable contre l'opinion qui y voit une parabole sitôt ma! entendue). Si l'on peut, par un raisonnement inverse, démontrer que le récit dont il est ici question est composé moins des pensées instructives et de la mise en scène qui appartiennent à une parabole, que de j)assages et de tigures prises à l'Ancien Testament, nous n'hésiterons pas à le caractériser positivement comme un mythe.
L'histoire de la tentation considérée comme un mythe.
Satan, être méchant et ennemi des hommes, emprunté à la religion des Perses, était devenu pour les Juifs, dont le particularisme limitait au peuple d'Israël tout ce qui était bon et véritablement humain, l'adversaire spécial de leur nation, et par conséquent le roi de tous les peuples païens avec lesquels ils étaient en hostilité (2). Or, si les intérêts du peuple juif étaient réunis dans la personne du ïMessie, il était naturel que Satan fût conçu expressément comme l'adversaire du Messie; c'est ainsi que dans le Nouveau Testa-
(1) Zur Biographie Jesu , §23. de la mort m^fl TX/O (c'est-à-dire
(2) Comparez Zafliar., 3, 1, où Satan à Salnn, comparez Hel)r., 2, ili, et résiste au f;rand-pr<"trc , qui cU debout Li^litfoot, Iloiœ, p. 1088): Fcri quidevant l'ange de Jéliovali; en outre, Va- dem te xoafjoxciaTopa, at vero c.wm pojikra rabba , f. ■151. 1 (dans Bertlioldt, pnlo fœdcris negotium nulla iu rc tibi Cltristol. Jud., p. 183) : où, d'après le est.
rabbin Joi-lianan , Jébovah dit au ima'lre
ment, à l'idée que Jésus est le Messie se joint pnrloiit l'idée que Satan est l'adversaire de sa personne et de sa cause. Le Christ étant apparu pour détruire les œuvres du diable (i Joh., 3, 8), celui-ci saisit toutes les circonstances pour semer l'ivraie parmi le bon grain que le fils de l'homme dissémine (Matth., 13, 39), et il assiège Jésus pour voir s'il ne pourra pas se rendre maître de lui (Joh., l/j-,^0), aussi bien que ceux qui ont adopté sa foi (Ephes. 6, 11. Ij Petr. 5, 8.) Les attaques du diable sur les personnes pieuses ne sont pas autre chose que des tentatives pour s'emparer de quelqu'une d'elles, c'est-à-dire pour les déterminer à pécher (Luc, 22, 31); or cette épreuve ne peut se faire que par des occasiops de pécher fournies médiatement, ou par la suggestion immédiate de pensées mauvaises et séductrices. C'est ainsi que Satan fut conçu comme le tentateur, 6 7:cipa"(cov. Agent médiat, en dispensant les maladies et le malheur, il essaie, dans le Prologue de Job, de détacher l'homme pieux du service de Dieu : agent immédiat, le conseil séducteur donné, d'après 1 Mos. 3, par le serpent aux premiers humains, fut, de bonne heure, considéré comme une suggestion du diable (Sap. , 2, 2/ij Joh. , 8, kh; Apocal., 12, 9).
L'idée de la tentation (nD3, LXX ; TTcioa'Cs'.v) était courante dans l'ancien hébraisme par rapport à Dieu luimême, qui m.ettait à l'épreuve ses favoris, comme Abraham (1 Mos,, 22, 1), et le peuple d'Israël (2 Mos., 16, 4 et ailleurs), ou qui, dans une juste colère, poussait les hommes à des actions funestes (2 Sam., 24, 1)- Mais l'image de Satan ayant été développée, on s'en servit pour ôter à Dieu la tentation, qui, comme on commençait à s'en apercevoir, n'était pas compatible avec la bonté absolue de Dieu (voyez Jac.,1, 13j, et l'on en chargea Satan. Dès lors, c'est lui qui obtient de Dieu la permission de mettre, par la souffrance, Job à l'épreuve la plus périlleuse; la pensée punissable que
David eut de compter son peuple, pensée qui était encore, dans le second livre de Samuel, attribuée à la colère de Dieu, est mise sur le compte du diable dans les Paralipomènes (1, 22, 1), qui sont plus récents : et môme l'épreuve bienveillante à laquelle, d'après la Genèse, Dieu soumit Abraham, lorsqu'il exigea de lui le sacriGce de son fils, fut considérée , d'après l'opinion juive subséquente, comme œuvre de Dieu, il est vrai, mais opérée par la suggestion de Satan (1). Cela même ne suffit pas : on imagina des scènes où le diable s'opposa personnellement, par une tentation, à Abraham sortant pour sacrifier Isaac, et oii il tenta le peuple d'Israël en l'absence de Moïse (2).
