‹ Vie de l'abbé Martin (d'Agde) curé de Saint-Denis, à Montpellier, précédée d'une introdChapitre 10 sur 135 · L^ABBÉ R0US8AC · texte numérisé non relu

L^ABBÉ R0US8AC

grand nombre d'hommes éminents dans les diverses branches des sciences profanes, doué de facultés exceptionnelles , bon prêtre dans toute Pacception du mot, M. Tabbè Roussac aurait pu facilement s'élever aux dignités dé TÉglise, et il s'est résigné volontairement à n'exercer dans son diocèse que les plus modestes fonctions. Malgré l'obscurité de sa vie, nous avons entendu plus d'une fois ce cri en présence de sa tombe : C'est une grande lumière qui s'éteint ! C'est un noble cœur qui vient de cesser de battre !

9 Tous ceux qui ont eu le bonheur de voir de près M. l'abbé Roussac ont pu apprécier les trésors de cette nature d'élite. Si la théologie, qui est l'étude spéciale du prêtre, n'eut pas pour lui de secrets, il ne demeura étranger à aucune des connaissances humaines : la philosophie lui révéla ses abstractions, la science naturelle ses mystères. Doué d'une puissance de conception peu commune et d'une clarté d'élocution plus rare encore, il embrassait tout de son regard de penseur, il parlait de tout avec une facilité entraînante. Les hommes spéciaux ne savaient, en l'écoutant, ce qu'ils devaient admirer le plus, de l'universalité de son intelligence ou de la lucidité de ses démonstrations, et nul ne posséda à un degré supérieur cette intuition du génie qui devine ce qu'il n'a pas eu le temps d'apprendre.

9» Chargé, dès les premières années de son sacerdoce, de l'enseignement de la philosophie au coUége de Béziers, puis au Grand Séminaire diocésain, et

plus tard enfin à l'école ecclésiastique de Saint-Pons, il montra successivement, dans ces trois chaires, l'exactitude de la doctrine, la largeur des apprécia" tiens, la force de la dialectique, l'éclat de la parole, l'éloquence du cœur ; en un mot, toutes les qualités solides et brillantes qui font les professeurs éminents.

» Un jour — qu'on nous permette la révélation d'un fait dont l'humble prêtre cherchait souvent à écarter le souvenir — M'' Sibour, l'illustre archevêque de Paris, qui savait si bien discerner les hommes, eut la pensée d'appeler M. l'abbé Roussac dans son diocèse. Si le jeune prêtre avait accepté cette proposition, la Sorbonne, qui depuis quelques années sent revivre son antique splendeur sous la direction intelligente du pieux et savant évêque de Sura, eût retenti des accents inspirés de sa parole; et 1q regrettable abbé Perreyve, dont l'Église pleure aussi en ce moment la perte prématurée, aurait trouvé, dans le jeune prêtre lodévois, un collègue dont l'âme était bien digne de la sienne. Chose singulière! tandis que la présomption perd ordinairement les hommes médiocres, il n'a manqué peut-être à l'abbé Roussac qu'un peu moins de défiance de lui-même pour devenir, non pas seulement une des illustrations du diocèse de Montpellier, mais une des gloires du clergé de France.

" Lorsque M^ Ginoulhiac*, le savant auteur de

* Mgr Ginoulhiac appartient aussi à notre diocèse, et la ville de Montpellier est fière de l'avoir vu naître dans son sein.

l'abbé ROUSSAC 53

V Histoire du dogme catftoliqt^e, qui nous rappelle par son érudition théologique les premiers Pères de l'Eglise, fut appelé au siège épiscopal de Grenoble, il jeta les yeux sur l'abbé Roussac, depuis longtemps son disciple et son ami, pour lui confier les fonctions de vicaire général de son diocèse. Le professeur de philosophie de Béziers, de Montpellier et de Saint- Pons, remplissait alors les modestes fonctions d'aumônier de l'Hospice de Lodève. M. l'abbé Roussac appartenait à cette famille d'esprits distingués qui sont jaloux des nobles traditions de l'Église de France, qui ne s'effrayent pas avec exagération des tendances de l'esprit moderne, mais qui, larges dans les idées pratiques dans les moyens, croient pouvoir empêcher plus sûrement les écarts dangereux de notre siècle par une sage modération. Ces précieuses qualités, jointes à un talent d'observation, à une bienveillance naturelle, à \me aménité de manières qui font les administrateurs habiles, justifiaient pleinement le choix de M^ de Grenoble ; mais il n'avait pas plus compté que M*' Sibour sur la modération des désirs de son ami. La simplicité des goûts et des habitudes de l'abbé Roussac s'accommodait peu de l'éclat. Puis un attrait indéfinissable l'attachait à la ville de Lodève: il avait, comme toutes les nobles âmes, l'esprit de famille, et peut-être plus encore le culte de l'amitié. Enfin il aimait les humbles sœurs de Sainlr Vincent-de-Paul, qui depuis longtemps le regardaient comme un père ; les pauvres malades de la ville et

de la garnison, qui voyaient en lui un consolateur. Il résista donc à toutes les sollicitations de M^ de Grenoble; mais il dut accepter, cependant, le titre de vicaire général honoraire.

