‹ Vie de l'abbé Lefebvre, doyen de DarnètalChapitre 11 sur 17 · HIC · texte numérisé non relu

HIC

COR Fi G* LEFEBVRE,

^ AXJBINI, POSTEA DE CARV1LLE,

PAROCHI.

Viiae sacerdotalis exemplar,

Zelo flagrans , fortiter vitia repressit ;

Perfecta* edocuit vias;

Sacras aedes amplissimè ditayit,

Ipso pauper.

Omnibus omnia foetus ;

Sua seque dédit;

SS> cordis Jesu moniales

Puellis egenorum edocendis

Instituit et primus rexit.

Virtutibus pollens et meritis plénum,

Anno MDCCCXUX Maii XVI

LXXX annos natus,

Sancto fine quievit.

Finr.

Rouen, le 14 octobre 1853.

Monsieur le Curé,

L'article 2 du XV e décret de notre concile provincial de 1850 donne lieu à des interprétations dont il m'est difficile de ne pas me préoccuper.

Ainsi, de ce que, dans cet article, il n'est pas question d'âge pour la première communion, on en infère que désormaistl'âge ne doit être compté pour rien parmi les conditions exigées des enfants. C'est là une erreur, ou du moins une exagération périlleuse. Le Rituel romain, d'où est tiré notre art. 2, n'est pas si exclusif, et les Pères du concile n'ont pas entendu non plus l'être autant. Il est dit, en ce Rituel, à propos de ceux à qui la sainte communion doit être refusée : lis etiam qui, proptmr œtatis imbecillitaUm, nondùm hujus sacramenti cognitionem et gustum habent, administrari non débet. Le propter œtatis imbecillUatem est remarquable. La circonstance de l'âge est donc, au sentiment de l'Église, quelque ebose à peser dans un enfant, pour savoir s'il est, ou non, admissible à la sainte table. Ce serait donc aller contre l'esprit et même contre la lettre des instructions positives de l'Église , en cette matière , que de n'en tenir aucun compte.

Et en eflfct, comment pourrait-on obtenir d'un tout jeune enfant les préparations convenables à un si grand acte? Ces préparations diverses ne supposent-elles pas, n'exigent-elles pas déjà une certaine ouverture d'esprit, une certaine énergie de volonté, dont évidemment tous les âges ne sont point capables ?

Il n'est pas question seulement d'une préparation de la mémoire. S'il ne fallait que cela pour la première communion, les plus jeunes enfants seraient les plus dignes. Car quelle n'est pas chez eux l'excellence de cette faculté ! Il n'y a qu'à voir ce qu'on en obtient dans les salles d'asile bien conduites.

Il n'est pas non plus question d'une simple préparation de V intelligence. On vient encore assez facilement à bout de faire entrer un jeune enfant dans le sens de notre doctrine catholique. Il n'est besoin, pour cela, que de quelques explications, de quelques comparaisons familières.

Mais il faut préparation de la foi; c'est-à-dire, faire passer à l'état de conviction surnaturelle ce que l'en fant a appris : en sorte qu'il n'hésite pas dans ses croyances, et qu'il ait par devers lui quelques motifs qui les appuient.

Il faut préparation du cœur ; c'est-à-dire, faire naître chez l'enfant quelques sentiments de piété vraie et sincère, quelques émotions douces et affectueuses, à l'occasion des choses de la religion : un peu d'amour pour Dieu, un peu de reconnaissance pour Notre Seigneur Jésus-Christ, un peu de tendresse filiale pour l'Église, un peu de dévotion et de confiance en la sainte Vierge; en un mot, lui faire goûter et sentir par le cœur ce qu'il a déjà saisi et compris par l'esprit.

Il faut préparation de la volonté; c'est-à-dire, déterminer chez l'enfant des résolutions fermes pour