Ainsi les personnages pieux les plus remarquables de l'antiquité hébraïque, ainsi le peuple d'Israël lui-même, avaient été tentés, par Dieu d'après l'ancienne opinion, par le diable d'après l'opinion postérieure. En cet état, qu'y avait-il de plus naturel que de s'imaginer que Satan se hasarderait à attaquer, avant tous, le Messie, chef de tous les justes, représentant et défenseur du peuple de Dieu (3) j imagination que nous trouvons véritablement rangée parmi les opinions des rabbins (4), et même, comme le judaïsme
(1) Voyez le passage cité dans Fa- erat , fore ut Satauas saliifaribus Messia; hricius, Cod, psettdepigr. y. T., ]p, 395, consiliis otnui iiodo , sed sine effectu de Geinara Sanliedrin. taincn , uocerc studeret , id ipsum Jesu
(2) liid., p. 396. Lorsque Abraham Messi» accidit. Kam quum is nd exemsortit pour sacrifier son fils , conformé- plum ilhistrinm majorum quadrafijinta ment à l'ordre de Jéliovali : Antevcrtit dierumin deserto loco egisset jojiinium, eum Satanas in via, et tali coUoquio cum Satanas eum convenit , protervisque atipso habito a proposito eum avertcre que impiis... consiliis ad iniquitatem conatus est, etc. Scliemoth R. 41 (dans dednccre frustra conatus est. Wctstein, sur ce passage de Matthieu) : (i) Srliœtlgen, llone , 2,538, cile, Cum Moses in altum asccnderet, dixit d'après Fini flagelhim Jiidœorum , 13, Israeli : Post dies xl hora sexta redibo. 35 , un passage de Pesikta : Alt Satan : Cum autem XL illi dies elapsi essent , Domine, permitte me teutare Messiam venit Satanas, et turbavit mundum , et ejus generationem î Gui inquit Deus : dixitqne : Ubi est Moses , magister ves- Non habercs ullam adversns cum peter? mortuus est. W est remarquable testatem. Satanas iterum ait : Sine me, qu'ici aussi la tentation arrive aprcs un quia potcstatem liabco, llesponditDeus: intervalle de quarante jours. Si in hoc diutius pcrscverabis , Satan,
(3) Ainsi pense Frit/.sclie, in Mallh., potius (te) de mundo pcrdani quam alip. 173. Ce qu'il dit dans le titre même, (piam animam generationis Messiœperdi p. 154, est d'une justesse frapjjante : perraitlam. Ce passage prouve du Quod in vulgari Judreorum opinione moins qu'une tentation que le diable
postérieur aimait à se représenter les choses sous des formes matérielles, exprimée par une apparition corporelle et par un dialogue personnel?
Si l'on cherchait en quel lieu il était probable que Satan entreprendrait cette tentation contre le Messie, le désert s'offrait de plus d'un côté. Non seulement depuis Azazel (3 Mos., 16, 8. 10) et Asmodée (Tob., 8, 3), jusqu'aux démons chassés par Jésus (Matth., 12, /i3), le désert est le séjour formidable des puissances infernales, mais encore il était le lieu où le peuple d'Israël, ce fils collectif de Dieu^ avait été tenté (1). A cela se joignit que Jésus lui-même aimait à se retirer parfois, pour une contemplation paisible et pour la prière, dans des lieux solitaires (Matth., \!i, 13 ; Marc, 1, 35; Luc, 6, 12; Joh., 6, 15), disposition qui ne put que s'accroître après sa consécration à l'œuvre messianique. Il serait, en conséquence, possible que, comme l'admettent quelques théologiens (2), un séjour de Jésus dans le désert après son baptême, non pas juste de quarante jours, sans doute, eût servi de fondement historique à notre récit. Mais même sans cette considération, non seulement le choix du lieu s'expliquerait par la remarque faite plus haut, mais encore on se rendrait compte du choix du moment, en observant que rien n'était plus naturel que de faire subir une pareille épreuve au Messie, lorsque, semblable à un autre Hercule placé à l'embranchement des deux routes, il allait entrer dans l'âge mûr et dans sa fonction messianique.