» C'est en cette qualité qu'il accompagna M«' Ginoulhiac dans plusieurs voyages à Paris, et qu'il fut mis en contact avec les hommes distingués dans les sciences et les lettres qui visitaient le savant prélat. Tous apprécièrent le mérite du modeste vicaire général et exprimèrent plus d'une fois le regret que la lumière demeurât ainsi cachée sous le boisseau. Il alla plus tard à Rome, avec l'évêque son ami, dans les deux circonstances solennelles de la promulgation du dogme de l'Immaculée Conception et de la canonisation des martyrs japonais, et produisit la même impression sur quelques-uns de nos plus savants cardinaux, qui purent remarquer en lui la science de la doctrine unie à la fermeté de la foi et à l'esprit de conciliation le plus admirable.

» Le cœur de l'abbé Roussac fut toujours à la hauteur de son intelligence. Ouvert à toutes les aspirations libérales et généreuses, on eût dit que ce cœur était pétri de dévouement. Aucune larme ne le trouva jamais insensible, aucune misère matérielle ou morale ne put lasser son énergie.

» La bonté de l'aumônier de l'Hôpital était devenue proverbiale : riches et pauvres ne craignaient pas d'y faire appel. Les premières familles de Lodève le prirent plus d'une fois pour arbitre et conciliateur.

L ABBE ROUSSAC 55

et les ouvriers de la ville manafactorière, pour qui ses sympathies furent si vives, rencontrèrent toi\j ours en lui un protecteur et un conseil. Mais c'est surtout dans un cercle étroit d'affections privilégiées que s'épanouissait son àme expansive. Nous l'avons déjà dit tout à l'heure, l'abbé Roussac eut le culte de l'amitié : M«' Ramadié, évêquede Perpignan*, un de ses condisciples de prédilection; M. l'abbé Martin, le savant curé de Saint-Denis, purent apprécier, dans des moments difficiles, l'immensité de son dévouement. A Lodève, entouré de quelques nobles cœurs, bien dignes de comprendre le sien, il connut au degré le plus éminent les joies de ces délicates affections qui ont adouci ses dernières années, éprouvées par des infirmités précoces, et qui sont devenues pour son agonie, après la bénédiction de l'Eglise, la plus ineffable consolation.

9» Le testament de M. l'abbé Roussac a été comme la dernière révélation de son àme. S'il a laissé à son frère une partie de son patrimoine, la charité du saint prêtre lui a inspiré les legs les plus touchants. Il a donné à l'hospice de Lodève la somme de 15,000 francs, en exprimant le désir qu'elle soit employée à l'agrandissement du jardin de cet établissement de bienfaisance. Les pauvres des paroisses de Saint-Fulcrand et de Saint-Pierre, l'œuvre des Or-

* Me^ Ramadié avait été curé de la paroisse Saint-Jacques , à Bézîers. .

56 INTRODUCnON

phelines et de la Miséricorde, les pauvres de Florensac, où vécut une partie de sa famille maternelle ; la paroisse d'Alignan-du-Vent, dont il fut lui-même un moment le pasteur*; la société de Saint-Vincent-de- Paul , l'œuvre modeste des Domestiques , ont eu une large part à ses bienfaits. Enfin, par un legs particulier, dans lequel les prédilections de l'ancien professeur se trahfssent , il donne à la bibliothèque du Grand Séminaire de Montpellier la somme de 1 ,000 francs, pour être employée en achat d'ouvrages modernes de science et de philosophie.

5» Aucune parole d'éloges n'a retenti dans la cérémonie de ses funérailles ; mais l'abbé Roussac a eu l'oraison funèbre la plus éloquente, celle des larmes de tout un peuple, coulant tout autour de son cercueil. La journée du 30 novembre a été, en eflfet, un deuil public pour la ville de Lodève ; les travaux ont été spontanément interrompus. M. le Sous-Préfet de l'arrondissement, le tribunal civil, le conseil municipal, toutes les administrations de bienfaisance, toutes les corporations religieuses, un nombreux clergé, la population tout entière, ont fait cortège au saint prêtre. Pendant le chant des vêpres, dans l'antique cathédrale de Saint-Fulcrand, la vaste nef a été insuffisante pour contenir la foule, et le silence le

* M. Pabbé Roussac fut nommé curé d'Alignan en 1837 , quand il quitta la chaire de philosophie du Grand Séminaire de Montpellier.

l'aBBE ROUSSAC 57

plus religieux , interrompu seulement par les cantiques funèbres et par les sanglots, exprimait éloquemment les sentiments de toutes les âmes.

