ACADÉMIE DE LA RELIGION CATHOLIQUE
Le Président et le Conseil de V Académie au Révérend et Illustre Etienne Martin, curé à Montpellier.
La science profonde et l'intégrité des mœurs qui brillent en VOUS, unies au zèle ardent que vous avez montré pour TËglise catholique, nous ont poussé à demander aujourd'hui que vous fussiez admis dans notre Société ; notre conviction était d'ailleurs que, par vos soins et vos efforts, vous contribuerez à la défense des dogmes de la Religion catholique, but principal de notre Académie. Notre proposition a été soumise à l'Assemblée, et, après mûre délibération, vous avez été proclamé membre de l'Académie de la Retigion catholique. C'est en témoignage de ce, que nous vous accordons volontiers ces Lettres marquées de notre sceau.
Donné à Rome, aux nones de février 1864.
F., card. Asquini, préfet ; F. -M. GiRiNO, secrétaire.
(Extrait des actes de l* Académie).
L'abbé Martin était déjà membre de TAcadémie des sciences et lettres de Montpellier; il fut nommé en novembre 1846, à l'époque de la reconstitution de cette Société.
* L'abbé Martin a légué cette plume à son plus jeune neveu, Etienne Martin, et il lui a donné aussi la plume avec laquelle il a écrit la Vie de saint Jean Chrysostome, en lui disant : «< J'espère que tu en feras un noble usage. »
nom de cette illustre Société^ dont il est le secrétaire, il exprimait l'espérance « qu'elle lui servirait à défendre glorieusement l'Église. »
Ce titre d'Académicien est accordé très-rarement à de simples prêtres. Une circonstance particulière lui donna un nouveau prix aux yeux de l'abbé Martin ; il eut l'honneur d'être proclamé^ dans la même élection, avec M«' Dupanloup.
Ce ne fut pas sans intention qu'on réunit, 'dans une si haute distinction, les noms de deux hommes qui, quoique placés à des degrés différents de la hiérarchie sacerdotale, méritaient si bien d'être rapprochés comme écrivains et comme orateurs sacrés*.
Le diocèse de Montpellier vit avec une fierté légitime l'éloquent historien de saint Chrysostome inscrit parmi les défenseurs de la foi catholique j la modestie seule de l'abbé Martin s'en étonna. Il fut plus surpris encore lorsque, quelque temps après, les prêtres de rimmaculée-Conception de Saint-Dizier lui demandèrent la permission de publier son Histoire, en tête de la traduction des Œuvres complètes de saint Jean Chrysostome
* Ce rapprochement fut signalé dans un exceUent article de M. Lutrand. {Messager du Midi, 16 mai 1864.)
* Saint Jean Chrysostonu. Œuvres complètes, traduites pour la première fois en français, sous la direction et avec la collaboration des prêtres deTImmaculée-Gonception de Saint-Dizier. précédées de V Histoire de saint Jean Chrysostome, par M. Pabbo Martin (d'Agde), curé à Montpellier. 11 volumes in-8° à deux colonnes; chez L. Guéri n, imprimeur- éditeur, à Bar-le-Duc, i863
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M. Henri Congnet, chanoine de Soissons, témoignait, à cette occasion, le regret que les traducteurs n'eussent pas profité de certains passages parfaitement rendus par l'abbé Martin; mais il applaudissait à l'heureuse inspiration qu'avaient eue les éditeurs, en s'entendant avec lui pour reproduire intégralement cette belle composition, magnifique portique d'un édifice plus magnifique encore*.
Nous avons vu le Curé de Saint-Denis refusant, sur l'invitation de M^ Sibour, la chaire d'éloquence sacrée à la Sorbonne. L'honneur lui était réservé d'être professeur, malgré lui, dans une même chaire, à une autre Faculté de théologie. M. l'abbé Sabatier, professeur à Bordeaux, eut la pensée, en 1863, d'étudier devant un auditoire choisi l'éloquence de saint Jean Chrysostome. Il ne crut pouvoir mieux faire, pour éclairer et féconder ses travaux personnels, que de consulter le livre de l'abbé Martin, et il lui écrivait spirituellement à ce sujet :
« Votre excellente publication sur ce Père de l'Eglise répond largement à mes désirs, en m'oflFrant, dans les formes les plus parfaites, le cadre tout à la fois le plus logique et le plus substantiel. Je n'ai, pour satisfaire aux exigences de mon enseignement, qu'à vous prendre pour guide et pour maître. Voilà
• Le Monde, i7 novembre 1863.