l'avenir, de bon» propos qui assirent , ou- 4* moins qui rendent probable su persévérance dans le bien, Y penset-oo, Monsieur le Curé» 6'en préoccupe~t-on suffisa»ment dans les catéchismes et les autres seins dent l'enfance est l'objet? Se rend-on bien compte de ce qui s'opère, à cet âge, par le seul fait de la première communion, et de tou^peqw ce passait a de eritiqje et de grave? Jusque la première conimunion un enfant est, comme dit saint Paul, $ub jutorièw et a$Urr*tm. Il est dépendant. U est. conduit par ses parents et son 'curé dans l'accomplissement de ses* devoirs religieux. II obéit; et, en obéissant, U. remplit toute justice. U est, en quelque sorte, dispensé d'avoir une pensée et une volonté propre. Ses parents et son curé pensent et veulent pour lut. Alors la vertu est facile. Mais, après la première communion, ce n'est plus cela. L'enfant, à moins qu'il n'appartienne à vue famille bien chrétienne, est comme émancipé. Il n'a plus d'autre moniteur, en tait de religion, que sa conscience JU fout qu'il trouve tout en lui-mèjne. Il fout qu'il ait de l'initiative, de la spontanéité. Il faut qu'il pense à la messe du dimanche, aux abstinences de certains jours, à la confession et à la communion pascale. Et non seulement il fout qu'il pense à tout cela, mais il faut qu'il le veuille, et qu'il le veuille énergiquement, et qu'il réduise ces penséqs et ces volontés «en actes. Et cela, malgré les perfides conseils des mauvais camarades, malgré les terreurs du respect humain, malgré les réclamations des passions naissantes; le dirai-je? malgré l'impiété de certains parents, qui, le jour môme de la première communion, n'ont pas honte de dire à leur fils ou à leur fille : Mon fils , te voilà bien débarrassé 1 Ma fille , ne sois plus si dévote t... Oh t qu'un pauvre enfant a besoin d'être fort, après sa première communion , pour foire ce qu'il

PIÈGE «dtlFICATlVE. 30&

a appris , poi» eoûtiouef ce q«il « coDrfmefi«ë 1 On s'étonne de ce que si souvent il succombe. On ferait mieux, ce me semble, de s'étonner de ce que si «ou*vent H résiste. T« l'état actuel de «être société et des familles, la persévérance dîun enfant, après sa première communion , est 'vraiment on prodige 4t grâce et an chef-d'ceuvre de vertu •

E3* bien! ce ehekd'aeuwe ÙOTe«dra*t41*plus commun, ai l'on ne tient plus compte de l'âge? le n'en crois rien. A un âge plus jeune 6a trouve quelquefois , étiez un enfant, plis d ; innoeenee ; mais feu y trouve • ans» plus ée faiblesse. Et puisse la vertu est en raison de la force, je ne vois pas trop ce que l'on gagnerait, en définitive, à s'éloigner ootaèiemeât des usages qui ont jusqu'ici régie cette matière; le .mieux est d'en prendre au moins V esprit.

Ea conséquence , Monsieur le Curé , et «ans toucher aux dispositions du concile de 4830 , en ce qui concerne les conditions d'admission des enfants à la première communion, voici ce que désormais -vous aurez à (aire :

4« Vous exigerez, pour tous 'vos enfants de première communion, deux années préparatoires de catéchisme , lesquelles deux années seroat au moins de huit mois chacune.

2° Il y aura dans chacune 4e ces deux années un cours complet de catéchisme; seulement le prêtre qui en sera chargé aura soin de ménager son enseignement et de varier ses explications, de manière que la seconde année apprenne des choses nouvelles , et présente encore un juste intérêt aux enfants qui auront suivi la première.

3° L'enfant qui aura déjà suivi une année préparatoire de catéchisme dans une autre paroisse , et qui en .

justifiera par des certiÉcats en règle , pourra être autorise à ne faire qu'une seconde année préparatoire dans la paroisse où il arrive.

fr Des enfants de tous âges pourront être admis dans ces catéchismes. Toutefois les deux années ne commenceront à compter, comme années dites .préparatoires , que pour ceux qui auront neuf ans accomplis au commencement de la première de ces deux années de catéchisme; ou dix ans accomplis, au commencement de la seconde.

5° Gomme mesure transitoire , les enfants qui , à la première communion de 1853 , n'auront qu'un an de catéchisme , et seront néanmoins dans leur douzième année , pourront être admis.

Vous voudrez bien , Monsieur le Curé , donner connaissance de ces dispositions aux parents et aux en* fants , en lisant la présente lettre tant au Prône de la Messe paroissiale qu'au catéchisme; et en y joignant tous les avis , développements et explications que vous jugerez nécessaires.

Je vous recommande instamment de vouloir bien tenir la main à ce que cette instruction soit ponctuellement suivie en tout ce qu'elle prescrit; et je vous réitère l'assurance de mon bien sincère et cordial attachement.

f LOUIS , Archevêque de Rouen.

Préface v

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