LXI
Jésus comme fils de Dieu, 5 v!o; tov 0£ov.
Jésus, aussi bien que d'autres, emploie aussi, pour désigner sa personne, l'expression de Fils de Dieu, ô uîôç tou
0£Oiï.
Nous l'avons trouvée dans Luc, 1, 35, avec sa signification au propre et la plus étroite, Jésus étant ainsi dénommé parce qu'il a été engendré immédiatement par l'Esprit- Saint. Ni Jésus lui-même ni aucun de ses contemporains n'emploient cette expression en ce sens; mais seulement, d'après le troisième évangéliste, l'ange s'en sert en annonçant la conception de Jésus.
Au contraire, cette expression se trouve avec la signification la plus étendue, morale et métaphorique (Matth., 5, 9. /i5 ; Luc, 6, 35), quand les pacifiques et ceux qui, aimant leurs ennemis et faisant du bien, imitent la divinité, sont appelés fils de Dieu,
Elle se rencontre encore dans un troisième sens tout particulier. Quand le diable, faisant la supposition : Si tu es le Fils de Dieu, el u-zj; si to-j Oeo'j, engage Jésus à métamorphoser les pierres (Matth., /l, 3); quand Nathanaël dit à Jésus : Tu es le Fils de Dieu, le roi d'Israël, ch si 6 uioç toC 0£O'j, 6 ^cccikzuç Tou îcpaviX (Joh., 1, 50) j quand Pierre . confesse : Tu es le Christ, le Fils de Dieu vivant, gù el ô XptcToÇj 6 uîo; TO'j 0coù Toùf CûvTo; (Matth., 16, 16 j comparez Joh., 6, 69) ; quand Marthe exprime ainsi sa croyance en Jésus : Je crois que tu es le Christ, le Fils de Dieu, èyw TTS-iCTeuxa, oTi cù £L ô XpicTo;, ô u'.o; toO ©foO (Joh., 11, lll); quand le grand-prètre conjure Jésus de lui dire s'il est le Christ, le Fils de Dieu, ô XpiGToç, 6 uioç toO ©soG (Matth., 26, 63), il est impossible de méconnaître que le diable ne veut pas dire autre chose que, si tu es le Messie, et que, dans les autres passages, la réunion de Fils de Dieu
avec Christ cl roi désigne également le Messie. Cela étant établi par cette voie (1), la même conclusion peut être tirée de ce qui a été remarqué déjà, à savoir, que (Osée, 11,1; 2 Mos., h, 22) le peuple d'Israël, et é^ialemcnt le roi de ce peuple (2 Sam., 7, IZi; Psalm., 2, 7 ; comparez 89, 28), sont désignés comme fils et premiers-nés de Dieu. Le roi, comme le peuple d'Israël, était, d'après le passage de 2 Sam., nommé fils de Dieu, en raison de l'amour que Jéhovah lui portait, et du soin particulier et immédiat qu'il voulait prendre pour l'élever; ajoutez une autre raison que fournit le passage du second psaume : c'est que, de môme que des rois mortels s'associent leurs fils pour les faire régner avec eux ou sous eux, de mêm.e Jéhovah, le roi suprême, avait chargé le roi d'Israël du gouvernement de sa contrée favorite. A tout roi d'Israël, régnant dans le sens de la théocratie, cette désignation était applicable. A mesure que l'idée d'un INIrssie se développa, cette désignation fut, de préférence, rapportée à ce Messie comme au fils le plus aimé et comme au vicaire le plus puissant de Dieu sur la terre; cela est évident par soi-même. Donc, quoique servant à désigner le Messie, cette expression n'est cependant pas, pour cela, absolument synonyme de Christ, et chacune de ces deux expressions unit à un caractère commun des caractères particuliers. Lorsque le peuple reçut Jésus en criant : Hosanna au fils de David ! «bcrawà tw wm AaÇirî, il pensait au roi puissant et au rétablissement de son empire par le Messie; de même, dans les passages précédents 011 l'on s'adresse à Jésus comme au Fils de Dieu, il est facile de découvrir que ceux qui parlent ont principalement sous les yeux le côté de l'idée messianique qui regarde la Divinité, et la participation du Messie à la puissance et à la gloire divines (2).
(1) Comparez, snr ce qui suit, l'es- (2) Comparez De Wctte , Exeget.
plication de Paulus, dans Vlntroduetioii Handb,, 1 , 1 , S. 38; Ammon, 1. c, S. à la vie de Jésus , 1, a, p. 28 seq. 2.'53.