» Plein d'émotion au souvenir d'une manifestation si belle, qu'il nous soit permis d'émettre un double vœu : Nous souhaitons à la ville de Lodève que Dieu lui suscite souvent des enfants si généreux, et à rÉglise de Montpellier qu'il &sse surgir dans son sein de tels prêtres*. »

^ Tandis que le Messager du Midi publiait cette Nécrologie , écrite avec autant de talent que de cœur , les deux journaux de Lodèoe se faisaient les interprètes de la douleur publique, « en rendant un sincère hommage à Vesprit distingué, au généreux conci^ toyen, au digne prêtre^ dont cette cité et le clergé diocésain dèpUn raient laperte, comme un malfieur public. n (3 décembre 1865.)Nou8 signalons ici, regrettant de ne pouvoir les reproduire tout entières, ces Notices que MM. Hugounenq et A. Baduel ont consacrées à la mémoire de leur ancien maître et ami.

M. L'ABBÉ COURAL

Fondateur-Aumônier de la Solitude de Nasareth

Les hommes de bien sont soumis^ sans aucune exception, à l'arrêt fatal qui pèse depuis la chute primitive surtout le genre humain; et, quelque utile que soit leur vie pour la gloire de l'Église et le bonheur de l'humanité, elle n'atteint guère les longues années de saint Vincent de Paul*. Ainsi avons-nous vu mourir, plein de jours et de bonnes œuvres, M. l'abbé Coural, fondateur et aumônier de la solitude de Nazareth *. Il est décédé le 21 mars 1867, à l'âge de soixante-dix-huit ans, dans cette maison qu'il n'avait cessé de diriger avec le dévouement de la plus inépuisable charité.

M. Coural a établi à Montpellier une œuvre admirable, destinée à recueillir de pauvres femmes dont

* Saint Vincent de Paul mourut à l'âge de 85 ans.

* Mémoire de l'abbé Coural intitulé : Solitude de Nazareth , maison religieuse et industrielle, fondée à Montpellier en 1841, dans le but de recevoir, sans rétribution et sous la direction des sœurs de Marie-Joseph, les jeunes filles libérées sortant des pri~ sons et des maisons centrales de France. 1843.

L ABBE COURAL 59

le repentir a surpassé les fautes, et manquant souvent d'asile au sortir des prisons. C'est là une des inventions de la charité chrétienne, devant laquelle nos ^inemis sont obligés de s'incliner avec respect. C'est donc avec un saint et légitime orgueil que nous inscrivons sur nos diptyques le nom à jamais béni de M. l'abbé Coural, qui mérite de prendre place parmi les bienfaiteurs de l'humanité.

Sa biographie a été écrite en partie par une prisonnière dont le nom et le procès resteront célèbres dans nos annales judiciaires S La reconnaissance et le respect pour ce saint prêtre lui ont inspiré le& pages suivantes, justement consacrées à son éloge :

«Je n'ai jamais vu l'abbé Coural dans ma cellule, sans lire sur ses traits la grandeur de l'abnégation, la puissance du sacrifice, la noblesse du caractère, aflfranchis du moi humain. L'expression habituelle de sa physionomie est une sérénité humble et douce; sa foi respire dans son sourire ; l'oubli de lui-même se révèle dans chacune de ses paroles, dans le moindre de ses mouvements. On ne trouve rien en lui sans qu'on le cherche. H s'enveloppe dans son humilité. Si les bruits du monde ne l'atteignent pas, il est rare qu'une douleur étrangère lui échappe. Il déteste le mal, mais il veut qu'on pardonne et qu'on aime les méchants. Prêtre laborieux, il n'a pas la

* Madame Lafafrge, Heures de prison,\]ivTe XII.

science qui éblouit, il a celle qui éclaire. Prêtre humble et timide, sa bonté touchante et naïve a quelque chose d'un profil de saint découpé dans la Bible. Parlet-il des malheureux, on dirait une mère parlant de son enfant, avec des caresses dans le sourire et des larmes dans la voix. Son cœur bat dans le cœur des pauvres; son âme n'est jamais qu'en Dieu.

9 M. Coural est le prêtre qui s'oublie pour n'oublier personne, qui souflfre avec ceux qui souflfrent, pleure avec ceux qui pleurent, console toutes les infortunes qui r approchent, et prie pour celles qu'il ne peut atteindre de la main et du cœur.

» L'abbé Coural est né en 1789, à Saint-Chinian, au sein d'une famille pieuse et charitable ; il a commencé sa carrière sacerdotale par être curé de campagne. Sa cure était si humble, que l'ombre du clocher, en s'allongeant le soir, dépassait la limite des dernières maisons du village. Son royaume étant si petit, sa charge d'âmes était légère ; mais il était heureux de guider tout doucement son cher petit troupeau vers le Ciel.

» Je ne sais combien d'années M. Coural passa au village, semant des bienfaits et récoltant des vertus. Sa dernière cure fut , je crois , Argelliers, près d'Aniane. Il la quitta pour venir habiter Montpellier, où les pressentiments de sa charité l'appelaient et où l'attendait depuis longtemps un de ses condisciples^ aumônier du Pénitentiaire de cette ville.