entreprendrait contre le Messie n'était fît souffrir, ^a'il te tentât , et que fût
pas étrangère an cercle des idées jiii- connu ce qui est dans ton rœur, si tu
Tes. L'auteur du passage cité suppose , gardes ses commandements ou non,
il est vrai, que la demande de Satan lui Mv/îsQvi'a/) Ttàiav tyiv oOûv, y-v •'/,/a.yi se
fut refusée; mais, une fois que cette Kvpsoç ô Geo; <jov tovto Tîtro-apaxoirTov
idée fut éveillée , d'autres auront admis ï-oç iv tyî ioyjtxM, ônto; xaxûu-/) at, xa.i
que la permission fut accordée. Tttcpâuv) at, xot (îia^ytoaGy/ Ta Iv ty; xap-
(1) 5 Mos. 8 , 2 (i.xx) , ces paroles <îia croy , d «yv/â^v! ràç £ïTo).à; aÙToO ,
sont adressées au peuple : Tu te sou- ig ov.
viendras de toute la route où t'a conduit (2) Ziegler, dans Gabler's n, theol.
le Seigneur ton Dieu pendant les qna- Journ., 5, S. 201; Theile , zur Biogi:
rante ans daus le désert , afin qu'il te ,/., § 23.
Mais que devait faire le Messie dans le désert? Moïse, le premier sauveur, lorsqu'il était sur le mont Sinai (2 Mos., 2)[i, oS; 5 jMos., 9, 9), se soumit au saint exercice du jeûne; de môme le Messie, le second sauveur, dut s'astreindre à une semblable mortification. On y fut conduit d'autant plus facilement, que ce jeune pouvait fournir l'introduction la plus convenable à la première tentation, oii la faim jouait un rôle. Le type de Moïse, auquel se joignait encore celui d'Élie (1 Reg., 19, 8), déterminait aussi la durée de ce jeûne dans le désert, car ils avaient jeûné quarante jours; le nombre quarante joue d'ailleurs un certain rôle comme nombre sacré dans l'antiquité hébraïque (1). Les quarante jours de la tentation de Jésus paraissent même, d'après la juste observation d'Olshausen, être, sur une échelle réduite, la même chose que les quarante ans d'épreuve du peuple d'Israël dans le désert, lesquels même étaient une contre-partie, sous forme de punition, des quarante jours que les espions avaient passés dans la terre de Chanaan (ù- Mos. , li, 3/i) ; car, dans la tentation de Jésus, on a tenu un compte particulier des tentations que le peuple avait eu à soutenir dans le désert. Ce qui le montre, c'est que tous les passages de l'Écriture allégués par Jésus contre Satan sont empruntés à la description, sous forme de résumé, qui est donnée de la traversée des Israélites dans le désert (5 Mos., 6 et 8). L'apôtre Paul (ICor., 10, 6 seq.) énumère une suite de particularités de la conduite des Israélites dans le désert, avec les punitions que Dieu leur infligea, et il prémunit les chrétiens contre une pareille conduite, disant, v. 6 et 11, que ces jugements portés contre les anciens l'ont été comme types, -67:01, pour ceux qui vivent de son temps, dans les fins des siècles, xélri tûv
(1) Voyex Wetstein, s. 270; De zer's Studien, 3, S. 2li5; y.Hohlen, Ge- Wette, Kritik der mos. Geschichte , S. iiesis , S. t.xiu f. 245; le même, dans Dauh's tind Creu-
/i62 DEUXIÈME SECTION.
aiwvwv, afin que celui qui est debout prenne garde de tomber. Il est difficile d'admettre que ce soit là une opinion privée et purement accidentelle de Tapôtre. Mais ces dures épreuves du peuple conduit par Moïse, de même, au reste, que tout ce qui est de Moïse, paraissent avoir été regardées comme figures des épreuves qui, dans la catastrophe qu'allait amener le Messie, attendaient ses partisans, et, avant tout, le Messie leur chef. Ce dernier se montre ici comme l'anti-type du peuple, attendu qu'il devait surmonter glorieusement toutes les tentations auxquelles le peuple avait succombé.
Le peuple d'Israël avait été éprouvé particulièrement par la faim dans le désert; de la sorte, la première tentation du Messie se trouvait déterminée d'avance (1). De même aussi, parmi les différentes tentations auxquelles les rabbins racontent qu'Abraham fut exposé, la faim figure généralement (2). Si Satan invite Jésus, dans les termes que nous lisons chez les évangélistes, à se procurer arbitrairement la satisfaction de sa faim au lieu de l'attendre de Dieu avec confiance, il ne faut pas s'en étonner; car, outre l'idée fournie par la nature pierreuse du désert, on se rappellera combien il était ordinaire, pour exprimer qu'un objet manquant était impossible à remplacer, de dire : que les pierres le produisent (Matth., 3, 9; comparez Luc, J9, 40), et combien la pierre et le pain formaient, dans le langage, une opposition habituelle (Matth., 7, 9). Ce que Jésus répond à cette suggestion appartient au même contexte d'après lequel paraît formée toute la première tentation; car Jésus donne ici à Satan pour réponse ce que, d'après 5 Mos., 8, 3, le peuple d'Israël avait dû apprendre par la tentation de la faim, tentation qu'il ne supporta pas et qui l'in-
(1) 5 Mos. 8, 3 (continnation de ce « xoî AepotyjfovTKr/ at, x. t. ). qiii est cité, p. li6Q , note 1) : Et il te (2j Voyez Fabricius, Cod. pseudepigr.