Jésus lui-même a encore développé davantage l'expression en ce sens, et cette transformation spéciale est ici plus manifeste que pour la qualification de fils de l'homme, qui a été examinée j)lus haut. De même que le rapport naturel et légal entre le père et le fils disparaît dans un rapport supérieur, le rapport moral ; de même ce fut ce côté de sa qualité de fils de Dieu, c'est-à-dire le désir de confondre son existence dans les intérêts du père, qui se dévelojipa en Jésus dès sa douzième année. C'est cette même intimité de la communauté spirituelle que Jésus exprinie plus tard j.ar ces paroles : Tout m'a été livré par mon père; et personne ne connaît le fils, si ce n'est le père, ni personne ne connait le père , si ce n'est le fils et celui à qui le fils veut le révéler, -h-y. aoi, -Traçsi^oOr, Otto tou t:olt^ijc [;.0'j, y,0L\ oOr^slç eTTiyivcGGX.S!, tov uîov, il p/o o zar/fo* où^eTOv T.%~ii^y. tiç eTriytvcoC/'.ît, zl [;,r, ô uîô;, x,ai co dàv ^^(/j\r-y.i 6 'jîoç à-o/.a}oj(];at (Matth., 11, 27). Cette manière de concevoir l'idée de Fils de Dieu domine particulièrement dans le quatrième évangile; par exemple, quand Jésus dit, en j)arlant de lui-même, qu'il n'énonce ni ne fait rien de son chef, mais seulement ce qu'il a appris du père en qualité de fils (5, 19 ; 12, 49 et ailleurs) ; du père qui, tout en étant en lui (17, 21), et bien qu'élevé au-dessus de lui (14,28; comparez Luc, 18, 18 suiv., et passages parallèles) ne fait cependant qu'un avec lui (Joh., 10, 30).
Jésus, dans ses discours, ôta 5 l'expression Fils de Dieu sa signification judéo-théocratique, pour l'élever à une signification religieuse et métaphysique; il n'est donc pas étonnant que les Juifs se scandalisassent, non seulement quand il s'appliquait cette expression anciennement usitée, mais encore quand, en se l'appliquant, il y attachait une idée plus relevée, et qu'ils l'accusassent, non seulement de prétendre à la dignité messianique, mais encore de s'arroger les altributs divins, et de mettre ainsi en péril le prin-
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clpe moiioUiéistiquede leur religion. Le quatrième évangile, qui a parliculièrement conservé les explications de Jésus qui donnent un" sens relevé à l'expression de Fils de Dieu, est aussi celui qui, plus que les autres, a conservé les mani-fL^stalions du scandale qu'en prenaient les Juifs (5, 17 seq. ; 10, 30 seq.; 19, 7). Mais on en trouve aussi des traces dans les synoptiques : lorsque Jésus, interrogé s'il est le Christ, fils de Dieu, ch £ï ô Xpi'7To;, ô 'jto; toO Ocoij, répond d'une manière affirmative, et annonce qu'il viendra sur les nuées à la droite de la puissance (JMattli., 26, Go seq., et passages parallèles), le grand-prètre s'écrie : // a blasphémé! £$V/'7or;y//icr£. Cette exclamation du grand-prètre peut se rapporter à deux choses : d'abord à la prétention d'être Messie, puis à la prétention de s'arroger les attributs di- \ins. Jésus (Joli., 10, 36- seq.), défendant le droit qu'il a de se nommer F ils de Dieu, invoque la dénomination de dieux, Gïoi, qui, dans l'Ancien Testament (Ps. 82,6), est donnée même à des hommes, tels que les princes et les magistrats. Il est surprenant que Jésus saisisse un argument si éloigné et si précaire, tandis qu'une réponse accablante était si voisine : à savoir que, puisque, dans l'Ancien Testament, un roi théocratique , ou bien , d'après l'interprétation alors usitée des passages respectifs, le Messie est désigné comme fils de Jéhovah, lui, Jésus, qui s'est déclaré INIessie (v. 25), a tout droit de s'appliquer la dénomination de Fils de Dieu. Ce n'est pas à dire que le sens théocratique de l'expression n'ait pas été familier au quatrième évangile, et que, par cette raison, l'auteur ait fait redescendre Jésus au sens vague et métaphorique; en effet, chez le même évangéliste (1, 50), l'expression de Fils de Dieu, ô uiô; to'j0£oO, paraît, dans le discours de Nathanaël, rattachée à celle de roi d'Israël, o pac7i>.£Ù; toD i^par,)^, par conséquent à l'idée théocratique du Messie. Mais, si Jésus semble vouloir prouver son droit à être appelé Fils de Dieu, en argumentant
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<îe l'expression de dieux ajîph'quée aux princes ot aux magistrats , c'est pour convniiicre ceux-là même qui révoquaient en cloute sa messianité; ceux-là ne pouvant pas être convaincus que Jésus éîait autorisé à s'appeler Fils de Dieu, par des passages où le Messie est appelé Fils de Dieu (I).