» Les maisons centrales n'étaient «pas alors ce

l'abbé COURAL 61

qu'elles sont aujourd'hui. A la vue de celle de Montpellier, le bon prêtre s'effaya des misères de toute sorte entassées pêle-mêle dans l'enceinte de cet enfer, qui aurait dû être un purgatoire. Le désordre était partout. Mais bientôt les avertissements de l'autorité amenèrent de nouveaux règlements. Le travail dompta le corps. La religion s'empara de l'àme. La police intérieure ftit confiée à des religieuses. Le silence se fit pour que le repentir pût s'entendre. Une ère d'espérance s'ouvrait.

» Ce fut alors que l'abbé Coural, avec son instinct des grandes œuvres, conçut le projet de dévouer toutes ses forces à la régénération morale des détenues, n s'occupa particulièrement de préserver les condamnées libérées des dangers de la rechute, en créant pour elles un asile ; et, embrassant d'un coup d'œil son œuvre à!* inspiration divine *, il lui donna pour bases le travail, l'abnégation et la charité.

» Cette maison sera appelée Nazareth, en souvenir de cette autre maison, humble et bénie, qu'habita le Sauveur Jésus, avec Marie et Joseph.

» Parmi les plus intimes confidents du projet de M. Coural était un homme de bien, un homme de foi, vivant loin du monde avec sa digne compagne, aimés tous deux des malheureux et les aimant, préférant l'un et l'autre au luxe de l'opulence le luxe de la charité : j'ai nommé M. et M"*' de Villiers.

* Paroles de Mp" Thibault.

e2 INTRODUCTION

» M. Pabbé Coural leur avait souvent communiqué son pieux projet. Quelle ne fut pas sa joie quand ils lui annoncèrent que la porte de leur château s'ouvrait devant son œuvre ! Le pavillon du riche se transformait en berceau des espérances du pauvre.

» Ah! ce fut un beau jour que celui où deux religieuses de l'ordre de Marie - Joseph * et trois jeunes filles, sorties la veille d'une prison, vinrent s'asseoir au foyer béni, emportant avec elles leurs pénates chrétiens : un crucifix de bois, une vierge en plâtre et le rameau toujours vert des dernières Pâques fleuries.

» La chère famille était pauvre. Pauvre fut l'installation du nouveau ménage. A la fin de l'hiver, le pavillon si généreusement offert par M. de Villiers fut trop petit pour contenir les membres toujours croissants de la famille. L'infortune en avait appris le chemin ; les faibles et les orphelins s'arrêtaient en priant sur le seuil de la porte, et, derrière leurs barreaux, les prisonnières y retenaient leur place, s'eflEbrçant de la mériter pour le jour de la libération.

» Cette fois encore l'abbé Coural vit la Providence incliner un cœur au-devant de ses souhaits. M. Bégé, alors préfet de l'Hérault, ayant trouvé dans l'œuvre

* La Congrégation des sœurs de Marie-Joseph, qui se consacre exclusivement à l'œuvre des prisons, a été fondée en 1805, par M^e Elisabeth Duplex, de Lyon. La maison centrale de notre ville est confiée, depuis 1840, à leur excellente direction.

L ABBE COURAL 63

le reflet des vertus de son fondateur, voulut en assurer l'avenir, en cédant, contre un modique loyer, une jolie propriété qu'il avait récemment achetée dans un des faubourgs de la ville.

» A partir du moment où les Nazaréennes furent installées chez M. Bégé, on vit la Solitude grandir sans entraves, et la belle pensée de l'abbé Coural se développer radieuse, sous la douce influence de la charité ! Oh ! béni soit l'asile qui s'est ouvert à l'abandon et au repentir, qui désarme la justice, console et rassure la société !

^ Les grandes pensées brisent vite les murs de leur enceinte. Déjà les échos de Nazareth retentissent au loin ; le grain de sénevé se fait arbre. Si les projets de l'ambition sont vains et insensés, ceux de la charité sont protégés et bénis ; l'impossibilité s'efiTace, l'horizon recule devant eux. Qu'importe aux grandes âmes que, sur le seuil des siècles, le temps creuse ses fosses? Les serviteurs de l'humanité sèment pour que d'autres moissonnent. Vivants, ils ne s'appartiennent pas ; morts, ils survivent dans l'œuvre immortelle de leur vie. »

nfaut avoir vu l'établissement de M. l'abbé Coural pour croire au bien immense qui s'y fait. Quelle vie! quelle activité ! quelle paix ! quelle obéissance ! Tout y est distribué avec ordre et sagesse. Une harmonie parfaite règne partout. Comme les abeilles dans leurs ruches, la iVa^ar^^nne a son emploi qu'elle accomplit

avec le plus d'empressement et le plus d'habileté possible; mais toutes n'ont qu'un but : le bien-être et la prospérité de l'établissement. Vraie ferme-modèle, on y voit tous les divers travaux de la campagne exécutés parles filles, sans le secours d'un bras étranger. Les animaux domestiques sont élevés avec un soin tout particulier. Les métiers les plus usuels y sont exercés avec une intelligence et une étonnante adresse et dextérité. La Nazaréenne pourvoit à tout et suffit à tout.

