VI
dit qu'au moment de l'entrée de Jésus dans la vie publique, Jean n'avait pas encore été jeté en prison, outto) viv pepV/ipivoç £t; T/jv çuT^ax.viv o Iwavvr,;; or, Matthieu (4, 12) ne fait revenir Jésus en Galilée qu'après l'arrestation de Jean- Baptiste; on a coutume d'en conclure que Matlliieu raconte le retour en Galilée qui suivit, non le baptême, mais la première fête de Pâques (1). Mois Matthieu place manifestement en Galilée le début du rôle public de Jésus ; par conséquent, il ne suppose pas que ce rôle eût déjà commencé auparavant à Jérusalem lors de la fête de Pâques. L'indication que donne le quatrième évangéliste est donc loin de servir de terme de conciliation entre les synoptiques et lui; c'est au contraire une preuve de leur complète incompatibilité. Une autre coïncidence se trouve plus loin; mais elle est un objet de doute pour la plupart : elle est relative à la guérison du fils d'un seigneur de la cour, fiaci>.i/,o;, d'après Jean, /i, Zi6, seq., ou du serviteur d'un centurion^ é/ca-rovTap/o;, Matth., 8, 5, seq.; Luc, 7 I, seq. Jean la met immédiatement après le retour, en Galilée, de Jésus, qui avait prolongé son séjour en Judée et à Samarie pendant et après la première fête de Pâques. 11 faudrait donc que les synoptiques, immédiatement avant le récit correspondant , eussent une indication du premier voyage fait par Jésus pour visiter la fête; mais on n'y trouve pas même un joint où l'on puisse intercaler ce voyage; car, d'après les synoptiques, cette cure est opérée après que Jésus eut prononcé le discours de la montagne ; et ce discours , nommément d'après Matthieu , avec lequel Luc s'accorde aussi, est le point culminant d'une série non interrompue, autant qu'on peut le voir, d'actes qui se passent tous en Galilée. Ainsi, en ce point, la chronologie des trois premiers évangélistes n'est pas secourue par celle du quatrième : car il n'y a nulle part un joint oii la narration du dernier puisse
(1) Comparez Paulos, Lehen Jcsu, 1, a , S. 2^4 f.
TROISIÈME CHAPITRE. § LIX. /i99
s'engrcnor dans celle des prcr.iiers. Une autre coïncidence plus caractérisée se rencontre dans les récits de la multiplication des pains et de la marche sur la mer , récits qui tiennent l'un à l'autre (Joh., 6, 1 — 21; Mattli., 14, 14 — 36 et passages parallèles). Jean (6, li) les met immédiatement avant la seconde pâque, non visitée par Jésus. Mais ici les points de commencement et de terminaison des récits sont, des deux côtés, si complètement différents, qu'il faut dire : Ou Jean ou les synoptiques les ont placés dans un faux enchaînement. Jésus, d'après Matthieu, se retire de Nazareth, en tout cas de Galilée, sur la rive opposée du lac, oij aussitôt s'opère la multiplication des pains ; mais, d'après Jean, il vient de Jérusalem et de Judée. Dans les deux premiers évangiles, après la multiplication des pains , il se rend dcUis une contrée où il était moins connu, et môme, pour montrer qu'il l'était peu dans ce pays, Matthieu (v. 3/i) et Marc (v. 5/i) remarquent expressément que les gens découvrirent qui il était ; mais, ?G!on Jean, il se rend directement à Cnpharnaiim, ville oii il éiait ie plus connu. Nous ne savons donc pas si l'événement en question n'est pas mis trop tôt ou trop tard par les synoptiques ou par Jean ; et nous ne pouvons calculer combien de récits des synoptiques doivent être placés a-.ant et combien doivent ôtre placés après la seconde pûquc, qui coïncide avec la multiplication des pains. Là se terminent les coïncidences dans l'intervalle qui précède le dernier voyage de Jésus : et, si elles sont trop peu sûres pour promettre même une simple division des matériaux synoptiques par les deux fêtes de Pâques, comment espérer, par le moyen des voyages de Jésus à la fête des Juifs, dop-r/iTôiv io'jfîaiwv, à la fêle des Tabernacles, et, si cela est un voyage particulier, à la fête de la Dédicace, comment espérer, disons-nous , de classer chronologiquement la série des récits galiléens qui se suivent sans interruption dans les trois premiers évangiles? Or, c'est là