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donc que^ sans décret de PEmpereor et sans arrêté de M. le Ministre, vous êtes, de fait, professeur d'éloquence sacrée à la Faculté de théologie de Bordeaux, pendant Tannée scolaire 1863-64. La chaire n'aura jamais été plus noblement occupée \
L'abbé Martin préparait, quand la mort est venu le surprendre, un complément à ses Études sur saint Jean Chrysostome, qui n'eût pas été sans intérêt.
M. Amédée Thierry avait publié, dans la Bévue des Deux Mondes * , une série d'articles sur le quatrième siècle de l'Église. M. G. de Beaucourt, directeur de la Revue des Qtœstions historiques^ crut voir dans ces articles de graves erreurs touchant saint Chrysostome. Il écrivit à l'abbé Martin :
« Nous ne pouvons laisser passer ce travail sans réfutation. Nous avons pensé que personne, mieux que le savant historien de saint Jean Chrysostome, ne pourrait s'acquitter de ce soin ; et je viens, au nom du comité de direction, vous demander de nous faire l'honneur de publier, dans notre Revue, une critique approfondie des erreurs accumulées .par M. Am. Thierry *. »
L'abbé Martin, malgré l'aflEaiblissement de sa santé, ne recula pas devant cette tâche. Il se mit courageusement à l'œuvre , et les amis de la vérité
* Lettre datée de Bordeaux, 9 septembre 1863.
2 Revue des Deux Mondes, 15 juillet et l®' septembre 1867.
• Lettre datée du l" octobre 1867.
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historique doivent regretter que sa réfutation soit demeurée inachevée.
Il a laissé aussi , à Tétat d'ébauche , une Histoire de saint Charles Borromée. Des documents considérables, inconnus pour la plupart en France, lui avaient été envoyés de Rome et de plusieurs villes d'Italie et d'Allemagne *.
Nos lecteurs comprendront quelle eût été en ce moment l'importance d'une semblable publication.
En écrivant la vie du grand Archevêque de Milan,
* Nous citerons quelques-uns de ces travaux récents, relatifs à saint Charles Borromée :
En italien.— i» Vie de S. Ch, Bor., publiée en 1841, par Achille Mauri, de Milan, 1 vol.
— 2° Documents relatifs à la vie et auuc actes de S. Ch. Bor.y par le chanoine Aristide Sala. Cet ouvrage considérable est le fruit de longues recherches. M. Sala a trouvé, dans les archives de l'arche vêché de Milan, ces documents historiques du plus haut intérêt, et il les a recueillis en 3 vol. in-4<». Milan, 1857.
— 3« Biographie de S. Ch. Bor.t parle professeur Antoine Sala, 1 vol. in-4«. Ce livre a été publié en 1858, par son fils, le chanoine, qui y a ajouté des dissertations et des notes.
En allemand. — Saint Ch. Bor., et les réformés de V Église de son temps, par le docteur P. R. Dieringer. Cologne, 1846.
Nous ne connaissons pas d'ouvrages français sur ce grand Cardinal, depuis ceux de Godeau, évêque de Grasse, et du Père Touron , qui datent du siècle dernier. Les Prêtres de Tlmmaculée-Conception, de Saint-Dizier, ont le projet de publier une traduction de toutes les Œuvres de saint Charles Borromée, et c'était pour compléter cet important travail que l'abbé Martin devait écrire sa vie.
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un des Prélats qui ont le plus travaillé à la restauration de la discipline ecclésiastique et apporté le concours le plus efficace au Concile de Trente, Tabbé Martin n'aurait-il pas élaboré quelques éléments de la prochaine Assemblée œcuménique? Et les Evêques qui composeront cette Assemblée, en voyant surgir devant eux la grande jSgure du Pontife qu'on peut considérer comme le modèle et le réformateur du Clergé, n'auraient-ils pas recueilli, dans cette lecture, de précieux enseignements?
Nous avons signalé avec bonheur , au commencement de ce chapitre, la résurrection des études patrologiques, à l'époque actuelle. Nous croyons avoir démontré que l'abbé Martin a contribué, pour sa part, à cet admirable mouvement ; et sa place nous semble naturellement assignée à côté des Mœlher, des Ginoulhiac, des Freppel, des Villemain et des Poujoulat. Nous ne craignons même pas d'ajouter que, parmi les travaux hagiographiques récemment publiés en France et se rapportant aux grands siècles des Docteurs de l'Église, on ne pourrait citer un ouvrage comparable à celui de l'abbé Martin. L'Allemagne seule a produit quelque chose d'équivalent dans l'Histoire célèbre de saint Athanase *.
* Athanase le Grand et V Église de son temps, en lutte avec VAria' nisme, par Mœlher; 3 vol. in-8®.