Les précieux résultats qui font admirer la Solitude de Nazareth ont leur source dans la grâce de Dieu, qui est le principe de tout bien ; puis dans les exemples de dévouement et de sages se qui sont sans cesse sous les yeux des Nazaréennes^ dans la personne de celles qui les dirigent.

Les pieuses sœurs de Marie-Joseph ont adopté pour leurs filles toutes les infortunées dont elles essuient les larmes. Remplies d'humanité aussi bien que d'amour, elles ont voulu tout partager avec elles: le même pain, les labeurs d'un travail continuel, les austérités d'un silence absolu. Entre elles tout est commun ; tout. . . excepté l'habit ; tout. . . excepté Pin. nocence qui est la parure des mères, comme le repentir est celle des filles.

Telle est l'œuvre admirable à laquelle M. l'abbé Coural a consacré, pendant vingt-cinq ans, ses forces, son existence entière.

n a publié successivement des comptes rendus qui

L ABBE COURAL 65

abondent en idées humanitaires et charitables « sur l^avenir social^ ; sur la moralisation des classes pauvres en France, et spécialement sur la colonisation de l'Algérie'; sur le moyen de réhabiliter le malheur flétri ou de secourir le malheur honnête * ; sur l'urgence d'un établissement en faveur des hommes libérés, fondé sur les bases de la Solitude de Nazareth en faveur des femmes^ c'estrà-dire sur la religion, le travail et le dévouement ^. »

Le xxm* compte rendu ' est précédé d'une lettre dont l'auteur, après avoir visité en touriste cet établissement, rapporte un dialogue qu'il eut avec son vénéré fondateur :

» — Quel est. Monsieur l'Abbé, le personnel de votre établissement ?

» — ^Ilestde trois cents filles environ, y compris celles du quartier correctionnel formé déjeunes enfants que l'Etat prend sous sa tutelle et nous confie, pour y recevoir une éducation religieuse, morale et laborieuse. Les unes et les autres sont formées aux divers travaux propres à leur sexe, à la couture, au blanchissage du linge, au ménage d'une maison, à la culture du jardin, au soin de la basse-cour. Si on leur inspire, comme l'unique ressource du pauvre, l'amour du travail, et si on les stimule par des récompenses à devenir habiles, on s'efforce avec non moins de zèle

* En 1846. 2 En 1849. » En 1852. * En 1864. ^ En 1865.

à les former à la vertu, en leur inspirant l'horreur du mal, la pratique du bien, la fuite de l'oisiveté, Tamour de la tempérance; en un mot, toutes les vertus qui ennoblissent le pauvre et le font chérir. A leur libération, si elles le désirent, on les garde au refuge; elles peuvent même s'y fixer jusqu'à la mort.

» — Je suis ravi. Monsieur l'Abbé, de l'ordre et de la direction éclairée que vous avez imprimés à votre refuge. Toutefois je ne puis m'empêcher de croire qu'une si nombreuse famille doit vous surcharger de travail et de sollicitude.

» — Lorsque Dieu m'inspira la pensée de fonder cet établissement, je m'abandonnai à lui, en le priant de disposer de moi selon ses desseins et son bon plaisir. Depuis, il n'a cessé de m'assister avec une bonté toute paternelle, au delà même de mes espérances, et, quoique d'un âge avancé, mes forces ont augmenté avec mes occupations. Loin d'en être accablé, je voudrais, s'il m'était possible, doubler et tripler le nombre de nos filles ; je brûle du désir de sauver des âmes. C'est là mon bonheur et ma vie. »

Que pourrions-nous ajouter au témoignage que ce saint prêtre a rendu de lui-même, sans s'en douter % Il a vécu, tout entier, dans son œuvre digne de Vincent de Paul, et, imitant cet apôtre de la charité jusque dans la mort, il s'est endormi, plein de foi et d'espérance, pour se réveiller dans le Ciel.

M. L'ABBÉ ARGELLIÈS

Garé de Frontignan

Cette année n'est pas encore arrivée à son terme^ et déjà la mort a frappé trois et quatre fois des coups violents et inattendus sur des membres éminents de notre corps sacerdotal. Qui ne s'est pas associé au deuil général et public en apprenant, à des intervalles très-rapprochés, la mort regrettable de MM. les curés Argelliès , Gay, Martin ( d'Agde ) et de M. Tabbé Seyvon, vicaire général * ?