500 DEUXIÈME SECTiON.
le !)!it qa'a poursuivi jusqu'à ces derniers temps une suite de théologiens avec une sagacité et une érudition dignes d'être appliquées à un travail moins ingrat (1). En conséquence, des savants sans préjugé, voyant que le récit des trois premiers évangiles offre trop peu d'éléments propres à diriger avec quelque sûreté une pareille classification, se sont décidés à reconnaître qu'aucune des conciliations tentées jusqu'à ce jour entre les évangiles n'a le droit d'ôtre tenue |)0ur autre chose qu'un tissu de conjectures historiques (2). Reste à examiner la valeur chronologique des synoptiques, indépendamment de Jean ; or , ils divergent souvent entre eux dans l'ordre des événements; aucun ne garde coraplé- Icment la vraisemblance de son côté, de sorte que chacun d'eux jtrésente bon nombre d'erreurs chronologiques qui ôtent toute confiance en son exactitude sur ce point. On a soutenu qu'en rédigeant leurs livres ils n'avaient songé 5 aucun ordre chronologique précis (3); quand on considère dans son ensemble leur manière de narrer, on trouve que cette assertion est vraie, en ceci du moins que leurs récits pour l'intervalle de temps écoulé depuis le baptême jusqu'à la passion ressemblent absolument à une collection d'anecdotes f/j.), collection qui généralement est faite par voie d'analogie et d'association d'idées. Cependant il faut faire une distinction; c'est que nous, en examinant le contenu des
(1) Voyez en particulier les travaux (i) Quoiqu'on se soit fort scandalisé
(le Panlus , dans les Excursus chronolo- de cette expression empruntée à Les-
f^iques de son Commentaire et de son sing , par laquelle j'ai caractérisé les
Manuel d'exégèse ; de Hug , dans VJn- parties constituantes des narrations
tioluction au youveau Testament, 2, évangéliques , je dois pourtant la con-
I). 233 et suiv. ; et d'autres queWiner server jusqu'à ce qu'on m'en ait montré
mentionne dans son Bibl. Realwôrterb., une ])lus convenable pour des histoires
•1, p. 667. isolées qui, contenant chacune en soi
l2) N^'iner, 1. c; Liicke, Ccmm. zum leur trait particulier, se transmettent de
J nh, , 1, S. 526; comparez Kaiser, Bi- bouclie en bouche. L'expression dont je
l.Lsche Théologie, i., S. 25i , Anm.;le me suis servi caractérise seulement cette
mémoire Sur les différentes considéra- forme et ce mode de propagation; le
lions, etc., dans Bcrtholdt's Krit. Jour- coutenu peut être aussi bien ce (jii'il y
nul, 5, S. 239. Olshausen aussi en con- a de plus élevé que ee qu'il y a de plus
vient, Bibl. Comm., 1, S. 25 f. bas,
[3) Olsliausen, Bibl. Comm., 1, S.
22 ff.
TUOlSiÈME CUAPifUE. § LIX. 501
récils, l'I eu comparant ics formules de transition indécises et uniformes qu'ils emploient , nous pouvons conclure que l'inleiligence de l'ordre chronologique de ce qu'ils racontaient leur a manqué; tandis que eux, les auteurs, se sont flattés de donner un récit chronologique (1), comme on le voit par le caractère de la plupart de ces formules de transition, qui , quelque indécises qu'elles soient, ont la prétention d'être chronologiques. Ces transitions sont de la forme suivante : au moment oh il descendit de la montagne , xaTaéavTi ârro tou ô'po'jç ; S^ éloignant de là , rapaywv è/ceiOev ; pendant qu'il prononçait ces paroles , 'za.^izy. aÙToQ Xa).o'jvTO(; ; dans ce jour, sv aùrn ty; "'îf-^p?; a/ors, tots; et voici que,
y.al îrîo'j, etc.
Jean , à la vérité, relativement à la chronologie de ses récits, qui pour la plupart lui sont propres, n'est pas soumis à un contrôle qui s'appuie sur d'autres récits; sa narration ne manque pas, non plus, d'enchaînement, et elle procède avec continuité. Nous ne pouvons donc juger son ordre chronologique qu'en nous demandant : Le développement progressif de la cause et du plan de Jésus, tel que le quatrième évangile l'expose, est-il croyable, examiné intrinsèquement et comparé aux renseignements qui , puisés dans les autres évangiles, peuvent servir à la discussion ? La réponse est subordonnée à l'examen suivant.
(l) ScLneckenbur|^er, /?<;iVr^f^(?, s. 25 soit de seconde main, au besoin <le
ff. De Wette, Exeg. Handb., 1, 1, S. rendre le tableau frappant, confornr--
2 , dit : « n semble que l'ordre clirono- ment à l'unité de temps et de lieu. •• logique a été sacrifié , soit de première ,
' JÉSUS COMUE MESSIE (l).