fit souffrir, et il t'affama, xaî ir.-S.y.(iiit F. T., p. 398 seq.
DEUXIÈME CHAPITRE. § LV. /l63
duisit à murmurer, à savoir : que l'homme ne vivra pas seulement de pain , oTt où/, st;' apTw p.ov({) '(•/■ce-ai ô avOcw- TToç, xtX.
Mais une tentation ne suffisait pas. Pour Abraham, les rabbins en comjjtaient dix; c'était trop pour une exposition dramatique comme celle que nous avons dans les évangiles, et, dans les nombres inférieurs, aucim ne se présentait plus facilement que le nombre sacré de trois. Trois fois, dans l'angoisse de son âme, Jésus, à Gethsemane, s'arracha à ses disciples (Matth., 26); trois fois Pierre renia son maître (z'ôîY/.), et trois fois Jésus mit en question l'amour que Pierre lui portait (Joh., 21). Dans le passage rabbinique où le diable tente personnellement Abraham, le patriarche engagea avec lui trois luttes, et cette scène est analogue à celle des Évangiles par la manière dont les deux parties s'attaquent et se défendent avec des passages de l'Ancien Testament (1).
La seconde tentation (d'après Matthieu) n'était pas déterminée, comme la première, par l'enchaînement avec ce qui précède ; elle apparaît donc brusquement, et le choix en peut sembler fortuit et arbitraire. Cela est vrai peut-être pour la forme; mais pour le fond, l'enchaînement existe,
(1) Dans Gemara Sauliedriu , après fiirtim allafiim est (v. 12), aiidifi... pe-
ce qui a été cité, p. 459 , note 2, on lit eus futiiniin esse pro holocausto fGen.
le colloque suivant entre Abraham et 22, 7), non atitcm Isaacum. Satau : Lui respondit Abraham : Ha-c est
1. Satanas: Annon tentare te (Deiim) jiœna mendaris, ut etiani cum yera loin tali re œ^re feras ? Ecce eriidicbas quitiir, fides ei non Labeatur, multos... labantem erigebant veiba Je suis bien loin de soutenir que cette tua... quum nnnc advenit ad te (Deus exposition rabbinique ait été le type talitcr te tentans), nonne aegre ferres? de notre histoire de la tentation; mais, (Job., k, 2-5.) comme, d'un autre rôt;, on ne peut pas
Cui respondit Abraham : Ego in in- plus prouver que de pareilles cxposi-
tegritate mea ambulo (Ps. 26, 11). lions aient été des imitations des récits
2. Satanas : Annon timor tuus , spes du Nouveau Testament , la formation , tua (Job. ù, 6)? supposée indépendante , de narrations
Abraham : Kecordare quseso, qnis est si analof;ues montre avec une précision
insons, qui pericrit (v. 7) ? suffisante combien elles ont pu facile-
3. Quare, cum videret Satanas se ment naître des prémisses une fois donnihil proûcere, nec Abraham sibi obc- nées.
dire, dixit ad illum : Et ad me verbum
llGli DEUXIÈME SECTION.