* Combien d'autres prêtres, dignes d'éloge, pourraient figurer dans cette nomenclature des huit dernières années ! Nous n'avons pas connu tous ceux dont la vie aurait pu être écrite, et dont la mémoire ne cessera d*être en bénédiction dans le diocèse. Nous mentionnerons seulement M. Vèrnières, curé-doyen de Gapestang, homme dont la vivacité de la foi n'était égalée que par Taustérité de la vie ; le Père Audouard, originaire d*Agde* qui embaumait du parfum de ses vertus la maison des jésuites de Montpellier; M. Alauzet, ancien directeur au Grand Séminaire, dont le talent et la piété ont laissé dans le cœur de ses élèves d'impérissables souvenirs ; M. Roux (Henri), docteur en théologie, aussi modeste qu'il était savant; M. Montels, curé de Lansargues, que Ms^ Thibault proclamait le premier de ses succursalistes ; et enfin le Père Dom Martin qui, au fond de l'humble solitude de Mougères, pendant plus de trente ans, édifia par la sérénité de son ascétisme les nombreux prêtres qui le visitaient, conmie il les dirigeait par ses conseils.

Prêtres de Montpellier et du diocèse, si vous aimez votre pays avec la même unanimité de sentiments que vous aimez TEglise, vous avez versé des larmes, et la plaie de vos cœurs n'est pas encore cicatrisée. Ceux dont nous pleurons la perte récente n'étaient-ils pas nos guides, nos maîtres les plus éclairés et nos amis les plus bienveillants? Us sont morts, comme doit mourir tout prêtre imitateur de Jésus-Christ, renouvelant, à cette heure suprême, le fiât de Gethsémani et le consummatum est du Calvaire. Us nous ont ainsi légué toute Tédification qu'on espère trouver auprès d'un prêtre mourant.

Le lendemain de la mort de M. le curé Argelliès, le Messager du Midi consacrait à sa mémoire l'article suivant, qui révèle la plume et le cœur dévoué d'un excellent ami * :

« La ville de Frontignan et le clergé diocésain viennent de faire une perte douloureuse dans la personne du vénérable abbé Argelliès, décédé avanthier % à la suite d'une courte maladie.

» Grand canoniste, profond théologien, M. Argelliès unissait à un vaste savoir toutes les vertus du saint prêtre. On le consultait pour ses lumières, on l'aimait surtout pour sa modestie, sa douceur inaltérable, l'aménité ravissante de son caractère, sa piété

* M. Martin (d'Agde), curé de Saint-Denis.

2 Le 10 janvier 1868.

L ABBE ARGELLIES 69

si sincère et si tendre, sa charité sans bornes et son dévouement à toute épreuve pour ses frères dans le sacerdoce. Nommé, jeune encore, vicaire général d'Angoulême, il préféra à ces fonctions élevées la plus humble position dans son diocèse. Les paroisses qu'il a successivement desservies ont conservé un souvenir ineffaçable de ses enseignements et de ses exemples. Au concile d'Avignon, où il accompagna M«' Thibault, il se fit remarquer par la précision de sa doctrine et^^la sagesse de son esprit. A Rome, où il n'était pas inconnu, le Saint-Père daigna l'accueillir avec une bienveillance particulière. Curé deFrontignan, sa ville natale, par une rare exception à l'antique proverbe. Nul n^est prophète dans son paysy il sut se concilier la confiance, la vénération, l'affection de tous. Ses concitoyens étaient fiers de lui; ils l'admiraient autant qu'ils le chérissaient. Aussi sa mort prématurée est-elle, parmi eux, l'objet d'unanimes et profonds regrets, auxquels s'associeront, nous n'en doutons pas, tous ceux qui ont connu M. Argelliès. »

Quelques jours après, un journal religieux de Montpellier* ajoutait ces détails, qu'on lui avait transmis de Frontignan :

tf Samedi, 11 janvier, à midi, la ville de Frontignan célébrait les funérailles de son vénérable curé,

* La Chronique méridionale, 18 janvier 1868.

M. Tabbé Argelliès. Nous renonçons à rendre la manifestation de l'immense douleur qui éclata dans tous les rangs d'une population hier encore si heureuse et si fière, quand la nouvelle de la terrible catastrophe vint troubler son repos,

» Malgré l'heure avancée, et sans tenir compte des rigueurs extraordinaires de la saison, on la vit accourir de tous les points de la cité jusqu'au lit où l'homme de Dieu venait de rendre le dernier soupir, se partageant les moindres petits objets qu'il avait touchés, et qui allaient devenir pour tous des reliques précieuses. Mais là ne devaient pas s'arrêter les témoignages de la piété filiale ; ils se multiplièrent jusqu'au dernier moment des obsèques, lorsque le corps du défunt, déposé au milieu d'une chapelle ardente, dans le sanctuaire, fut présenté à la vénération de tous ses enfants. Qui pourrait dire le nombre de tous les objets de piété qu'une tendre dévotion mettait en contact avec ces restes sacrés, d'où semblaient sortir une vertu et une bénédiction particulières pour les familles auxquelles le prêtre fidèle avait fait tant de bien pendant sa vie? Telle est la confiance que les saintes qualités de l'abbé Argelliès surent inspirer à tous ceux qui furent assez heureux pour en connaître le prix. Aussi, longtemps avant l'heure des obsèques, la vaste nef était trop étroite pour contenir les flots de la population locale, à laquelle venait se joindre une multitude d'étrangers. Plusieurs ecclésiastiques de Montpellier, de

L ABBE ARGELLIBS 71

Cette, de Béziers, et les curés du canton de Frontignan, apportaient leur concours aux confréries, aux congrégations religieuses de la paroisse, aux autorités civiles, pour donner à la cérémonie un caractère de solennelle grandeur ; et ce ne fut pas sans attendrissement qu'on vit de nombreuses députations de Balaruc, de Montbazin et de la Peyrade, se montrer jalouses de partager avec nous ce pieux devoir et prouver combien elles gardaient le souvenir inaltérable de la science et de la charité de leur ancien pasteur.

w Quand le cortège se mit en marche à travers les rues silencieuses de la cité, une vive émotion gagna tous les cœurs à la vue de cette foule recueillie, de ces visages baignés de pleurs, de ces poitrines haletantes que soulevaient les soupirs et les sanglots, et il n'était pas difficile de se convaincre que celui auquel s'adressait un pareil tribut de larmes universelles devait être l'orgueil et la gloire de sa famille, le conseil des affligés, l'ange gardien des petits enfants, la providence des pauvres, l'appui des faibles, une lumière pour ses confrères dans le sacerdoce et pour tous : en un mot, un père, un ami et un bienfaiteur.

» Nous espérions qu'à la fin de la messe M. l'abbé Martin, curé de Saint>-Denis, prononcerait l'oraison funèbre. Ce digne ecclésiastique, vivement sollicité, a persisté dans son refus, motivé sur les règlements actuels, qui défendent aux prêtres de prononcer

Toraison funèbre de leurs confrères décèdes, à moins d'autorisation*.

y> A défaut du prêtre, nous avons entendu le magistrat.

» M. Bellonnet, maire de Frontignan, nous a dédommagés un peu de notre es^iérance déçue, par un magnifique discours. Il appartenait à ce digne ami du vénérable défunt de nous faire sentir, avec son cœur, combien grande est la perte que viennent de faire la ville de Frontignan, le diocèse de Montpellier et le clergé de France.

» Ce remarquable discours est la meilleure notice biographique. Nous le reproduisons tout entier :

tf Messieurs,

» Je viens, comme magistrat, apporter devant » cette tombe les regrets de toute la population, et, j» comme ami, dire un dernier adieu, payer un juste » tribut d'affection et de reconnaissance à Thomme » éminent, au pasteur vénéré que la mort nous a » ravi.

» Retracer, comme il conviendrait de le faire, 5» l'existence de cet homme de bien, serait une tâche » au-dessus de mes forces; d'ailleurs, mon émotion » est trop grande en ce moment. Je me bornerai à j» en rappeler les traits principaux :

» Frédéric-Napoléon Argelliès naquit à Fronti-

* Mandement du 10 janvier i866.

l'abbë ARGELLIÈS 73:

9> gnan en 1804. Dès son enfance, il montra- des V aptitudes particulières et une vocation marquée » pour le sacerdoce. Je ne mentionnerai aucun fait y» le concernant depuis son entrée au Séminaire jus- » qu'à Tépoque de son ordination; je ne dirai rien » non plus du peu de temps de son vicariat, sinon » qu'il se fit remarquer par sa douceur, sa modestie y et Taménité de son caractère. Ces qualités dispoj» saient en sa faveur tous ceux qui rapprochaient j » elles le désignèrent, alors qu'il n'avait encore que » vingt-sept ans, au choix de ses supérieurs pour la p cure de Balaruc-les-Bains.

» Dès cette époque, le jeune curé, qui avait tour^ » jours aimé passionnément l'étude, s'y livra avec » une nouvelle ardeur; mais, comprenant aussi les » grands devoirs de sa nouvelle charge, il commença » cette vie d'abnégation, de charité et de sacrifice » que rien n'a pu égaler, si ce n'est, plus tard, une » érudition profonde et des vertus qui en ont fait le » plus vénéré, le plus regretté des pasteurs.

y> Si modeste que soit le vrai mérite, il est des » hommes qui savent le découvrir, et plusieurs per- )» sonnages de distinction, que les circonstances » avaient mis en rapport avec le curé de Balaruc, » lui vouèrent une respectueuse et tendre amitié.

» Les soins et les devoirs difficiles du ministère, » qu'il accomplissait avec un zèle et un dévouement 5' qui ^ne seront point surpassés, ne constituaient pas •' un élément suffisant pour cette nature vraiment

» douée de prodigieuses facultés : il fallait à cet es- » prit d'élite un champ plus vaste. Alors il se livra » à l'étude de la théologie dans les sphères les plus » élevées. TravaiDeur doué d'une intelligence re- » marquable, d'une mémoire étonnante et d'une n perspicacité rare, il apprit, sans le secours d'un » maître, la langue grecque, les notions de l'hébreu, » étudia avec succès les sciences les plus abstraites, » et marqua ainsi cette première étape, d'où il aurait » pu sortir pour aller dans un palais d'évêque avec » le titre de grand vicaire, s'il n'avait préféré rester » auprès de sa vieille mère et de sa famille, dont il a » toujours été, à si juste titre, l'orgueil et la conso- » lation.