puisqu'elle est empruntée à la conduite du peuple juif dans le désert. Le peuple (5Mos., 6, 16) avait reçu l'avis de ne plus tenter Dieu comme il l'avait tenté à Massa, avis qui (i Cor., 10, 9) est donné aussi aux membres de la nouvelle alliance, mais avec une allusion plus directe à Zi INIos., 21, Il seq. et avec un rapport au Christ. Ainsi, ce grave péché, auquel l'ancien peuple de Dieu avait succombé, le Messie devait aussi être excité à le commettre, afin de réparer l'infraction du peuple par sa victoire sur cette tentation. Or la conduite du peuple, caractérisée par l'expression tenter le Seigneur, r/t-eiooc'Çsiv Kupiov, avait été occasionnée par un manque d'eau, et c'était par le murmure qu'il avait tenté Dieu. Cela ne parut pas à la légende postérieure répondre complètement à l'expression; on chercha quelque chose de plus convenable, et de ce point de vue rien n'allait mieux au but que ce que nous lisons dans notre histoire de la tentation; car que pourrons-nous proprement appeler fenfer Dieu, si ce n'est compter sur son secours extraordinaire dans un acte aussi extravagant que celui qui est suggéré à Jésus par Satan dans la deuxième tentation? Ce n'est pas non plus arbitrairement qu'a été choisi le saut du haut du Temple comme exemple d'une pareille témérité; il y a en effet. Psaume 91, 11 seq., un passage qui a pu être regardé par l'auteur de ce trait de la légende comme une suggestion d'une action aussi folle, et qui est mis ici dans la bouche de Satan; ce passage dit que celui qui est sous la protection de Jéhovah (et ce protégé est le Messie) sera porté sur les mains des anges, afin que son pied ne se heurte contre aucune pierre. Porter sur les mains, al'psiv i-l /eipwv, pour éviter une c/iw^e, TToocy.o-TS'.v, cela paraissait indiquer une chute de haut, et pouvait faire penser que le Messie, protégé de Dieu, avait le pouvoir de se précipiter d'une grande hauteur sans se blesser. De quelle hauteur? A cet égard, puisqu'il s'agissait du Messie, aucun doute n'était possible :
TROISIÈME CIIAl'ÎTRE. § LV, ^165
à l'homme pieux, et pnr conséquent au Messip, chef de toutes les âmes pieuses, est accordé, d'après Ps. 15, 1 seq., 2ii,3seq., le privilège spécial de pouvoir aller sur la montagne sainte de Jéhovah et de s'arrêter dans l'enceinte consacrée. Avec une manière de conclure aussi téméraire que celle qui déduisit du psaume cité la seconde tentation, le Ifiîte du Temple put ôtrc considéré comme le lieu élevé d'où le Messie avait la possibilité de se laisser tomber sans en é})rouvcr de mal.
I.a troisième tentation que Jésus subit, celle de l'adorstion du diable, paraît ne pas se présenter parmi les tentations de l'ancien peuple de Dieu. Mais une des séductions les plus périlleuses auxquelles les Israélites avaient succombé dans le désert, est la séduction de l'idolâtrie, et l'apôtre Paul (1 Cor., 10, 7) la cite parmi les types qui doivent servir aux Chrétiens. Non seulement cette séduction, dans un passage cité plus haut (\), est attribuée à la suggestion du diable, mais encore, dans les idées postérieures des Juifs, ridolàlrie était devenue justement l'adoration du diable (Baruch, k, 1 ; 1 Cor., 10, 20). Maintenant comment le Messie devait-il être tenté à l'adoration du diable? On se représentait le Messie comme celui qui, roi du peuple juif, était destiné en même temps à devenir le maître des autres nations, et Satan comme le souverain des Païens, lequel devait être vaincu par le Messie (2). La domination dn monde, que, d'après l'opinion christianisée du temps, le Messie avait à conquérir par de longs efforts, en partie douloureux, lui était offerte à bon marché par Satan s'il voulait lui payer le tribut de l'adoration. A cette tentation, Jésus répond par la maxime qu'il faut servir Dieu seul, maxime qui avait été inculquée (5Mos. , G, lo) aux
(1 ) p. /i57, note 2. JcsH œtate, § 3C, noies 1 et 2 ; rritJ.sclie,
(2) Bcrtlioitlt , C/uislolng. Jiulxcvuin Comm, in Matth., p, IGO st'(£.
/l6G DEUXIÈME SECTION.
Israélites relativement à leur transgression, et ainsi il le renvoie vaincu.
Matthieu et Marc terminent le récit de la tentation, en disant que des anges s'approchèrent de Jésus et le rafraîchirent par des aliments après le long jeune et les tentations fatigantes; cette addition a son Ijpe en partie dans l'ange qui, d'après 1 R.eg. , 19, 5, G, avait apporté de la nourriture à Élie avant, comme ici au Messie après, le jeune de quarante jours; en partie aussi dans la manne qui apaisa la faim du peuple dans le désert et fut appelé pain des anges^ àproç àyyéAojv (Ps. 78, 25; LXX; comparez Sap. , 16, 20) (1).
(1) Comparez aussi , avec l'exposition dans un parfait arcord, et qni sont rapprécédente, celles de Scbmitdt, de Fritz- portées ]). 1x22, note J , et de De Wette, bcbe, d'Usteri, avec lesquelles elle est Exeg. Ilandb , 1, 1, S. 41 seq.
THEATRE ET CHRONOLOGIE DE LA VIE PUBLigUE DE JÉSUS.