» Après dix ans de sacerdoce, c'est-à-dire après » dix ans de charité, de bons exemples et de services » rendus, alors qu'il était dans toute la maturité 9" de son immense érudition, il fut appelé au poste de » Montbazin. Il y arriva précédé de la réputation » d'un saint et d'un savant; cette réputation gran- » dit encore avec le zèle qu'il mit à soulager toutes » les misères, à servir les pauvres et les malheu- » reux.

» S'il grandissait en renommée, il grandissait » également en science, et M.^ l'évêque de Mont- » pellier en fît, en plusieurs circonstances, un de » ses conseillers intimes. Il accompagna M*' Thi- » bault au concile d'Avignon, et je puis dire avec • orgueil qu'il en fut une des principales lumières,

L âBBË ARGELLIÉS 75

» et que les éminents prélats qui y étaient assem- 9 blés furent émerveillés de tant de science unie à 1» tant de simplicité et de modestie.

» Voilà, Messieurs, la plus grande et la plus puis- « santé consécration des talents et des vertus de » notre vénérable curé.

» n nous était réservé à nous, ses concitoyens, 9 qu'il appelait ses enfants, de pouvoir apprécier de » plus près les qualités éminentes de M. Argelliès.

» Nommé curé-doyen de Frontignan en 1851, il a » su, dans une période de dix-huit ans, s'attirer les » sympathies et l'admiration de toutes les personnes » qui l'ont connu.

» Avec quelle paternelle bonté n'accueillait-il pas » nos moindres désirs? Qui de nous, dans des mo- » ments de peine, après avoir conversé avec lui, » n'est pas revenu consolé et le cœur tranquille? » Combien de misères n'a-t-il pas su soulager, et » combien de familles ne lui doivent-elles pas leur » repos? Avec quelle main habile ne savait-il pas j» panser nos blessures?...

» Nous avons tous présentes à la mémoire ses » prédications si saintes et si substantielles. Se met- » tant à la portée de toutes les intelligences, il fai- « sait comprendre les grandes vérités de la religion ^ qui moralisent la société ; sa parole claire, précise » et pénétrante, allait jusqu'au fond de nos cœurs; » elle réveillait et faisait croître le germe du bien.

» Ferme et inébranlable dans ses convictions, ne

» se laissant arrêter par aucune considération ter- » rostre, il mettait son talent au service des causes » justes, et Tun des plus grands orateurs de notre » siècle a eu recours au modeste curé de Frontignan » pour la solution de questions complexes de théolo- » gie et de droit canon. Aussi Pillustre père Ventura, » qui l'honora de son amitié, proclamait-il haute- » ment qu'il y avait, entre Cette et Montpellier, un » curé de campagne qui était rhonneur du clergé V français. Ces éloges, venus de si haut, nous cau- 9 saient une très-grande joie, et nous étions fiers » qu'un de nos concitoyens les eût mérités.

» Mais ce n'est pas impunément qu'on peut, pen- » dant trente-cinq ans, se livrer avec un zèle d'apôtre ?» à l'exercice du saint ministère; ce n'est pas im- » punément qu'on passe ses veilles à pâlir sur les » livres ; les forces physiques ont des limites. Et ce- » pendant nous voyions notre vénérable curé fran- » chir les Alpes et les Apennins pour aller déposer » aux pieds du Souverain Pontife son hommage de » gratitude et de vénération.

» Il était connu à Rome : la fermeté, la droiture 5» de son caractère et son dévouement au Siège apos- » tolique avaient été appréciés, et l'accueil distingué » qu'il reçut de Pie IX fut pour lui la plus douce 59 des consolations, comme les félicitations écrites » que le Saint-Père lui avait adressées furent le 55 legs le plus précieux qu'il laisse à sa famille.

5» Je m'arrête, moi qu'il connaissait et qu'il vou-

L ABBE ARGELLIÈS 77

» lait bien honorer d'une amitié particulière; je j» crains, même en présence de sa tombe, par res- » pect pour son humilité et pour sa modestie, de » rappeler toutes ses vertus. Je laisse à la popula- » tion qui le pleure le soin de les énumérer.

» Debout au chevet d'un moribond, qu'il soignait » et qu'il consolait, il sent lui-même les premières » atteintes de la mort, et, comme pour consommer y> son sacrifice, il va s'unir au Dieu qui l'appelle dans » l'éternité. Intrépide soldat de la foi, il est tombé, » sainte victime de sa charité et de son dévoue- » ment; il est mort au champ d'honneur, après avoir » traversé le monde en faisant le bien.

» Nous vous quittons, vénérable ami. Adieu ! La » terre gardera vos dépouilles, mais vos vertus con- » tinueront à planer sur Frontignan, et, retiré dans » le sein de Dieu, vous veillerez encore au bonheur » et au salut de vos enfants. »

Page 1